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Full text of "Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes"

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F ROM Tire OIFT Ol- 


ARCHIBALD CARY COOLIDGK 

(CUss of 1887) 1 - 

PROIESSOR OF IMSTORY 


FOR BOOKS ON FRENCH HISTORY 




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LETTRES, SCIENCES ET ARTS 

DES ALPES-MARITIMES 


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ANNALES 


DB LA 




ALPES-MARITI M ES 

DÉCLARÉS 

ÉTABLISSEMENT D’UTILITÉ PUBLIQUE 

par décret du 25 août 1879 


Tome VII 



NICE 

IMPRIMERIE ANGLO-FRANÇAISE 
MALVA NO-MIGNON 

et chez tou* lu libraires 

1881 


PARIS 

S. CHAMPION 
LIBRAIRE-ÉDITEUR 

CORRESPONDANT DR LA SOCIÉTÉ 

U, Qmmi Mmlm+mmim 


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Harvard College Library 


JAN 19 1912 
G if t of 

Prof. A. C. Coolidge 


Tous droits réservés 



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Épigraphie Antique du département des Alpes-Maritimes 


TABLE DES ÉCRIVAINS 

• • 


ANCIENS ET MODERNES CITÉS DANS CET OUVRAGE, AVEC LA MENTION 
DES ÉDITIONS DONT LAUTEUR s’EST SERVI 


CLASSIQUES 


STRABON. — Géographie, éditions : Müller et Dübner, collection 
Firmin Didot, Paris 1858 in-4°. — Cramer, Berlin 1884. — 
Aug. Meineke, Coll. Teubner, Leipzig 1852. 

POLYBE. — Historiarum reliqnae, édit. Firmin Didot, Paris 
1859. — Lud. Dindorf, coll. Teubner, Leipzig 1800. 

PTOLÉMÉE. — Géographie, édition Wilberg, Essen 1838. 

PAUSAN1AS.— Description de la Grèce, éditions: Lud. Dinforf, 
coll. Firm. Didot, Paris 1845. —J. H. Christian Schubart, coll. 
Teubner, Leipzig 1870. 

DION CASSIUS. — Histoire romaine , éditions: Sturz,’ Leipzig 
1824. — Lud. Dinforf, coll. Teubner, Leipzig 1873. 

ETIENNE DE BYZANCE. — De Urbibus, édit. Meineke, Berlin 
1849. — Ant. Westerman. coll. Teubner, Leipzig 1839. 

AGATHIAS. — De rebus gestis imp. Justinianilïb. V. édit. Bona- 
venture Vulcain Paris 1600, in-fol. — Lud. Dindorf, coll. Teubner 
Leipzig 1871. 

CÉSAR. — Commentaires , édit, Achaintre et Lemaire, coll. Didot, 
Paris 1819,1822. — Art ud, Paris, Panckoucke 1828. —Baum- 
stark, Fribourg 1834. — Dübner, Paris. — Frigell Upsal, 1861, 
— Alexandre Bertrand et le général Creuly, Paris 1864. — 
Bernard Dinter, coll. Teubner, Leipzig 1864. 

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II 

PLINE. — Histoire naturelle , éditions : Sillg, Gotha 1851 in-8° 
— Harduin, Paris 1685 in-fol. — Detlefsen, Berlin 1866. — 
Littré, coll. Nisard, Paris 1848. — L. Janus, coll. Teubner, 
Leipzig 1870 et les manuscrits de la Bibliothèque nationale à 
Paris. 

VIRGILE. — Enéide , éditions : Nisard, Paris 1843. — Benoit, 
Paris. — Otto Ribbeck, coll. Teubner, Leipzig 1872. 
POMPONIUS MELA. — Description de la Terre, édit. Nisard, 
Paris 1845. — Parthev, Berlin 1867. 

TITE-LIVE. — Histoire romaine, édit. Nisard, Paris 1838. — 
Ed. Drackemborch, Stuttgard 1820-28 in-8° — Wilh. Weissenborn, 
coll. Teubner, Leipzig 1870. 

TACITE. — Œuvres complètes, éditions : Nisard, Paris 1850. — 
Ritter, Leipzig 1864. — Karl Halm, Leipzig, coll. Teubner, 1874. 
VARRON. — De VAgriculture, édition Nisard, Paris 1844. 
MACROBE. — Œuvre de Macrobe, trad. Henr. Descamps, N. A. 
Dubois, Laas d’Agnau, A. Ubicini Martelli. Paris, Panckoucke 
1845-47. 

PERSE. — Satires, édit. Perreau, coll. Panckoucke, Paris 1832. 
VALÈRE-MAXIME. — Des Faits et des Paroles mémorables, édit. 
Nisard, Paris 1841. —Kempfe, Berlin 1854. — Karl Halm, coll. 
Teubner, Leipzig 1865. 

FLORUS. — Abrégé de Tite-Live (de toutes les guerres), éditions : 
Karl Halm, collection Teubner, Leipzig 1854. — O. Jahn, Leipzig 
1853. 

LUCAIN. — Le Pharsale, éditions : Nisard, Paris 1837. — Weber, 
Leipzig 1821. 

SILIUS 1TALICUS. — Les Guerres Puniques, éditions : Lemaire, 
Paris 1823. — Nisard, Paris 1837. * 

CETH1CUS. — Cosmographie, édition Wutke, Leipzig 1854 in-8°. 
AMMIEN-MARCELLIN. — Rerum Gestarum, éditions : Wagner 
et Erfurdt, Leipzig 1808. — V. Gardtrausen, coll. Teubner, 
Leipzig 1874. 

JUSTIN. — Abrégé de l'Histoire de Trogue—Pompée, éditions : 
Lemaire, Paris 1823. — Frotscher, Leipzig 1827. — Dübner, coll, 
Teubner, Leipzig 1831. 

VELLEIUS PATERCULUS. — Histoire romaine, éditions : Ni¬ 
sard Paris 1837. — Karl Halm, coll. Teubner, Leipzig 1876. 
VITRUVE. — Architecture, éditions : Poleni-Stratico, Udine 1825. 

—Schneider, Leipzig 1807 — Panckoucke (trad. Maufras) 1847-48. 
RUFUS FESTUS AVIENUS. — Description de la Terre. Les 
côtes maritimes, éditions : Schrader et Friesemann, Amsterdam 1786. 
— Panckoucke (trad. Despois et Saviot) Paris 1843. 


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III 

DIODORE DE SICILE. — Bibliothèque historique, éditions : 
Ed. Müller, Paris, coll. Firm. Didot 1855. L. Dendorf, Leipzig, 
coll. Teubner 1867. 

JULIUS OBSEQUENS. — Des Prodiges, édition Nisard, Paris 
1841. 

MAMERTIN. — Panégyriques (Max. et Géneith.), édition Emile 
Baehrens, collection Teubner, Leipzig 1874. 

PAUL OROSE. — Histoire, édition Havercamp, Leyde 1738, réim¬ 
primé à Montrouge 1856. 

ANONYME DE RAVENNE. — Géographie, édit. Porcheron, Paris 
1868 et Pinder et Parthey, Berlin 1860. 

Notice des provinces et des cités de la Gaule, éditions : Guérard, 
dans son Essai sur le système des divisions territoriales de la Gaule, 
Paris 1833, et dans le Mémoire sur les provinces romaines de 
Mommsen, Berlin 1863. — Brambach, Francfort 1838. . 

POLEMIUS S1LVIUS. — Liste, dans les Mémoires de l’Académie 
de Berlin 1862, édit. Mommsen. 

Notice des dignités de Vempire romain, édit. Bocking. 

Itinéraires d'Antonin, édit. Pinder et Parthey, Berlin 1848 et We- 
seling. 

Table de Peutinger, édit. Ernest Desjardins, Paris 1869-1874. 

SCYMNUS DE CHIO. — Description de l’Univers , édit. Müller, 
coll. Didot, Paris 1855. 

Liste des Provinces sous Dioclétien. —Ms. de la Bibliothèque capi¬ 
tulaire de Vérone, récemment découvert, édit. Mommsen dans les 
mémoires de l’Académie de Berlin, 1862, trad. franc, de Em. Picot, 
Paris, 1867. 

Itinéraire de Bordeaux à Jérusalem. — Ms. de Vérone, éditions : 
Parthey et Pinder, Berlin, 1848. — Wesseling, Amsterdam, 1735; 
et dans la Revue Arch. 1864, t. X., nouv. série, p. 98-112. 


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IV 


AUTEURS MODERNES 

(Par ordre alphabétique) 


ACHARD. « Description historique, géographique et topographique, 
des villes, bourgs et hameaux de la Provence ancienne et moderne, 
du comté Venaissin, de la principauté d’Orange et du comté de 
Nice.» Aix, 1787, in-folio. 

ALEXANDRE (membre de l’Institut, inspecteur général de l’Univer¬ 
sité). « Lettre au colonel Gazan, publiée par ce dernier dans la 
brochure intitulée : Inscription grecque trouvée à Antibes en 
1800, » p. 29-30. Toulon, 1870, in-8°. 

ALLIEZ (l’abbé). « Les Iles de Lérins, Cannes et les villages envi¬ 
ronnants.» Draguignan 1800, in-8 ü . — Excellent ouvrage plein de 
documents inédits, dont les sources sont soigneusement indiquées. 

ALLMER (A.). « Revue épigraphique du midi de la France, » n° 1, 5 
et 7. Vienne 1878-79, in-8 ü . 

ANKESHOFEN « Handbuch der geschichte des Ilerzogthums Karuten 
vor und unter Romerherrsehaft. » Ivlagenfurt 1850. 

ANNUAIRE DU VAR. « Années 1819, 1823, 1824, 1825 et 1829. » 
Draguignan, in-12. — La partie littéraire de ce recueil était alors 
dirigée par M. Rousset, conseiller de préfecture, qui y a publié quel¬ 
ques articles archéologiques et littéraires, mais la plupart des arti¬ 
cles insérés proviennent d’anonymes divers. Les inscriptions 
de Vence sont dues à M. Bérenger, notaire érudit, alors maire de 
Vence (1823), et à M. Guérin (1824), président du tribunal de pre¬ 
mière instance à Aix ; père de Marcellin Guérin, fondateur d’un 
prix à l'Académie française. Les articles sur Grasse, Auribeau et 
Cannes, sont dus à M. Sénéquier de Grasse, père du juge de paix 
actuel, qui y inséra plusieurs articles entre 1819 et 1825. Je n’ai 
pu savoir le nom de l’auteur de l’article de 1829, sur les deux ins¬ 
criptions que je donne sous les numéros 134 et 135 de mon recueil ; 
j’ai appris seulement qu’à cette époque, c'était un jeune homme 
parcourant la contrée en amateur. 

ANTHELMY (Joseph). « De initiis ecclesiæ Forojuliensium. » Paris, 
1680, in-4° ; « Assertio pro unico Eucherio. » Paris, 1726, in-4°. 

ANVILLE (D’). « Notice de l’ancienne Gaule, tirée des monuments 
romains. » Paris, 1760, in-4°, avec carte et tables méthodiques. 


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APIAN. « Inscriptiones sacrosanctæ vetustatis. » Ingolstad, 1534, 
in-folio. 

ARAZI (Jean). « Antiquitéz historiques de la ville d’Antibe, par Jean 
Arazi, aduocat en la cour, 1708. » Manuscrit aujourd’hui conservé 
dans la bibliothèque du génie à Antibes. La Société des lettres, 
sciences et arts des Alpes-Maritimes va publier ce travail dans ses 
mémoires (1880). 

ARBOIS DE JUBAINVILLE (D’). « Les Liguses vulgairements dits 
Ligures ; » inséré dans la Revue archéologique, livraisons d’oct. 
et nov., nouv. sér. t. XI, 1875. 

AUBE (Frédéric). « Etude sur les voies romaines dans la partie de la 
Provence qui a formé le département du Varet l’arrondissement de 
Grasse. » Aix, 1807,'in-8°. 

BANDURI. « Numismata imperatorum romanorum a Trajano Decio 
ad Palæologos. » Paris, 1718, in-folio. 

BARRALIS (Vincent). « Chronologia sanctorum et aliorum virorum 
illustrium ac abbatium sacræ insulæ Lerinensis... a Domno Vin- 
centio Barrali Monacho Lerinense, inunum compilata, cum annota- 
tionibus ejusdem. » Lyon 1013, gr. in-8°. 

BAZIN (Henri). « Lettre écrite à MM. Mougins et Gazan ; » Douai, 
18 août 1800, insérée dans la brochure de ces auteurs intitulée 
Inscr. grecq. trouv. d Anl. en 1SOO. Toulon, 187G, in-8°. 

BEAUMONT (J. F. Albanis de). « Travels through the Maritime 
Alps from Italy to Lyon across the col de Tende. » Londres 1795, 
in-folio. 

BECKER. « Der Oetscher und sein Gebiet. » Vienne 1859-00, in-8°. 

BERENGER. « Antiquités de Vence; » inséré dans l’annuaire du Var 
de 1823 : cet article a été recopié littéralement par Noyon, dans sa 
statistique du Var et par J. Roux « Stat. des Alp. Mar. » On doit 
à M. Bérenger, la conservation d’un grand nombre de monuments 
antiques qu’il a fait encastrer dans les murs des édifices municipaux 
de Vence. 

BERTRAND (Alexandre). «Quelques inscriptions du sud-est de la 
Gaule, inséré dans la Revue archéologique , avril 1869, t. XIX. 

BLACAS « Inscriptions copiées à Vence » dans les papiers de Peiresc, 
ms. de Paris, fonds latin 8958. 

BOISSIEU (Alphonse de) « Inscriptions antiques de Lyon, reproduites 
d’après les monuments, ou recueillies dans les auteurs. » Lyon 
1847 in-folio. 


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BONAPARTE-WYSE « Septentrion. » Touchante pièce de poésie 
provençale publiée à Antibes en 1878. 

BONIFFASSI (Joseph). « Nicienses inscriptiones tum veteres tum 
recentiores ; » manuscrit que possède M. Eugène Emanuel, chan- 
chelier du tribunal civil à Gènes. On en possède à Nice plusieurs 
copies plus ou moins complètes et fidèles ; on peut compter parmi 
ces copies, le manuscrit cité par Carlone sous le titre de : « Mar- 
mora Niciensia » et celui que Bourquelot nomme manuscrit du 
comte de Pierrelas. Bonnifassi est mort en 1853. 

BONSTETTEN (baron de) « Carte archéologique du Yar. » Toulon 
1873, in-folio. 

BORMANN « Corpus inscriptionum latinarum (Rome), t. VI, » en 
collaboration avec Heuzen et J. B. de Rossi, Berlin 1870, in-folio. 

BOUCHE (Honoré) « La chorographie ou description de la Provence 
et histoire chronologique du même pays. » Aix 100-1, in-folio. 

BOUQUET (Dom Martin) « Recueil des historiens des Gaules et de la 
France. » Paris, 1738 à 1855, in-folio. 

BOURGUIGNAT (J. René) « Inscriptions romaines de Vence, » 
Paris, juin 1809, in-8°. J'ai aussi cité quelques lettres que cet 
auteur m’a adressées au sujet des inscriptions do Briançonnet, etc. 

BOURQUELOT (Félix) « Inscriptions antiques de Nice, de Cimiez et 
des quelques lieux environnants; » inséré dans les Mémoires de la 
Société nationale des Antiquaires de France, t. XX, de la 
noue. sér. X, Paris 1850, iu-8°, tiré à part. 

BRAMBACH (Guill.) « Corpus inscriptionum rhenanarum consilio et 
auctoritate societat. antiquar. rhénan. » Eberfcld, 1807 in-4°. 

BRETON « Antiquités de la ville d’Antibes (Var) » inséré dans le 
tome IV des Mémoires de la Société archéologique du midi de la 
France. Toulouse 1810-41, in-4°. 

BRUN (F. A.) « Inscriptions anciennes retrouvées ou inédites ; » 
inséré dans le tome II des Annales de la Société dos lettres, 
sciences et arts des Alpes-Maritimes, p. 109 à 117 ; Nice 1873, 
in-8°. — « Etude sur les sépultures gallo-romaines des Alpes- 
Maritimesdu III e au VI e siècle; » inséré dans les Ann. de la Soc. 
des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes, p. 215 à 221, 
t. III, 1875. — « Vérification des inscriptions romaine de Vence, » 
en collaboration avec M. A.-L. Sardou, Nice 1877, Annales de la 
Soc., etc. — « Nice et Cimiez,» et «Description des bains de Ceme- 
nelum, » Nice 1877. — « Rectification de l’Itinéraire d’Antonin, 
entre Nice et Vintimille,» Nice 1878, et « Etymologie du nom de 
Cimiez, » Nice 1878. 


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VII 


CARLONE. « Vestiges épigraphiques de ladominationgreco-massaliote 
et de la domination romaine dans les Alpes-Maritimes, » inséré 
dans le compte rendu des séances du congrès archéologique de 
France, xxxrv® session 1867, tiré à part, compilation assez com¬ 
plète des textes des Alpes-Maritimes, mais ouvrage où la critique 
fait absolument défaut. On doit à Carlone la création du musée de 
Nice. 

CASS1NI (Ant.) « Illustrazione délia lapide Junoni Reginœ ; » 
Albenga 1854, in-8°. 

CAYLUS (Anne, Claude, Philippe de Turiéres, de Grimoard, de 
Pestels, de Levy, comte de). « Recueil d’antiquités égyptiennes, 
étrusques, grecques, romaines et gauloises,» Paris, 1752-1767, in-4° 

CERQUAND (H.) « Fragments d’inscriptions de la Turbie, » inséré 
dans la Revue archéologique , oct. 1869, nouv. sér. t. XX, avec 
planches. 

CESSOLES (Anselme Hilarion Spitalier, comte de). « Notizie sul 
monumento dei trofei d’Augusto, di Torbia e sulla via Giulia Au- 
gusta, » inséré dans les Mémoires de l’académie de Turin, II* série, 
t. V, 1843, in-4°, tiré à part. 

CHABOUILLET. « Sur une main de bronze adressée à une peuplade 
gauloise, nommée en grec OYEAAYNIOYE, » inséré dans la Re¬ 
vue archéologique, sept. 1869, nouv. sér. t. XX, p. 161-187.— 
« Rapport sur une communication de M. Brun, à la Sorbonne, » 
inséré dans la Revue des sociétés savantes, vi® série, t. I, p. 375. 

CHATEAUGIRON. « Album de Nice, » Nice 1884, in-8®. 

CHOLER (Jean). « Manuscrits de la bibliothèque de Munich, » fonds 
latin, n. 394. Je ne le cite que d’après M. Mommsen. 

CLUVIER (Philippe) « Italia antiqua, » Leyde, 1624, in-folio. 

CORSSEN (Williams). « U ber die Sprache der Etrusker, » Ebendorf, 
1874-75, gr. in-8°. 

DESJARDINS (Ernest). « La table de Peutinger, » Paris 1869-74, 
in-8°. — « Géographie de la Gaule romaine, » Paris, 1876-78, in-4°. 

DONATI (Sébastien). « Ad novum thesaurum veterum inscription 
num, L. A. Muratorii supplementum, » Lucques, 1765, in-folio. 

DONI (Jean-Baptiste). « Inscriptiones antiquæ, nunc primum editæ, 
notis illustratæ, ab Ant. Fr. Gorio, » Florence, 1731, in-folio. 

DOZE (l'abbé). « Bulletin de la société d’études scientifiques et archéo¬ 
logiques de la ville de Draguignan, » oct. 1857, in-8°. 

DUCHÊSNE (André). « Les antiquités et recherches des villes, ch⬠
teaux et places plus remarquables de toute la France, divisé en 
huit livres, selon le ressort et l’ordre des huit parlements (abrégé 
de Fr. Belleforest), par A. Duchesne. » Paris, 1600, petit in-8°. 


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V1JI 


DURANDI (Jacopo). « Il Piemonte cispadano antico, » Turin, 1774, 
in-4°. 


DURANTE (baron Lud.) « Histoire de Nice, » Turin, 1823-24. in-8°. 
— « Chorographie du comté de Nice, » Turin, 1847, in-8°. 

ECKHEL (Joseph Hilarion). « Doctrina nummorum veterum, » 
Vienne, 1702-98, in-4°. 

EICHORN. « Beitrage zur altern Geschichte und Topographie de 
Herzogthums Karnten, » lvlagenfurt. 1817-10. 

FABRETTI (Ariodante). « Glossarium italicum in quo omnia vocabula 
contiuentur ex Uinbricis, Sabinis, Olcis, Volscis, Etruscis, eæteris- 
que monumeutis qu;e supersunt collecUi et cum interpretationibus 
variorum explicantur, cura et studio Ariodantis Fabreti, » Turin, 
1858, in-4°, avec les suppléments parus depuis — « et Atti délia 
regia accademia delle scienze pubblicati dagli accademici segretari 
delle due classi, » mai et juin, pp. 854 et 804, vol. VII, 1872, in-8*. 

FABRETTI (Rafacle). « De Columna Trajani Syntagma, etc., » Rome, 
1080, in-4°. — « Inscriptiones antiquæ, que in ædibus paternis 
asservantur explicatio, cum emendationibus Grutcrianis aliquot. » 
Rome, 1099-1702, in-folio. 


FERAUD (Raymond). « La vida de Sant Honorât, légende en vers 
provençaux, par Raymond Féraud, troubadour Niçois du xin* siè¬ 
cle, » publiée en entier par M. A.-L. Sardou, Nice, 1875, in-8\ 
FICORINI (Fr. de). « Le masche-e sconiche e le figure comiclie d'an- 
tichi romani brevemente descritte, » Rome. 1730, in-4°. 


FILONARDI. « Codex Filonardiaiius, » manus.rit anonyme de 1507, 
cité par M. Mommsen ; il est aujourd’hui à la Bibliothèque de 
Berlin (A 01 p.). L’auteur s’y est occupé de toute la côte, depuis 
la mer Tyrrhènienne jusqu'à Antibes . Je ne le cite que d’après 
M. Mommsen. 

FLAYOSC (comte de Villeneuve), a fourni à Peireso (ms. de Paris f. 
1., 8058), une collection des inscriptions de Venee ; ses copies sont 
généralement bonnes et les indications exactes. 

FODÉRÉ. « Voyages aux Alpes-Maritimes, ou Histoire naturelle, 
agraire, civile et médicale du comté de Nice et pays limitrophes, » 
Strasbourg et Pans 1821, in-8°. 

FORBIGER (Alb.),« Handbuch der alten Géographie aus den Quellen 
bearbeitet, » Leipzig, 1842-48 in-8°. 

FORTIA D’URBAN (Agricol, Joseph, François-Xavier, Pierre, 
Esprit, Simon, Paul, Antoine, marquis de), « Mélanges de Géogra¬ 
phie, d’Histoire et de Chronologie ancienne, Paris, 1795-1805 in-8°. 
— Observations sur les mesures itinéraires des anciens, » Paris, 
1823, in-8°. 


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IX 


FRANKEL (Max.) « Etude sur un bas-relief grec inédit, » inséré 
dans YArchaologische Zeitung, (Berlin 1874 in-4°), p. 148. 

FRŒNHER, « La Vénus d’Antibes », inséré dans la Revue Archéo¬ 
logique (1807, t. XV) ; p. 300. 

GAIDOZ (Henri), « Esquisse de la religion des Gaulois, » Paris 1879 
in-8°, extrait du t. V. de Y Encyclopédie des sciences religieuses. 

GAN DU CI (G), « Discorso sopra l'iscrizione ovvero epitafio ritrovato 
à Tortona, » Gênes 1614, in-4°. 

GARCIN (E), « Dictionnaire historique et géographique de la Pro¬ 
vence ancienne et moderne, » Draguignan 1835, in-8°. 

GAZAN (A), « Monograph'e d’Antibes, » dans Y Annuaire des Alpes- 
Maritimes, p. 43-03, 1802, Nice in-8°. — Notice sur une pierre 
tumulairede Solliès-Pont, Antibes 1873, in-8’ — « Réfutation delà 
brochure de M. Rossi intitulée : Le Sphinx de Solliès-Pont (Var) 
réponse à M. le colonel Gazan, Antibes 1874, in-8°—« Inscription 
grecque trouvée à Antibes par le D. Mougins de Roquefort en 1806,» 
en collaboration avecM. Mougins de Roquefort, Toulon 1870, in-8°. 

GAZZERA (l’abbé), « Delle iscrizioni cristiane antiche del Piemonte, » 
inséré dans la 2 e série t. II, des Mémoires de l’académie de Turin, 
1851, pp. 131 à 277. Gazzera a encore laissé une multitude de 
papiers, de recueils d’auteurs divers traitant des inscriptions de la 
région; ces divers papiers sont conservés à Turin, je ne les cite que 
d’après M. Mommsen. 

GIOFFREDO (Pietro), « Nicæa Civitassacrismonumentisillustrata,» 
Turin 1608 in-fol. — « Storia delle Alpi-Marittime, » dans laquelle 
se trouve la « Corografia delle Alpi-Marittime.)) Gioffredo, en mou¬ 
rant, a laissé cet ouvrage inachevé; on en a fait deux éditions, l’une 
in-fol. dans les Monumentis hisloriæ palriœ de Turin 1839, et 
l’autre in-8° en six vol. même année. J’ai cité le manuscrit d’après 
M. Mommsen et les deux éditions. Gioffredo a laissé un autre ma¬ 
nuscrit conservé à la Bibliothèque athénienne à Turin (H. III. 6. 7). 

GIRARDIN (l’abbé; « Histoire de la ville et de l’Eglise de Fréjus, » 
1729,in-12. 

GIRAUD (Charles) « Sur le Tribunat militaire donné par le peuple, » 
inséré dans les Mémoires de l’Académie des inscriptions, séance du 
19 mars 1875. 

GRUTER (Jean). « Inscriptiones antiquae totius orbis romani, in 
absolutissimum corpus redactae, olim Auspiciis Jo. Scaligeri et 
M.Velseri industria autemet diligentia Jani Gruteri denuo cura 
Geor. Graevii recensitae. Accedunt annotationum, appendix et 
indices ut et Tironis et Senecae notae (cum praefatione P. Bur- 
manni, » Amsterdam 1707, in-fol. 

GUARINI, « Fasti Duumvirali di Pompei, » Naples 1837 in-8°. 


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GUERIN, «L'article sur les Antiquités du canton de Vence inséré dans 
Y Annuaire du Var 182-1. 

GUESNAY, « Provinciae Massiliensis et reliquae Phocensis annales 
seu Massilia gentilis et cristiana, » Lyon 1657, in-fol. 

GUICHENON, « Histoire généalogique de la maison de Savoie, avec 
les preuves. » Lyon 1060, in-fol. 

GUIRAN. « Inscriptiones antiquæ urbis et agri Nemausensis nec non 
locorum et oppidorum inter tertium et quartum lapidem ; » ms. de 
la bibliothèque de Vienne, cité par Mesnard. 

HARDOUIN (Jean), « Nummi antiqui populorum et urbium, » 
Paris, 1664, in-fol. 

HENZEN. « Le tome III du recueil d'Orelli (voy. ce mot) et le Corpus 
inscriptionum latinarum, Romæ, t. VI du Corpus de Berlin, » en 
collaboration avec Bormann et I. B. de Rossi, Berlin, 1876, in-fol. 

HÉRON DE VILLEFOSSE , « Plusieurs articles dans la Revue ar¬ 
chéologique et le Bulletin de la Société nationale des Anti¬ 
quaires de France , 1878. » 

HERZOG, « Galliæ narbonensis provinciæ romanæ historia, descriptio 
institutorum expositio. — Appendix epigraphica. » Leipzig, 1864, 
in-8°. 

HEUZEY (Léon). « La Pierre sacrée d’Antipolis, » extrait du 
t. XXXV, des Mémoires de la Société nationale des Antiquaires 
de France, Paris, 1874, in-8°. 

HOMBRES (Gaston d'). « Notice historique sur le comté de Nice, » 
Paris, 1877. petit in-8°. 

HUBNER. « Corpus inscriptionum latinarum Hispaniæ, » formant le 
t. II, du corpus de Berlin. Berlin, 1869, in-fol. 

KATANICH. « Orbis antiquus ex tabula itineraria Theodosii seu 
Peutingeri ad systema géographiæ redactus et commentario illus- 
tratus. » Bude, 1824-25, in-4°. 

KEYSLER. « Antiquitates selectæ septentrionales et celticæ, » Ha¬ 
novre, 1720, in-8°. 

KNABL. « Schriften des Historischen vereins für Incrôsterreich. » 
Graetz, 1848.— Mitheilungen des Historischen vereins fur Steier- 
mark, » Graetz, 1830 à 1868, extraits des Mémoires de la Société 
historique de Graetz. 

KUMPF (médecin de Klagenfurt), a laissé d’excellents mémoires ma¬ 
nuscrit-, 1781 à 1862. Je le cite d’après M. Mommsen. 

LABBE (Philippe). « Pharus Galliæ antiquæ, » Moulins, 1644, in-12. 

LAP1E (Pierre). « Orbis romanus ad illustranda itineraria Antonini, 
Burdigalense, tabulam Peutingerianam, periplos itineraria, deli- 
neatus à P. Lapie, » Paris, 1834, en 10 feuilles, feuille 5. 


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XI 


LANCIAREZ. « Memorie storiche di Monaco, » Manuscrit de la 
Bibliothèque royale de Turin (n. 135), écrit en 1756. Je le cite d’a¬ 
près M. Mommsen. 

LAZ1 (médecin de Vienne), a laissé de nombreux manuscrits ; je ne le 
cite que d’après M. Mommsen. 

LEBLANT (Edmond), « Inscriptions chrétiennes de la Gaule. » Paris, 
1865, in-4°. 

LETRONNE, « Inscription d’une borne milliaire de la voie Julia Au¬ 
rélia, » rev. arck., t. II, première partie, pages 173 à 178, Paris, 
1845, in-8°. 

LONGNON (Auguste), « Géographie de la Gaule, au V e siècle,» Paris, 
1878, in-8°. 

LONGPERIER-GRIMOARD (Alfred de), « L’hiver à Menton, » 
Menton, 1862, gr., in-4°. 

LONGPERIER-GRIMOARD (Adrien de), « Dissertations sur deux 
deniers frappés en Provence, pour les comtés de Forcalquier, » in¬ 
séré dans les Mémoires de la Société nationale des antiquaires 
de France, t. XX, nouv. sér. X, Paris, 1850, in-8°. 

MANNERT (Conrad), « Géographie der Griechen und Romer, » Nu¬ 
remberg et Leipzig, 1788-1725, in-8°. 

MAN SI, « Sacrum conciliorum, nova et amplissima collectio, editio 
novissima duabus Parisiensibus et prima Veneta longe auctior et 
emendatior. » Florence et Venise, 1757-98, in-fol. 

MANUTI, « Codex Vaticanus. » M. Mommsen nomme ainsi diverses 
collections d’inscriptions autrefois recueillies par Manuti et conser¬ 
vées aujourd’hui à la bibliothèque du Vatican, n° 5237. Presque 
toutes les inscriptions de ce recueil qui se rapportent à nos régions 
sont dues à Maurice Ferrari. Je le cite d’après M. Mommsen. 

MARQUARD, (Gudius). « Inscriptiones antiquæ cum græcætum lati- 
næa Jo. Koolio digestæ et a Fr. Hesselio editæ. » Lewarden, 
1731, in-fol. 

MAURAND, prêtre d’Antibes qui a fourni à Peiresc un recueil d’ins¬ 
criptions que l’on trouve dans ses papiers, ms de Paris, fonds latin, 
n' 8957. 

MERULA (Paul), « Cosmographiæ generalis libri très, item geogra- 
phiæ particularis libri quatuor, quibus Europa in genere speciatim 
Hispania, Gallia, Italia describuntur, cum tabulis géographicis. » 
Amsterdam, 1621, in-fol. 

MESNARD, « Histoire civile, ecclésiastique et littéraire de la ville de 
Nîmes. » Paris, 1750-58, in-4°. 

MILLIN (Alb.), « Voyage dans les départements du midi de la France, » 
Paris, 1811, in-8 c et divers articles dans le Magasin Encyclopé¬ 
dique. 


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XII 


MOMMSEM (Théodore), « Corpus inscriptionum latinarum, t. I, III 
et V, » Berlin 1803 à 1877, in-fol. — « Corpus inscriptionum latina¬ 
rum regni Neapolitani. — Verzeichniss derromischen Provinzen 
aufgesetzt ura 297 aus denabhand der K. Akad. der Wissensch zu 
Berlin, » Berlin 1863, traduit en français par M. Em. Picot. (Rev. 
Arch.) t. XIII, XIV et XV, Paris, 1866-1867, in-8°, tiré à part. 

METIVIER (Henri), «Monaco et ses Princes, » La Flèche 1865,in-8*. 

MOUGINS DE ROQUEFORT (Paul), « Inscription grecque trouvée à 
Antibes en 1866 par le D r Mougins de Roquefort, » en collaboration 
avec M. Gazan, Toulon 1876 in 8°. « Notice sur quelque poteries 
sigillées de Fréjus et d’Antibes ; » inséré dans le compte rendu du 
Congrès tenu à Arles par la Société française d’archéologie 
t. XLIII. Tours 1877, in-8° tiré à part. On lui doit aussi la partie 
épigraphique de Y Histoire d’Antibes de l’abbé Tisserand. 

NAVONE, « Passeggiata per la Liguria » Albenga 1832, in-8“. 

NOYON, « Statistique du Var, » Draguignan 1844 in 8-. La partie 
archéologique est empruntée à Y Annuaire du, Var et à Millin. 

ORELLI (J. C.), « Inscriptionum latinarum selectarum amplissima 
collectio ad illustrandam romanæ antiquitatis disciplinam accomo- 
data, ac maguarum collectionum supplémenta complura emendatio- 
nes exhibens cum ineditis C. Hagembuchii suis que annotationibus 
Edidit J. C. Orellius, insunt lapides Helvetiae omnes; accedunt 
prœter Fogginii calendaria antiqua; Hagembuchii, Maffeii, Ernes- 
tii, Reiskii, Seguerii, Stembruchelii epistolæ aliquot epigraphicæ, 
uunc primum editæ. » Zurich, 1828, in-8’. Le volume III, sous le 
titre de : « Supplémenta emendationesque » est dû à G. Henzen. Ce 
dernier volume contient les tables ; il a été édité à. Zurich en 1856. 

ORTELS, « Theatrum orbis terrarum ; » Anvers 1570, in-fol. — 
« Thésaurus Geographicus, » Anvers 1587, in-4°. 

PEIRESC (Nicolas Claude Fabri de), « Inscriptiones antiquæ, » Titre 
donné aux recueils de papiers conservés à la Bibliothèque Nationale 
sous les N ü ‘8957 et 8958 du fonds latin. On y trouve, pour les Al¬ 
pes-Maritimes, des inscriptions copiées par Peiresc lui-même, qui 
généralement sont bien lues et d’autres qu’il tenait de divers cor¬ 
respondants, qui toutes laissent beaucoup à désirer. Les principaux 
auteurs qui ont copié les textes de nos Alpes sont : Maurand, 
prêtre d’Antibes : Recueil des inscriptions de Vence, d’Antibes, 
et de quelques lieux environnants, copies très défectueuses; 
Flayosc (marquis de) : « Quelques inscriptions de Vence, » co¬ 
pies généralement bonnes; Blacas : « Textes de Vence, » bonnes 
copies ; et M. de Chasteuil, seigneur de Châteauneuf-de-Grasse, 
quelques copies très-présentables d’inscriptions relevées sur ses 
terres. 


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nn 


PEUTINGER, Je ne l’ai cité que d’après Mommsem, qui mentionne 
des manuscrits de lui à Vienne (Autriche) n° 527. 

PICOT (Emile). Traduction française du « Mémoire sur les provinces 
Romaines de la Gaule » de M. Mommsem, inséré dans la Revue 
archéologique , 1866-67, t. XIII, XIV, XV nouv. série. 

POCOKE, « In Solfeld» 1752, je ne le cite que d'après Mommsen. 

RENDU (Abel), « Menton, Roquebrune, Monaco, histoire adminis¬ 
tration de ce pays. » Paris 1848, petit in-8°. 

RENIER (Léon), « Mélanges d’Epigraphie, » Paris 1854, in-8*. — 
« Antiquités de la ville de Lyon de Spon,nouvelle édition augmentée 
de notes et de recherches sur l’administration romaine dans la Gaule 
Lyonnaise, d’après les inscriptions, » Lyon 1858, in-8* avec Mont- 
faucon. «Inscriptions romaines de l’Algérie, recueillies et publiées 
par M. Le Renier, » Paris 1855 in-4\ 

RICCIOLI, « Géographiæ et hydrographiæ reformatæ libri XII, » 
Bologne 1661, in-fol. 

RICOLVI (Jean-Paul), « Iscrizioni lette e copiate di fresco da nel 
contado di Nizza co’nomi de’luoghi dove si trovano e le misure loro,» 
ms., de la Bibliothèque royale de Turin, n*293 de l’an 1744. 

RISSO (A), « Nouveau Guide du voyageur à Nice, » Nice 1840,in-8*. 

ROBERT (Charles), « Revue des Sociétés savantes, 6 e série t. VI, 
nov. et déc. p. 464 à 483. 

ROMANELLI (Domenico), « Viaggio a Pompei, a Peste, Ercolano, 
ecc. » Naples 1817, in-12. 

ROSSI (Gerolamo), « Storia délia cittàdi Ventimiglia, » Turin 1857, 
in-8*. « Description de la ville de Vintimille et de son territoire, » 
par Jérome Rossi, trad. fr. de L. de Vauzelle, Menton 1875, in-8*. 

ROSSI (J. B. de), « Corpus inscriptionum latinarum Romæ, » t. VI, 
du Corpus de Berlin 1876, in-fol. en collaboration avec Henzen et 
Bormann. 

ROUSSET. Voy. Annuaire du Var. 

ROUX (Joseph), «Statistique du département des Alpes-Maritimes, » 
Nice 1862, in-8*. 

RUFFI. « Histoire de la ville de Marseille, » Marseille 1696, in-fol. 

SAINT-MARC DE GIRARDIN, Renseignements fournis à MM. 
Gazan et Mougins au sujet de « l’inscription grecque d’Antibes 
trouvée en 1866 ; » cité par eux p. 17 de leur brochure. 

SANGUINETTI. « Iscrizioni romane délia Liguria, » Gênes, 1865, 
in-8°. 

SAN SON, « Remarques sur la carte de l’ancienne Gaule, tirées des 
Commentaires de César. » Paris, 1649, in-4°. 


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XIV 


SARDOU (Antoine-Léandre), « Questions de géographie historique, » 
inséré dans le Bulletin de la Société de géographie de Paris, 
juillet et août 1838, tiré à part ; réédité en 1809 dans Y Annuaire 
des A Ipes-Maritimes et à la suite du Dictionnaire administratif 
et historique des Communes des Alpes-Maritimes , sous le titre 
de : « Problème de géographie historique » et en 1873, dans les 
Annales delà Société des lettres , sciences et arts des Alpes- 
Maritimes. — «Note sur une inscription antique découverte à 
Cannes et sur les Seviri augustales, » Cannes 1870, Mém. de la 
soc. de Cannes. — « Epigraphie antique ; inscriptions gallo-ro¬ 
maines de Mougins, » Nice 1873, Annales de la Soc. des lettres , 
etc. des Alpes-Maritimes. — « La vida de sant Honorât, par 
Raymond Féraud, » Nice 1873, in-8°. — « Vérification des ins¬ 
criptions romaines de Vence, » en collaboration avec M. F. Brun, 
Nice 1877 (Annales de la Société des lettres, etc.). 

SAULCY (de), « Lettre à M. Gazan, » insérée dans le mémoire sur 
une Inscription grecque de MM. Gazan et Mougins (vov. ces 
mots). 

SCALIER (Joseph). Manuscrits de la Bibliothèque de Nice. 

SCALIGER. Ses manuscrits de Lyon, dans Bouche, Peiresc, Gruter, 
etc., etc. 

SCHIAFFINO, « Annali ecclesiastici délia Liguria, » ms de la Bi¬ 
bliothèque municipale de Gènes (D. 3, G, 4-8) an 1852; je le cite 
d’après Mommsen. 

SCHOTT, « Explication d’une médaille énigmatique d'Auguste, sur 
laquelle d’habiles antiquaires ont diversement prononcé. » Berlin 
1711, in-4\ 

SCHOTTKY, « Virunum oder die Alterthümer des Saalfeldes in 
Karnten. » Klagenfurt 1823, in-fol. 

SCHWARTZ (Io. Conrad), « Carmina et fragmenta carminum fami- 
liæ Cesareæ, hoc est Cesaris Germanici etc... quæ extant opéra ; 
omnia recensuit, notisque ac duplici indice auxit ; accedunt miscel- 
lanea Theologica. » Cobourg 1715. petit in-8 J . 

SENEQUIER. Articles annonymes sur la géographie ancienne, pu¬ 
bliée dans VAnnuaire du, Var de 1819 à 1825, voy. Annuaire 
du Var. 

SIMEON (Gabriel), « Les illustres observations antiques de Gabriel 
Siméon dans son dernier voyage d’Italie l’an 1557. » Lyon 1558, 
in-4\ 

SIMIAN, « Note sur les inscriptions romaines de Saint-Pons, » dans 
la Revue de Nice, t. III, p. 139 à 141; Nice 1862, in-8*. 

SM ET (Martin), Manuscrits de Naples (v. e, 4) et l'édition de Leyde 
1588. 


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SOLI ERS (Raymond de), Dans Y Histoire de Provence de Bouche 
et ses manuscrits d’Aix. 

SPON, « Miscellanea erudite antiquitatis in quibus marmora statuæ 
etc. hucusque ineditæ referuntur ac illustrantur. » Lyon, 1685, 
in-fol. 

STEINER, « Codex inscriptionum Danubii et Rheni, » Steiheim 
1862-64. 

SULZER, « Gethanen Reise, » Leipzig 1780, in-8*. 

TISSERAND (l’abbé), « Histoire de Vence, cité, évêché, baronnie, 
de son canton et de l’ancienne viguerie de Saint^Paul-du-Var, » 
Paris 1860, in-8". — « Histoire civile et religieuse de la cité de 
Nice et du département des Alpes-Maritimes, » Nice 1862, in-8°. 
— « Histoire d'Antibes, » Antibes 1876 in-8° : la partie épigraphi¬ 
que est due à M. Mougins de Roquefort. t 

UKERT (P. A.), « Géographie der Grieschen und Rôraer von den 
fruhesten Zeiten bis auf Ptolemaüs, » Weimar 1843-46, in-8\ 

VALCOURT (Docteur de), Cannes, son climat et ses promenades, » 
Cannes et Paris 1878, in-8*. 

VALOIS (Adrien de), « Noticia Galliarum ordine litterarum digesta, » 
Paris, 1675, in-fol. 

VERNAZZA. Divers manuscrits de Gênes et de Turin et dans Gaz- 
zera ; je ne le cite que d’après Mommsen. 

VICTORIVS (Petrus), « Variarum lectionum libri XXXVIII, » Flo¬ 
rence 1582, in-fol. 

VULPIUS (Jo. Rocci) et CORREDINUS (Petrus Marcellinus). 
« Vêtus Latium profanum et Sacrum, » Rome 1742-45, in-4°. 

WAL (J. de), « Mytologiæ septentrionalis monuments epigraphica 
latina, » Utrecht 1867, in-8*. 

WALCKENAER (baron de), « Géographie des Gaules, Paris 1839, 
in-8 # et 1862, petit in-8 # . 

WILMAMS (Gustave), « Exempla inscriptionum latinarum in usum 
præcipue academicum, » Berlin 1873, in-8*. 

ZACCARIA, « Excursus litterarii per Italiam ab anno 1742 ad a. 
1752. » Venise 1754-1762 in-4°. 

ZUNIGA (Dom Lopez de), « Itinerarium ab oppido complutensi Tole- 
tanæ provinciæ ulterioris Hispaniæ usque ad urbem romanam ad 
Johanem stunicam fratrem féliciter incipit anno 1512, » Rome 1521 
in-4*. 


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TABLES GÉNÉRALES DE DÉPOUILLEMENT 

DES MATIÈRES CONTENUES DANS CET OUVRAGE 


I 

Noms d’Hommes et de Femmes 


Nota. — Les noms écrits en capitales sont ceux des personnages appartenant à l'ordre 
équestre et sénatorial ; ceux qui sont écrits en italique»; ne se trouvent, dans mon recueil, que 
dans des textes faux, et les numéros suivis d'une astérique indiquent aussi des textes faux. 


Abru-Paternia Q. fil.Abruma, 
248. 

Accia C. f., 309*. 

M. AciliuS'Regilius, 97. 

Acutia Protogcnia, 22G. 
Aebutia Laurea, 198. 

Aebutia Nepotilla, 200. 
Aegeia Honesta, 327. 

Aegeia llonestilla, 327. 
Aegeia Saturnina, 327. 

Aelius Felicianus, 397. 

Aelius Musicus, 328. 

P. Aelius Pamphilus, 19. 

P. AELIVS SEVERINVS V.E., 166. 

Q. Ael..., 159*. 

Aelia, 377*. 

Aelia Celsa, 397. 

Aelia Materna, 219. 

M. Aelpidius M. f. Alpinus, 

367*. 

M. Aelpidius M. f. Montanus, 

2,1V. 

Aelvia Aufreditenis, 390*. 
M. Aemilius..., 184. 

M. Aemilius Alico, 184. 

L. Aemilius Banno, 297. 

M. Aemilius Bassus, 410. 
Aemilius Burrus, 401. 
Aemilius Namura, 184. 


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Aemilius Paullinus, 401. 
Sex. Aemilius Paullus, 401. 

M. Aemilius Proclus, 184. 
Aemilius Rufus, 306. 
Aemilius Vastus, 401. 
Aemilia, 304. 

Aemilia M’ f. Marcella, 302. 
Aemilia P. F. Posilla, 302. 
Aemilia Q. f. Regilla, 401. 
Aemilia M. f. Rufina, 306. 
Aentonius?..., 347. 

Aetins Phi..., 387*. 
Albicelia Secundina, 81. 
Albiccius Licinus, 243. 

M. Albi.,408. 

Q. Albiccius Pudens, 340. 

Q. Albiccius Pudentianus, 340, 

341. 

Albiccia Agathemeris, 247. 
Albiccia, Ursionis filia, Galla, 
230. 

Albiccia Materna, 203, 207, 

211 . 

Albiccia Q. f. Paulina, 230. 
L. Albonius Q. f., 351*. 

C. Albucius Euvaristus, 36. 

C. Albucius O.,35. 

C. Albucius Orthrus, 72. 

C. Albucius Proclus, 263. 


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■XVII 


C. Albncius Scaevianus,74. 

Albucia Chrysis, 74. 

C. Albinius C. f. Faler., 213*. 
M. Anicius Alpinus, 336. 

P. Anicius Tertius, 336. 

Anicia Valeria, 232. 

ANNIVS RVFINVS V. E. (int. 9). 

Annius Ser.. 430. 

C. Antestius Velox, 343. 

L. Antestius Verus, 343. 

Antestia C. f. Polla, 343. 
Antistius.. 247. 

ANTISTIV8 BVRRVS, 168. 

Antistia Materna, 403. 
Antonius Liberalis, 243. 
Apolonius Dyonisius, 189. 

T. Appius Claudius , 213*. 
Aristia Eutychia, 101. 

Aristia Filete, 100. 

C. Arius Domitianus, 154. 

R. Asinius.441. 

C. Atilius M. f. Fal. A..., 

367*. 

M'. Atilius L. f. Fal. Alpinus, 

320 331* 

C. Atilius M’. f. Alpinus, 320. 

L. Atilius M’. f. Cupitus, 320. 

M. Atilius M’. f. Priscus, 320. 

Atilia M’. f. Posilla, 320. 
Atilia M’. f. Secunda, 320. 
Atilia M\ f. Valeria, 388*. 
Atilia M’. f. Veamona, 320. 
Atillia .,370. 

L. Attius Verus, 98. 

M. Atucius Paternus, 231. 

M. Aurelius Au fi tenus, 160*. 
T. Aurelius Cl. Certus, 195. 

T. Aurelius Demeneelonis f. Bo- 

dionius, 190. 

M. AVRELIVS IANNVARIVS V. E., 

164. 

M. AVRELIVS MASCVLVS V. E. 

167. 

C. Aurelius Masculus L. f., 

390*. 

Q. Aurelius Philos. L.f.Fal., 

387. 

Aurelius Rhodismianus, 170. 
Aurelius Sempronius, 195. 

M. Aurelius Valens S. f. Fal., 

389*. 

M. Aurelius .. 368*. 

M. Aurelius....anus C. /*.334*. 


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Aurélia Lucilia, 95. 

Aurélia Romula, 170. 

Aurélia Sabinella, 16. 

M’. Avelius M’. f. Marcellus, 

300. 

M’. Avelius M’. f. Paternus, 300. 
C. Avilius L. f. Pol. Gavianus, 

376. 

C. BAEBIVS P. F. CLA. ATTICUS 

(introd. 1.). 

M. BAEBIVS M. F. N. ARN. SVE- 

TRIVS MARCELLUS, 218. 

M. Baebius Suetrius Marcellus, 

218. 

M. Baebius Paterni fil. Claud. 

Ursus, 236. 

C. Baebius S., 457. 

Baebia Paulina, 236. 

Balbia Lucilia, 109. 

Balbia Paterna, 109. 

Beatius Circianus, 251. 
BELLICIVS F. D., 79. 

Blaenius Aulinus, 31. 
Blaenius Frontonis fil. Papi- 
ria, Lucilianus, 31. 
Blaenia Frontoniila, 31. 

Burcius L.. 237. 

Burcius Vippi f. dom. Sal., 
237. 

Burcia, 237. 

Burcia, M’. f. Secunda, 302. 
KaXtffTpc(TT)ç, 147. 

Au. Calpa.78. 

Au. Calp.,78. 

Calpa.. 78. 

A. Calpurnius P.. 71. 

Calpurnius Trophimus, 71. 
Calpurnia Pamphile, 19. 
Calvisius Aquinus, 122. 
Calvisius Rusticus, 122. 
Calvisia Tyche, 93. 

Cassius Paternus, 2. 

Sex. Cassius L. f. Cam. Albus, 

220 . 

Cattia Eucarpia, 222. 

Cattunia M\ f. Cornelia, 343. 

Celia For.. 426. 

M. C(laudius) Anthus, 309. 

Claudius Gallus, 252. 

Ti. Claudius Ti. Claudifilius He- 

lenus, 157. 

Claudia Ti. f. Prisca, 123. 
Claudia Thestyllis, 238. 

il. 


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Ciriacia? Secundina. 251. 

Cocceia Cbrvsis.. 105. 

M. Cœlius L. f. Fal. Crescens, 

299. 

L. Cœlius Nicander, 305. 

Q. Cœlius Nicephorus, 33. 

L. Cœlius Rufiuus, 33. 

Cominia Marcia, 255. 
Comisia Trauquilina, 300. 
Cornélius Zenon. 307. 
Cornelia Irena, 307. 

Cornelia Sabinella, 16. 
Cosconius Gallus, 297. 
Cremonius Albucius, 42. 
Cremonius AJbici fil. Aulinus. 

42. 

Cremonius Secundus, 345. 
Crispius? Ibzala, 297. 

M. Cupitius Paternus, 60. 
Domitius, 185. 

Cn. domitivs ahenobarbvs, 349. 
Domitius Félix, 37. 

Domitius Macasius, 97. 
Domitius Primogenius, 37. 
Domitius Soter, 37. 

Domitius Zosimus, 37. 

Q. Domitius Q. f.nus, 199. 

Domitia, 82. 

Domitia Felicissima, 97. 
Domitia Gratilla, 47. 

Domitia Hellias, 204. 
Domitia Paula, 44, 48. 

C. Elpidncs C. f. Faler., 

377*. 

P. Elvius P.f., 158*. 

P. L. f. Emilrus Paternus, 303. 
Eminius Paternus, 254. 

Q. ENIBOVDIVS MONTANVS, 324, 

325. 

P. Enistalius P. f. Claud. Pater¬ 
nus, 328. 

Enn.. 46. 

M. Ennius Marcianus, 45. 

M. Ennius Quadratus, 45. 

Ennia., 52. 

Ennia Fuscina, 22, 393. 
Ennia Marcianna, 45. 

L. Etereius Festus, 202. 

P. Etereius Litus, 235. 

P. Etereius Quadratus,210,409. 
P. Etereius M. Eterei Domes- 

tici f. Quiriua, Quadra¬ 
tus, 235. 


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Etereia Aristolais, 210. 

Eulalia .. 270*. 

Favonia Sanctissima, 176. 
Flavimius Muci li.Cremo¬ 

nius, 41. 

T. Flavius Adreition, 116. 

T. Flavius Aug. Liber., 388*. 
T. Flavius T. f. Hilario, 124. 

T. Flavius Moderatus, 116. 

Flavius Verini f. Quir. Sabi- 
nus, 168. 

C. Flavius Secundinus, 134. 

Fl. Secundinus, 276. 

R. Flavius Valerianus, 117. 

T. Flavius Valerius, 116. 

Flavia Paterni fil. Paterna, 
208. 

Flavia T. f. Priscilla, 123. 
il/. Fulvius 354* 

M. Fvlvivs m. f. q. n. flaccvs, 

354 (note). 

T. Galerius Eutychius, 204, 

D. Galerius Ferox, 140. 

C. Gallius Paternus, 394. 

Gavia Modesta, 122. 

Manius? Geminius Ingenuus, 
203. 

Geminia 203. 

C. Gracinus 273* 

Graecina C. f. Marciana, 21. 
M. Granivs Vitalio, 396. 
Graniæ Valeriæ, 396. 

Lucius Gratius Eutyches, 32. 
'HSuXo;, 145. 

Helvia Paterna, 211. 

Helvia M. f. Paterna 207. 

L. Herennius, 454. 

P. Hostio? 452. 

llaria Proba 216*. 

Idiote TtjxoOeou, 146. 

Julius, 391*. 

Ti. Julius, 188. 

T. Julius, 188. 

Julius Albiccianus, 226. 

M. Julius Albin us 353*. 

T. Julius Buccio, 197. 

T. Julius Capatius, 197. 

C. Julius Catullinus, 125. 

Julius Clemens, 15. 

T. Julius Condollus, 197. 

T. Julius Crigalo, 197. 

Julius Eugenius, 15. 

C. Julius Fiavianus, 105. 


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XIX 


T. 

C. 

C. 

C. 

Ti. 


Sex. Julius Montani f., Fronto, ' L. 

183. 

T. Julius Velaconis fil Glutacus? Q. 

187. 

Jvlivs Honoratvs.3,62. 63. 

M. Jvlivs Ligvr, 132. j 

Julius Marcianus, 16. 

M. Julius Martialis, 241. G. 

M. Julius Nigro , 376*. Q. 

M. Julius Onerus, 227. 

Sex. Julius Optatus, 183. I 

M. Julius Professus, 227. I 

Julius Severus, 195. 

T. Julius Successus, 434. 

C. Julius Valens J. f. Faler, 

332* 

C. J. Valens, 171. 

C. Julius Valerius, 172*. 

Ti. Julia, 241. C. 

Julia Celsa, 397. 

Julia Martia, 94. 

Julia Nialusa, G7. C. 

Julia Sempronia, 137. 

Julia Victorina, 81. 

T. Junius, 172*. 

L. Bla-Junius Cornutus, 206. 

C. Jvnivs C. F. Qivr Flavia- Q. 

nvs (intr . 5.). 

S ex tus Junius Sex. /. ruffus, 

333*. L. 

Junia, 248. 

Junia M. f. Tertulla, 299, 

305. 

Junia Valeria, 269. M. 

Juventia Sabina, 69. 

Larthial (Etrusque), 143. P. 

Licinius Dionysius, 256. 

Licinius Placidus, 256. P. 

Licioia C. f. Cupita, 320. 

Livius Herma, 38. 

M. Livius Nicostratus, 38. 

Livius Onesimus, 38. 

Livia Nice, 38, 

C. Lolius C. lib. Pol. Agraulus, L. 

348. L. 

M. Lolius C. f. Faler, 348*. 

Lucentius Rufani f. Bodio- 

nius, 185. M. 

Luciliæ Tynnae, 107. 

Lucius, 380. 

Lucius Primipilus, 379. L. 

Q. Luccunius Yerus. 120. 

Maecia Maeciani f.Valeria, 14. | 


Maelius Avitus, 394. 

Maelia Seeunda, 394. 
Manilius, 186. 

Manilia, Marcia, 45. 

Manilia Quintina, 208. 
Manilia Septimia, 217*. 
Mantius Luciferus, 319. 
Mantius Paternus, 200. 
Mantius Q. fil. Palat. Placi¬ 
dus, 319. 

Mantius Zenion, 319. 

Mantia Lucida, 319. 

Mantia Matura, 253. 

Mantia T. f. Salluca, 253. 
Manulia C. f. Aemilia?, 254. 
Marcia Verina, 342. 

Marcia Luccilla, 229. 

Marius, 387, 437, 455. 
Marius C. f., 202. 

Marius Julianus, 373. 

Marius Maternus, 373. 
Marius C. f. Mogio, 182. 
Marius Paternus. 373. 

Marius Ructicni f., 190. 
Maria Malerni fil. Lucilla, 
373. 

Matucius Albucianus, 95. 
Matucius Albucianus, 168. 
Matucius Mansuetus, 168. 
Matucius Quartiuus, 219. 
Matucia Paterna, 219. 
Maximia Quintina, 16. 

C. MEMMIVS MACRINVS, 165. 
Mel (souius) Pol (io) ? 459. 
Mettia Fuscina, 342. 
Metilivs p. f.tertvllivvns, 
301. 

Metilivs p. f. tertvllinvs, 
venoniavs, 301, 

Metilia Aurélia, 276. 

Metilia C. f. 202. 

Metilia Tertullina, 310. 
Mettius Pardus, 229. 
Millinics, 271'. 

Millinus Hermagoras, 372. 
Moccia Paterna, 321. 

Moccia Vera, 234. 

MoLTELIVS c. F. VOLT. SE- 
CVNDINVS, 88. 

Momius? 427. 

Montauius, 298, 380. 

Mucius, 180. 

Multelius Secundinus, 222. 


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XX 


M. Multilius Paternus, 109. 
Mummius Justas, 186. 
Murria, 413. 

Naevia Paterna, 35. 

M. Nemunius M. f. Cupitus,339. 
M. Nemunius Nepos. 339. 
Nevibius Lucinianus, 94. 
Ntxojxax 7 !* 148. 

L. Nonius Quadratus, 186. 
Nonia Paterna, 391. 
Numiniella Luciana, 94. 
Oconia Secundina, 233. • 
Octavius.... 443. 

M. Octavius Nepos, 137. 

M. Octavius Valerianus, 137. 
Octavia Valeriana. 
Pamphilius Varus, 194. 
Petronia Vera, 244. 

Placidia Prima, 336. 
nXœTtç, 144. 

L. Polfenius Cerdo, 319. 
Pompeius.... Macrus, 321. 
Pompeia, 406. 

Pontia Felicissima, 225, 
Pontia Primitiva. 225. 
Publius Niger ? 366. 

Sex. Publicius sex. f. Pol. 274*. 
Pulfn... (Etrusque), 142*. 
Quadratia Sextina, 34. 

Raiela Secundina, 120. 
Rausius? 346. 

Regius Ilermes, 100. 

Regius Aristius Primitivus, 

100 . 

M. Rufinius Félix, 1. 

L. Ruff'us 370*. 

M. Ruff'us, M. f. Falerna 

Mon ta n us Alpin us , 
370*. 

Rutilius, 39. 

Sabinius Geminianus, 18. 
Sallovius Achilaeus, 205. 
Sallovia Hilaria, 205. 

C. Salvius Virinus, 378*. 

Scipio A ufi.tenus S. f. fa- 
ler, 352. 

C. Secundius Gratinianus, 18. 

C. Secundius C. f. Paternus, 58. 

Secundinia Nepotilla, 223. 

P. Sucundus Severinus M. f., 

214*. 

L. Servilius Abascantus, 228. 

L. Servilius Eugenes, 228. 


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L. Servilius L. f. Rogatus, 228. 
Servilia L. lib. Lais, 228. 
Severius Severianus, 356. 
Sextia A uli f. 387*. 
Sextorius, 386. 

Spartacia Paterna, 221. 
Sosius?, 427. 

C. Subrius Seeundinus, 169. 

C. Subrius Severianus, 169. 

L. Sucius Velaci fi., 181. 

Sucius Velaci f. Maxsimus, 
181. 

Suetria Rufa, 218. 

Sex. Sulpieius Fronto, 56. 

Sex. Sulpieius G. f. Sabinus, 179. 
Sunius Aelius, 387*. 
Suthicus (Etrusque), 143. 
Tanganius Fronto, 403. 
Tti/.oOeoç, 146. 

Trebonius, 190. 

C. Tullius Flavianus, 67. 
Tullius Primus, 96. 

Tullius Valerius, 96. 

L. Valerius Blastus, 118. 

L. Valerius Byblus, 395. 

Valerius Cornelianus, 81. 

L. Valerius Frontinus, 53. 

L. Valerius Fronto, 30. 

M. Valerius Fronto, 392. 

Valerius Licinus, 240. 

M. Valerius Marcianus, 392. 

Valerius Marcus, 393. 

T. Valerivs Nepos Volt..., 

135. 

T. Valerivs T. f. Volt. Pa- 

ternvs, 135. 

Valerius Paternus, 48. 

Sex. Valerius Povipeianus ,355* 
P. Valerivs L. F. Qvir Pro- 

cvlvs (introd. 4.). 

P. Valerius C. filius Volt. Rus- 

ticus, 296. 

Valerius Secundus, 393. 

L. Valerius L. f. Secundus, 194. 

...lius Valerius Silvinus, 224. 
L. Valerius Velox, 48, 327. 

Valerius Victor, 223. 

C. Valerius Materni f..., 239. 

P. Valerius P. /’..., 338*. 

P. Valerius P. f. Faler..., 

372*. 

Valeria..., 73. 

Valeria Alpina, 224. 


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XXI 


Valeria CandidiUa, 223. 
Valeria Carmosine, 2. 
Valeria Elpis, 93. 

Valeria Marcella, 34. 

Valeria Marcianp, 92. 
Valeria Materna, 140, 211, 
226. 

Valeria M. f. Materna, 140. 
Valeria Paterna, 118, 240. 
Valeria Saturnina, 119. 
Valeria Secunda, 393. 

Valius Velox, 194. 

Varia Emerita, 397. 
Velabell..., 55. 

L. Velabellius..., 55. 

Velabellius Da..., 55. 
Velabius, 54. 

M. Velocius Cupitus, 47. 

Velocia Severina, 47. 

L. Veludius Valerianus, 20. 

T. Veniclutius, 83. 

Venusius Andron, 112. 
Venusius Victorinus, 68. 
Venusia Anthimilla, 112. 
Veratia Montana, 128. 
VerduccioP. f. Alpinus, 192. 
L. Verduccius Maternus, 221. 

P. Verduccius P. f. Paternus, 

192. 

L. Verginius Glaphyrinus, 68. 

Verginius Quietus, 310. 

P. Verginius Rhodion, 310. 

Verginia P. f. Paterna, 310. 
Verginia Paterna, 310. 
Verginia Quieta, 310. 
Verginia Restituta, 310. 
Verius Frequentianus, 248. 
Vérins Ursulus, 248. 
Vesuccia Hermogenia, 404 Ur . 
Vetia A ufilena C., 377*. 


Vettia Cupita, 306. 

C. Ventius C. f. Asiaticus, 

216*. 

Q. Viamelius Celer, 93. 

Viaria Atilia, 378*. 

L. Viattius L. f. Faler, 330*. 

C. Vibius..., 337. 

L. Vibbius Marcellus, 107. 

L. Vibius Acilinus, 68. 

Q. Vibius Quir. Salin. Capito, 

43. 

M. Vibius Longus, 406. 

Q. Vibius Secundianus, 43. 

Sex. Vibius C. f. Severus Sue- 

trius, 180. 

Vibia Materna, 42. 

Vibia Muci fil. Paterna, 21. 
Vibia Quinti (ou) Valenti 
f. Paterna, 21. 

Vigilia Lucilia, 405 Ur . 

Vigilia Mettia Massae filia, 
115. 

Vinicius Ingenui fi. Aulinus, 
42. 

L. Vinicius Martinus, 53. 

Vinicia Tertia, 53 
L. Vinnius T. f. Fal., 270*. 

C. Vippius Vippi f. Aberon, 344. 

L. Vippius Ligur, 152. 

Vippia Clementilla’, 255. 
(Tertia) Vippia Vippi f., 344. 
Viria Melpomene, 17. 

L. Vitelliics Victorinus , 217*. 

L. Ulattius, Macrinus, 302. 

L. Ulattius Macrus, 302. 

Ulattia, 345. 

L. Vocontius, 298. 

Voconia Primitiva, 117. 
Volusius, 440. 

R. Volusius Severus, 336. 


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XXII 



Abascantus, 228. 
Aberon, 344. 

Abruma, 248. 
Achilaeus. 205. 
Acilinus, 08. 

Adreitio. 110. 

Aelius, 380*. 

Aemilia ? 254. 
Agathemeri.s(fem.),247 
Afctro x).r,î. 132. 

Agilis. 435. 

Agraulus, 348. 
Ahenojiakrvs, 340. 
Albanus? 385. 
Albiecianus. 220. 

A Ibin us, 352*. 
Albucianus, 05, 108. 
Albuoius, 42. 

Albus. 220. 

Alioo, 184. 272*. 
Alpinus, 102.320.331*, 
330,300*. 370,371*. 
Alpina, 225. 

Andron, 112. 
Anthimilla, 112. 
Anthus, 309. 

Aquinus, 122. 
Aristolaïs, 210. 

A sia tiens, 210. 
Atticus (intr-.d. 1.). 
Ali/ia, 378*. 

A ufilon ns. 100*,353*. 
A u filon a, 377*. 
Aufreditonis, 300*. 
Aulinus, 31,42. 

A u lus, 387*. 
Aulusinus, 191. 
Aurelius. 276. 
Aurélia, 276. 

Avitus, 394. 

Axus, 15<3. 

Banno, 297. 

Barbarus, 184. 
Bassilla, 170. 


Table des Surnoms 

Bassus, 410. 

Blastus, 118. 
Bodionius, 185, UK), 
193. 

Buccio, 197. 

Burrus, 168, 401. 
Bvblus, 395. 
Calumniosa, 404. 
Candidilla. 223. 

C'a pat ius, 197. 

Capito, 43. 

Carmosine. 2. 

Castor, 453. 

Cato, 444. 

Celer, 93. 

Celsa, 397. 

Cerdo, 319. 

Certus, 195. 

Chrusis, 317. 

Chrysis, 74. 105. 
C-ircianus, 251. 
Clemens (maso*.), 15. 
Clementilla, 2.34, 255. 
Claudius, 215** 
Cœlianus, 07. 
Comanus, 183. 
Condollus, 197. 
Cornélius, 343. 
Cornelianus. 81. 
Cornutus, 206, 278. 
Cremonius, 41. 
Cresjens, 299, 425. 
Crestus, 438. 

Crigalo, 197. 

Cupitus, 47, 320, 339. 
Cupita, 306, 3.30. 

Da.55. 
Demencelo, 190. 
Dionvsius, 256. 

Doooo, 191. 
Domesticus, 235. 
Domitianus. 

Drusus, 386. 
Dyonisius, 189. 


Elpis, 93. 

Emerita, 397. 
Eucarpia, 222. 
Eugenes, 228. 
Eugemus, 15. 
Eutyehes, 32. 
Eutychius, 204. 
Eutyehia, 101. 
Euvaristus, 36. 
Expectatus, 275. 
Faustus, 188. 

Faustin a, 273*. 
Favor (maso.), 57. 
Felieianus, 397. 
Felieissima. 97, 225. 
Félix (maso), 1, 37. 
Ferox, 140. 

Festus, 202. 

Ficsjus, 415. 

Filete, 100. 

Fi.accvs, 354. 
Flavianus, 67, 105, 
(introd. 5.) 

Fortis (fem.) , 423, 
426. 

Frequentianus, 248. 
Frontinus, 53. 

Fronto, 30, 31, 56, 
183, 263, 392, 403. 
Frontonilla, 31. 

Fu.55. 

Fuscina, 22,343, 393. 
Fuseus, 57. 

Clallus 191, 252, 257. 
Cia lia, 230. 

Gavianus. 376. 
Geminianus, 118. 
Genesia, 405. 
Gennatus, 436. 
Glaphyrinus, 68. 
Glueus, 411. 

Glutacus, 187. 
Gratella, 47. 
Gratinianus, 18. 


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xxm 


Helenus, 157. 

Hellias (fem.), 204. 
Herma (masc.), 38. 
Hermagoras, 271*. 
Hermes, 100. 
Hermogenia, 405, ter. 
(H)eraclides, 424. 
Hilario, 124. 

Hilaria, 205. 

Honesta, 227. 
Honestilla, 227. 
Honoratvs, 3,62, 63. 
Ianvarivs, 164. 

Ibsala, 297. 

Ingénus, 42, 203. 
Irena, 307. 

Jucondilla, 23. 

Julian us, 373. 

Justina, 242. 

Justus, 186, 379,431. 
Lais, 228. 

Laurea, 198. 

Laurus. 198. 

Liberalis, 243. 

Licinus, 240, 243. 
Ligur, 132, 152. 

Litus, 235. 

Longus, 406. 

Luciana, 94. 

Lucida, 319. 
Luciferus, 319. 
Lucilla, 229, 373. 
Lucilia, 95. 109, 405 
ter. 

Lucilianus, 31. 

Lucina, 428. 
Lucinianus, 94. 

Lycus, (intr. 5.). 
Macazius, 97. 
Macrinus, 165, 302. 
Macrus, 302, 321. 
Maecianus, 14, 16. 
Mansuetus, 168. 
Mansueta, 98. 
Mareellus, 107, 218, 
300. 

Marcella, 34,106,302. 
Marcia, 45, 255. 
Mareianus, 45,392. 
Marciana, 2, 21. 
Marcianna, 45. 
Marcus, 393. 
M&rianilla, 246, 371'. 


Maritus, 106. 

Martia, 94. 

Martialis, 241. 
Martinus, 53- 
Mascvlvs, 167. 

Massa (fem.), 115. 
Masaurus, 177. 
Maternus, 221, 239, 
373 

Materna, 42,140, 203, 
207, 211* 219, 226, 
403. 

Matura, 253, 

Maxima, 184. 
Maximus, 181. 
Medullinus, 381, 382. 
Melpomene, 17. 

Mettia, 115. 
Moderatus, 116. 
Modesta, 122. 

Mogio, 182. 

Montanus, 183, 196, 
324,325,370*, 371*. 
Montana, 128. 
Musicus, 238. 
Mutumbal, 178. 

I Namura (masc.), 184. 

I Nepos, 135, 137, 339. 

1 Nepotilla, 200, 223. 
Nialusa, 67. 

Nicander, 305. 

Nice, 38. 

Nicentius, 57. 
Nicephorus, 33. 
Nicostratus, 38. 

Niger, 183, 365. 
Nigro, 376*. 

Onerus, 227. 
Onesimus, 38. 
Onesiphorus, 23. 
Oppius ?, 35. 

Optatus, 183. 

Orthrus, 72. 
Pamphilus, 19. 
Phampbile, 19. 

Panes, 177. 

Pardus, 229. 
Pathenope, 205. 
Paternus, 2. 27, 48, 
58,60,192,200,208, 
236, 254, 300, 303, 
328, 373, 394, 445. 


Paterna, 20, 21, 35, 
118, 207, 208,211, 
219, 221, 240, 248, 
251, 310, 341, 392. 
Paula, 44, 48. 
Paullinus, 401. 
Paullus, 401. 

Paulina, 230, 236. 
Philippus, 387. 
Philos..., 387*. 
Placidus, 256, 319. 
Polio? 459. 

Poila, 343. 
Pompeianus, 355. 
Posilla, 302, 320. 
Priamus, 220. 
Primipilus, 379. 
Primitiva, 117,225. 
Primogenius, 37. 
Primus, 96, 257, 259, 
379. 

Prima, 336. 

Priscilla, 123. 

Priscus, 320, 414. 
Prisoa, 123. 

Proba, 216*, 463. 
Proclus, 184, 263. 
procvlvs (introd. 4.). 
Professus, 227. 
Protogenia, 226. 

Psi m bal? 178. 

Pudens, 341. 
Pudentianus, 341,342. 
Quadratus, 45. 178, 
186. 210, 235, 400, 
409. 

Quartinus, 219. 
Quietus, 310. 

Quieta, 310. 

Quintina, 16, 208. 
Rasinus? 441. 
Regillus, 97. 

Régi lia, 401. 
Restituta, 310. 
Rhodion, 310. 
Rhodismianus, 170. 
Rogatus, 228. 

Romula, 170. 
Ructicnus, 196. 

Ru fan u s, 185. 
Rufinus.33,169(int.9). 
Ruffina, 304. 

Rufina, 306. 


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XXIV 


Ruffïcs, 333. 

Rufus, 186, 306. 
Rufa, 218. 

Rusticia, 276. 
Rusticus, 122, 296. 
Sabinus, 168, 179. 
Sabina, 69. 

Sabinella, 16. 

Salluca, 253. 
Saturninus, 119. 
Saturnina, 227. 
Sanctissima, 176. 
Scaevaeius, 153. 
Scaevianus, 74. 
Secundianus, 43. 
Secundinus, 88, 102, 
169, 222, 276. 
Secundina, 81, 120, 
233, 251. 

Secundus, 57, 194, 
387', 393, 346. 
Secunda, 39,302,320. 

393, 394. 
Sempronius, 195. 
Sempronia, 137. 
Septentrio, 70. 
Seplimia, 217*. 
Severianus, 169, 357. 
Severinus, 166, 214*. 


Severina, 17, 47. 
Severus, 28,180,193, 
347. 

Sextina, 34. 

Silvinus, £24. 

Soter, 37. 

Suetrius, 218. 

Supra, 379. 

Tépirwv, 65. 

Tertius 191, 336. 
Tertia, 53. 

Tertulla, 25,299,305. 
Tertullinus, 301. 
Tertulinus, 301. 
Tertullina, 310. 
Thestyllis, 238. 
Tranquillina, 300. 
Trophimus, 71. 
Tulatuna, 54. 

Tutus, 60. 

Tyche, 93. 

Tynua, 107. 

Valens, 21,171*, 332*, 
389*. 

Valerianus, 20, 117, 
137. 

Valeriana, 232. 
Yalerius, 116, 117, 
172. 


Valeria, 14,232,269*, 
396. 

Varus, 194. 

Vastus, 401. 

Veamona, 320.' 

Yelia, 57. 

Vellaco; 187. 

Velox, 48, 194, 327, 
343. 

Venimus, 381. 
Vennonianus, 301. 
Verinus, 168. 

Verina, 342. 

Verus, 98, 120, 244, 
343. 

Vera, 234, 244. 
Victor, 223, 422. 
Victorinus, 68, 217*. 
Victoriua, 81. 

Vipus, 152. 

Vippus, 257. 

Virinus, 378*. 
Vitalio, 396. 

Ursulus, 248, 

Ursus, 236. 

Zenion, 319. 

Zenon, 307. 

Zosimus, 37,27* 


III 


Dieux, Déesses, etc. 


Abinius, 324. 

Aesculapius et Hygia? 157. 
Appolinus, 309. 

Atppo8tT7). 65. 

Centondis, 149. 

Domus Divina, 324, 325, 356. 
KuTrptç, 65. 

Fagus, 58. 

Hercules, 150. 

» deus sanctus, 158*. 

» Sacrum, 229*, 330*,349* 

Idaea Mater, 2. 

Jovis, 136. 


Jovis Optimus Maxim ils , 353*. 
Jovis O. M. ceterisq. dii deœq- im- 
mortales, 151. 

Juno regina, 310. 

Juno sacrum, 160*, 352*. 
Lavaratus, 50. 

Maiurrus, 134. 

Mars Cemenelus, 152. 

» Jeusdrinus, 350. 

» Olloudius, 134. 

» (S)egomon, 326. 

» Vintius, 1. 


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Mater deum,Idaea,Optima Sanc- 
tissima, 351*. 

Matronae Vediantiarum, 327, 328. 
Mercurius, 33, 153. 

» Arcecius, 356. 

» Sacrum, 159. 

Neptanns, 128. 
n«v, 130, 132. 

Serapis, 161*. 

Silvanus, 155. 

» Deus Sacrum, 154. 
(T)orevaius. 325. 

Trittia, 406. 


Diis Manibus, 14, 23, 24, 30, 32, 
38, 68, 69, 70, 78, 93, 95, 96, 
97, 100, 106,107,112,116,117, 
119, 120, 140, 150, 200, 204, 
216*, 233, 239, 240, 243, 248, 
256, 301, 306, 339, 345, 346, 
368*, 371*, 372*, 377*, 378*, 
388*, 389*, 394, 396,397, 405 Ur . 

Diis Manibus Sacrum, 338*, 390*. 

Diis Manibus et Mémorisé, 18. 

Manibus et Memoriae, 17,170. 

Memoriae Sanctissimae, 169. 


IV 

Empereurs et personnes de la famille impériale 


AVGVSTE 

An de Rome 742, av. J.-C . 12 : 
lmp. Cæsar Augustus, imp. X, 
trib. pot. XI (militaires) 281, 
286, 288, 289, 293, 313. 

An de R. 747. Av. J.-C. 7 : Imp. 
Cæsar divi filius Augustus Pont. 
Max. imp. XI11I, trib. pot. 
XVII, 279. 

De R. 751, a J.-C. 3, pont. max. 
cos. XII, desig. XIII, imp. 
XIIII, trib. pot. XX, 133. 
Années incertaines : Imp. Cæs. 
Aug. div.... Pont, max trib.... 
280, 360. 

An. incer. : Imp. Cæsar Aug. ; 
(milliaires) 335*, 364*. 

TIBÈRE 

De J.-C. 31, Tib. Caes. divi Aug. 
f. Augustus, pont, max, trib. 
pot. XXXII (milliaire), 108. 

. CLAVDE 

An. incer. Tib. Claudius Cæsar 
Aug. Germ-, (introd. 1). 

Tib. Claud. 141. 

NERVA 

Divus Nerva, 6, 75, 79, 162, 163, 
258, 282, 290, 291, 294. 


TRAJAN 

Divus Trajanus, 75, 79, 162, 163, 
282, 290, 291. 294. 

HADRIEN 

De J.-C. 124, Imp. Cæsar, divi 
Nervae Nepos, divi Trajani 
parth. f. Trajanus Hadrianus 
Aug. pont. max. trib. pot. VIII, 
cos. III., p. p. procos., 79. 

De J.-C. 125. lmp... trib. pot. IX, 
cos. III., 282, 290, 291, 294. . 

Divus Hadrianus, 75,162,163. 

ANTONIN LE PIEVX 

Divus Antoninus pius, 75,162,163. 

MARC AVRÈLE 

An. incer. Dominus Imperator M. 
Aurelius Antoninus Aug. 324, 
325. 

COMMODE 

De J.-C. 121, Imp. Commodus, 
cos. III, 168. 

Divus Commodus, 162. 

L. SEPT. SÉVÈRE 

De J.-C. 195, Imp. Cæsar L. Sep- 
timius Severus, pius, felix, Aug. 
Arabicus, Adia béni eus, trib. pot. 
III, imp. VII, cos II... 357. 


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XXVI 

De J.-C. 198. Imp. Cres. divi M. 
Antonini pii germ. Sarm., filio, 
divi Commodi fratri divi Antonini 
pii nep. divi Hadriani pronep. 
divi Trajani parth. abv. divi 
Nervae adnep. L. Sept. Severus 
pius, pertinax, Aug. Arabicus, 
adiabenicus. parth. max. pont, 
max. trib. pot. VI, imp. XI, cos. 
II, procos., 75, 162, et 163. 

CARACALLA 

De J.-C. 198, Imp. Cæs. L. Sept. 
Severi, pii, per*in. Aug. Arab. 
Adiaben, parth. max. filius 
div. M. Anton, p. germ. Sarm. 
nep. div. Ant. p. pronep. divi 
Hadriani abnep. divi trajani 
parth. et divi Nervae adnepos M. 
Aurel. Anton. Aug., 163. 

De J.-C. 213. Imp. Cæs. M. Aure- 
iius Antoninus aug. felix, parth. 
max. britannic. max. trib. pot. 
(XVI) cos. IIII, p. p. procos., 
10, 62, 63. 

An. incert. Imp. Antoninus p. f. 
Aug., 283, 284, 285. 287. 292, 
295, 311, 313, 314, 315, 316 
( mill .). 

Domin. NN. Augg. (introd. 6). 

PL A VTIEN 

Fulvius Plautianus, praef. praet. 
(introd. 6). 


PHILIPPE et son fils. 

Entre'2VÔ et 247 ap.J.-C. M. Ju¬ 
lius Ph'lippus, M. Julii Philippi 
aug. filius Cæs. nobil. nostr. pr. 
Juv., 8. 

DÈCE 

De J.-C. 250. Imp. Cæs. Cn. Mes- 
sius Quintus Trajanus Decius, 
pius, felix inv. Aug. pont. max. 
trib. pot. III, cos. 11. procos.,9. 

VALÉRIEN et GALLIEN 

Av. 259 ap. J.-C. D. D. nn. Va- 
lerianus et Gallienus, 4. 

Vers la même époque ; Gallienus 
Junior Aug. Noster., 164. 

(id.). Gallienus Aug. N., 405 bis. 

CORNE LIA SA LO NI N A 

(Id.). Cornelia Salonina sanctissi- 
ma, conjux Gallieni Junioris 
aug. n., 164. 

.Conjux Gallieni aug. nost., 

405 bis. 

P. LICINI VS CORNELI VS 
VA LE RI A N VS 

(Id.). P. Cornélius Licinius, Vale- 
rianus nobil. Cæs. princeps Ju- 
vent., 4. 

P. LIC INI VS CORNE LI VS 
SALON IN VS 


HELIOGABALE 

De J.-C. 220. Imp. Cæs. div. An¬ 
ton. fil. div. Severi nep. M. Au¬ 
rel. Antoninus pius, fel.Aug.trib. 
pot. III. cos. III. p. p., 5. 

MAX IM IN 

De J.-C. 235. Imp. Cæs. Caius 
Julius Verus Maximinus, pius, 
felix, invictus. aug. p. m. trib. 
pot... p. p. proc. cos. desig., 11, 
12 . 


P. Cornélius Saloninus Valerianus 
nobiliss. Cæs. 358. 

AVRELIEN 

Entre 270,jt 275, de J.-C . 

pius princeps. inv. Aug., restitu- 
tor orbis providentissimus, rétro 
princeps, ac super omnes fortis. 
(introd. 9). 

(Id.). Imp. Cæs. L. Domitius Aurp- 
lianus pius, fel. inv., Aug. pont, 
max., 359. 


GORDIEN 


PROBVS 


De J.-C. 239. Imp. M. Antonius 
Gordianus, pius, felix, Aug. 
pont. max. trib.pot. p.p. cos., 7. 


De J.-C. 280? Imp. Cæs. M. Aurel. 
Probus p. f. inv. aug. (cos III., 
p. p.), 362. 


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CONSTANTIN 


Après 310 de J.-C. Imp. Cæs. Fl. 
Yal. Constantinus p. f. aug. divi 
Maximiani aug. nep. divi Cons- 
tantii aug. p. filius, 64,110,129, 
173,175, 365% ( militaires) 398. 


Après 310 de J.-C. Imp. Cæs. 
Constantinus, 103. 

(Id.). Imp. Cæs. div_174. 



ANNSBS 


de 

Rome 

de 

J.-C. 

872 

119 

877 

124 

934 

181 

947 

194 

966 

213 

973 

220 

988 

235 

992 

239 

1003 

250 

1042 

279 


Consuls 

HADRIEN COS. III, voy. numéros 79, 282, 290, 291,294. 
lmp. Caes. Trajanus Hadrianus Aug. III et... (Borghesi 5, 
p. 63.). — Suffecti A. Platorius Nepos et ... Gallus, en 
fonctions en mai ;—C. Herennius Dolabella? et L. 
Rufus, en fonctions en décembre. 

M. AC1L1VS GLABR10 et C. BELLICIVS TORQVATVS. 
COS. Voy. n° 79. 

M. Acilius Glabrio et C. Bellicius Torquatus. — Su/f. C. 
Julius Gallus et C. Valerius Severus, en fonctions en 
décembre. 

COMMODE III et ANTISTIVS BVRRVS COS., voy. 
n° 168. 

Imp. M. Aurelius Commodus Antoninus Aug. III et Antis- 
tius Burrus Adventus. 

SEPT. SEVERE COS. II., voy. n° 162, 357. 

Imp. Caes. L. Sept. Severus Pertinax Aug. II et D. Clodius 
Albinus Caesar. 

CARACALLA COS. IV, voy. w" 62, 63. 

Imp. M. Aurelius Antoninus Aug. IV et D. Coelius Balbinus 
11. — Suff. M. Antonius Gordianus et Helvius Pertinax. 
— Maximus et Aelianus. 

HELIOGABALE COS III, voy. n° 5. 

Imp. Caes. M. Aurelius Antoninus (Elagabalus) Aug. III et 
P. Valerius Comazon quiet Eutiohianus. 

MAXIMIN COS. DES1GNATVS, voy. n° 11 et 12. 
Consul en 236; Imp. Caes. Maximinus p. f. Aug. et M. 

Pupienius Africanus. 

GORDIEN (111) COS., voy. n* 7. 

Imp. M. Antonius Gordianus et M. Acilius Aviola. 

DÈCE COS. II, voy. n° 9. 

Imp. Caes. C. Messius Quintus Trajanus Decius Aug. II et 
Annius Maximus Gratus. 

PROBVS COS. III ? voy. n» 361. 

Imp. Cæsar M. Aurelius Probus Aug. III e^Ovinius Pater- 
nus. 


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XXVIII 



Fonctions publiques supérieures 


PROCONSULS 


An 

» 

» 

» 

» 

» 

» 


152 av. J.-C. Cn. Domitius 
Ahenob. Procos, 349. 
124 ap. J.-C. Hadrien, 79. 
198 » Sept. Sévère, 75, 

162,163. 

213 » Caracalla, 10,62, 

63. 

235 » Maximin, 11,12. 

250 » Dèce, 9. 

280 » Probns, 361. 


TRI VM VIRI 

C. Julius Valerius C. f. Fal. 
IIIVIR, 172*. 

PRÆFECTI 

Praefectus Aegypti (introd. 5.1. 
» Annonæ (introd.4,h.). 

» Civitatium in Alpibus 

Maritumis(m<rorf.l.) 
» Civitatium Mosiæ et 

Treboliæ (introd. 1). 
» Vebiculationis ( introd. 

6 .). 

PRAESIDES 

Præses Alp. Cott. et Marit. ( introd. 

6A. 

» et Procurator Alp.-Marit. 
(supplément) , Præsides 
Alp.-Mar., 166, 167. 

PROCVRATORES 

Proc. Aug. Alp.-Marit., 3,62,132, 
151 (introd. 4, 5, 9.) et 334*. 
Procurator provinc. Asiæ (introd. 4) 
» » Cappadociæ (id.) 


Procurator Provinciarum trium Da- 

ciarum (id.). 

» Hisp. Cit. per Asturicam 

et Gallæc. (introd. 5.) 
» Prov. Lugdun. et Aqui- 

tan. (introd. 5.). 

» T. Claud. Cæs. Aug. 

Germ. in Norico (in¬ 
trod. 1.). 

» Augg.n.n. (introd. 6.). 

» A. Rationibus (introd. 

4. 5.). 

Promagister XX hereditatium ( in¬ 
trod. 5.). 

Delectator Aug. pro censore prov. 

ulter Hispan. 

Bætic (introd. 4.). 

Duçenarius episcepsis Choræ infe- 
rior, 151. 


Episcopus, 165. 

Agonotheta, 165. 

Commentariens Alp.-Marit., 170. 

Advocatus fisci (introd. 6.). 

Patronus provinciæ, 163, 171*, 
172*. _ 

Flamines provinciæ, 168, 169. 
Pontifex minor (introd. 5.). 
Haruspex..., 217*. 


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XXIX 


VII 


Constitution militaire 


ARMÉE 

Classis Alexandrins potamophylacia 
(introd. 4.). 

Cohors VIII praetoria, (introd. 1.). 

» XIIII urbana, 336. 

Legio III Italica, 324. 

» III Italica Gordiana, 356. 

» III Gallica, 376. 

» IV...? 366. 

» V...7 49. 

» V Macedonica ( introd . 1.1. 

» VII Claudia, pia, fidelis (in¬ 
trod. 4.). • 

» VII Gemina, felix, 194. 

» VIII Gemina (introd. 5.). 

» XI Claudia (introd. 6). 

» XIIII Gemina Martia Victrix, 
327 

» XX Vaieria Vixtrix, 195. 

» XXII primigenia, pia, fide¬ 
lis, 105, 328. 

»> Ligurum, 338% 367*, 372*. 
Ala Asturum (introd. 6). 

» Dalmatorum, 117. 

Cohors Antipolitanorum? 259. 

» Alpinorum, 54. 

» Gaetulorum, 178, 191, 296, 

» Ligurum, 181, 182, 183, 

185, 190, 369', 370*, 
371*. 

» Ligurum et Hisp. civ. rom. 
179,180. 

» I Ligurum, 192, 298. 

» III Ligurum, 386. 

» 7 Ligurum, 331', 369’, 

371'. 

» Montanorum, 196, 197. 

» Nautarum, 186, 187, 188, 
189. 

» Trachum Syriaca (introd. 

4). 

» Tungrorum?, 49. 


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GRADES 

Tribunus Militum Coh.VIII. praet. 

(introd. 1.). 

» Leg. III gallica, 

» 376. 

» » VII cl. p. 

f. (intr.- 

4 > 

» » VII gemi¬ 

na ) in¬ 
trod. 5). 

» » XI Claudia 

(introd. 

6 ). 

» » .184. 

» Leg... 172*. 

Prœfectus Militum cohor.7 Lig. 
331’, 369% 371*. 

Praef. Milit. Legionis Ligur. 
coh. 7, 367*. 

Primipilus leg.V. macedonica (in¬ 
trod. \). 

» iterum ( introd. 1.). 
Ex-primipilus, 3, 62. 

Praefectus Alae Asturum (introd. 

6 >- 

» Cohortis Tracum Syria- 
cæ (introd. 4.). 

Centurio cohortis XIIII urbanae, 

336. 

» Legionis III Italicæ, 324, 

325. 

» » IV...., 366. 

» » XXII prim. piæ 

fîd., 328. 

» Cohortis Gaetulorum, 

178, 191. 

« » I, Lig. et 

Hisp. c.r. 

179, 180. 

» » Ligur. 183, 

190. 


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XXX 


Centurio Cohortis Naut., 186,187. 

» » . 297. 

Optio leg. XXII pr. p. f., 328. 
CorniculariusLeg.XXII pr.p.f.105. 

» cohor. Ligur., 191. 
Vexillarius coh. 1. Lig. et Hisp. c. 
r. 179. 

Beneflciarus consularis, 356. 
Missicius, 298. 

Miles duplicarius, 188. 

Tubicen coh. XIIII urbanæ, 336. 

» » Naut. 189. 

Miles, Cohor XIIII urb., 336. 

» Legionis VIII, Aug., 176. 

» » VIII, gem. fel., 

194. 

» )> XIIII gem. mart. 

vict., 327. 

» • » Ligurum , 338*. 

» Leg. 193, 337. 

» Cohortis Alpinorum, 54. 

» » Antipolitanorum ? 

259 

» » Gaetul.,178,191, 

296. 

» » Ligur., 181,182, 

183, 185, 190. 

» Coh.. 263, 366. 

» Coh. III Ligur., 385. 


Miles Cohor. I. Ligur., 192. 

» » I Montan., 196, 197. 

» » Naut. 186,187, 188, 

189. 

» » pr. Tungrorum? 49. 

CAVALERIE 

Eques Ala Dalmatorum, 177. 

Eques__ 259. 

STIPENDIA 

Stipendia XVII vix. an. XXXV, 
mens. XI, dies XXV, 105. 

» XI, 180. 

» XXV, 196. 

» XXX, 197. 

CENTURIES 

Centuria Galli Aulusi, 191. 

» T. Julii Restituti, 187. 

» Justini , 366*. 

» Muci, 180. 

» Mummi Justi, 186. 

» Nigri Commani, 183. 

» Claud. Repentini, 327. 

» Ruflni, 179. 

» Trebonii, 190. 

» Volusii Severi, 336. 


VIII 

Peuple Romain, Tribun 

Roma domus, 170, 381. 332*, 348*, 351*, 358*, 367*, 

Cives romani, 179, 398. 370*, 372*, 381*. 

Aniensi tribu, 184 (dom. incert.). Palatina, 319 (Lanuvium), 348? 
Arniensis tribu, 218 (Histonium.) Papiria, 31 (Brigantium). 

Camilia trib., 220 (dom. incert.). Pollia, 376 (Industria), 348? 

Claudia trib. (introd. 1.) (civit Quirina, 43 (Salinium) (introd. 2.) 
Sævatum et Laiancorum), 195, (Malaca) (introd, 5.), 235. 

236, 252, 328 (Cemenelum). Voltinia, 88, 135 (Antipolis), 257, 
Falerna trib. 213*, 270*. 299, 300, 296. 

320 (Albintimilium), 330*, 331*, 


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XXXI 


IX 


Ordre équestre 

Vir egregius (introd. 9.),151,164, Eques poblicus, 102, 135, 198, 
166,167, 301. 214*, 319, 324, 325. 


X 


Affranchis, Officiers, Esclaves 


Ang. Libertus, 170, 388*. Officiales, 199, 201. 

Libertus, 41, 126, 188, 202, 228, Adjutor tabullarius ( introd , 6.). 

237,262,310.389*. Dispensator arcæ (id.) 

Liberta, 67, 202, 225, 228, 389*. Servus, 132 ( introd . 6.), 178. 
Magister offioialium ( introd . 6.). AoüXo;, 132. 



Provinces et Cités, etc. 


Acitavones, 279. 
albintimilivm tribu Falerna. 
Albintimiliensi domus, 184, 194. 
Decuriones, 300. 

Duumviri, 299. 

Aediles, 299, 320. 

Questor, 299. 

Flaminica, 310. 

Almanticenses, 150. 

Alpes Cottiæ et Maritimæ ( introd. 

5!). 

Alpes Maritimæ. 3 ( introd . 1,4,5, 
9, 13,) 162, 163, 168, 170, 171', 
332*, 334*, 398. 

Ambisontes, 279. 
antipolis, tribu Voltinia. 

Antipoli domus, 296. 

Urbs, 70, 76. 


Decuriones, 67, 135. 

Duumviri, 88, 135. 

Flamines, 88, 135. 

Pontifices perpetui, 79 ? 135. 
Sacerdotes, 86, 113. 

Flaminica, 113. 

Seviri Augustales, 112. 

Incola, 67, 397. 

OuiXapiot, 92. 

Collegium Antipolitanorum, 89. 
Collegium Utriclariorum, 125. 
Fanum Iovis, 136. 

Theatrum, 70. 

Tevixov, 92. 

Equités publici, 102, 135. 
i Aquitanica provineia ( introd . 5.). 

| Asia, prov. (introd. 4.). 

! Asturica prov. (introd. 5.). 


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XXXII 


Bagienni, 353*. 

Bodingomagus, 348, 376. 

Breuni, 279. 

brigantivm, tribu Papiria. 
Brigantiones, 373. 

Suburbii Brigantiones, 398. 
Ordo, 358, 359, 374, 375 ? 
Decuriones, 31, 60, 373, 398. 
Duumviri, 31,373. 

Flamines, 31,373. 

Patronus, 373. 

Brigiani, 279. 

Brixenetes, 279. 

Brodiontii, 279. 

Calucones, 279. 

Cappadocia provincia ( introd. 4.). 
Camumni, 279. 

Catenates, 279. 

Catina domus, 67. 

Caturiges, 279. 
cembnelvm, tribu Claudia. 

Mars Cemenelus, 152. 
Cemenelensi domus, 157, 160*, 
195, 328, 338*, 38L 
Incola Cemenelei, 1, 355*. 
Civitas, 199, 200, 339,381, 383. 
Urbs, 264, 456. 

Ordo, 164, 166. 

Decuriones, 198, 199, 201, 202, 
207,208,211,212,213*, 214*. 
331*, 334*, 339. 

Patronus, 166, 331*, 376*. 
Quattuorviri, 214*. 

Duumviri, 199, 200, 203, 213*, 
216*, 333*, 339. 

Duumvir munerarius, 339. 
Duumvirquinquenalis, 165. 
Questor 213*. 

Procurator alimentarius ,333*. 
Præfectus produumvir quinque- 
nali, 165. 

Questor Alimentarius , 214*. 
Haruspex , 217*. 

Agonotheta, 165. 

Adjutor a rationibus , 377*. 
Curator Kalendiararum pecu- 
niœ, 213*. 

Curator pecuniœ publicæ, 
333*. 

Curator Cemenelensium, 214*. 
Curator frumentarius, 333*. 
Aedilicius, 209. 

Flamines Civitatis, 200, 339. 


Flamen divi Cœsaris perpé¬ 
tuas, 376*. 

Flamen divi Nervœ, 331*. 
Sextumviri 199, 378*. 
Sextumviri Augustales urbani, 
201 . 

Sextumviri Augustales, 204, 
353*, 355*. 

Collegia tria quibus ex Senatus 
consulte coire permissum est, 
167. 

Collegia tria, 199. 

Collegia, 167, 199, 201. 
Patronus collegium trium, 167. 
Collegium Centonariorum, 210. 
Collegium dendrophororum 206, 
212 . 

Magister Collegii dendrophoro¬ 
rum, 206. 

Patronus Collegii Dendropho¬ 
rorum, 212. 

Equités publici, 214% 324, 325. 
Tabernari, 171*. 

Officiales; 199, 201. 

Chora inferior, 151. 

Cossuanetes, 279. 

Daciæ (très provinciæ) (introd. A.) 
Ectini, 279. 

Edenates, id. 

Eguituri, id. 

Esubiani, id. 

Focunates, id. 

Forvm ivlii, 168. 

Duumvir, 168. 

Gallaecia provincia [introd. 5, 13). 
Gallitæ, 279. 

Genaunes, 279. 

Hispania Citerior, {introd. 5). 
Hispania Ulterior (Bætica) [introd. 

4). 

Histonivm tribu amiensi. 
Decuriones, 218. 

Aediles, 218. 

Quatuorvir Juredicundo, 218. 
Quatuorvir quinquenalis, 218. 
Questor, 218. 

Patronus municipii, 218. 

Flamen divi Yespasiani, 218. 
Eques publiais, 218. 

Iconii, 349. 

Isard, 279. 

Indvstrià tribu Pollia, 348, 376. 
Decuriones, 376. 


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XXXJII 


Flamen, 376. 

PatroDus, 376. 

Collegium centonariorum, 348. 
Laiancorum civitas (introd. 1). 
Lanwivm tribu palatina 301, 319. 
Lauro Lavinensi domus, 301. 
Aedües, 319. 

Duumvir, 319. 

Saeerdos, 319. 

Egregius vir, 301. 

Lepontii, 279. 

Licates, 279. 

Ligures, 353*. 

Lugdunensis provincia ( introd. 5. 
13.). 

malaca, tribu Quirina. 

Decuriones (introd. 4.). 
Respublica Malacitanorum ( intr. 

*•)• 

Patronus Reipublicæ (introdA.) 
massilia. 

Massilienses, 3. 

Questor, 165. 

Duumvir, 165. 

Mœsia provincia (introd. 1, 6.). 
Montani, 353*. 

Nantuates, 279. 

Nemalones, 279, 

Nematuri, 279. 

Nemesii, 19. 

Nerusii, 279. 

NICÆA. 

Nicaenses, 165. 

Nicia Colonia, 215*. 

Censor Quinquenalis, 215*. 
Patronus Coloniæ, 215*, 334*. 
Episcopus Nicænsium, 165. 
Nicomedia domus, 151. 

Noricum (introd. 1.6.). 

Oratelii, 279. 

Pannonia provincia (introd. 6.). 
Iletpatéu;, 144. 

pvteolanorvm respublica, 318. 
Curator Aediura sacrarum et 
publicum, 318. 

Rucinates, 279. 

Rugusci, 279. 


Sævatum civitas (introd. 1.). 
£aXoc;juvta, 147. 

Salassi, 279. 
salinivm, tribu Quirina. 

Civitas, 171*, 332*. 

Domus, 1,43, 237. 

Decurio, 168. 

Duumvir. 168. 

Patronus, 332*. 

Sextumviri, 1, 171*, 332*. 
Salinenses, 168. 

Tabernari, 168. 

Salluviei, 354*. 

Seduni, 279. 

Sicilia provincia, 67. 

Sogontii, 279. 

Suanetes. 279. 

Suetri, 279. 

Treballia provincia (introd. 1.). 
Tricorii, 349. 

Triullati, 279. 

Trumpilini, 279. 

Uberi, 279. 

Uceni, 279. 

Varagri, 279. 

Vediantii, 327, 328, 354*. 

Veamini, 279. 

Yelauni, 279. 

Vennonetes, 279. 

Venostes, 279. 

Vergunni, 279. 

Vindelici, 279. 

V1NTIVM. 

Mars Vintius, 1. 

Civitas, 7, 8, 10. 

Ordo, 4, 6? 

Decuriones, 20, 21, 42. 

Omnibus honoribus functus, 42. 
Quattuorvir, 39. 

Duumvir, 42. 

Magistratus, 20. 

Sacerdotes, 2, 20, 42. 

Collegium Juvenum lignariorum 
nemesiorura, 19. 

Vintienses, 4, 6, 7, 9, 10. 
Vocontiei, 354*. 



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XXXIV 


XII 

Pagi, Vici 

Pagus Licirrum, 210. 

Pagus Star (onensis), 58. 

Pagus Beritum, 350- 
Vicus A(ltus), 50. 


Vieus Cuntimis, 320. 
Vicus Revolis, 210. 
Vicus Velacium, 58. 


XIII 

Fonctions Municipales 


Patrons, (introd. 1), 100, 215* 
218, 222*, 331*, 370. 

Omnibus honoribus ftincti. 12. 

Décurions, 20,21,31.12.130.07.135 
(introd . 4.) 108. 108, 100 
201. 202. 207. 208, 211, 212* 
213*, 214*. 218, 300, 331* 
334*, 330. 373, 37(3, 308. 

Quattuorvirs juredioundo, 218, 

Quattuorvirs quinquenales, 218. 

Quattuorvirs, 30. 214*. 

Duumvirs, 31. 42, 88, 135, 105. 
108, 199, 200, 203, 213*, 210*, 
290, 310, 333*, 330, 373. 

Duumvir Juredicundo (introd. 1). 

Duumvirs quinquennales, 105. 

» munéraires, 339. 

Préfets pour le duumvir. 105. 

Ediles, 200, 218, 209, 319, 320. 

Questeurs, 105, 213*, 218, 299. 

Prêtres, 2, 20, 42, 80, 113, 310. 


Procureur alimentaire , 335*. 

Aide aux rations, 377*. 

Questeur alimentaire, 214*. 

Curateur des deniers Kalendai- 
res . 213* 

Curateur des deniers publics , 
333*. 

Curateur au froment, 333*. 

Censeur </uin</uennat, 215. 

Pontifes perpétuels, 70, 135. 

Magistrats, 20. 

Flamines de divinités, 310. 

Flamines d'Auguste, 331*, 370. 

Flamines, 31, 88, 135, 200, 339, 
373. 

Flaminiques, 113, 310. 

Sevirs, Augustaux. urbains, etc., 
112, 171*, 201, 204, 253*, 332*, 
355*. 

Haruspice, 217*. 


XIV 


Antipolitains, 89. 
Centenaires, 210, 348. 
Dendrophores, 206, 212, 
Lignaires, 19. 


Corporations 

Marchands de blé et d’huile com¬ 
merçant avec l’Afrique, ( intr . 5 ). 
Aubergistes, 168, 171*. 

Officiers, 199, 201. 


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ERRATA 


Page 

8 Ligne 19, lisez : fictives , et non physiques. 

16 Avant-dernière ligne, lisez : DEVOTVS, et non DETOTVS. 

39 Ligne 18, lisez : auquel et non à laquelle. 

69 > 13, lisez : aveôrjxe, au lieu de ovadipo). 

70 > 28, lisez : Centondi avec un seul i. 

96 » 4, lisez : Comment ariens, et non Commentariensis. 

120 » 12, lisez : Virunum et non Viranum. 

130 > 5, lisez : Junius au lieu de Julius. 

132 Inscription n°210, ligne 12. lisez : CORONARENT et non CORONALENT. 

133 Ligne 37, lisez : sigles et non signes. 

148 > 24, lisez quo et non qua. 

152 Inscription n® 234, ligne 2, lisez : VIXIT et non VIVIT. 

156 Ligne 17, lisez : Titae au lieu de Titcee. 

165 > 19, lisez : FECERVNT et non FECFRVNT. 

176 » 11, lisez : Rucinates et non Rusinates. 

176 > 21, lisez : Trwnpilini et non Trunpilini. 

178 > 1, lisez : Fr. 3 et non Fr. 2. 

188 » 20, lisez : Souches et non Souches. 

207 Inscription n° 294, ligne 3, lisez : Parthici et non Partici. 

219 Ligne 10, lisez : Verginius au lieu de Virginius. 

222 » 23, après « que Maurand a vue > lisez : Je la cite, etc. 

223 a 23, Filonardi et non Falonardi. 

226 > 30, lisez : Nepotœ et non Nepotœe. 

230 > 6, lisez : Abinius et non Albinius. 

244 Inscription n° 341, lisez : rien d’écrit dans , etc. et non rien d'écrit de, etc. 

245 * n° 343, lisez : PARENTIBVS avec un V et non avec un U. 

258 > n° 356, ligne 6, lisez : RI AN VS avec un V et non avec un U. 

260 * n° 358. Par suite d’une faute typographique incompréhensible, 

le mot ORDO qui formait la septième ligne de l'inscription entre les 
mots : CÆSARI et BRIO, a été omis, ce qui réduit l'inscription & sept 
lignes au lieu de huit que portait ma copie. 

270 Inscription n° 373, ligne 8, Usez : SORORI et non SONORI. 

276 Ligne 26, lisez : que et non qui. 

Zn Inscription n° 413; lisez : a MVRRIA et non MIRRLA. 


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DK LA 

VILLE D’ANTIBE 

PAR 

Le Chevalier JEAN ARAZI 


Publiée pour la première fois sous les auspices et aux frais de la Société des Lettres, 
Sciences et Arts des Alpes-Maritimes, d'après le manuscrit original conservé au 
Génie militaire d'Antibes. 

Texte collationné, revu, corrigé et annoté par M. A.-L. SARDOÜ, président honoraire 
de ladite Société des Lettres, Sciences et Arts, et M. Bd. BLANC, correspondant 
du Ministère de l'Instruction publique pour les travaux historiques.* 


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< 


Nota. — L'hiatoire d’Arazi ne comporte qu'une seule planche : c'est par 
erreur que cette planche a été marquée du numéro I, ce qui pourrait taire 
croire qu’il doit y en avoir au moins une autre. 


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AVERTISSEMENT DES ÉDITEURS 


L'histoire d’Antibes de Jean Arazi n'est pas ce que 
l'on est convenu d'appeler un monument historique. 
L'auteur y fait preuve, en faveur de sa ville natale, d'une 
partialité qui fait parfois sourire le lecteur: il s'attache 
à prouver, h l'aide de calculs chronologiques que nous 
qualifierions aujourd'hui d'enfantins, que la ville d'An¬ 
tibes est la plus ancienne et la plus noble des cités de la 
Provence ; il ne laisse passer aucune occasion d'accabler 
Nice, alors rivale d'Antibes, de son dédain le plus pro¬ 
fond. L'ouvrage, néanmoins, a une valeur réelle : il est 
rempli de faits particuliers, de noms de personnages, de 
renseignements curieux qui ne se trouvent que là; et 
cette considération seule suffisait pour inspirer aux per¬ 
sonnes qui s'intéressent à l'histoire de nos contrées, le 
désir de voir paraître au grand jour l'œuvre d'Arazi. 

Mais la nécessité de cette publication s'imposait en 
quelque sorte par une raison plus importante et plus 
décisive encore. Cette raison la voici : 

Le manuscrit d'Arazi n'est qu'une simple chronique, 
défectueuse surtout en ce qui concerne les temps anciens: 
cela est vrai et ion est obligé d’en convenir, sans.toutefois 
qu’on ait le droit de se montrer bien sévère envers l'au¬ 
teur. Peut-on, en effet, lui reprocher amèrement son 
défaut de critique historique et son ignorance à peu près 
complète de la science archéologique? Tout cela existait 
à peine de son temps , du moins au fond d'une province 
reculée et à une époque où la difficulté des communica¬ 
tions était un très grand obstacle à des relations suivies 
entre gens d’étude et à la propagation des lumières. De 
nos jours même, ne voyons-nous pas encore nombre de 
personnes qui, bien que fort estimables par leurs con¬ 
naissances en diverses parties du savoir humain, ne se 
doutent guère qu’il existe, depuis assez longtemps, une 
nouvelle école historique, qui soumet à une critique 
éclairée tous les faits du passé ? Cela est tellement vrai 


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4 


que presque tous les ouvrages traitant de l'histoire d'An¬ 
tibes, même les plus récents, reproduisent, la plupart 
des idées fausses d'Arazi, ses conjectures hasardées, ses 
assertions incroyables, sans en faire l'objet de la plus 
petite observation : si bien, que le manuscrit d'Arazi a 
été jusqu'ici comme une source à laquelle on est venu 
inconsciemment puiser l'erreur et la répandre de la 
meilleure foi du monde. 

La publication du texte d'Arazi, accompagné d'un 
commentaire rectificatif, était le seul moyen de mettre 
fin à un mal que déploraient les amis de la science et de 
la vérité : c'est là principalement le but que s est proposé 
d'atteindre la Société des Lettres, Sciences et Arts, en 
votant l'impression de ce texte. 

M. Edmond Blanc, chargé du travail de copie et de 
notation du dit texte, a demandé au Génie militaire 
d'Antibes communication du manuscrit, ce qui lui a été 
gracieusement accordé. Il en a fait une copie exacte, 
respectant l'orthographe archaïque du vieil écrivain et 
l'ordre, bizarre parfois, adopté par l'auteur dans la no¬ 
menclature de scs chapitres. Comme l'œuvre n'est pas 
achevée et que plusieurs chapitres sont indiqués seule- ' 
ment par de simples mentions, il a tâché, autant qu’il 
était en son pouvoir, de combler ces lacunes par des 
annotations rapides ; mais il ne lui a pas été possible de 
le faire dans tous les cas. 

M. Sardou a bien voulu l'aider dans ce travail de 
préparation. Il s'est spécialement occupé de l'impression 
du mamiscrit, relisant arec soin la copie destinée à la 
composition typographique et y mettant toutes les indi¬ 
cations nécessaires à une bonne exécution matérielle. 

Arazi a accompagné son texte d'un grand nombre de 
notes assez peu importantes. Le commentaire rectificatif 
exigé par les diverses imperfections de ce texte, a fourni 
un nombre plus considérable encore de notes rédigées par 
MM. Sardou et Edm. Blanc. Pour éviter une confusion 
regrettable, nous devons donc prévenir le lecteur que les 
notes de M. Blanc sont signées E. B. et celles de M. Sardou 
de la simple initiale S. — Toute addition à une note 
d'Arazi est placée entre deux crochets [ ]. 


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ANTIQUITÉS HISTORIQUES 


DB 

LA VILLE D’ANTIBE 

PAR 

M. JEAN ARAZI, Addocat en la Cour 

1708 


HISTOIRE DE LA VILLE D’ANTIBE 

PREMIÈRE PARTIE 


DE SON ESTAT CITTIL 


JVesrio quam natale solum dulcedine cunctos 
Ducit et immemores non êinit eue sui. 

Ouid. lib. 1* de Pont. eJeg. 

3* Luciani in eiog. Patr. lib. 1% f de Cens. 


J’ay dessein d’escrire l’histoire de la ville d’Antibe, ma 
patrie : cette occupation est si naturelle et si douce, que 
j’ay un vray plaisir dans mon deuoir. Dieu m’a donné la 
dessus plusieurs connoissances que je ne veux pas rauir au 
public. 

Le jurisconsulte Ulpien a fait l’éloge historique de sa 
patrie dans une de nos loix, et je ne feray pas une chose 
contraire à mes fonctions de publier celluy de la mienne : 
mon application sera si juste sur la foy des bons auteurs, 
sur la vérité de nos anciens monuments, et sur les pièces 
authentiques que j’ay à mon pouuoir, que l’on pourra y 
contenter une curiosité raisonnable. 


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— 6 


CHAPITRE PREMIER 


Diuision et establissement du dessein 

Ce mesme jurisconsulte Ulpien, a dit, que la ville de Tyr, 
dont il estoit originaire et qui est dans la Phœnicie, prouince 
de Syrie, estoit noble parmy les régions de ce pays là, oû 
estoyent les villes de Bcrythc, de Sidon et de Damas, dont 
il est si aduantageusement parlé dans les auteurs et dans 
1 Escriture Sainte; qu’elle estoit très ancienne par une suite 
de siècles; puissante en armes; perséuéranto dans l’alliance 
contractée auec les Romains; et que pour sa louable fidélité 
enuers la république de Rome et son empire, Séuère luy 
donna le droit italique. 

Je prétends, par tous ces endroit/., justifier les choses que 
j ay à escrire. Je feray voir, qu’Antibe a esté une ville noble, 
très ancienne, guerrière et très fidèle ; et qu’elle a eu le droit 
italique, c’est-à-dire que la république de Rome, luy fit 
1 honneur de luy donner son alliance et de la faire jouir du 
droit de bourgeoisie romaine et de celluy des villes confé¬ 
dérées à son empire. Mais comme il importe de connoistre 
le sujet duquel on parle, je vays marquer la situation d’An- 
tibe et dire tous les noms de ccste ville royale. 

($ I) 1 

SITUATION DE LA VILLE D’AXTIBE 

La ville d’Antibe est située sur le bout d’une langue de 
terre qui s’auance dans la mer Méditerranée ligustique, à 
l’endroit de l’aboutissement, au midy des Alpes maritimes 
et qui se termine par une éléuation de rochers, qui la rend 
inaccessible du costé du leuant. Elle a, du costé septentrion, 

1. Indication évidemment omise par Arazi, puisque quelques pages après se trouve le 
S II. Nous mettrons de même entre parenthèses tous les S que l’auteur a oublié de mar¬ 
quer. S. 


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7 


une autre langue de terre plus petite sur laquelle est basty 
le fort Quarré, et l’entre deux forme naturellement un circuit 
d’enuiron neuf cent toyses, qui fait le bassin où est le port. 

Elle a, au delà de ce fort Quarré, une plage de grauier 
d’enuiron deux lieues de long, jusqu’à la riuière du Var et 
de là jusqu’à la ville de Nice, d’enuiron une demy lieue l . 

Elle a le grand promontoire, dit cap d’Antibe, du costé du 
midy, qui comporte plusieurs dénominations particulières, 
suiuant les diuers endroitz de ses pointes de rochers abou¬ 
tissante à la mer, dont l’entre deux fait les calanques de la 
Grouille, de la Garoupe, et de plusieurs autres, qui sont 
connues des mariniers. 

L’entre deux de ce promontoire avec la ville, fait aussi un 
très grand circuit d’enuiron douze cent toyses, qui forme 
une bonne rade dans l’endroit que l’on dit communément 
le port Baccon, en telle sorte que la ville d’Antibe, est en¬ 
tourée par la mer, par les trois quarts de sa situation. 

Il y a, sur l’éléuation de ce promontoire, une grande cha¬ 
pelle surmontée d’une tour, et tout celà est appelé Nostre 
Dame de la Garde. Les consuls d’Antibe y establissent des 
gardes aux frays de la communauté, qui découurent la haute 
mer à perte de vue, jusqu’à la coste de Gennes, la Sardaigne, 
la Corsègue et les iles de Port-Cros vers Toulon, et qui vien¬ 
nent rapporter incessament, au gouuerneur d’Antibe et aux 
consuls, tout ce qu’ils voyent passer, jusques à un seul vais¬ 
seau, une galère, un brigantin ou une chaloupe *. 

C’est de cette tour de Nostre-Dame-de-la-Garde d’Antibe 
que, par de feux allumés, on fait le signal de paix ou de guerre 
à la tour dite de Mont-Boron 3 qui est sur une montagne au 

1. Il faut lire sans doute une lieue et demie; car du temps de l'auteur, la ville de Nice 
franchissait à peine la rive droite du Paillon, et l'on compte du Paillon au Var, par la 
route ordinaire, près de huit kilomètres. S. 

2. Il y a beaucoup d'exagération, dans la description de ce panorama; on ne peut voir 
du phare d'Antibes, que la pointe de la Bordighera au levant, la Corse au midi, (par des 
temps exceptionnellement clairs), et le golfe de Saint-Tropes au couchant; Gènca, la 
Sardaigne et les îles d'Hyères, sont absolument hors de vue. E. B. 

S. « Alla porta quai resta al'leuante a Nizza e vicino propinqua al mare si vede Mont- 
Boron, monte grande, alto, sassafo ed infertile, e in cima la torre délia guardia, quai 
riceve l’aduisitioni e segnali che si fanno, con foco d’Antibo e da Capo Rosso ; e lui, si- 
milmente con foco fa segnali alla Turbia ed a Monaco. » (Agostin Giustiniani, Ann. di 
Gen. lib. 1, pag. 2) 


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8 


delà de Nice, près de Monaco ', pour l’Italie; et à la tour du 
Cap Roux vers Fréjus, pour les donner de mesme jusqu’à 
Marseille. 

L’historien de Marseille 2 dit que de la chapelle de Nostre 
Dame de la Garde de Marseille, qui est sur une petite mon¬ 
tagne du costé de Saint Victor, dont il est parlé dans une 
bulle du pape Ilonorius de l’an 1*218; l’on donne aduis à la 
ville des galères et vaisseaux qui sont en mer, mettant, le 
jour pour signal, un panonceau auec autant de porches qu’on 
découure de nauires, et sur la nuit, à leur place, pareil nombre 
de brandons allumés; et qu’elle a correspondance auec une 
autre tour plus élouée qu'on appelle Marseille-Veyre ou 
vieille, où il y a une tour, qui rcspond aussy tout le long de 
la costc auec toutes les autres, jusqu’à Antibe; en sorte, 
dit-il, que dans quelques heures, on peut aduertir la ville de 
ce qu’on a veu paroistre cent milles dans la mer. 

Au midy de ce promontoire, sont les isles de Saint Ho¬ 
norât et de Sainte Marguerite, nommées par les anciens 
Planasia et Lero , et l’entre deux, jusqu’au cap dit de la 
Croisette, forme pareillement un très grand circuit, que l’on 
appelle communément le Golfe Jean ou Goujoüan 3 , qui est 
le meilleur port de la coste de Prouenee, auec toute sorte de 
mauuais temps: « Porta* anus ad nanium stationem ma- 
gnitudinis extraie » Guesnay, in Cass, illustrât, lib. I, 
cap. 41, n° 1, p. 131.) 

La ville d'Antibe a enfin la terre-ferme du costé du cou¬ 
chant, qui est à plein découuerte, par cet endroit de Nostre 
Dame de la Garde, jusques aux montagnes du Cap-Itoux, de 
l’Estcrel, duCollierns 1 de Chairon 5 , de Tende, de Monaco, 


1. Le Mont-Boron, est entre Nice et Villefranehe, très-éloigoé de Monaco. E. B. 

2. Ant. de Rutfl. liv. II, chap. 2, n 21, paires 109 et 110. 

3. Ou mieux Gourjnn (p ononcez Gnardj' i#t). comme on disait autrefois: Voyez Mer¬ 
cure françois* t. XXill, IG3 \ et Voyngc littéraire de Provence par Papon, 1780. On dit 
encore ainsi dans le pays. — Ce mot vient ^ans doute du provençal gourg, qui désigne 
au propre un creux, un gouffre au fond duquel so fait entendre le bruit d’rno chute d'eau 
ou d'une eau courante, boud.'onnante : de Ikguurga ou gourgo , gouIt ère, et gourgarèu , 
tuyau qui conduit l'eau. Gourjan t dont on a fait à tort Golfe Juan (dénomination qui n’a 
aucune raison d’etre) est une sorte d’augmentatif exprimant l’idée d’une grande masse 
d'eau en mouvement, d une mer agitée ou d’une mer pro onde. S 

4. Probablement les monts de Calern entre Grasse et Gréolières. E. B. 

5. Le Cheiron, entre Gréolières et l'Esteron. E. B. 


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9 


et de la Bourdi gui ères, riuiôre de Gennes. Et cette terre- 
ferme, donne l’entrée à la ville, par les chemins de Cànnes, 
de Grasse et de Nice. Cette situation se trouve soubs l’élé- 
uation du pôle, à cinquante trois dégrés quarante minutes *, 
qui sont la reigle des montres solaires, soubs une tempéra¬ 
ture fort douce et fort agréable. La veüe que j’en donne, 
fait assez connoistre tout ce qui importe à mon dessein, sans 
autre particularité. 


S II 

DÉNOMINATION DE LA VILLE D’ANTIBE 

Deciatum 2 ou Deceatium , a esté le premier nom imposé 
à la ville d’Antibe par les anciens Décéates, qui y auoyent 
establi leur ville capitale et leur région, comme voulant si¬ 
gnifier que s’estoit là leur ouurage et leur habitation; aussy 
Charles Estienne dans son ancien dictionnaire historique, dit 
que Deciatium est une région dans la Gaule narbonnoise ; 
et nous apprenons d’ailleurs que la région estoit ditte de 
ces contrées, qui estoyent gouuernées par des petits rois, 
auant que les Romains les eussent réduites en Prouince 3 . 

Elle a ensuite esté appelée Antipolis , et ce nom lui de¬ 
meure, dans le grec et dans le latin. De là, vient qu’elle a 
esté appelée Civitas Antipolitana par Paulus Menila , 
dans sa Cosmographie, soubs la métropole d’Aix, et par 

1. Erreur évidente, la posit on géographique d Antibes est : 43* 35'. latitude Nord et 
4* 4fl' 15" long E>t. E. B. 

2. Argrntei fluminis ost a. post Forum J lii colonia, inde Deciatorum Antipolis etVari 
fluminis ostia ; sub Varo flumine Lerone insula; iPtolmn. lib 2. Cap. 10). 

3. Oppidum latinum Antipo is, regio Deriatium. (Plin., lib. 3, C. 4, in Verb. Deciatium) 
et Rosi i, (Antiq iitat. Roman lib 1% Cap. 12). — fLes deux mots Deciatorum *t De¬ 
ciatium, que donnent le texte de Ptoléméa et celui de Pline, sont le nom de la tribu des 
Décéates et nullement le nom propre de leur capitale : on ne peut donc rien conclure de 
ces textes relativement au nom primitif à'Antipoli*. D'ailleurs Pomponius Mêla, contem¬ 
porain de Pline il*' s. de l’êre chr'tienn-) prés nte, dans le passade suivant. Antipoli» 
et la capitale des Décéates comme deux localités tout à fait distinctes: « fficoca tangit 
Alpe «, tangit oppidum Deceatum, tangit Antipolis, deiadfi Forum Julii. % et Etienne de 
Bysance, venu quatre siècles après, fait la meme distinction, donnant & cette capitale le 
nom d e Decietum : voilà certes qui est concluant. Mais, où était situé cet Oppidum des 
Décéates, qu’on ne peut confondre a ec Antipoli s? l*es uns 1 ont placé à Cagnes, d'autres 
à Saint-Paul-de-Vence, à Biot, à Villeneuve-Loubet. M. Edmond Blanc estime, non sans 
raison, qu'il devait se trouver entre Cagnes et Villeneuve, au lieu appelé Saint-Jean. Voyez 
Bpigraphie antique de» Alpes-Maritimes , 1" partie, Introduction. S.] 


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— 10 — 

S 1 2 Isidore de Séuille, dans la mesme dépendance : civitas 
Antipolitanorum l . 

Elle a esté aussy nommée Antibla par Calepin, Antibou 
par Jean de Serres, et Janiculum par ce mesme Charles 
Estienne, à l’imitation de la petite ville de ce nom au delà 
du Tibre, à présent ruinée *, qui seruoit de port aux Ro¬ 
mains, pour entrer dans l’Hétrurie 3 , tout de mesme que la 
ville d’Antibe sert aussy de port pour entrer en Prouence 
à ceux qui viennent d’Italie. 

C’est par cette double dénomination que M. Furetière 
nous apprend, dans son Compendium du dictionnaire uni- 
uersel latin, p. 28, inséré dans son dictionnaire uniuersel 
françois, imprimé à Trévoux en 1704, que le mot Antipolis 
signifie Antibe, ville et port de France en Prouence, et 
partie de Rome au delà du Tibre. 

Cette ville est ditte Antibolus dans quelques vieux actes; 
dans les bulles de Clément YII et de Martin V, dont nous 
parlerons en cette histoire, elle est appelée castrum, siue 
locus Antibulorum; castrum, siue locus Antibulis. Du 
Ryer, de l’Académie françoise, la nomme Antipoli , au 
sommaire de Florus, du septième liure de la cinquième 
décade de Tite-Liue, qui est dans le tome XIV de la tra¬ 
duction, p. 137. « Le consul Q. Opimes, dit-il, réduit soubs 
l’obéissance des Liguriens, delà les Alpes, qui pilloyent 
Antipolis & Nice, des dépendances de la ville de Mar¬ 
seille » ; et les autres écriuains françois, Antibol , Antiboul , 
Antibes ou Antibi : mais toutes ces diuerses dénominations, 
qui sont des manières particulières de parler, sans autre 
pénétration, n’ont jamais altéré le nom essentiel, qui est 
Antipolis , dans le langage grec et le latin, et Antibe dans 
le françois ; par lequel, tout ce qui appartient à Antibe, est 
dénommé du nom adjectif : Antipolitanus ou AntipolensiSj 
et les habitants Antipolitains ou Antibois. 

1. Merula, part, t, cap. 39, n # 50. — Bouche, t. I, p. 154. 

2. In verb. Antipolis, dans l’histoire de France soubs Clouis. — In verb. Janiculum , 
Plin., lib. 3, cap. 5. 

8. Virgil. 8, Æneid. 


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— 14 


§ III 

DISSERTATION SUR L’ÉTHYMOLOGIE ET IMPOSITION 

DU MOT ANTIPOLIS 

L'Histoire de Prouence 1 rapporte que la cité d’Antibe 
ou Antiboul est ainsy ditte, peut-estre de ce qu’elle estoit à 
l’opposite de la ville de Nice, ville des Marseillois grecs, 
d’autant, que «vrî et «vtToç en grec signifie contre, à l’oppo¬ 
site, et toXU, une cité ; en façon, dit-il, qu’Antibe tire son 
nom de sa situation, pour estre contre et à l’opposite de 
Nice. 

Cette conclusion afïirmatiue est mal tirée d’un peut-estre ; 
et son opinion n’est pas d’ailleurs à suiure, estant fondée 
sur le sentiment d’un Espagnol passant*, qui n’a point 
considéré ce qu’il a dit et sur cclluy do l’historien de Nice, 
qui s’est fait un plaisir de donner cette gloire à sa patrie 3 . 
Il est vray, que Mgr Godeau, a raconté la mosme chose 
que l’historien de Nice, mais en le suiuant, sans aucune 
pénétration 4 . 

Il ne faut pas donner dans cette erreur : un sentiment 
mieux fondé doit establir là dessus une plus juste résolution. 

Nice, dans l’ancien temps des Décéates et Antibe leur 
capitale, n’estoit pas en existence, ce feust seulement une 
fortification, ou chasteau, ou un bourg 5 dans la suite, selon 
M. Godeau lui mesme, qui feust fondé par les Grecs marseil- 

1. Bouche, tome I", pag. 287. 

2. Jarobus Lopes Stunica, dans son Itinéraire. 

3. Joffred. pag. 8; Hist. de l'Eglise, tora. 3, pag. 404. 

4. Quidam épiscopat»! doctrine, ac pietate insignis vocatam Antipolim, existimat quod 
ait opposite Niciæ; quara interpretationem nominis probare non possum : cum arabæ 
orbes Massiliensinm fuerint colonie et ad eas ex eqno pertinuerint. Verisimilius ergo 
est, Masailienses, in condendis nrbibus, morem cœterorum populorum esse, nec colo¬ 
nies se commisisse. (Hadrianus Valesius, in verb. Antipolis, pag. 24.). Dans un temps, 
Monsieur Godeau, estoit en procès auec la ville d'Antibe. Il n'a pas obserué les raisons 
que nous allons dire; aussy, un historiographe moderne ne l'aduoile pas là dessus, par 
la seule réflexion naturelle, que ces deux villes ayant également appartenu à Marseille ; 
cette interprétation n'est pas bonne, de croire qu'elle eust voulu les irriter ensemble, par 
une dénomination injurieuse à l’une, pour le seul aduantage de l'autre. 

5. Eam enim contra barbaros supra adjacentes, ii condiderunt munitionem (Strabo, 
iib. 4.). 


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12 


lois, enuiron l’an 391 auant la natiuité de Jésus-Christ l f 
qui est le temps des establissements des colonies de Mar¬ 
seille ; auquel temps, depuis plus d’un siècle et demy, c’est- 
à-dire, vers l’ail 551 deuant cette mesme natiuité, le nom 
Antipolis estoit imposé à la ville dont nous faisons l’his¬ 
toire ; et cela est ie plus fauorable pour Nice, car s’il falloit 
croire son mesme historien 8 , elle ne fut bastie qu’après 
la défaite de Salyens, qui feust seulement pour la première 
fois soubs le consulat de Fuluius Flaccus 3 , l’an 132 auant 
cette natiuité et non pas du temps de Bellouèse, qui 
assista les Marseillois contre les Salyens, mais qui ne les 
défit pas. 

Ce ne lut doncques pas la situation de Nice, qui fit donner 
le nom d’Antipolis à Antibe : on l’auroit plustost appelée 
Antinicia que Antipolis , s’il y auoit quelque raison de 
croire ce sentiment; tout de mesme, par exemple, que la 
montagne qui est vis-à-vis à l’opposite du mont Liban est 
nommée Antilibanum ; et de cela, il y a plusieurs exemples 
dans l’antiquité 4 . 

Antipolis fut donné pour nom à cette capitale des Décéa- 
tes qu'ils nommoyent Dsceatium, parceque ses habitants 
nobles et belliqueux s'opposèrent des premiers aux progrès 
de la ville de Marseille, quelques temps après sa fondation ; 
et comme Marseille estoit appelée, par antonomase, aux 
temps anciens, la Ville, sans y mettre le nom propre 
Marseille, ils voulurent, par cette entreprise, marquer leur 
gloire en faisant voir leur capitale Antipolis, comme qui 
alors l'auroit ditte opposée à la ville, c’est-à-dire à Marseille. 

Cette manière de parler estoit fort usitée, comme nous 
voyons dans l’histoire romaine, où l'on marque la ville de 
Rome par le seul nom de Ville. 

1. Bouche, tome 1* p. 381. 

2. JoîTred. part. 1* cap. 2*, n* 3, et cap. 3*. n* 3. 

3. Joffred. cap. 12. — Contin. in fast. consularis 1. — Morery, in verb Bellouèse. — [Il 
y a eu trois Kulvius Flaccus, consuls, le premier M. Fulvios Flaccus, cons. en 135 av J.-C., 
le second, C Fulvius Flaccus, second consul l'année suivante, et le troisième M. Fulvios 
Flaccus, consul, neuf ans après, en 1?5 av. J.-C. En l'année 13? av. J.-C., les consuls 
étaient Publius Popilius Lœnas et Publias Rupillus NepoB. C'est probablement 123 et 
non 132 qu’a voulu écrire Arazi. E. B.]. 

4. Plin. lib. 5., cap. 20. — Eucherius, lib. du Var, vocabul. 


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13 


« Parue, nec inuideo, sine me, liber, ibis in urbom » disoil 
Ouide autrefois dans son exil ', au liure de ses tristes plain¬ 
tes ; et mille endroit/ différents justifient cette vérité. 

On induit facilement cette opinion des paroles de Pline 2 
in ora oppidum latinum Antipolis regio Deciatium , pour 
establir que la capitale des Décéates, qui estoyent des 
Liguriens, et par ce moyen, du pays latin, receut le nom 
Antipolis tiré du grec, pour les affaires qu’elle eust avec 
Marseille fondée par les Grecs de Phocée : car hors de là, 
son premier nom, lui seroit resté dans la manière latine, 
et Pline n’auroit pas mcslé le nom Antipolis, dans la 
circumlocution qui est tirée du grec. 

Pour donner plus de jour à ce raisonnement, il faut 
recourir à l’esclaircissement que nous donne Justin, dans 
son abrégé de l’histoire de Trogue-Pompée 3 : cet historien 
nous asseure que les Marseillois s’estant, acquis beaucoup 
de crédit aprez la fondation de la ville, par la faueur de 
Senatmes 4 , qui estoit roy de la contrée, Commanus, son fils 
et son successeur, fut sollicité par un autre roy de s’oppo¬ 
ser, dez le commencement à la grandeur de Marseille. II 
lui propposa cette fable de la chienne pleine 5 qui demanda 
au berger un lieu pour y mestre bas ses petits chiens, 
lequel lui ayant accordé, elle y deuint si redoutable, dans 
l’oubli du bienfait receu, qu’elle en chassa le berger. 
Commanus se rendit à la moralité de cette fable, et ayant 
tous dressé leur entreprise avec sept mille Liguriens, dont 
plusieurs s’estoyent cachés dans des paniers de joncs, une 
femme adultère, abandonnée à un grec Marseillois, lui 
decouurit la ruse et les Liguriens furent pris et tués. 

Argumentum a verosimili valet. J’applique ce discours 
abrégé et je dis que le roy de la contrée qui donna cet 
aduis estant Ligurien, puisque autrement il n’y serait pas 
parlé de lui et des Liguriens, il est de toute vraysemblance 


1. Ooid. lib. 1‘ Triât, eleg. 12. 
ÿ. Lib. 3, cap. 4. 

3. Lib. 43. 


4. D'autres le nomment Srnanus et A*/?nn. S 

5. Pbied. fabu). lib. V, cap. 18. — f<’e n'est pas la fable XW'II, mais bien la fab. XIX. 
K. B. |. 

1 . 


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14 


([ue co foust le roy dos Décéates qui fit résoudre Commanus 
à rentreprise et qu’il y oust la meilleure part; car les 
Décéates estoyent les premiers do la Ligurie aprèz la 
riuière du Var, tirant vers Marseille *. 

En effet, les Liguriens Gaulois auoyent déjà fatigué par 
des guerres continuelles les Grecs nouueaux-venus, lors¬ 
qu’ils donnèrent vraisemblablement bataille in agris Capo.r- 
tinis ; c’est-à-dire dans la plaine de Cabris, village voisin 
d’Antibe, où les Marseillois remportèrent la victoire comme 
dit Justin 2 . 

En effet les Décéates eurent biontost leur retour, et cette 
opposition continuelle leur tourna si bien, qu’ils eurent eux 
mesmes une victoire sur les Marseillois, dont les Antibois 
firent battre, au nom du peuple d’Antibe, une monnoye re¬ 
présentant d’un costé une teste de femme et de l’autre une 
victoire auec ces motz AHIMOS ANTHlOAelrtov, c’est-à-dire 
Populus antipolitanus, pour montrer leur aduantage sur 
les Marseillois, du langage desquels ils se seruirent dans la 
légende. C’est doneques l’opposition guerrière des Décéates 
aux Marseillois Grecs, qui fit changer l’ancien nom Decie- 
tum de leur capitale au nom Antipolis, pour une glorieuse 
marque de leur courage, et non pas la considération de Nice, 
qui n’estoit pas encore, comme j’ay déjà obserué. Aussy elle 
feust appelée par les anciens Dcciatomm Antipolis 3 . 

1. Ptolom., lib. 2, cap. 10. 

2. Ligures incromentis urbis inuidentes, Gneoos assiduis bellis fatigobant, qui periculo 
propulsando intautum enituerunt, ut vict s hostibus in capertiiiis agris, multas oolonias 
constitueront (Justin, cap. \.). Cnpcrtini ogrt, ri.-rà MassiliaM, dit le dictionnaire de 
Charles Estieune, p. 558. 

Nota.— Que V&lesius. in verb. A ut i polis, rapportant le passage ci-dossus dit : in 
agris Cfiptiuis 

Simon Cartel, p. 17 de l’hist. chron. des Eiiesques de Riez, assigne ce lieu de bataille 
à la plaine do Cabriez, pour l’honneur de la ville de Riez ; mais comine les anciens 
habitants, n'eurent pas des affaires auec les nouueaux .Marseillois, nostre pensée est plus 
juste, pour l'honneur de la ville d'Antibe. — | Le texte do Justin cité par Arazi est fautif et 
toute son argumentation no repose sur rien ; l'auteur se laisse entraîner par son lyrisme et 
son amour de sa patrie. J'ai démontré le néant «h* cette discussion dans mon introduction 
à l'Kpigraphie antique des Alpes-Maritimes. K. IL]. 

3. Ptlom lib. 2, cap. 1. — \ Deeintorum Anlipoli* signifie tout simplement qu'Au/t- 
po'is était dans le territoire des Décéates, ce qui est parfaitement admis. Quant au chan¬ 
gement de l'ancien nom Drrîrtuhi en celui d'.A ntipo/is, il n'a pu évidemment se pro¬ 
duire que dans l'imagination d Arazi : nous avons vu en effet (p. 9, addition à la note 3) 
que les deux localités étaient distinctes et qu’au V' siècle de notre ère. Etienne de Byzance 
désigne encore la capitale des Décéates par le nom de berietum ; ce que bien certaine¬ 
ment il n’aurait pas fait, si ce nom eût été remplacé par celui d'Antipolis depuis huit ou 
neuf cents ans. S. ’ 


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15 


Pour mieux comprendre celte vérité, il faut remarquer, 
suyuant la chronologie, que Marseille feust fondée tranquile- 
ment, au règne de Tarquin, cinquiesme roy des Romains, 
vers l’an 590 deuant la natiuité de Jésus Christ *, et que 
cette première expédition des Décéates arriua enuiron l’an 
551 auant cette mesme natiuité; vers lequel temps les Li¬ 
guriens s’estoyent desja étendus aux contrées des Oxibiens 
et des Décéates et auoyent commencé d’inquiéter les Pho¬ 
céens et d’auoir des guerres ensemble, ce qui fonde natu¬ 
rellement nostre pensée. 

Agatha , Olbia, Tauroentium, Antipolis, Nicia. Tout 
cela n’implique pas au rapport de Polybe, de Strabon, de 
Justin et des autres escriuains, qui disent que les Marseil- 
lois ont estably les colonies d’Agdo, d’Hyères, de Toulon, 
d’Antibes et de Nice, puisque tous ces establissements n’ar- 
riuèrent que de très longues années après cette expédition, 
c’est-à-dire vers l’an 391 comme nous auons raconté, deuant 
la natiuité de Jésus Christ. Auquel temps ce n’est pas un 
grand inconuénient que les Marseillois, ayant remporté 
d’autres victoires dont leur ville deuint plus célèbre parmy 
les villes voisines, ils eussent estably des colonies à Antibe, 
qui existoit desja depuis plus de deux siècles; et, dans les 
lieux de la contrée, fondé, par la fortification, Nice dans la 
plage maritime, pour auoir la mer libre contre leurs ennemis, 
qui estoyent maitres de la campagne, comme dit Strabon. 
Puisque Justin obserue que ces establissements, feurent 
fondés aprèz la victoire des Marseillois sur les Liguriens. Il 
est probable, qu’ils bastirent alors, plusieurs fortifications, 
pour s’opposer aux ennemis du costé de la terre, comme 
l’obserue Am mien, au liure 15. « oppida auctis viribus 
statuerunt non pauca. » Ce qui peut conuenir aux tours 
que nous voyons encore à Cannes, à Grasse, au Bar, à Biot, 
à Villeneufue, et aux deux qui sont dans Antibe *. 

En telle sorte, que si, dans la suite, Antibe et Nice feurent 


1. Bouch. tom. 1% pag. 379. 

?. Les divers monuments, dont il est iri question, datent tous du moyen âge: nous 
verrons d'ailleurs plus loin Arazi attribuer les tours d’Antibes aux Romains. K. B. 


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16 


nommées oppida Massiliensium, cela ne prouue pas une 
égalité (Testablissement, ni la priorité d’existence pour Nice, 
puisqu’il y eust, tout au contraire, cette honorable différence 
pour Antibe, qu’Antibe conserua son ancien nom de gloire 
et de grandeur Antipolis , à lui acquis dez longtemps aupa¬ 
ravant, et que Nice, cette nouuelle fortification, feust dénom¬ 
mée du terme grec Nua], qui signifie victoire, auec un alpha 
priuatif, .Vicia, c’est-à-dire sine Victoria , pour marquer la 
lâcheté des barbares habitants, au dessus desquels, les Mar- 
seillois eux mesmes, auoyent remporté la victoire \ 

D’oû je tire cette conséquence que les Décéates, qui esto- 
ycnt des plus célèbres et des plus renommés parmy les Li¬ 
guriens *, n’ont pas manqué d’estre toujours dans les grands 
partis contre les Marseillois, et qu’ils n’ont jamais subi vo¬ 
lontairement leur domination, par cette première démons¬ 
tration de s’estre opposés à leur agrandissement, laquelle 
démonstration ils ont continuée dans toutes les occasions; 
ce qui a conservé ce nom d 'Antipolis a leur ville. Au lieu 
que Nice feust, dans la suite, nommée Bellanda 1 2 3 * 5 par les La¬ 
tins, pour vérifier toujours mieux que son party estoit d’estre 
vaincue et non d’estre victorieuse *. 

En effet, dans la dispute d’Antibe et de Nice, pour 
l’exemption de la dépendance des Marseillois, dont nous par¬ 
lerons, Nice, demeura soubs leur préfecture, qui estoit une 
marque de seruitude et de sujétion, et Antibe feust déclarée, 
pour un beau titre d’honneur et de liberté, ville jouissant du 
droit de Latium et seulement dépendant de Rome, et cela 
par un arrest du Sénat & . Tant il est vray, que cette oppo¬ 
sition à la ville de Marseille a fait donner le nom Antipolis 

1. Nice se nommait en grec Ntxaîa, quia formé le latin Xi nva ; Ce terme signifie: 
qui donne la victoire, NtXOCtOÇ était un des surnoms de Jupiter. E. B. 

2. Plin. lib. 3, cap. 5. 

3. Joffred. lib. I, cap. 3, n°50 et cap. 13, n" 4. 

I. Tout cela ne vaut réellement pas la peine qu'on s’y arrête. Bellanda était le nom du 
vieux château fort et nullement celui de la cité de Nice, et ce nom n’apparaît pour la pre¬ 
mière fois qu’en plein moyen âge. Ou voit encore sur le revers S.-O. de la colline du ch⬠
teau les restes d une tour dite tour de Bellanda ou tour Ch risty. Bellanda serait-il formé 
de l'adjectif bel ou bello et de l'italien ando y vieux mot tombé en désuétude, qui se disait 
de la montée d'une colliuo et que donne le Dictionnaire d'Oudin! S. 

5. Strabo, lib. I. 


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17 


à la ville d’Antibe pour une marque glorieuse de sa vertu 
guerrière et de sa noble indépendance, et que les Romains 
mesme l’ont approuuée, en lui laissant ce mesme nom dans 
leur langage latin; ce n’est doncques pas une simple.situa¬ 
tion à la veüe, ny la considération de Nice, qui n’estoit pas 
encore en existence, qui lui ont donné cette dénomination 
Antipolis. 

$ IV 

ERREUR D’UNE OPINION NOUUELLE SUR ANTIPOLIS 


Nice ne feust pas la cause de la dénomination d’Antibe, 
comme nous venons de le voir; Hadrien de Valois, a eu là 
dessus une bonne raison, par la considération de la jalousie 
que les Marseillois ne deuoyent pas donner à ces deux villes, 
si nous supposons que ce nom Antipolis feust donné à 
Antibe, lorsqu’elles estoyent également soubs la domina¬ 
tion de Marseille. Mais enfin cet historiographe n’a pas une 
bonne pensée dans la nouuelle opinion qu’il propose, que 
la ville d’Antibe feust dite Antipolis de ce que les Mar¬ 
seillois l’auoyent opposée à Vence, ville capitale des Né- 
rusiens, aux Décéates et aux autres Liguriens à longs 
cheueux; c’est-à-dire aux Liguriens Gaulois, leurs ennemis, 
qui estoyent au deçà des Alpes; car cette opinion est pleine 
d’erreurs. 

»•'* Les Décéates eux mesmes estoyent les peuples qui auoyent 
fondé la ville Deciatium , leur capitale suyuant tous les an¬ 
ciens historiens et géographes dont nous auons parlé, et ils 
changèrent ce nom pour Antipolis , pour un trophée de va¬ 
leur et d’opposition, suiuant l’entente de ce mot; ce ne feust 
doncques pas contre eux mesmes qu’ils se l’opposèrent : selon 
le bon sens, il falloit une ville estrangère et ennemie pour 
estre le sujet de cette opposition, et partant le nom Anti- 
polis feust donné par les Décéates eux mesmes, pour mar¬ 
quer que leur ancien Deciatium estoyt deueneu une ville 



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— I« — 

non pas aux Xérusiens ny à leur vi 11.•, qui .-stoit leur con¬ 
fédérée 

Cette opposition des Décéates no pourroit mo.sme pas re¬ 
garder les Xérusiens ny les Liguriens Gaulois, puisqu’ils 
ostoyont tous meslés ensemble et tous d'un mosmo party 
contre Marseille, soubs la dénomination générale des Ligu¬ 
riens, qui donneront la préférence aux Décéates, en faueur 
desquels, la ville d’Antibe ayant été appelée leur région, 
c’estoit leur capitale et leur souueraine et non leur ennemie ; 
d'où s’en suit que les Xérusiens ny les autres n’auoyent 
garde de faire une félonie, pour s’attirer son opposition, 
selon les reigles du droit des gens et les principes de la 
raison naturelle. 

Mais si cet historiographe est mal fondé dans cette opi¬ 
nion, il l’est bien moins encore sur la raison de vraisem¬ 
blance qu’il ameine pour la garantir, en disant qu’il n’est 
pas vraisemblable que les Marseillois eussent voulu s'opposer 
la ville d’Antibe à eux mesmes: car enfin ce ne sont pas les 
Marseillois qui ont donne le nom Antipoll* à l’ancienne 
Deciatium; il ont seulement esté la cause que les Décéates 
l'ont pris eux mesmes par un changement qui leur estoit 
glorieux et marquant leur opposition à Marseille. 

Enfin, si dans la réuolution des choses du monde, les 
Marseillois feurent les maîtres de la ville d’Antibe dans la 
suite de leur guerres, ils trouuerent que ce nom Antipolis 
lui estoit donné à juste titre, et nont pas eu occasion de le 
donner eux mesmes contre eux mesmes; et cela détruit cette 
vraisemblance fondée sur un faux principe. 

Car, en un mot, lorsque cet historiographe dit que les 
Phocéens establirent Agde pour l’opposer aux Volsques, qui 
habitoyent vers le Iihosne, et Toulon, Yers, Antibes et Nice, 
pour les opposer aux Salyens et aux Liguriens comme des 
remparts, les noms de toutes ces ville leur estoyent desja 
donnés; autrement, selon le sens de cet historiographe, il 


1. L auteur tente de faire prendre le change au lecteur, en établissant en pricci|»e et 
prenant pour base de son argumentation ce qui précisément est en question, c’est-à-dire 
la «’auso de la dénomination Antipolis . E. B. 


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19 


auroit fallu que les Marseillois eussent donné à toutes ces 
villes un nom particulier qui marquast une opposition. Il 
n’estoit doneques pas bien éclaircy de ce qui nous touche ; et 
son erreur se justifie de ce qu’il adjoint, dans le mesme en¬ 
droit, que le petit v liage appelé Biot, voisin d’Antibe, 
estoit oppidum Deciatium, puisque ce village est seulement 
fondé par seize Liguriens de la riuière de Gennes, l’an 1572 
comme nous dirons 1 ; duquel nombre seulement il a tiré son 
nom, dans le latin bis-octo et par corruption bizoto dans 
leur langue. Mais il n’en parle que par un peut-estre, aussy 
bien que de Villeneufue, autre village presque inhabité sur 
la riuière dite du Loup, auquel il donne la mesme dénomi¬ 
nation. Tout cela est donc une imagination chimérique de 
cet auteur, et il faut reuenir à dire que le nom d } Antipolis 
a esté justement donné à la ville d’Antibe, pour s’estre op¬ 
posée par les armes à la ville de Marseille. 

1. Le village de Biot existait bien avant l'année 157?. Au commencement du XI1* # siècle 
les Templiers y avaient une commanderie ; il est fait deux fois ment on de Biot (Bizoto) 
dans une charte de 121?, qui porte cette rubrique : Divisio bonorum Antipolitani seu 
Grassensis Episcopat us, etc. (Archives de la Préfecture, 6* registre du Greffe des Insi¬ 
nuations ecclésiastiques). Enfin une charte du roi René d'Anjou, comte de Provence, à 
la date du 10 mars 1470, octroie à des émigrants d’Oneille, Rivière de Gênes (Januensis 
riparia) la demande, faite par leurs concitoyens et chargés de pouvoirs Antoine Ardissone . 
et Luca Enrico, de s'établir à Biot, lieu abandonné depuis longtemps et devenu tout à fait 
désert par suite de pestes, d'incursions de pirates, des brigandages du toinps. etc. S. 


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CHAPITRE II 


De la noblesse de la ville d’Antibe 


.Von honorabilur , nisi (juem 
rex rolucril honorari. 

La noblesse est une prérogatiue d’honneur, qui par la 
volonté du Prince, élèue glorieusement le sujet et le dis¬ 
tingue des autres de mesme qualité, par quelque priuilège 
particulier. Les villes sont susceptibles de ce bonheur, et 
de là, je prétends prouuer la noblesse de la ville d’Antibe, 
et establir qu’elle a conserué jusques à présent, cette mar¬ 
que d’honneur, dont elle a esté fauorisée dans l’ancien 
temps. 

C’est une marque assez honorable pour Antibe, d’auoir 
esté la capitale de toute la région des Décéatcs, et sa no¬ 
blesse est très bien establie par cette considération '. Le 
palais du prince annoblit la ville de sa résidence ; et si nous 
n’auions pas d’autre preuuc de noblesse, celle-là suffiroit à 
nostre dessein. Les Dôcéates estoyent par eux mesmes con¬ 
sidérés entre les plus nobles des Liguriens *; et comme les 
Oxibiens, les Décéates, les Salyens et les autres auoyent 
chacun leur petit rov dans la contrée 3 , il est aisé d’inférer, 
que la ville d’Antibe ou la capitale dont nous parlons, estoil 
noble elle mesme parmy ses voisins. 

Sa noblesse d’ailleurs, pour la force des armes, est bien 
loin d’auoir esté perdue pour les insultes des Marseillois ; 
l’imposition du nom Antipolis , le justifie, comme nous 
auons veu, et ce n’est pas l’auoir priuée de cette préroga- 

1. Après tout ce que nous avons dit au sujet d’Antipolis et de la capitale dea Décéates 
le lecteur est parfaitement à même d’apprécier la valeur de cette considération. S. 

2. Plin lih. 2. — Bouche tome l #r , p. 379 et 386. 

3. La petite tribu des Décéates et les autres tribus ligures, tout aussi pauvres qu’elle, 
avaient-elles des rois? Ar&zi n on doute pas; et pour lui co.s rois étaient, sinon aussi 
puissants, du moins aussi absolus que son maître le roi de France Louis XIV. S. 


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21 


tiue do ville noble, que lui auoir donné le nom d’ Qppiclum 
Massiliensium. Les lois de la guerre ne lui ont pas fait ce 
tort, la valeur est toujours estimée et l’on ne doit pas croire 
que cette dénomination feust un signe d’abbaissement. Elle 
estoit plustost une marque de l’honneur que se faisoyent les 
Marseillois, d’auoir adjoint quelque titre à la gloire de la 
tille d’Antibe, dont la-gloire et la réputation leur estoyent 
desja bien connues. 

Aussy Ambroise Calepin ‘, Paul Manuce et Henry Far- 
nèse qui l’ont augmenté, disent tous que ce nom d 'oppidum 
estoit imposé a b opponendo *, et cela garantit là dessus 
nostre pensée. 

La monnoye que le peuple d’Antibe faisoit battre, estoit 
une preuue de noblesse et de soubueraineté, au temps 
mesme que la raonnove des Marseillois estoit dans son cours. 
Cela se connoit par la manière d’y mettre la légende en 
langage grec, que l’on voit à chacune d’elles, et d’autant que 
cet endroit est noble et glorieux pour Antibes, je veux bien 
en donner une fidèle preuue. 

Je rapporte le père Ilardouin jésuite, dans son liure intitulé 
Nummi antiqui populorum et urbium illustrati p. 55, 
où il décrit cette monnoye ; il dit qu’elle auoit d’un costé le 
modèle de la victoire auec le mot ANTIIIOAE1TQN et de l’autre 
AHIMüS, c'est-à-dire populus antipolitanus. 

J’ai eu le bonheur de recouurcr une de ces monnoyes de 
moyen-bronze et voicy l’estempe, un peu plus grande néant- 
moins quelle n’est dans l’original ; auec une teste de femme 
pour signifier la ville, et au reuers un trophée d’armes cou¬ 
ronné de lauriers par cette victoire 3 . 

Ce curieux antiquaire en décrit une autre 4 tirée de Golt- 

1. In verb. oppidum. 

2. Etymologie à rejeter. Oppidum se disait principalement de tout lieu entouré d'ou¬ 
vrages de défense: les dictionnaires latins font venir ce mot d ops ou d 'opus. S. 

3. Ainsi qu’on peut le voir par la planche qui est jointe à ce travail, l’auteur, dans le 
dessin qu’il donne de c*tte médaille, écrit sur le droit: DI1IMOE et non AHIMOE 
avec un A: est-ce là une inadvertance attribuable au crayon d'un dessinateur inexpéri¬ 
menté ? C'est possible. Mais si effectivement la médaille porte la lettre I) au lieu de A, 
son authenticité me paraîtrait plus que coutestable. E. B. 

1. In Magn. Greco. tab. 36, IX. (Voir la planche). 


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zius, ayant la teste do Jupiter d’un costc et la proue d'un 
nauire de l’autre, et elle nous marque toujours mieux les 
nobles expéditions maritimes du peuple d'Antibes aux oc¬ 
casions dont nousauons parlé 1 . Tout, cela estant plus ancien 
que la dommination des Césars, comme l'obserue ce père. Je 
mets encore en cet endroit une estompe de cette monnoye : 
et toutes les deux ne sont pas suspectes de fraude, elles ont 
été trouuées dans l’excauation pour les nouueaux ouurages 
des fortifications d’Antibe; cette circonstance leur donne 
plus de mérite pour mon dessein. 

Bien dauantage. Cette noblesse a encore mieux esclaté par 
les accords glorieux "d'Antibeet de Marseille. Bouche, l’histo¬ 
rien de Prouence a ohserué les estempes * des monnoyes de 
Marseille, jusqu’à douze façons différentes; et je trouue que 
la XI e et la XII e conuiennent à cet honneur, que j’ay dit 
que les Marseillois se faisoyent d’auoir eu quelques avan¬ 
tages sur Antibe. Elles représentent d’un costé la teste et 

1. La pièce «jue rite Arazi d’après le père llardnuin. «pii lui-mèine la prend dans la 

magna Grwcia d'Hubert Goltz (en latin n’est pas la même que celle qui est 

figurée dans la planche. Elle en ditT-Te T par la tête de Jupiter, «pii n est pas la même; 
2* par la proue du navire, «pie Goltz représente « n plan, tandis «pie ce lie d'Arazi est des¬ 
sinée de profil. Mais les doux médaille?» seraient absolument semblabl es, que leur authen¬ 
ticité n'en serait pas moins contestable : cela prouvera t tout au pins «pie la médaille 
d'Arazi a été copiée sur celle do Goltz: tandis «pie leurs différences indiquent simplement 
que c'est sur la description sommaire qu en a donnée lo père Ilardouin. «ju'Arazi a dessiné 
sa médaille. La médaille «le Goltz dont il n existe aucun exemplaire ot dont aucun auteur 
ne fait mention, ce qui déjà devait la fairo gravement suspecter, est en outre rejetée 
par les numismates à cause «lo la tète de Jupiter et de la proue du navire, qui ne peuvent, 
paraît-il, se rencontrer sur la m«*me monna*: ce sont là des emblèmes opposés, qui s'ex¬ 
cluent l'un l'autre ; mais ce qui ne permet même pas de la discuter, c'est qu'il eit aujour¬ 
d'hui acquis que Goltz, dans la crainto de n être pas complet, a fait figurer dans son ou¬ 
vrage un grand nombre de médailles, «pii, en fait, n'existaient que dans son imagination, 
en tachant de compléter les légendes et les objets que le temps avait par trop endom¬ 
magés. En somme, en fait de monnaies d’Antibes, on n'en connait qu'une seule, celle qui. 
avec la tête de femme au droit, porte au revers une victoire couronnant un trophée, avec 
la légende AIIIMOS ANTIIIOAKITÜN. Tous les exemplaires de cette pièce 
que j’ai pu voir, et ils sont relativement nombreux, notamment aux cabinets publics de 
Marseille et de Paris, sont d'un module bien inférieur à celui qu'indique Arazi; la pièce 
n'a guère qu'un centimètre de diamètre ; c'était la monnaie coloniale d'Antibes, comme en 
avaiei.t presque toutes les autres colûnies de Marseille, sauf peut-être Nice. En définitive 
je doute que le seul témoignage d'Arazi suffise pour faire accepter aux numismates la 
pièce qu'il a dessinée dans son ouvrage, malgré son affirmation que la pièce a été trouvée 
dans les fouilles faites pour les fortifications. Sur ce point je ne veux pas l’accuser de men¬ 
songe; mais j’incline à croire quels médaille trouvée devait être à ce point fruste, qu’il 
était loisible d’y reconnaître tout ce qu’on voulait, et qu’entraîné par son admiration et 
son immense amour de sa ville natale, Arazi y a, de fort bonne foi, retrouvé la médaille 
dn P. Hardouin. E. B. 

2. Bouche, t. I, pag. 77. 


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de l’autre une partition croisée faisant quatre carreaux auec 
la lettre M dans le troisiesme et la lettre A dans le quatriesme. 
— Cet historien prend ces testes pour les figures de Turi 
et de Perannus, conducteurs des Phocéens à leur arriuée à 
Marseille, mais il n’auoit pas veu ce que nous auons dit; et 
cela semble mieux conuenir à cette teste de Jupiter et à l’op¬ 
position, terminée alors, des Marseillois et des Antibois, 
par ces lettres M. A, qui sont les capitales de leurs noms, 
posées en dehors du croisement *. 

Cette conclusion, n’est pas sans raisons, en considérant 
que les Marseillois se glorifioyent dans leur monnoye des 
choses d’esclatqui leur estoyent aduantageuses, comme sont 
les monnoyes de la IV et VIII façon, rapportée par cet 
historien, dans l’une desquelles, on voit un raisin et dans 
l’autre un rameau d’olivier. Pour signifier, dit-il *, qu’ils 
auoyent enseigné aux Liguriens vitem putere et oliuam 
servare , comme dit Justin. 

Mais venons à une autre preuue de noblesse de la ville 
d’Antibe; les Romains ayant entrepris la conqueste de tous 
ces diuers peuples, enuiron l’an 125 deuant la natiuité de 
nostre Seigneur Jésus Christ, et les ayant réduits dans la 
suite en forme de Prouince, dont la Prouence feust establie 
et tira son nom : quasi esset pro vicia habita ; Antibe a 
encore receu de nouvelles preuues de sa noblesse. 

L’importance de cette ville y fit résider un préteur ro¬ 
main, ayant la dignité de magistrature de Sénat 1 2 3 , de dire le 
droit aux habitants et de porter les marques honorables du 
consulat de Rome 4 . Ce qui estoyt tellement noble et aduan- 
tageux, que la république romaine, vouleust bientesmoigner 


1. Voir à la planche le» doux dernières médailles. Toutes les monnaies de Marseille 
portent les aigles MA, MAS, MA2j£, ou MASSA A, et toutes les raisons, grou¬ 
pées à grand' peine par Arazi pour établir la lutte entre les Marseillais et les Antibois, 
ne supportent pas cinq minutes d'examen sérieux. Ces deux médailles sont des oboles du 
plus infime module; on en possède un grand nombre, mais aucune du module dessiné par 
Arazi. E. B. 

2. Cap. 13. 

3. C'est-à-dire appartenant à l’ordre sénatorial, ceux qui dans les inscriptions sont 
qualifiés de viri egrrgii. E. B. 

1. Prætoris insignia : sella, circuüs, trofea, lictores sex et cetera (Coneulum insignia ), 
Fenestella, de Afagist. Roman , lib. 2, cap. 19. — Pompon. Lœtus, (Hist. de Protor ). 


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par cet establishment qu'elle considcroit Antibc comme 
uneprouince, pour lui conscruer l'ancien droit qu’elle auoit, 
lors de sa domination sur les Décéatcs. Car, en un mot, 
l’establissement des préteurs estoit mis seulement aux pro- 
uinces ’, pour y dire droit aux prouinciaux et mesme pour y 
commander la guerre, si l’occasion on estoit pressante *; 
en telle sorte, que le nombre des préteurs augmentoit à 
mesure que les prouinces augmcntoyent. à l’empire ; et qu’ils 
auoyent le mesme pouvoir que celuv de Home appelé prætov 
urbanus, parce qu’il rendoit la justice dans la ville aux 
originaires romains, et que cet autre appelé prælnr pcro- 
(jrinus, qui disoit droit aux estrangers arriuant journelle¬ 
ment en cette fameuse ville. 

Munster et Hellalorest, dans leur Cosmographie, pag. 335, 
ont voulu dire toutes ces choses, quand ils ont parlé du 
théâtre d’Antibe, et du siège du préteur qui y estoit. Et 
cela a duré jusques au cinquiesme siècle, enuiron l’an '«08, 
que les Wisigoths se rendirent maîtres de la partie orien¬ 
tale de la Hrouencc. 

Cependant, pour une autre preuue de noblesse, l’empereur 
César avant diuisé les Gaules et donné le nom de Gaule 
Narbonnoise à la Hrouence, Antibc en feust déclarée muni- 
cippe, c’est-à-dire ville jouissant formellement des droits de 
la ville de Rome; ayant trois ordres dans sa république, les 
décurions, les cheualierset le peuple, un magistrat, un dicta¬ 
teur, les decemvirs au plus grand nombre, les censeurs, les 
édiles et les questeurs, le tout pour l’estât ciuil et politique, et 
les sacrificateurs et les flammes pour l’estât de leur religion. 

L’historien Tacite nous fournit une preuue de cette vérité, 
lorsque, décriuant les combats d’Othon et de Vitellius, dont 
les troupes se quittèrent comme de guerre lasse à Vintimille, 
dans la Ligurie 1 2 3 , enuiron l’an 70 de la natiuité de Jesus- 
Christ, il asseure, que les troupes d’Othon se retirèrent à 

1. Rosin. Aatitjuital. ronvmar. lib. 7, cap. 13 et lib. 2, S 27 et 2S. 

2. Id. lib. K, cap. 5, part. 2 n* 12, liv. 1, 5; >/ui/>u$ auletn fl*. 7 ao'f. eujusfj. unir , nom . 

3. M. A-L Sardou a prouvé que le combat avait «'u lieu dans les environs de Cagnes. 
ot non pas à Vintimille. V. Annales de la Sociale des Lettres. Sciences cl Arts des Alpes- 
Maritimes. 1 . III. E. B. 


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25 


Albengue, et celles de Vitellius à Antibe, municippe, dit-il, 
de la Gaule narbonnoise, pour une marque reconneue de sa 
noblesse. 

C’est pour cela qu’il estoit permis aux Antibois d’auoir un 
corps de collège; et auoir cette permission, c’estoit faire 
comme l/i république romaine, donner la loi, prendre des lé¬ 
gats en commun, auoir des biens communaux et une caisse 
commune, agir par seindics, et s’establir des lois. Ce qui 
estoit certainement un beau priuilège, digne de la noble gran¬ 
deur d’Antibe, suiuant les inscriptions dont nous parlerons. 

Il y auoit encore cette dignité particulière de cheualerie, 
qui estoit donnée aux gens de mérite, qui auoyent quatre 
cent mille sesterces de reueneu, qui estoyent choisis par le 
censeur et à qui il donnoit le cheual public et l’anneau 
d’or* pour une marque de distinction : ce qui témoigne de 
cette prorogatiue de noblesse, bien différente d’une noblesse 
de nouuelle édition acheptée à prix d’argent toujours reuen- 
deue en détail et toujours méchanique *. 

La Prouence ayant passé des Wisigoths aux Ostrogoths 
et de là aux François Mérouingiens, la ville d’Antibe con- 
serua sa haute qualité : en effet, nous lisons que les Sarrasins 
ayant insulté sa contrée et rauagé plusieurs autres villes, 
Theodalbus Grimaldy 3 , comte de la Gaule Belgique, maire 

1. Jus ajQulorum donaro, apud antiquos erat id firme, quam equitem facere dicimua ; 
accipere viro equitum fldei. Gloss Morgin, in lib. 10, 9 3 ff. de in jus vocand. - [Ce passage 
est évidemment mal lu et je n ai pas en main l’ouvrage cité pour pouvoir vérifier. E.B.] 

2. Ou de certaine autre de mousquetaire à genoux, cy-deuant sauetière et toujours ta- 
barine. « Quo semel est imbuta recens, seruabit odorem testa diû. » A coté, l'auteur a 
écrit: — Nota: il faut supprimer l’addition cy-contre. quifeust mise par impromptu, dans 
le dessein de ne vouloir choquer personne, ce qui n’est pas conuenable icy. 

3. Venasque, pag. 65.-[Charles de Yenasque, secrétaire d'Honoré II de Grimaldi, 

prince de Monaco. Ce modèle des courtisans, ayant remarqué l'analogie, plus apparente 
que réelle, qui existe entre Qrimaldi et Grimvald , nom de quelques maires du palais sous 
les rois Mérovingiens, fabriqua une généalogie fantaisiste qui faisait descendre les prin¬ 
ces de Monaco et tous les autres, GrimaMi d'un Théodalbus ou Théobaldus Grimoald, 
petit-fils de Pépin d'Héristal. Comme Ara/i reproduit plus d'une fois les faussetés de 
Venasque, nous croyons devoir dès à présent mettre en garde le lecteur contre de 
prétendus faits historiques qui ont été admis de très-bonne foi par des écrivains fort 
ostimables, tels que Moreri, Honoré Bouche, etc. La vérité est que les Grimaldi étaient 
tout simplement, comme les Doria, les Fieschi (Ficsque), les Spinola, une famille pa¬ 
tricienne do Gènes. Chefs des Guelfes à l'époque de la grande lutte avec les Gibelins et 
expulsés plus d'une fois de leur patrie, ils s«* réfugièrent sur divers points du littoral de 
l’ancien comté de Nice, qui appartenait aux comtes de Provence, rois de Naples, de la 
maison d'Anjou ; et ce n'est qu'en 1338 qu'ils devinrent maîtres et seigneurs de Monaco, 
et en 1386qu’une autre branche de la famille Grimaldi acquit du pape d’Avignon Clé¬ 
ment VII la seigneurie d'Antibes, qui jusque là avait appartenu aux évêques de Grasse, où 
le siège épiscopal d'Antibes avait été transféré en 1214. S. | 


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du palais, lieutenant général d’armée et ministre d’estat sous 
Childebert III et Dagobert II, estant reuenou d’Espagne et 
trouuant, soubs le règne de Pepin-le-Bref, la mesme contrée 
fatiguée des inuasions des Sarrasins, il les en chassa, en- 
uiron l’an 750 après la natiuité, et particulièrement de la 
ville d’Antibe, que Pépin luy donna auec son district en 
souueraineté, pour récompense de ses belles actions. C’est 
pour celà, que la généalogie des princes de Monaco, qui 
marque ce Theodalbus neueu de Charles Martel, duc de 
Brabant et d'Austrasie, nous figure qu’il se porta à de gé¬ 
néreux exploits ad alta (merlus, pour signifier que la con- 
queste de cette contrée estoit une expédition glorieuse et un 
digne sujet de l’entreprise royale, pour la noblesse et l’im¬ 
portance de cette région. 

Cette souueraineté ne leust pas perdue par le changement 
de maitro, elle augmenta toujours plus noblement soubs les 
François Carlouingiens et soubs les rois d’Arles et comtes 
propriétaires de Proucnce; car Antihe estant restée dans la 
maison de Grimaldy jusques en l’an 99G ; il est certain, que 
cette ville et son district, par ladiuision du royaume d’Arles, 
leust désignée quelques temps après du nom de royaume 
d’Antibe, Regnum Antipolitanum, tant il est vray, que sa 
noblesse a toujours eu des accroissements glorieux *. 

Je trouve pour cela, que la noble dame Beleis, en l’an 1030 
donnant ses terres de Sartoux et leurs appartenances au 
monastère de Saint Honorât de Lcrins, se qualifie de « Mère 
des deux princes du royaume d’Antibe. » Aldebresus qui en 
estoit éuesque et Guillelmus Ganceramus, qui en estoit le 
capitaine souuerain *. 

Les comtes propriétaires de Proucnce orientale ayant 
grossi leur pouuoir et estendu leur puissance, ne pouuant 
pas souffrir de souueraineté particulière, la ville d’Antibe 

1. Au moyen âge Regnum s’employait dans le sens de domaine, terre, propriété, sens 
<|iie ce mot avait déjà du temps de Cicéron. (Voir les dictionnaires latins). « Le titre de 
roi , dit dom Vaines, (Dictionnaire raisonne de diplomatique) & été souvent prodigué 
à des princes et a des seigneurs qui ne l’étaient pas : ainsi le titre de roi ne marque pas 
toujours une souveraineté indépendante. » S. 

2. Il faut lire : noble dame Belielis ou Belieldis au lieu de Beleis, et Aldeberlus au lieu 
de Aldebresus. S. 


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27 


feust qualifiée de baronnie auec ses dépendances; ce qui ne 
resioit pas de marquer encore son antique noblesse comme 
l’on peut voir des anciennes baronnies de Grignan, du Sault, 
des Baux et de Castellane 

Elle passa en cette qualité et par rente et par donation 
aux éuesques d’Antibe, par les rois d’Arles, les empereurs 
et par les papes, à la maison de Grimaldy, comme par droit 
de retour, soubs le pontificat de Clément VII, qui commença 
l’an 1378, comme nous dirons; et enfin, la Prouence estant 
obuenue à Louis XI, par le testament de Charles d’An¬ 
jou III * son cousin germain, les roys de France y ont 
estably dans les suites un gouuernement, depuis la riuiôre 
de Siagne jusques à celle du Var. Ce qui marque cette pré- 
rogatiue de distinction et de noblesse, plus illustre par cel 
aduantage que par tous les autres précédents. 

(S I) 

DU GOUUERNEMENT D’ANTIBE 1 2 3 

Je viens de donner une teinture générale de l’estât du 
gouuernement d’Antibe. Les Décéates dans l’ancien temps, 
les préteurs romains et les seigneurs particuliers, l’ont 
possédée jusques aux éuesques d’Antibe et de Grasse, qui 
auoyent cette seigneurie. L’éuesché estant transferré à 
Grasse, et la ville d’Antibe, son domaine et sa juridiction 
n’ayant plus apparteneu aux éuesques, par suite du démem¬ 
brement fait par Clement VII, ce pontife reconneu tel en 
1378, donna le vicariat d’Antibe pour le temporel, que 
l'éuesque de Grasse auoit accoustumé de régir, à Marc et 
Luc de Grimaldy, nobles Génois, puissants seigneurs dis¬ 
tingués par leur valeur et leur fidélité, jusques à réuocation 


1. Bouche, 1.1, p. 889 et auiv. 

2. Le 10 décembre 1481. — [Otaries III, comte du Maine, avait succédé l'année d’avant à 
son oncle le bon roi René, comte de Provence S.j 

3. Ici l'auteur a destiné une grande planche, portant les armes des Grimaldy. J’ai jugé 
inutile de reproduire cette planche, car ces armes sont connues de tout le monde. Nul n i- 
gnore en effet que les Grimaldi portaient: fuzrlr •i'oryriil »•! >le (juru/rs. E. B. 


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ail bon plaisir du Saint-Siègo, par uno bullo donnée à Aui- 
gnon, lo 27 may 1383 \ 

Marc ot Luc do Grimaldy qui ostoyent fils d'Antoine, 
lieutenant du roy en Prouenco*, eurent recours alors, à 
la reyne mère comtesse do Prouenco par uno précaution 
plus grande contre les rebelles, pondant les guerres ciuiles 
du pays ; et par lettres-patentes, données à Auignon le 
18 mars 1385, elle leur donna simplement, au nom de 
Louys II son fils, pour leurs bons et agréables soruiees et 
leur louable fidélité, la capitainerie et la garde du chasteau 
et de la ville d’Antibe, auec toute pleine puissance « more et 


1. Voici comment Marc et Luc Grimaldi devinrent acquéreurs de la seigneurie d’Antibes. 
Deux papes régnaient en mémo temps: l’un, Clément VII, à Avignon; l’autre, Urbain VI, 
à Rome. « Clément VII, dit Papon {Histoire Je Promire, t. I.p. 101 et suiv.) était géné¬ 
ralement reconnu en France: mais la plus grande part e de Pltalie, sans parler des autres 
royaumes, et quelques évêques de Provence, s’étaient déclarés pour Urbain VI. Celui de 
Orasse était du nombre : ce fut pour l’en punir que Clément s’empara delà ville d'Antibes, 
sous prétexte de la maintenir dans son obéissance. 11 en confia le gouvernement, le 26 
mai 138-1, à Marc et Luc de Grimaldi de Gènes, qui ne la gardèrent que huit mois: car lo 
86 janvier de l'année suivaute. voulant récompenser les services qu’il avait reçus du doge 
de Gènes, Autoine Adoruo, Clément lui donna cette ville à condition qu’il la tiendrait dans 
la mouvance du saint siège, qu’il paierait tous les ans uno once d'or à l évèque de Grasse, ©t 
qu'il ne reconnaîtrait point Urbain VI. Mais cette dernière condition n'ayant pas été rem¬ 
plie, Clément VII retira la ville des mains d'Adorno et la soumit à la Chambre apostolique, 
au mois de novembre 13S3. Un an aprè*, il en disposa d'une autre manière et par un autre 
motif bien différent. Marc et Luc de Grimaldi, dont nous venons de parler, avaient prété 
à la Chambre apostolique 500C florins d'or, monnaie de Gènes; il leur en assigna le paie¬ 
ment sur les revenus d'Antibes, dont il leur abandonna la seigneurie jusqu'à ce qu’ils fus¬ 
sent entièrement payés. La reine Marie de Blois, veuve de Louis I er , duc d'Anjou et comte 
de Provence, confirma cette cession par lettres patentes datée do Pertuisle dernier de dé¬ 
cembre 1386. Suivant cet arrangement Clément VU pouvait se flatter de rentrer un jour 
en possession de a ville d'Antibes. Mais l'état de scs finances Payant obligé de recourir 
à de nouveaux emprunts, MM. de Grimaldi lui prêtèrent encore 5000 florins à trois dif¬ 
férentes reprises. Cette somme jointe à l'autre et aux dépenses qu’ils avaient faites pour 

l’entretien de la ville, leur en assurait lo domaine pour toujours. MM. de Grimaldi ont 

possédé la seigneurie d’Antibes jusqu'en 160S, qu’ils la vendirent à Henri IV pour le prix 
de 850,000 florins » S. 

2. Cet Antoine Grimaldi, qu'Arazi prétend avoir été lieutenant du roi (de Naples) en 
Provence, était au dire de Gioffredo, un noble génois, u»i en entière ijenorese^ habitant 
Nice. 11 fut la tige des Grimaldi seigneurs d'Antibes, Cagnes et Villeneuve, des marquis de 
Corbon, etc. Le roi Louis deTarente lui avait inféodé la ville d'Utelle et la vallée de Lan- 
tosque. mais cette inféodation lut révoquée par lettres patentes de Jeanne 1, veuve de ce 
roi, données à Aversa le 4 octobre 1305 (Istorin JeH*> .\lpi Mûrit, t. III, pag. 338, et t. VII, 
p. 109). S. 

3. Marie de Blois et non Marie d’Anjou, comme le disent l'abbé Tisserand et M.Chabert- 
Plaueheur. Marie de Blois était femme de Louis I duc d'Anjou, second fils de Jean II, 
roi de France, et qui devint roi titulaire de Naples et comte de Provence par adoption de 
la reine Jeanne I, mais qui ne put jamais conquérir son royaume sur son rival Charles de 
Duras — Marie d’Anjou était la fille et nou la mère de Louis II, fils et successeur du dit 
Louis I. Elle naquit en 1401. épousa le roi de France Charles Vil en 1488 et fut la mère 
do Louis XI. S. 


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- 89 - 

mixte impere » *, soubs la mesme clause de réuocation à son 
bon plaisir; et ces lettres feurent confirmées par le mesme 
Louys II, auecles mesmes clauses le 13 octobre 1399 et par 
la reyne Yoland, comtesse de Prouence, par lettres données 
à Arles le 16 mars 1411, à Jean et Nicolas de Grimaldy, fils 
de Marc, et à Georges Honoré de Grimaldy, fils de Luc; tou¬ 
jours dans cet esprit de précaution de la fidélité de la maison 
Grimaldy, contre les entreprises des rebelles, alors conduits 
par l’éuesque de Grasse Jacobus, qui vouloit rentrer dans 
Antibe, au préjudice des dispositions de Clément VII. 

Lamaison de Grimaldy d’Antibe a joui paisiblement, depuis 
ce temps, de cette capitainerie ou gouuernement, comme de 
son propre patrimoine, par la possession de la seigneurie 
d’Antibe, jusques au temps de François I, auec une entière 
fidélité pour le’seruice des comtes de Prouence et des roys de 
France leurs successeurs. On voulut alors troubler Gaspard 
de Grimaldy II, qui estoit des descendants de Luc de Gri¬ 
maldy, soubs prétexte d’usurpation du gouuernement, sur 
les droits des Comtes de Prouence ; mais ayant montré les 
titres de ses ancestre et leurs seruices distingués dans les 
occasions, François I le fit laisser paisible dans ses droits et 
en escriuit mesme à Jean Maynier baron d’Oppède, premier 
président au parlement de Prouence, le dernier juillet 1545, 
auec des termes honorables pour la maison de Grimaldy, 
qui marquent, en effet, cette loüable asseurance, que Fran¬ 
çois I eut au temps de sa mort, de dire à Henry II son fils, 
qu’il n’auoit point de remords en sa conscience, pour auoir 
jamais fait ou fait faire d’injustice à personne du monde *. 

Comme néantmoins les qualités releuécs et l’estime du 
prince donnent de l’enuie, Gaspard de Grimaldy feust encore 
troublé soubs le règne de Henry II, qui réuoqua cette capi- 

1. La vraie formule, fort usitée dans les vieux actes, est tnero et mixto imper io, ce qui 
signifiée avec juridiction supérieure et juridiction inférieure, avec haute et basse justice. 
(V. Glossaire de Ducangé). Le supplément de Ducange donne d’autres exemples analo¬ 
gues de l'altération de cette formule par les scribes du moyen fige. L’abbé Tisserand s'en 
est tenu à celle que lui a fournie le texte d'Arazi ; et, la prenant sans doute pour du pro¬ 
vençal, il a hardiment traduit (p. 184 de son Histoire d'Antibes) par nrer /empire^mère 
et mixte : c’est pis qu’un contre-sens, c’est un non-sens. S. 

2. Méseray, en la vie de François !. 

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— 30 — 

tainerie ou gouuernement, comme une prétendue usurpation, 
par lettres-patentes données à Troyes, le 1*2 mars 1548; mais 
enfin, les enuieux eurent leur confusion entière. Ce gouuer- 
nementlui feust continué par un restablissement de ses droits 
de seigneurie sur la place, et une addition de commande¬ 
ment pour sa majesté, depuis la riuière de Siagne jusques 
à celle du Yar. Et voilà le premier establissement que je 
trouue de cette estendue. Le roy lui donna mesme l’ordre 
île Saint-Michel, pour une marque de la distinction qu’il fai- 
soit de son mérite. Cette gloire feust si grande dans sa 
maison, que non-seulement René de Grimaldy, son fils, eus! 
l’honneur aussy d’auoir cet ordre, mais encore trois de ses 
beaux-fils : Claude de Villeneufue, baron de Vence, le sei¬ 
gneur de Rossel, en Dauphiné, et Gaspard de Castellane, et 
à Adhemar de Monteil de Grignan, baron d’Entrecasteaux. 

Alexandre de Grimaldy son petit-fils, ayant vendu la terre 
et place d’Antibe au rov Henry IV, l’an 1608, les domaines 
et seigneuries en sont demeurés aux roys de France et le 
gouuernement en a esté séparé. 

Antoine du Maine, seigneur du Bourg, baron de l’Espi- 
nasse et la Garde, vicomte de Monterat, seigneur de Claugé- 
la-Mothc, gentilhomme ordinaire de la chambre du roy et 
maistre-de-Camp d’un régiment entretcneu par sa majesté ; 
Gaspard de Forbin, seigneur do la Barbare et d’Aiguilles ; 
Jacques de Forbin de la Barbare son fils; Oliuier de Castel¬ 
lane, Mareschal-de-Camp des armées du roy, colonel d’un 
régiment de caualerie aussy de son nom ; Léon Bouthillier, 
comte de Chauigny et Bujençois, secrétaire d’estat, grand 
thrésaurier des ordres du roy, gouuerneur du chasteau de 
Vincennes, et Jules, cardinal de Mazarin, ont successiue- 
inent possédé ce gouuernement; et de nos jours, Forbin, 
marquis de Janson, baron de Villelaure, seigneur de Mannes 
et autres places, cy-dcuant colonel du régimentd’Auuergne, 
l’a, auec toutes ses dépendances de Siagne jusques au Var, 
depuis l’an 1660, jusques au 14 juillet 169*2 '. 


1. DécedA le 4 juillet 1692 à Antibe. Le 22 du mesme mois, la nouuelle arriua à Antibe. 
que le gouuernement auoit est/* donn^ par le rov :\ M. de Villelaure marquis de .lansoti 
son rtls. 


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— 31 — 

La ville de Grasse tesmoigna, lors de sa prise de posses¬ 
sion, une résistance très-grande, elle qui est la ville du ressort 
de justice; mais le roy la débouta de son opposition. Elle 
est comprise dans le gouuernement et la chose demeure sans 
difficultés. 

Le commencement de ce mois de juillet 1692, nous feus! 
funeste par le décès de cet illustre et vigilant gouuerneur ; 
mais la bonté du roy nous ramena à la fin du mois nostre 
ancienne joye; sa majesté, ayant volontairement donné 
le gouuernement, à Joseph de Forbin son fils, capitaine 
de caualerie au régiment royal, qui nous fait reuiure son 
père et qui succède à ses belles terres et à ses belles qua¬ 
lités. 

La nouuelle de cette libéralité royale, si prompte et si glo¬ 
rieuse, est arriuée à Antibe le 22 du mesme mois de juillet. 
La ville a eu le vray plaisir de receuoir son gouuerneur le 
6 féurier 1693 auec des acclamations publiques de reco- 
noissance. M. de L’Huylier, commandant, le receut hors la 
porte de la deray lune royale ; le Corps de ville a fait, d’abord 
après lui son compliment, et sept volées de canon ont ma¬ 
nifesté son entrée dans la ville. Il a esté conduit à la place 
d’Armes, où les troupes estoyent en bataille, tambour bat¬ 
tant aux champs. Les officiers à la teste l’ont salué de la 
pique chacun à son rang; etM. deL’IIuylier, l’ayant ramené 
à la teste de son bataillon de Grouchy, l’a fait reconnoistre 
dans les formes. Logé en quartiers d’hyver, nous n’auons 
pas eu le bonheur de le posséder longtemps dans ce voyage : 
il est party pour son retour le 1 i du mesme mois de féurier 
1693. Les consulz de Grasse, qui l’estoyent venus visiter à 
Antibe, l’ont conduit dans leur ville; et là, en chaperon, en 
compagnie du viguier et du procureur de la ville, l’ont receu 
ce mesme jour, et lui ont présenté les clefs de la ville, dans 
un bassin d’argent, par le premier conseiller de la commu¬ 
nauté, dans la salle de l’hostel de Gourdon. 

Le roy a fait une nouuelle fauueur à ce gouuerneur ai¬ 
mable, prudent et courageux. Sa Majesté l’a fait premier 
enseigne de ses mousquetaires : et la prouision dugouuerne- 


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mont d'Antibc on lont au reste un éloge si glorieux et si 
digne de mémoire, que je dois le donner au publie, comme un 
honneur précieux que nous recelions. 



LETTRE DU HOY FRANÇOIS PREMIER 

• • 

AU PREMIER PRÉSIDENT DE PROVENCE DE L'AN 1545 

SUR I.E GOUUERNEUIl d’aNTIHE 1 


Celte lettre dont nous auons parlé est consemée dans le cliasteau de 
Cannes, comme un glorieux monument de la justice du prince, et de 
la fidélité du sujet: elle mérite bien d'estre placée dans notre histoire. 

« Monsieur le président, j'ay esté aduerty, que quelqu'vn de mes 
officiers a fait, courir le bruit par de là, que je me voulois saisir et 
emparer du chasteau d'Antiboul, chose qui est si faussement controu- 
uée. que je vous veux asseurer, que m’ayant, le seigneur du dit Anti- 
boul, fait actuellement ses prennes de si loyaux seruiees qu'il a faict 
jusques à présent, je fais tant d’estat de sa loyauté et fidélité, que je 
me voudrais reposer sur luy de la garde d'vue plus importante place 
que oeste là, tant s'en fault que je luy voulusse oster ce qui est à luy : 
et affin qu'il puisse eongnoistre quelle opinion j'ay toujours eu et ay 
de luy et que je ne suis point prince qui vueille usurper sur mes 
subjects ce qui est à eux. je vous prie de luy faire entendre le conteneu 
de la présente et l'asseurer qu'il demeure auec moi en telle estime, 
réputation et recommandation que l’vn de mes meilleurs et plus adfec- 
tionnés subjects et seruiteurs, et aussy que les cffeets et les bons et 
recommandables seruiees que j'ay rocou de luy, m'en donnent une 
bonne et franche occasion : ce que je vous prie de faire semblablement 
sçavoir partout où il appartiendra, de sorte que chascun puisse con- 
gnoistre l’opinion que j'ay de luy,et aussy que ce qui en a esté dict par 
de là est faux et mensonger. Et sur ce. Monsieur le président, je prie 
Dieu qu'il vous ait en sa garde. Escrit à .lumiexes le dernier jour de 
juillet 1545 : François et plus bas Bociiktkt. » Au dessus est mis : 
A monsieur le Président de ma Court de parlement en Prouence. 


1. Cette lettre et la pièce «|ui la suit, n otant pas annoncées par l'auteur, me 

paraissent devoir être publiées à cetti* pîa**e. <|>ii est cell« a «|U»los occupent dans )•* 
manuscrit. R. B. 


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33 


s ni 

PKOUISION DU GOUVERNEMENT DANT1BE EN FAVEUR 

DU MARQUIS DE JANSON 

« Louys par la grâce de Dieu, roy de France et de Nauarre, comte 
de Prouence, Forcalquier et terres adjacentes, à tous ceux qui les 
présentes lettres verront, salut. L’estât et charge de capitaine gouuer- 
neur de nos ville, citadelle et fort d’Antibe, ensemble de nostre ville 
de Grasse et tous les lieux dépendants de son ressort entre les riuières 
de Siagne et du Var, estant à présent vacante, par le décez du sieur 
marquis de Janson, et estant nécessaire pour le bien de nostre seruice. 
et la conseruation des dites places, d’en confier la garde à une personne 
sur la fidélité de laquelle nous puissions nous reposer, nous auons 
estimé ne pouuoir, pour cet estât, faire un meilleur ni plus digne 
choix que de nostre cher et bien aimé le sieur marquis de Janson, son 
fils, pour la connoissance que nous auons de son expérience en fait des 
armes, dont il a commencé à nous donner des preuves dez l'age de seize 
ans, depuis lequel temps, il n’a pas discontinué de nous seruir en 
qualité de lieutenant d’une de nos galères, d’aide de camp du sieur 
Bouflers, de l’un de nos mousquetaires de la l re compagnie, et enfin de 
capitaine de cau&lerie depuis neuf ans : dans tous lesquels employs, il 
nous a fait voir d’égales marques de sa valeur et de son courage, 
de son zèle et de son affection à nostre seruice, dont il nous reste une 
entière satisfaction. Par ees causes et autres, à ce nous mouuons auoir 
le dit sieur marquis de Janson constitué, ordonné, establv et par ces 
présentes signées de notre main, constituons, ordonnons et establis- 
sons capitaine et gounerneur de nos ville, citadelle et fort d’Antibe, 
comme anssy de nostre ville de Grasse et des lieux dépendants de son 
ressort entre la riuière de Siagne et le Var ; et ladite charge vacante, 
comme dit est, lui auons donné et octroyé, donnons et octroyons, auee 
pouuoir de commander aux gens de guerre, que y sont et seront cy- 
après establys en garnison ; ce qu’ils auront à faire pour notre seruice 
et la conseruation des dits lieux soubs notre obéissance, faire viure les 
habitants en bonne union et concorde les uns avec les autres et les 
gens de guerre en bonne discipline et police, suiuant nos règlements 
et ordonnances militaires, et au surplus, joüir de ladite charge, des 
honneurs, authoritez, prérogatiues, prééminences, appointements et 


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droitz qui y appartiennent, tels et semblables qu’en a bien joui ou dû 
joüir le dit sieur marquis de Janson, et ce pendant le temps de trois 
années entières et consécutiues, qui commenceront du jour et dates des 
présentes et soubs l’authorite de nostre gouverneur et lieutenant 
général de Prouence ou, en son absence, de celuy qui y commande. 

Donnons en mandement à nostre très cher et féal chancelier le sieur 
Boucherat, commandant de nos ordres et cheualier de France, que luy 
estant appareu de bonne vie et meurs, conuersation et religion catholi¬ 
que, apostolique et romaine, du dit marquis de Janson, et de luy pris 
et receu le serment en tel cas requis et accoustumé, il le mette et insti¬ 
tue de par nous en possession de ladite charge et d’icelle ensuite tout le 
conteneu cy-dessus, le fasse, souffre et laisse joüir pleinement et pai¬ 
siblement, cessant et faisant cesser tous troubles et empeschements â ce 
contraires. 

Commandons aux habitants du dit gouvernement et aux gens de 
guerre qui y sont et y seront cy-après establis en garnison, de recon- 
noitre, obéir et entendre au dit marquis de Janson en toutes les choses 
qui concernent nostre seruice et la seüreté des dits lieux sans aucune 
difficulté, sous peine de désobéissance. 

Ordonnons en outre au tresaurier et comptable qu’il appartiendra, 
que les appointements et droitz appartenants à la dite charge, ils ayent 
à payer au dit marquis de Janson dorenauant par chascune des dittes 
trois années, aux termes et à la manière accoustumée. Et rapportant 
ces présentes en copie dicelles, duement collationnées, pour une fois 
seulement avec quittance du dit marquis de Janson, sur ce suffisantes, 
nous voulons que tout ce qui lui aura esté payé à l’occasion susditte, 
soit passé et alloüé en la dépense de leurs comptes, déduits et rabbatus 
de la recette d’iceux par nos amés et féaux les gens de nos comptes à 
Aix. Auxquels, mandons aussy le faire sans difficultés, car tel est nostre 
bon plaisir. 

En témoin de quoy nous auons fait mettre notre scel à ces dittes 
présentes. Donné à Versailles le troisième jour de septembre, l’an 
de grâce mil six cent quatre vingt douze et de notre règne le cin¬ 
quantième signé Louis et plus bas : Par le roy comte de Prouence. 
signé Colbert. » Et d’un autre costé est escrit : « Aujourdhuy troi¬ 
sième jour de nouembre mil six cent quatre vingt douze, le sieur 
marquis de Janson desnommé es présentes, a fait et prêté es mains de 
monseigneur Boucherat, cheualier commandeur des ordres du roy. 
chancelier de France, le serment qu’il est dit teneu de fâire pour 
l’estât et charge de capitaine gouuerneur des ville, citadelle et fort 


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d'Antibe, ensemble la ville de Grasse et lieux en dépendant pour sa 
majesté ; Moy conseiller secrétaire du roy grand audiencier de France 
présent. Signé Bouche. » 1 



DE LA FIDÉLITÉ DE LA VILLE d’.YXTIHK 
ET DU DROIT DE LATIUM QU’ELLE MÉRITA 2 


C’est icy un des principaux honneurs de nostre ville; nous 
auons déjà parlé par occasion, en diucrs endroitz de cotte 
histoire, de la fidélité d’Antibe; mais il est temps enfin de 
tenir nostre promesse et de remplir nostre dessein. Nous 
auons dit que la fidelité de la ville d’Antibe lui procura le 
droit italique et voicy la preuue de ce glorieux aduantage. 

Strabon 3 , ancien géographe qui viuoit du temps d’Au¬ 
guste, parle de la situation d’Antibe et de Nice et de la fon¬ 
dation de cellecy, postérieure à l’antique habitation d’Antibe, 
il obserue les procèz entre Antibe et Nice, que Marseille 
prétendoit mettre toutes deux soubs sa domination; iladjoute 
que la chose feust discutée au Sénat de Rome, et que, si 
bien Antibe est dans la Gaule Narbonnoise et Nice dans 
l’Italie, néantmoins il feust dit que Nice demeureroit soubs 
la préfecture des Marseillois et qu’Antibe seroit comptée 
entre les villes d’Italie. C’est-à-dire entre les villes qui 
jouissent du droit italique. 


1. « Là, *e trouve un carré de papier épinglé sur Ih feuille et sur lequel on lit au 
redo : > 

* un 

Ordiv «les funérailles de messiro Forbin gomiermuir d'Anfihe. 


« V 

Nota ; II reste de mettre après c«*la dans son lieu propre : 

1. e chapitre de la fldellit*' d'Antihe sur ce jugement du Sénat do rapport*' par 

Strabon. 

Plus les jttf pour les priuilèges fondés sur cette lidellité. 

Plus quelque* titres généraux du gouncrnement antique et du gouuernemeiit modem*; 
pour la politique. 

« Et au verso : * 

Nota : de mettre une liste des gouuerneurs et do dire «|uelque chose de leurs vies. 
Doria, Fiesqui, Grimaldy et Spinola, les quatre familles nobles principales de tournes. 

2. Ce paragraphe est placé dans le manuscrit à la lin du volume, mais l'auteur indique 
qu’il fautle mettre au chapitre de la fidélité d'Antibes; le * 1V annoncé manque. E. I'*. 

X Lib. 1. 


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36 


S’il fit boau voir à Romo la glorieuse dispute des douze 
villes d’Asie qui demandoient préférablement l’une à l’autre 
d’auoir l’honneur de bastir à Tibère un temple que l’Asie 
luy avoit destiné, ce procèz d’Antibe et de Nice n’estoit pas 
moins digne de l’attention du Sénat. Ces onze villes exal- 
toyent leur antiquité, leur affection et leur seruice pour le 
peuple romain; et les raisons de la ville d’Antibe estoyent 
sans doubte fondées sur sa noblesse, sur son antiquité, sur 
son opposition à l’establissement de Marseille, sur ses serui- 
ces distingués dans les guerres pour la République, et pour 
la fidélité enuiable qu’elle auoitconserué pour l’Empire, dans 
toutes les occasions glorieuses. Car enfin, ce droit italique 
n’estoit pas accordé sans loüablcs fondements. Elle pouuoit 
mesme dire que Nice estoit un establissement nouueau des 
Marseillois, une retraite d’un peuple barbare qu’ils auoyent 
soubmis, et quelle n’auoit acquis aucune renommée dans 
l’Empire, n’ayant jamais rien fait pour le seruice de la Ré¬ 
publique; et que les habitants d’Antibe auoyent fait, dans 
toutes les occasions de guerre ou de politique, les actions les 
plus glorieuses et les plus importantes à la grandeur romaine; 
et par toutes ces réflexions, Antibe pouuoit bien conclure 
franchement k la belle prérogatiue qui lui feust accordée, 
pour une juste récompense de sa fidelité '. 

FIDÉLITÉ 2 

En l'année Iî80, René duc de Lorraine troubla la Pro- 
uence, et Crasse luy ouurit ses portes criant : Vivo Réné é 
foho.ro Clinrlé. Cela fait, tout le Vigueriat fit la mesme 
chose et reconneust le duc de Lorraine. 

Le seigneur de Monaco, qui estoit grand partisan de la 

1. Tout cela signifie que les Romains trouvant l'occasion bonne de s’emparer d’Antibes 
ne manqueront pas de le faire : je no me serais certainement jamais avisé de citer ce trait 
comme une preuve de fid'.'lit** : car c’est le contraire que fit la colonie marseillaise, en se 
donnant à Rome. E. B. 

2. Ceci est écrit sur une feuille libre, fixée à la dernière page par une épingle. L'inten¬ 
tion de l’auteur était évidemment de le mettre dans son chapitre de la fidelité. E. B. — 
La réponse à la question sur l’ancien ne monnaie, qui suit immédiatement et que nous 
marquons de guillemot*, est empruntée à la traduction par Ainyot d’un passage du traité 
de Plutarque intitulé Questions Romain es. S. 


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— 37 — 

maison d’Anjou, pour obliger la ville d’Antibe à persister 
dans la fidélité quelle deuoit à son souuerain, y alla auec 
cinquante cuirasses et empescha qu’elle ne tombe entre les 
mains des partisans de la maison de Lorraine *. 


Pourquoi est-ce que l’ancienne monnoye auoit d'un 
costé la teste de Janus k deux visages et de l'autre costé, 
la proue ou la poupe d'un bateau en grève ? * » 

« Est-ce, comme plusieurs disent, pour honorer la mémoire 
« de Saturne, lequel passa en Italie par eau dedans quelque 
« vaisseau ? Mais cela se peut aussi bien dire de plusieurs 
« autres, car et Janus et Euandres et autres y vinrent sem- 
« blablement par mer. Au moyen de quoy, on pourroit à 
« l’aduanture conjecturer auec meilleures raisons qu’il y a 
« aucunes choses qui sont bonnes et honestes aux villes et 
« d'autres qui leur sont nécessaires; et entre celles qui sont 
« honestes, la principale est le bon gouuernement, entre les 
« nécessaires, l’aisance des viures. Or pour ce que Janus 
« leur institua le bon gouuernement en leur establissant do 
« bonnes loix et ciuilisant leur manière de vivre, qui par 
« auant estoit brutale, et que la riuière estant nauigable, 
« leur foumissoit abondance de toutes choses nécessaires, 
« aucunes en remontant la mer et les autres en allant du 
« costé de la terre : la monnoye, porte d’un costé, pour 
« marque de législateur, la teste à deux faces, comme nous 
« auons dit, k cause de la mutation de façon de viure et de 
« l’autre, pour la riuière, le bateau. Encore usèrent-ils de 
« monnoye où il y auoit la figure d’un bœuf, d’un mouton 
« et d’un porc en grauure; d’autant que leurs richesses 
« procédoyent principalement de nourritures et leurs biens 
« consistoyent en bestail ; d’où vient que la plus part de 
« leurs noms anciens estoyent : custier, suillier, bubuleur, 
« porcier, c’est-à-dire bergers, bouviers, porchers. » El 
ainsy de suite, comme le dit Fenestella. 

]. Archiv. de Monaco. — de Ruffy, Hist. de Marseille, T. 1. p. isat. 

L'auteur veut-il parler de sa médaille figurée au rr ou bien est-oe d'uno autre ? 
E. B. 


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MORT UE FRANÇOIS 1 


er I 

EXHORTATION DU ROY A SON PILS * 

« En après il luy enchargea de soulager le peuple d’une 
partie des imposts, puis qu’il y auoit la paix, et l’exhorta à 
mesnager sagement le bien et le sang de ses suiets, luy re- 
monstrant qu’ils estoyent si chers à la maiesté Diuino, 
qu’elle auoi{ par conte (compte) iusqu’aux cheueux de leur 
teste : O mon fils , quand, vous viendrez en l'estât où je 
suis maintenant , luy disoit-il, que vous reconnoistrez com¬ 
bien les aduis que ie vous donne sont nécessaires , et que 
ce vous sera une grande ioye , quand vous irez comparois- 
tre deuant le souuerain tribunal , de pouuoir dire alors 
ce que ie dis à cette heure! que ie n’ay de remords en ma 

CONSCIENCE POUR AUOIR IAMAIS FAIT NY FAIT FAIRE D’iN- 

iustice a personne du monde QUE ie sçache. Il luy réi¬ 
téra ses remontrances et luy redonna à plusieurs reprises sa 
bénédiction par plusieurs fois. A la fin la fièure s’estant 
redoublée de iour en iour, il expira doucement, le trentiesmo 
de mars. Le dernier mot qu’il prononça ce fut le sacré 
nom de Iésus : et lorsqu’il oust perdu la parole, il marquoit 
encore auec la main le signe de la croix sur ses draps, pour 
monstrer, qu’il mouroit dans la foy catholique. » 

« Cet ulcère maling, qui lui estoit venu l’an 1539, n’ayant 
pu estrc guéry par ses médecins, qui n’osèrent pas le traiter 
auec la rigoureuse méthode qu’il faut apporter à ces maux 
là, s’estoit trainé jusqu’au col de la vessie et l’auoit rongé 
auec des ardeurs insuportables; tellement, que cette dou¬ 
leur et l’acre leuain de cette infection, qui estoyt espandu 
par toute l’habitude du corps, luy auoyent causé une fièure 
lente et une morne fascherie, qui finit le cours de sa vie 
dans le milieu de sa cinquante troisiesme année et celuy de 
son règne, dans le commencement de la 33 me . » 

1. Au revers de là page précédente est écrit en note: « Nota de faire mettre le trait 
suyuant aner la lettre de François I r au chapitre de la Fidélité d'Antibe. * E. R. 

2. Méserai, Hiat. de France, ou la vie de François l r , tome II, pages 581 et 583. 


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39 


CHAPITRE III 


De l’antiquité de la ville d’Antibe 

Nous auons déjà une juste idée de l’antiquité de la ville 
d’Antibe par la dissertation de son étymologie, mais il est 
bon d’en dire quelque chose de plus particulier. 

La plus ancienne ville du monde est celle que Caïn fit 
bastir *, après auoir couru longtemps vagabond du meurtre 
de son frère Abel, et qu’il nomma du nom de son fils Enoch 
Enochie. 

Dieu ayant puni par le déluge les péchez des hommes et 
les descendants de Noë s’estant fort multipliés, ils concou¬ 
rent le dessein extrauagant de construire une ville et une 
tour qui porteroit son sommet jusques dans le ciel. Ce 
dessein leur attira une punition par la diuision des langues, 
et de là vint celle des prouinces dans lesquelles les descen¬ 
dants de Noë se séparèrent et firent des establissements. 

Dans ce partage général *, les enfants de Japhet s’estendi- 
rent depuis le mont Taurus Tamanus en Silicie jusqu’au 
fleuue Tanays en Asie, et de là jusqu’au détroit de Gadès, 
maintenant nommé de Gibraltar ou de Cadix. Il eust sept 
fils et autant de petits-fils, et deux seulement vinrent en 
Europe, Thiras et Jauan; celuy là occupa la Thrace, qui 
porte son nom, la Mœsie et toutes les parties septentrionales; 
celuy cy s’arresta dans les parties méridionales et qui sont 
baignées par les eaux de la Méditerranée, comme la Grèce, 
l’Italie, les Gaules et l’Espagne. 

Gomer, autrement dit Gallus 3 un de ses descendants, 
s’arresta le premier en Italie et passa dans les Gaules, où il 

1. Genèse, cap. 4. 

2. Mgr Godean, dans son Abrégé de l'histoire universelle Ho I Kgliee, p. «J. Josèplte 
ou THistoire des Juifs, livre 1, chap. 6. 

3. Gossarus p. 10 (!) 


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ft 


— 40 — 

londa les Gaulois, tels appelés de sou nom, l’an *2439 auant 
la natiuité de nostre Seigneur Jésus Christ, et Sanotus ou 
Samothus feust leur premier roy, l’an 21*20 auant cette 
mesme natiuité. Celtus feust leur neufuiesme roy et donna 
son nom à ces peuples qui l’aimoyent tendrement; duquel’ 
en cette occasion, tous les Gaulois répandus en diuerses pro- 
uinces se firent un honneur d’estre nommés, en telle sorte* 
que les Gaulois et les Celtes estoyent pris indifféremment 
pour les mesmes peuples h 

Celtus vint en Prouence 1 2 où il commanda enuiron l’an 
1783 auant J. C. ; il eust. une fille ditte par les anciens 
Galathée, qui lcust mariée à Hercule le Syrien, fils d’Osiris 
et en eust trois fils : Celtus, Gallus et Illixius ; le premier 
desquels s’estendit vers les contrées dos Salycns, des Décéa- 
tes et des Oxybiens et des autres dont parle l’ancienne carte 
de Prouence, et tous ces peuples l'eurent compris sous le 
nom général de Celtes, c'est-à-dire faisant partie de la Gaule 
celtique. 

Je tire cette conséquence de tout ce discours : c’est qui* 
les Décéates estoyent alors en existence, et la ville dont 
nous parlons est bien ancienne, comme la capitale qu’ils 
auoyent fondée dans les temps de ce petit fils de Japhet. 
C’est pour cela, sans doute, que l’historien de Prouence 
nomme les Salluuiens ou Salyens, les Décéates et les Oxy¬ 
biens, trois anciens peuples de Prouence 3 . 

Le nom de cette ville Dvciatum ayant été changé en celuy 
(YA niipolis, comme nous auons dit ', c’est toujours, en tous 
cas, une grande antiquité d’auoir eu cet aduantage enuiron 
l’an 555 déliant la Natiuité ; et l’on ne trouue guère de villes 
en cette prouince, qui puissent compter si auant leur pre¬ 
mier establissement et le changement arriué par unenouuello 
fondation. 

C’est par cette réflexion, que Barralis dans la description 


1. Il est inutile de rappeler au lecteur l'inanité d«» pareil> rérits. E. TL 

2. Bouche, Histoire de Prou. T. I. p. 2 et 365. 

3. * p. 370 

4 Le lecteur sait déjà ce que vaut cette assertion. (Voir page 9, note 3). S. 


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41 


qu’il fait de la situation de l’isle de Lërins 1 nomme la ville 
d'Antibe « une cité très ancienne », et que ce mesme historien 
de Prouence, dit que Antibe et Nice sont les villes les plus 
anciennes en connaissance, après Marseille, de toutes les 
autres de la Prouence ; c’est à dire que si bien il peut y auoir 
eu des villes plus anciennes que ces trois là, néant-moins, 
dit-il, nous n’auons point de connoissance de ce qu’elles 
estoyent auant ces trois villes. Nous auons montré que 
Deciatum comptoit de plus loin que Marseille et que Nice, 
et cela nous suffit présentement pour la noble antiquité de 
la ville d’Antibe. 



MONUMENTS D ANTiqUITEZ ROMAINES 


Les curieux antiquaires nous sauront bon gré des choses 
que nous allons dire. Antibe ne deuoitpas manquer de beaux 
ornements, que la grandeur romaine sçauoit donner aux 
villes de distinction; mais enfin, je vois que les restes que 
nous en auons, sont si peu fidellement rapportés par quel¬ 
ques escriuains que je ne dois pas laisser la chose impunnie. 

L’historien de Prouence 2 en a fait un détail injuste et 
sur le faux rapport de ces escrivains, ou sur les mémoires 
fautifs de quelques personnes peu connoissantes qu’il em¬ 
ploya. Il importe doncques à la noblesse et à l'antiquité de 
la ville d’Antibe de réparer toutes ces erreurs qui auront, 
sans doubte, fait naitre des mauuaises impressions contre 
les choses mesme qu’il a voulu publier. 

Cet historien parle de la saumure de thon d’Antibe 
exaltée par le poète Martial et il adjoint ces paroles « que 
beaucoup plus rendent recommandable et montrent l’anti¬ 
quité, la réputation et la grandeur de cette ville, les diuers 
monumentz d’antiquitéz qui s’y trouuent tels que théâtres, 
fonteines, colonnes et statues, urnes et tombeaux » suyuant 

1. Bouche, Hist. de Prou. T. I. p. 287 et40G. 

2. Bouche, Hiat. de Prou. T II, p. 288 et aiiivanfe*. 


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— 42 — 


h*s ^»criuains qu'il cite. Il dit vray dans cette généralité; 
ruais il rapporte mal quelques inscriptions d'un grand mé¬ 
rite. et il oublie d’autres beaux monuments et le détail cir¬ 
constancié de tant de choses esclatantes. 


Il y a dans Antibe deux grandes et belles tours quarrées 
artisterneut trauaillées à la romaine 1 par des gros quartiers 
de pierre viue taillées à la fantaisie dont il n'a rien dit. — La 


première de •>() toises de hauteur et de S toises de largeur 5 
à chaque face au dehors, est posée douant l'église cathédrale. 
Otto tour porte le mot Antipoli * en gros caractères dans 
un quartier de pierre à la neufuiesme assise rangée de rais 
de terre vers l'angle gauche du costé septentrion 3 ; elle 
est coupée en quatre voûtes en dedans, la porte commence 
à la quin/.iesme rangée ; l’on a trouué autre fois dans le pre¬ 
mier estage ires mots, à costé d’une table de pierre viue : 


G0LLEÜ1G ANTIPOLITANORVM 

que cet historien donne mal à propos comme une inscrip¬ 
tion trouuée au fond d’une muraille 4 . 

Cotte inscription, qui signifie le droit de collège dont nous 
auons parlé, peut conuenir à la propriété de cette tour en 
faueur de la ville ; en effet nous sçauons, par tradition de 
nos pères, que cette tour appartient à la communauté ; et le 
roy Henry IV la laissa mesme aux habitants, dans l’achapt 
que sa majesté fit de la place d’Antibe. Il a esté fait une porte 
à rais de terre à cette tour du costé du couchant, au mois* 
de septembre 1692, pour un seruice royal, qui la rend plus 
recommandable qu’elle n’estoit du temps des Romains. 

L’autre tour, de 13 toises de hauteur et de 6 toises de 
largeur à chaque face au dehors, est posée dans la basse- 
cour du chasteau seigneurial ; elle a la porte à la quator- 
ziesme rangée du costé du leuant, et elle est coupée en 

1. Ces deux tours, par tous le* caractères de leur construction, ne peuvent remonter 
au-delà du XII** siècle ; mais, selon toute probabilité, elles n'ont été construites que vers 
la lin du XIII**, au retour des croisades. E B. 

2. Arasi mesurait ces tours avec des lunettes grossissantes : il faut diminuer son éva¬ 
luation d'au moins un tiers. E. B. 

:t. Voy. mon Eplgraph. ant. des Alp. Mar. n° ss et pi. 11. K. B. 

4. Vov. mon Kplg. etc., n. 99 et pl. II. E. B. 


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43 


dedans par trois voûtes. On y voit à la cinquiesme rangée 
vers l’angle droit du costé du raidy l’inscription suyuante : 

a m e c f t a ex- testamento > 

Je n’ay leu aucun escriuain qui ait parlé de ces lettres 
capitales, et je veux bien donner ici mon sentiment sur l’ex¬ 
plication que j’en av faite. Il est probable que cette tour feust 
ordonnée par le testament d’Ancus Manilius Capitolin, 
consul de Rome l’an 371 deuant la natiuité de Jésus Christ. 
Je fonde mon opinion sur ce que ce Manilius estoit fils de 
Quintus Manilius, préfet de la légion XXI de caualerie 2 
appelée rauissante, et collecteur et thrésaurier des tributs 
des villes de Prouence, qui veu sa qualité, n’ignoroit ni la 
situation ni l’importance de la ville d’Antibe ; et pour cela 
voici comme je lis : Aucun Manilius eques curauit fieri 
turrim Antipoli ex testamento. 

L’on peut soutenir cette opinion par l’épitaphe de ce 
Quintus Manilius rapportée par Claude Guichard dans son 
traité des funérailles, p. 109, et par les autres réflexions de 
la grandeur romaine, des alliances que Manilius pouuait 
auoir à Antibe, ou des empeschements qu’il vouloit donner 
aux ennemis, par cette fortification et cette marque de ma¬ 
gnificence 3 . 

Ou bien cette tour feust ordonnée par Maximus Emilianus, 
qui feust surnommé Allobroginus et qui estoit consul de 
Rome après Cneius Domitius Aenobarbus, l’an 631 de la 
fondation de la ville, c’est-à-dire l’an 120 auant la natiuité 
de Jésus Christ; et voicy comme j’explique : Allobroginus 
Maximus Emilianus curauit fieri turrim Antipoli ex tes- 

1. Voy. mon Epigr. n* 76. E. B. 

i. Il n'y avait pas de légion de cavalerie ; l'effectif d'une légion était de 6,400 fantassins 
et de 726 cavaliers, qui formaient les Alœ ou ailes de la légion; ils formaient 22 Turrnw 
ou compagnies, qui, primitivement de dix hommes, étaient commandées par des officiers 
que l’on nommait décurions: plus tard, le nombre des hommes fut porté à 33 par turmu , 
sans que le nom des décurions fût changé. La cavalerie delà légion, qui opérait quelque¬ 
fois seule., était commandée par un officier nommé prœferlus equitum. La 21* légion 
s'appelait rapox , rapace et non ravissante. Il est d'ailleurs possible que l’auteur ait voulu 
traduire rapax par ravissante, en donnant à ce dernier mot le sens de ravisseuse , qu’il 
n'a plus aujourd’hui : ce qui serait toujours un contre-sens, mais plus acceptable. E. B. 

3. Dans uüe longue note, l’auteur redit absolument ce qui vient d’étre dit : j'ai jugé 
inutile de la reproduire. E. B. 


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44 


tamento. Le temps et l’occasion donnent beaucoup d’appa¬ 
rence à cette pensée dans le discours de Florus, lib. III 
cap. 2, quand il parle des expéditions de ces deux consuls de 
Rome, de la victoire dont le Var leur estoit témoin, de 
l’autre contre Bituites, roy des Allobroges ou Auuergnats *, 
pour laquelle ils firent dresser des tours de pierres avec des 
trophées d’armes au lieu du combat; ce que ce consul peut 
bien aussy auoir ordonné dans Antibe, estant de retour de 
sa campagne, pour un trophée glorieux de son expédition. 
Car il esta présumer qu’il auoit pris son quartier dans cette 
place et dans sa contrée ; ou bien encore ces tours seruoyent 
pour marquer l’alliance de Rome auec Ant ibe *, par le moyen 
de ces deux tours, l’une de la ville et l’autre de la République 
romaine, à l’imitation des anciens, dont nous voyons tant 
d’exemples dans la Sainte Escriture, qui marquoyent leur 
alliance par des tours ou par des monceaux de pierres ; ou 
bien enfin, pour quelques trophée contre les Lyguriens, 
qu’ils auoyent si souuent battus, pour leur marquer un non 
plus ultra dans la Prouence, comme de nouuelles colonnes 
d’Hercule, puisque les Romains commençoient déjà à sou¬ 
mettre la Ligurie, par les forces qu’ils auoyent donné aux 
Marseillois. 

Cette tour a encore esté percée au rais de terre du costé 
du midy au mois d’octobre 169*2, pour un seruice royal, dont 
il n’est pas besoin de faire le détail. 

Antibe auoit ce théâtre si fort vanté où les anciens Anti¬ 
bois prennoient leurs diuertissements à la danse et autres 
jeux. Nous nous figurons que leur magnificence, tenant alors 
de la grandeur romaine, l’on n’y auoit point oublié les por¬ 
tiques, les degrez, la scênej l’orchestre, le pupitre, les dé¬ 
corations et les machines dans la plus belle perfection, auec 
tous les agréments conucnables ; et nous sommes fondés là 

1. Les Allobroges occupaient, non l'Auvergne, mais la partie du Dauphiné comprise 
entre le Rhune et l'Isère : ce n'étaient donc pas des Auvergnats. S. 

2. A cette époque Antibes était entièrement sous la domination des Marseillais et ne 
pouvait contracter d'alliance avec personne. Toute cette longue argumentation est d'ail¬ 
leurs en contradiction avec toutes les données archéologiques, historiques ou épigraphi¬ 
ques connues. E. H. 


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45 


dessus sur deux monuments authentiques: cette inscription 
célèbre que l’on fit à Antibe aux joueurs de cornemuse 1 : 

COLLEGIO VTR1CLAR 
G • IVLIVS • CAPITOLIN VS 

DON • POS 

et l’épitaphe mémorable de l’enfant Septentrion âgé de 
XII ans, qui dansa deux jours entiers sur le théâtre et qui 
pleust aux Antibois. 

La pierre viue où estgrauée cette épitaphe est si joliment 
trauaillée, que je m’estonne que tant d’escriuains qui ont 
parlé de l’inscription en ayent seulement rapporté les pa¬ 
roles, que l’Historien de Prouence les ait interuerties et mal 
placées *, et que Gabriel Syméon 3 , qui figure cette pierre 
dans son dernier voyage d’Italie, l’an 1557, en ait donné 
une fausse estempe. C’est pour cela que je l’ay faite tirer 
au juste auec toutes ses dimmensions régulières; et j’estime 
que le plaisir que je me suis fait là dessus, sera communiqué 
à ceux à qui je laisse celuy d’en examiner tous les ornements 
antiques. Ces plumes, qui marquent l’agilité de cet enfant 
Septentrion, cette urne qui reçoit les cendres des vieux et 
des jeunes de toute qualité, ces deux roses qui en sortent, 
l’une en bouton et l’autre qui commence à s’épanouir, pour 
signifier la fragilité de la vie dans ces deux états de per¬ 
sonnes, et leur rapport au temps et à l’action de cet enfant 
Septentrion, leur situation penchante, pour montrer que ce 
jeune enfant estoit mort à la fleur de son âge, ces deux au¬ 
tres roses mises de chaque costé pour marquer l’antique 
coutume d’en orner les tombeaux qui laissoyent la bonne 
odeur de quelque action louable. 

Quam longa una cites œtas, tam lonya rusannu 
Quos pubescentes. juncta senecle pretnit 4 . 

1. Voy. mon Epigraph. n* 125 ©t pl. 11. Les utriculaires étaient, non des joueurs de 

cornemuse, mais des passeurs de rivières ou de bras de mer y qui se servaient d'outres gon¬ 
flées, assemblées entre elles et recouvertes de planches, pour transporter voyageurs et 
marchandises. E. B. . 

2. Bouche Hist. de Prou. T. I, p. 288. 

3. En ses illustres obseruations, p. 26. 

A. Ici se trouve le dessin de la pierre, tel que le donne notre planche. E. B. 

6 , 


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Cctto pierre est murée contre l’IIostel-de-ville, du costé 
du midy, faisant face à la rue qui donne vers l’église. Mais 
reuenons au théâtre. 

Les restes précieux que nous en auions estoyent admira¬ 
bles et l'année 1(391 a veu leur entière démolition ; les forti¬ 
fications nouuelles en sont la cause, pour la commodité des 
pierres sur le lieu. Je ne» nomme pas l'ouuricr entrepreneur 
de sa ruine, pour ne luy donner la mesme immortalité qu'a 
reçeu Hérostrate d’auoir brûlé le temple de Diane à Ephèse: 
je dis seulement que le théâtre d’Antibe n'a jamais serui plus 
glorieusement, qu’en cette occasion qu’il est de quelque uti¬ 
lité pour le seruice du roy. 

J’ay eu la faneur d’auoir le plan et la veüe de ces restes 
d'antiquitez que je mets icy pour la satisfaction des curieux '. 

Il y a aussi dans Antibes, quelques colonnes simples en 
diuers endroits qui ne laissent pas de marquer une singulière 
antiquité : il y en a de marbre dans l’église paroissiale, con¬ 
tre les murailles de la chapelle de saint Jean-Baptiste; mais 
les plus remarquables sont les deux qui soutiennent la voûte 
du frontispice de cette église cathédrale : elles sont d’une 
pierre bleuastre, que le vulgaire dit pierre coulée *, et la ma¬ 
nière des chapiteaux est d’un ordre particulier, plus ancien 
([ue le rustique, le toscan, le dorique, l’ionique, le corin¬ 
thien et le composite. Elles ont quelques inscriptions à l’en¬ 
tour; mais, en bonne vérité, il n’y reste aucun mot qui 
puisse receuoir une vraie liaison ; il en est de mesme de celles 
que l’on voit à la chapelle de saint Sauueur, antique déuo- 
tion des habitants d’Antibe, où le Yiguier et les Consuls 
en chaperon, auec procession dos prebstres de la paroisse, 
vont installer toutes les années le prieur et le sous-prieur, 
ainsy que les autres officiers do la chapelle et confrérie du 
Saint-Esprit, à chaque seconde teste de Pentecoste. 

Antibe n’a pas manqué d’auoir aussy des statues; tout 
cela est partout perdu: l’on en a trouué quelques pièces en 


1. Las© trouvent, dans le manuscrit. 1© [dan ©t In vue du théâtre. r,u© nous reprodui¬ 
sons sur notre planche. E. H. 

En porphyre bleu de l'Estorel. E. H. 


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diuers temps, et il ne reste que de simples pièces inutiles 
de la dédicace de celle que les Antibois dressèrent à l’em¬ 
pereur Antonnin Pie et d’un autre à Marc-Aurèle. Les ins¬ 
criptions en sont néant-moins si imparfaites que je ne veux 
pas en fatiguer mon lecteur *. 

Une chapelle dédiée à saint Sebastien, qui estoit hors les 
murs de la ville, vers la citadelle, dans l’endroit où est à pré¬ 
sent la demy-lune du bastion Dauphin, auoit un gros quar¬ 
tier de pierre viue avec Dne inscription en l’honneur du père 
du mesme Antonin Pie. L’historien de Prouence la rapporte 
très imparfaitement; et il dit que Solery a estimé par là 
que le père d’Antonin Pie feust enseuely à Antibe. Cette 
chapelle feust démolie pour les premières fortifications, dans 
un temps que personne n’eust la curiosité de s’en aperceuoir; 
et cette pierre se trouue présentement à l’angle du bastion 
royal, si bien façonnée pour l’œuvre, que l’on n’eut pas 
égard à cette inscription dont il ne reste plus que les paroles 
suyuantes : 

D- M M ANTON. 

M • ATIC1 FILIO. 

RI • DIVI • ANTONI. 

PRN • DIVI TRAlA.* 


1 II eût été do beaucoup préférable de ne pas fatiguer le lecteur par le pathos absurde 
des premiers chapitres et de donner ces inscriptions, si imparfaites qu'elles fussent. B. B. 

2. Cette lecture est mauvaise. J'ai publié cette inscription dans mon Êpigraphie sous le 
numéro 75; mais je n'eu ai pas fait la restitution. Elle est très-facile et je vais la donner 
ici : il faut lire ainsi cette dédicace : 

IUP CAES • DlVl • M • ANTON/N/ • PII OER 
MANICI • SAÆMATICI • FILIO • D Ivl • COUMO 
DI - A VG - FRATKl • DlVl • ANTONIN/ • PII • NEP 
DlVl • RADRIANl - PRN • DlVl * TRAIAN/ • PARTH1CI 
AB N • DlVl • NE R VAE ADN - L • SEPTIMIO ■ SEV 
ERO - P10 ■ PERTINACI • A VG ARA B ICO 
AD1ABENICO - PARTRICO • BRITANNICO 

PP- COS . IUP. ... TRIB • POT . 

PROCOS 

C [VITAS ? AN TI POLI! ANOR VAI 


Ce qui en fait une inscription honorifique à Septime Sévère. E. B. 


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48 


L’on trouue tous les jours des urnes de pierre viue et de 
terre cuite, des lampes perpétuelles et des larmoirs aussy de 
terre cuite, et parmy ces derniers quelques uns de verre ; 
mais comme ces sortes d’antiquitéz sont communes dans la 
connoissance des antiquaires, il n’est pas besoin d’en donner 
des ébauches. Je marque seulement à ceux qui veulent s’ins¬ 
truire de toutes ces choses, que Claude Guichard 1 et Joseph 
Seguin *, tous deux aduocats, en ont escrit auec érudition 
et littérature, et que le premier nomme ces larmoirs vases 
lacrymatoires et le second simplement lacrymatoires. Mes¬ 
sieurs de l’Académie d’Arles ont approuué cette dernière 
dénomination, et je ne vois pas si la première feust en con- 
trouerse. 

Pour les tombeaux, il y en a deux de pierre viue, d’une 
couleur blanche, auec leur couuercle: l’un à l’entrée de l’église 
et l’autre dans le cimetière, dont l’inscription est effacée, et 
deux autres de mesme enfouis dans la terre ; il y en à deux 
aussi dans la basse-cour du chasteau royal, un petit auec 
cette inscription : 

IVLIAE VICTORINAE 
VAL ' CÜRNEL1ANVS • FIL 
E FABICELLA • SECVNDINA 
NVIIVS FECERVNT 3 

Et l’autre plus grand, creusé en deux endroits, ayant la 
face séparée en deux carreaux par une vignette de treille, 
et sur chascun de ces carreaux une inscription. Ce tombeau 
mérite bien que j’en donne la figure par curiosité ou pour 
marquer l’erreur de l’historien de Prouence, qui rapporte 
trés-mal une de ces inscriptions et qui oublie l’autre 4 : 


IVLIAE GAELIANAE 
LIBEKTAE • NIALVSAE 
VX0R1 • MERKNTISSIMAE 
V1VVS FECIT 


TVLLIVS • FLAVIANVS 
DECVRIÜNIS • FILIVS 
DOMU • CATINA • EX • PROVIN 
CIA • SICILIA ■ INCOLA • ANTI 
POLITANVS • SIBI • ET s 


1. Au traité des funérailles, liv. I, chap. 7. 

2. Aux antiquitez de la ville d'Arles, liv. II, ch. 11. 

3. Voy. mon Epigr. n*t$l. E. B. 

1. Ce dessin ne présentant rien de remarquable , je n’ai pas jugé nécessaire de le repro¬ 
duire et jo me contente de donner l'inscriptiou qu'il porte E. P». 

:>. Vov. mou Epigr. n 07. E. B. 


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49 


Les nouueaux ouuragos du port nous ont fait perdre une 
autre helle antiquité, par la malice d’un inspecteur huguenot. 
C'estoit un douant de tombeau de pierre viuc de six pieds de 
long et de quatre pieds de haut, qui estoit façonné d’un 
cadre, lequel contenoit au dedans cette louable inscription : 

D • M 

AVRELIAE • LVClLlAE 
U • MATVCIVS ALBVCIANVS 
VXOKI • BENE • DE' • SE 
MERITAE 1 

Cette pierre estoit posée dans un lieu apparent, contre 
l’ancien grand quay; le nouueau dessein des fortifications 
du port en ayant occasionné la démolition pour y construire 
celluy que nous y voyons présentement, cet inspecteur cha¬ 
grin ne vouleust pas qu’on levast cette pierre pour la placer 
dans un lieu apparent de ce mesme quay nouueau ou ail¬ 
leurs, et la fit rompre en diuerses pièces employées ensuite 
indifféremment dans la maçonnerie. 

Il fit aussy rompre un tombeau de marbre tout entier, 
presque de mesme longueur, mais pas si haut; les Antibois 
l’auoyent placé auec adresse à deux pieds, sur la porte d’une 
tour ditte de saint Jaume, qui deffendoit l’entrée du port ; 
cette tour a esté démolie pour la nouuelle plate-forme. Ce 
tombeau ne montroit que sa façade ; elle estoit d’un relief 
ondoyé, ayant un cercle sur le milieu, comme une couronne 
de lauriers, auec un buste au dedans et à chaque bout une 
colonne d’ordre dorique. L’on croyoit, par tradition, que 
c’estoit le tombeau de quelque grand homme de commande¬ 
ment d’armée nauale ; et c’est grand dommage que l’on ait 
perdu tout cela pour un caprice *. 

L’historien de Prouence, a mis quelques inscriptions qu’il 
n’est pas nécessaire de discuter; mais je n’en dois pas laisser 

1. Voy. mon Epigr. n* 95. E. B. 

2. La description que fait Arazi de co monument, rappelle les tombeaux strigillés du 
premier et du second siècle ; celui que l'on voit dans l’église cathédrale do Vence et que 
j'ai dessiné dans ma monographie de cette église p. 28, et celui que l'on voit à l'abbaye do 
saint Pons à Nice, appartiennent à la même époque. E. B. 


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une qui mérite correction : c’est l’inscription qu'il rapporte 
simplemement en cette manière : 


D M 

VEN VS VICTORIAM 
BENE MERENTI 

Elle dit, au contraire, un autre sens, non seulement par les 
quatre mots dont les lettres sont icy faussement rapportées, 
mais encore par l’addition des autres qu’il a tronquées. Cette 
inscription est au piédestal de l’autel d’une ancienne chapelle 
de l’ange Raphaël dans la paroisse, la voicy dans sa natu¬ 
relle situation : 

D M 

VENVS • VIG 
TORIN • BENE 
MERENTI 

L VIBIVS • SaciLinvs 

ET L VERCINVS 
CLAR • HERNVS 
HEREDES * 


Ainsi au lieu de Venus Victoriam il faut lire Venusae ou 
Venusiae Victorinae. 

Les antiques fortifications romaines, qui font l’enueloppe 
de la vieille ville sont encore une marque de la grandeur 
d’Antibe. La porte ditte du Ravcly a, pour architraue, une 
longue pierre viue qui luy est antécédente ; elle contient une 
inscription qui se trouue renuersée par la situation de cette 
pierre en cet endroit, je la donne dans la mesme posture. 


M033 VAIA SIAS 3AOSIH3I,SOd • ISIS • IdO • H31VW 
SISAHHO VIDASTV 0NVIA3V3S • OIOABTV • 3 2 


Je ne dois pas négliger de dire là dessus que cette ins¬ 
cription a esté ainsy découuerte à mon indication, en la pré¬ 
sence du père Charonier, jésuite, du père Berthez, capucin, 
et de monsieur l’abbé de Polignac, le 7 mars 1691. Toutes 


1. Voy. mon Epigr. n # 68. E. B. 

2. Voy. mon Epigr. n° 71. E.B. 


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51 


cos illustres personnes estoyent à Antibe et j’en ay reccu 
beaucoup de glorieuses marques de leur estime. Ils estoyent 
un grand nombre de belle noblesse à la suite de Messei- 
gneurs le cardinal de Bouillon, le cardinal d’Estrées, le 
cardinal de Borty et le cardinal Camus ; tous y attentaient 
le temps fauorable pour s’embarquer sur deux galères de 
Cènes, pour le voyage de Rome, où ces illustrissimes émi¬ 
nences, alloyent par l’ordre du roy, pour l’élection du pape. 
Elle a esté d’Antoine Pignatellv, Cardinal archeuesque de 
Naples, surnommé Innocent XII, créé le 12 juillet de la 
mesme année 1691. 

Les deux inscriptions suyuantes, sont encore de beaux 
monuments de gloire et d’antiquité/. pour Antibe ; elles justi¬ 
fient les dignité/, dont j’ay parlé en prouuant sa noblesse, 
celle de duumvir et de flamme, et celle de la cheualerie de 
l’anneau d’or. Voicy la première: 

M • MOLTELIÜ CF- VOLT • SECVN 
DINO FLAMINI • IIVIR • ANTIPOLI 
HERE DES • EX • TESTAMENTO » 

Voicy l’autre, qui est sur cette grande pierre viuc qui sou¬ 
tient comme un pilier la voûte de la chapelle de saint Pierre 
dans la grande église * 

SEGVNDINO • EQVO • PVBLICO 3 

Il ne reste, dans cet endroit, qu’à obseruer l’erreur de plu¬ 
sieurs escriuains qui sont allés les uns à la suite des autres 
au mesme sentiment, dans une question de fait sans la con- 
noistre. Tout le monde sait la négociation du Pape Paul III, 
pour la paix entre le roy François I er et l’empereur Char¬ 
les V \ et que le Saint-Père se porta mesme en la ville de 
Nice au moys de may 1538, où il ne peust conclure qu’une 
trèue de dix ans ; tous ces escriuains ont dit que dans ce 

1. v<>y. mon Epigr. n*88. E. B. 

2. Voy. Jean Rosin, Ant. Roin.lib. 1® cap. 17. et lib. 4, cap. 11. 

3. Voy. mon Epigr. n # 102 E. B. 

1. Bulle d'interdiction du Concile de Trente. 


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temps là on trouua à Antibe une table de cuiure, qui leust 
présentée au roy, sur laquelle estoyent grauéesces paroles: 

VIATOlt INTVS ADI 
TABVLA EST AENA 
QVAE TE CVNCTA PE II DOC ET 

Belleforest et Syméon rapportent mal ces paroles et les 
ont tronquées en les mettant, comme je viens de le dire. 
Solery et Bouche les rapportent mieux ; mais ils en ont 
changé la situation et mis le mot AENEA pour le mot 
AENA. Tous ces escriuains n’ont pas considéré la vérité 
de la chose trouuée, lorsqu’ils ont dit que c’estoit une table 
d’airain sur laquelle cette inscription estoit grauéc : cette 
table d’airain dcuoit. seulement enseigner les choses dont 

O 

elle donneroit l’indication quand elle seroit trouuée. C’es¬ 
toit donc quelque autre chose que promettoit l’inuantion et 
les enseignements de cette table. La vérité est que cette 
inscription est grande sur un grand quartier de pierre viue 
en deux lignes; la première d’un plus grand caractère que 
l’autre. 

VIATOR AYDI SI LIBET INTVS VENI 

TABVLA EST AENA UVAE TE CVNCTA PEHDüCET ' 

Elle est présentement diuiséc en deux pierres égales, à 
la sortie d’Antibe, sur le chemin de Cannes, seruant de pied- 
droit en jambage, au portail d’un enclos de vigne des hoirs 
de noble Gaspard de Grimaldy, et cette inscription s’y trouue 
coupée en telle sorte que la première pierre contient ces 
paroles: Viator audi si lit) — tabula est aena quœ, et la 
seconde et intus veni — te cuncta pcrdocct. 

On appelle ces pierres les pierres écrites; elles ont donné 
ce nom à ce quartier d’Antibes, qu’autrefois on nommait 
LauaLC’est là que la pierre feust trouuée, et c’est pour cela 
que l’on a donné ce nom au quartier. Les Nissards, donnè¬ 
rent aussy celuy de Signadours à l’endroit où ils eurent 

1. Voy mon Epigr. n* 73. E. B. 


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53 


l'honneur d’auoir l’entreueue du Roy, de l’empereur et du 
Pape près de leur ville *. Ils firent bastir pour cela un quarré 
et quelques degréz, qui soutiennent une espèce de voûte 
par quelques piliers. Cet endroit leur marque aussy l’hon¬ 
neur qu’ils ont eu, cette présente année, d’en voir tirer nos 
mortiers à bombe, qui les ont soubmis au grand roy Louis 
XIV. La bombe qui fit sauter le donjon de leur chasteau en 
estant partie le vendredy 30 mars 1691 *. 

La ville d’Antibe auoit déjà eu l’honneur d’une pareille 
entreueue au moys de féurier 1404 1 2 3 , et l’occasion de celle 
dont je viens de parler veut bien que je la rapporte. Ce feust 
l’cntreueüe de Louys II, roy do Jérusalem, de Naples, de Si¬ 
cile, d’Aragon, prince de Capoüe, duc de la Poüille, d’Anjou 
et de la Tourraine, 24 rae comte propriétaire de Prouence, de 
Forcalquicr, du Mayne, de Remy et de Piedmont, auec La¬ 
dislas ou Lancelot, fils de Charles de Duras, qui se donnoit 
presque tous les mesmes titres, et Benoit XIII, qui de" 
meuroit pour lors à Nice et qui estoit déclaré antipape par 
le concile teneu à Paris l’an 1394, en présence de Charles 
VI, vint à Antibe pour les accorder. Il n’est pas à propos 
de parler icy du sujet de cette entreueue. 

Je dirai seulement icy que Jean le Meingre de Bous- 
sicaud 4 5 , 2 rao du nom, Mareschal de France, vint en Prouence, 
vers ce temps, de la part de sa majesté très chrestienne, pour 
contraindre par la force ce Benoit XIII, qui habitoit à Aui- 
gnon, à céder son droit sur la papauté, pour le repos de 
l’Eglise \ 

1. La croix do Marbre, rue do France. E. B. 

2. L'auteur fait, comme toujours, montre do cotte jalousie absurde contre la ville do 
Nice,que j’ai signalée chez lui; toutes ces fanfaronnades ne sont que ridicules, malgré leur 
prétention à la méchanceté. 11 montre d'ailleurs le bout de l'oreille dans le paragraphe 
suivant. E. B. 

3. Bouche T. II. p. 433. 

4. Jean le Meingre, dit Boucicnul et non Boussicau'l , l’un des plus fameux capitaines 
de son temps, né en 1364 mort en 1121. S. 

5. Bouche, T. II, pag. 421. 


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ô4 


s ii 


AUTRES .MONUMENTS 1) ANTUJUITEZ ROMAINES 
POUR LES KONTEINES ET POUR LA MER. 


Los sources conduites dans Antihe estoyent apparemment 
très-considérables, par les dépenses que les anciens Anti¬ 
bois y auoyent faites. Il y a vers Antibe, sur le chemin de 
Grasse, un débris d’ancien acqueduc qui marque la bastisse 
romaine et qui seruoit à leur usage ; cet endroit est nommé 
dans le terrier fa'isse Grimnlde : on y voit aussi d’autres 
restes de maçonnent' pour la conduite des eaux, et la mesme 
chose paroit proche la ville vers la chapelle ditte de saint 
Itoch ; il y a aussi une issue d’acqueduc sur le chemin royal 
près du fossé à l’angle du bastion de Guise, une autre à 
la demy-lune à l’endroit où l’on fait la porte royale, et un 
troisiesme vestige dans la ville vers la citadelle; mais tout 
cela va estre bientost supprimé par les nouuelles fortifi¬ 
cations. 

Il ne reste dans Antibe qu’une source d’eau excélente, à 
rais de terre, couuerte comme une cabane de berger, si abon¬ 
dante que, lors du creusement du port, nous l'auons veu suf¬ 
fire à plus de deux mille personnes: elle est toujours égale 
en toute sorte do temps; et si l’on y voit quelque diminution 
le soir, ces pertes sont réparées le lendemain matin. Les 
Pères Obsoruantins en ont deux plus profondes, une pour 
leur usage domestique et l’autre pour l’arrosage de leur 
jardin par une machine à roues; et enfin, plusieurs habitants 
ont des puits intarissables, ou dans leurs jardins ou dans 
leurs maisons. 

Il y a aussy deux sources hors la ville, la première ditte de 
Saint-Roch, sur le grand chemin, dont l’usage est conserué 
aux passants par la vigilance des consulz, et l’autre un peu 
au delà, ditte de Saint-Michel, où les lauandières trouuent 
leur ancien droit de commodité. 

Les fonteines pour la boisson et les sources pour les 


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— 55 — 

ouurages n’estoyent pas la seule magnificence des anciens 
Antibois, qui se régloyent à la manière romaine : ils auoyent 
des bains dans le jardin que l’on dit de Baccon, qui est en¬ 
core de figure ronde, entouré de murailles de pierres, 
basties à l’antique \ Ils auoyent aussi des thermes ; et l’on a 
juste sujet de présumer qu’ils estoyent vers l’endroit du 
bastion de Rosny, pour les issües qui viennent d’estre dé¬ 
truites pour les nouuelles fortifications. Cet endroit voisine 
la mer ; et l’on voit aussy sur son riuage un tas de bastisse 
romaine, qui justifie cette présomption pour ce quartier là. 
Ce voisinage de la mer indique les plaisirs que l’on prenoit 
aux thermes par la natation, qui estoit d’autant plus agréable, 
que l’on y auoit le choix de l’eau de la mer ou de l’eau des 
fonteines, suiuant les différents réseruoirs et l’inclination 
des personnes. Tout celà est pourtant détruit et il ne reste 
là-dessus que des conjectures sur leur situation. On dit, par 
antique tradition, que cette agréable fonteine appelée la 
Font-vieille, qui prend son issiie au domaine du roy sur le 
chemin d’Antibe à Biot, en estoit la principale source ; nous 
en auons la preuue par les restes d’antiques conduits qui 
sont près le moulin du Roy, sur le mesme chemin et près du 
Fort d’Antibe, à l’issüe de la faïsse Grimalde. Nous espérons 
de lareuoir, cotte fonteine, conduite à Antibe par les bontés 
de sa Majesté, dans l’entreprise de la bonification de la 
ville *. Elle sera d’un grand usage pour les batiments de mer 
ot pour tout ce qui aborde dans le port, où elle peut facile¬ 
ment estrc reccueillie. Nous auons enfin cette belle citerne, 
que les Romains auoyent faite entre l’église paroissiale et le 
chasteau du seigneur, pour leur usage ot pour leur précau¬ 
tion, en cas de retranchement dans la ville vieille, lorsqu’ils 
en firent les murailles, comme nous auons raconté. Elle est 
crespie d’un ciment merueilleux également dur et poli, qui 
s’est conserué en entier jusqu’à nous et qui se conseruera 
encor de mesme dans les siècles à venir. Quatre piliers de 

1. Cette construction, que j'ai vue, semble plutôt se rapporter à un cirque. C’est un 
mur ovale construit en petit appareil avec chaînes de briques. K. R. 

2. Suivant le vœu de l'auteur ces eaux sont aujourd'hui conduites à Antibes. K. H.. 


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56 


pierre viue, plantés autour du bassin, en soutiennent les 
plats-fonds de gros quartiers de mesme ; et cet ouurage est 
de partout admirable l . Il y a encore dans le chasteau une 
citerne pour un pareil usage, d’une aussi bonne précaution, 
et tous ces ouurages signifient que l’on ne manquoit de rien 
à Antibe de ce costé là dans l’occasion pressante. 

Elle sert à présent à fournir un jet d’eau d’artifice, que 
M r de l’Huylier, notre commandant, a fait surgir dans un 
jardin de fleurs, pour ses vrays plaisirs et le doux délasse¬ 
ment de ses fatigues dans le seruice du roy. Mais si les 
anciens Antibois auoyent trauaillé pour le délectable, ils 
n’auoyent point négligé l’utile; ils auoyent des manufactu¬ 
res, et le quartier ruiné dit des blanqueries est une anti¬ 
que et triste marque, pour nous, de ces aduantages que nous 
n’auons plus. Ils auoyent construit des salines au bord de 
la mer, il en reste seulement des vestiges au quartier que 
l’on dit de Saint-Roch. 

L 3 poète Martial, qui viuoit soubs les empereurs depuis 
Galba jusques à Trajan, parle de la saumure du thon d’An¬ 
tibe, dans un enuoi qu’il en fit pour présent à un sien amy *; 
sa manière de parler, fait assez connoistre, que cette sau¬ 
mure estoit distinguée, et qu’il ne croyoit pas faire un mince 
présent qui ne méritast bien l’estime de cet amy, à cause de 
la réputation que la dite saumure s’estoit desjà acquise à 
Rome. C’est une espèce de prosopopée, par laquelle cette 
saumure parle elle mesme en sa faueur, pour la recomman¬ 
dation du cadeau. 

Antipolitani fateor sum filia thymni ; 

Essem si scombri, non tibi missa forem. 

Cela signifie que la saumure du poisson appelé scomber 
n’estoit pas aussi exquise qu’elle, quoique ce poisson fust 
beaucoup considéré et serui sur les meilleures tables de 
Rome 3 . 

1. Je ne crois pas que ces citernes soient de construction romaine. Je les attribuerais 
plus volontiers au moyen âge; mais comme elles sont aujourd’hui comblées, je n'ai pu en 
voir que l’ouverture et je n’ose me prononcer d’une façon absolue. B. B. 

2. Epigram. liv. XIII, n* 103. 

3. Pline, lib. 31, cap. 8. 


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57 


Le thon estoit un poisson recommandable dans l’ancien 
temps et sa recommandation luy dure encore par l’ordon¬ 
nance du roy de l’an 1681. Il donnoit son nom au temple 
Thymnien, où l’on fesoit cette cérémonie d’y immoler un 
thon à Neptune pour auoir une bonne pesche l 2 . Les Antibois 
ne manquoyent pas à l’obseruation de tout ce qui estoit né¬ 
cessaire pour l’auoir en abondance, la situation de leur coste 
maritime estant propre pour retenir les thons à leur passage. 
M re Antoine Mornac, aduocat au Parlement de Paris, a des- 
crit la manière et le temps que ce poisson entre par le 
deltroit de Gibraltar dans la mer Méditerranée, et il ne 
manque pas d’y faire mention de la ville d’Antibe*. Il dit 
que ces poissons viennent en foule de la mer Océanne enui- 
ron vers le mois de mars, qu’ils trauersent le deltroit, cou¬ 
rent la coste de Barbarie, entrent dans les mers de Sicile et 
s’en vont vers la Céphalonie, où ils s’arrestent quelques 
temps pour y faire leur fray, et qu’enfin ils repprennent les 
mesme voies pour leur retour au mois de septembre ; mais 
non pas si juste, dit-il, qu’il ne s’en écarte un grand nom¬ 
bre vers Antibe et vers le cap de la Ciotat. 

Nous auons veu cette pesche abondante dans nos mers, 
à l’endroit du Golfe-Jean, et depuis quelques années un. 
establissement de madrague par des estrangers, qui marque 
la continuation de la bonté de cette pesche en ces quartiers 
là, si l’on perseuère de la bien entretenir. C’est ce qui m’a 
obligé de parler de cette matière pour conseruer cet endroit 
de négoce dans la bonification de la ville d’Antibe. 

Mais disons quelque chose du nonnat d’Antibe, qu’un 
escriuain mal instruit appelle le nonnat de Cannes 3 . C’est 
une espèce de petit poisson comme une épingle ordinaire, 
ou un peu plus gros. Son nom signifie non natus. On le 
prenoit en très-grande abondance dans les mois de mars, 
auril et may, vers cette plage de grauier dont j’ai parlé en 
descriuant la situation d’Antibe; l’on n’en pesche plus que 


1. Col. Rodoy. Sect. Àntiq. lib. 28, rap. 7. 

2. In Callaa 14. ff. conun. Pr<ndior. 

X. Lannit, tome 1, papo 294. 


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lort pou par occasion, le filet appelé //ia/Y/uc-séquc, qui est 
propre à le prendre, n'estant plus <*n usage. Ce poisson 
est d'un goust extrêmement délicat, et l'on est partagé de 
sentiment sur sa qualité: les uns ont ereu que c’estoit du 
l’ray de plusieurs différents poissons, qui venoyent se frotter 
contre lograuier; les autres que c’estoit une espèce parti¬ 
culière qui grossit en sa ni i nos et en anrhoyos et non pas 
en simple jmtino comme dit l liisiorien de Prouence Il y 
en a encore une autre espèce que l'on dit communément 
nonuat <lo (lolnj et que l'on n a jamais pris en grande quan¬ 
tité. C’est le l’ray du poisson appelé de ce nom dans cette 
contrée, qui est une espèce de ces poissons que Cicéron 
nomme saxatilos piscos, et ce normal est encore d’un goust 
délicieux. Cette pesclie du nonnat est dellenduo présente¬ 
ment, par l’ordonnance du rny touchant la marine, du mois 
d’aoust I ü«S 1 (liv. 5, tit. II, art. 13) pour les trois mois que je 
viens de nommer *. C’est peut-estre pour la raison de laisser 
grossir le nonnat pour rendre meilleure la pesclie des an- 
choyos et des sardines, pour la plus grande commodité de 
la salaison et de la débite du sel du grenier d'Antibes. En 
qualité de député à rassemblée des communautés de la pro- 
uince à Lambesc, M. Rouillé, pour lors intendant de cette 
prouince, me fit l’honneur de me donner une commission, en 
exécution des arrest du Conseil d’Estat, à la requeste des 
intéressés des gabelles, pour l’informer de la qualité de ce 
poisson, pour laquelle, j’appris des vieux pescheurs la dif¬ 
férence de sentiments que je viens de dire. 


1. Bouche. tome 1, poge 92T>. 

2. lia pêche du nonnat, sagemente interdite, h étê de nouveau autorisée de nos jours 
et conduira fatalement au dépeuplement absolu do nos eûtes si poissonneuses, si I on n'y 
inet ordre: déjà par l'inei.rie «oupalde cl#* l'ancienne administration des Forêts, les 
Provençaux ont déboisé «*t détruit les forêts de leurs montagnes; attend-on <|U*il en soit 
de même de nos pêches, pour le déplorer et aviser au moyen de repeupler ? E. B. 


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59 


5 III 

DISGRESSION SUR LE DROIT DE QUARANTAINE 
LEUÉ PAR LES SEIGNEURS DE GRIMALDY D’aNTIBE 
A LA PLAGE DE GAGNES DITTE LE CROS 

La maison de Grimaldy d’Antibe a été souueraine comme 
nous auons dit ; ce ne fut pas seulement Théodebald de 
Grimaldy qui eut le premier cet aduantage, mais encore 
Grimaldy son petit fils : l’un par la faueur de Pépin le bref 
et l’autre par la libéralité de l’empereur Othon premier, qui 
lui donna la principauté de Monaco et plusieurs autres lieux 
du voisinage en domaine souuerain 1 , tous néant-moins 
pour des actions distinguées et glorieuses. Cette maison a 
soutenu aduantageusement la haute qualité do sa grande 
puissance ; et sans m’engager aux actions particulières de 
ceux qui en composent la généalogie, où l’on voit des gé¬ 
néraux d’armées de terre, des admiraux de France, des gé¬ 
néraux de galères de plusieurs estats souucrains, des gou- 
uerneurs de Prouence et du comté de Nice, et les dignités 
les plus éminentes de la thiare et de la couronne *, je dis 
seulement que ces deux seigneurs d’Antibe Théodebald et 
Grimaldy ayant eu la souveraineté de la contrée d’Antibe, 
qui dans la suite fut estendue depuis Vintimille jusqu’à 
Saint-Tropez, pour l’expédition glorieuse de Gibalin de Gri- 
maldi 3 , ils establirent plusieurs droits, dont il ne reste que 
celluy de quarantaine, qui est leué encore présentement à la 
plage du Cros de Cagnes et de Saint-Laurent, depuis la ri- 
uière du Var jusques à celle du Loup, par les seigneurs de 

1. Vén&sque, Généal. des princes de Monaco, pag. 01. — [Tout cela en effet est 
rapporté par Vén&sque ; mais tout cela, connu* nous l'avons déjà fait remarquer (p&g. 25, 
note 3) n’a pas la moindre valeur historique]. S. 

2. Tous ces hommes remarquables de la maison de Grimaldi étaient des citoyens de 
Gènes, qui se distinguèrent soit au service de leur république, soit à celui de divers 
princes étrangers, ou qui furent revêtus de hautes dignités ecclésiastiques. D’autres Gri- 
maldi des branches de Monaco, de Beuil, etc. ont laissé un nom dans l'histoire de l’an¬ 
cien comté de Nice : mais quant à la branche des Grimaldi d'Antibes, qui, comme nous 
l'avons vu, n'acquit cette seigneurie qu'en 13SO, elle n’a guère droit à une part dans la 
petite auréole de gloire que les autres Grimaldi ont pu mériter. S. 

3. Pour Gibalin Grimaldi voir plus loin à la fin du ch. IX. S. 


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— 60 — 

Grimaldy d’Antibe, seigneurs marquis de Cagnes, sur toutes 
les denrées et marchandises que l’on y charge et que l’on y 
descharge, et sur le poisson frais que l’on pesche dans cette 
estendue de mer, aussy sur le bois que l’on descend par 
ces mesme riuières du Loup et du Var. 

Les anciens titres de fondation sont perdus par le moyen 
des guerres ; mais il y en a une confirmation aduantageuse : 
l’acte de changement d’habitation de Cagnes la supérieure 
à l’endroit de Cagnes l’inférieure, où elle est actuellement 
située, du 18 mars 1233, receu par Bertrand de Comps, en est 
une preuue authentique : on y voit que Romeus *, seigneur 
majeur de ces lieux, conuint auec Raymond de Trans, 
Fulco de Cagnes et Rostang du Reuest, de faire ce change¬ 
ment plus commode et qu’il donna implicitement ce droit au 
même Raymond de Trans en ces termes : « item concessit , 
quod ipse habeat et teneat omnia quœ solitus est kabere 
in portu de Cagna et in ripa maris de Cagna sicut pro¬ 
tendit de fiume de Lupo usque ad fiume de Varo. » 

• La Reyne Marie, comtesse de Prouence, confirma tous 
leurs droits de la terre de Cagnes à Marc et Luc de Gri¬ 
maldy d’Antibe, le dernier nouembre 1385* pour eux et leurs 
sucesseurs, auec des élosges esclatants de leur fidélité et de 
leur valeur, d’auoir poursuiuy les rebelles en France à leurs 
propres despends, pour son seruice, pour celluy de Louys 
son mary, et pour celluy de la reyne Jeanne sa mère; et 
cette confirmation est très ample de tous et chascun des 
priuilèges, statuts, induites, franchise, libertez, immunitez, 
lettres, coustumes et usages dont ils estoyent en posses¬ 
sion ou quasi-possession, suyuant les concessions à eux 
faites par Charles I, Charles II, Robert, Louys I, Louys II, 
la reyne Jeanne et Raymond-Bérenguier. 

La maison de Grimaldy d’Antibe a toujours joui pleine¬ 
ment et paisiblement de ce droit ; et lorsqu’il y a eu quelques 
plaintes là dessus, elle y a été maintenüe par la justice et 

1. Le célèbre Romée de Villeneuve, ministre du comte de Provence Raymond-Bé¬ 
renger. IV. S. 

2. Marie de Blois, reine de Naples, régente à la mort de son mari Louis l* r d'Anjou, en 

13S1.S. 


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61 


par la propre conuention des parties. En effet, quelques 
habitants de Villefranche estant venus pescher dans l’esten- 
due de la plage de Saint-Laurent et de Cagnes, depuis la 
riuière du Var jusqu’à celle du Loup, en l’année 1489, auec 
des filets vulgairements appelés expeous , dans la croyance 
qu’il n’y auoit que la pesche des filets appelés trahins qui 
fust sujette à ce droit, il y eust d’abord une commission du 
Conseil royal de la ville d’Aix, qui estoit alors la justice 
souueraine, qui permit l’information et ordonna la main¬ 
tenue sur toute sorte de pesche, suyuant la procédure faite 
le 7 novembre de la mesme année par maistre Claude Prioris, 
notaire de Grasse. D’ailleurs le 6 décembre de l’année 1501 
Nicolas de Grimaldy ayant fait saisir à Monaco un tonneau 
de vin, chargé à la plage de Saint-Laurent par un patron 
de Villefranche qui n’en auoist pas acquitté les droits, il 
y eust aussi procez pour ces endroits à la requeste de Bap¬ 
tiste Bonjoannis, évesque de Vence, comme seigneur féodal 
de Saint-Laurent, lieu situé au bord de la riuière du Var, 
qui vouloit empescher ce droit dans l’estendue de sa terre : 
mais il fut contraint de transiger par acte du 17 décembre 
1512, notaire Jean Riany, joint à luy la communauté de 
Saint-Laurent, et d’accorder ce droit de quarantaine auec 
la clause remarquable, qu’il estoyt acquis et exigé par la 
maison de Grimaldy depuis un temps immémorial : a tanto 
tempore, cujus initii memoria non existit in contrarium. 

Les seigneurs de Grimaldy d’Antibe et les autres cossei- 
gneurs de Cagnes, faisant les anciens et les nouueaux dé- 
nombrements des droits de leurs terres, ont toujours men¬ 
tionné ce droit pour la terre de Cagnes, pour les poissons et 
marchandises ; suyuant l’expression du dénombrement donné 
par Gaspard de Grimaldy, du 27 janvier 1540, de l’inuesti- 
ture de la dame comtesse de Tende et des seigneuries 
d’Antibe, Cagnes, Salles et Loubet du 15 may 1545, d’un 
autre du dernier octobre 1558 et de celluy du 13 août 1560. 

Monsieur le cardinal de Richelieu, admirai de France, 
vouleust approfondir la leuée de ce droit, et fit signifier ce¬ 
pendant des défiances en l’année 1663 ; mais la chose estant 

7. 


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poursuyuie on contracdiloire jugement, le roy lis! arrest 
dans son Conseil d’Estat tenu le 15 juin 1034, qui leua ces 
défiances et ordonna que Jean Henry deGrimaldy d’Antibe, 
seigneur de Gagnes, jouirroit de ce droit do perceuoir la 
quarantaine sur le poisson qui se pesche aux mers du Gros 
de Gagnes, et sur les denrées qui s’enleuent par mer sur la 
plage de Gagnes et Saint-Laurent. 

Cet arrest a été exécuté par divers ordres de sa majesté 
(‘il la cause mesme de ceux qui auoyent le soin de faire voi- 
turer le bois par la riuièro du Var, pour le seruicc du parc 
de Toulon, et qui chargeoyent pour cela sur les mors et 
plages de Gagnes. 

Il y a une lettre de M. de Lionne, secrétaire d’Estat, ayant 
le despartement de Prouence, du *21) janvier 1003, qui justifie 
l’ordre donné par le roy au sieur de Laguotto, pour lors in¬ 
tendant. de marine, pour le payement de ce droit du bois 
embarqué pour Toulon à cet effet. 

Le marquis de Gardes, chargé du mesme soin pour le 
seruice du roy, en a payé 900 livres pour le bois voiture par 
cette riuière du Var et chargé à son embouchure, suyuant la 
quittance du 23 januier 1009, notaire Boutord, de la ville 
d’Aix; et il y en a des jugements, au greffe de l’admirauté 
d’Antibe, pour d’autres cas particuliers et principalement 
celluy contre Jean Itoubion, du 13 septembre 1074, pour le 
poisson par lui pesché aux mers de Gagnes. M. Vaicuré, in¬ 
tendant de marine à Toulon, ayant enfin requis tous ces 
titres en l'année 1085, en vertu de l’arrest du Conseil du 
9 mars de cette mesme année, il les trouua si bien establys, 
qu’il ne donna aucun empeschcment à leur exécution, et je 
ne dois pas en dire d’aduantage. 

Mais pour obseruer quelque chose de l’antique liaison du 
commerce des lieux dépendants de cette souueraineté d’An¬ 
tibe, je trouue un vieux acte du 17 juillet 1438, notaire Victor 
Barqueme 1 : 


1. La Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes possède, grâce à 
l'obligeance de M. Pevrollos, notaire à Grasse, J original de cet acte, <jui est fort curieux, 
et en fera peut-être l'objet d'une publication spéciale. K. B. 


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G3 


« Entre magnifiques seigneurs Nicolas de Grimaldy des 
seigneurs d’Antibe en son propre, Nicolas des marquis de 
Cèues, mary de magnifique dame Barthelemie, son procureur 
et procureur aussy de noble demoiselle Saluagine, filles et 
héritières de magnifique seigneur Georges de Grimaldy, et 
Pierre Lascaris des comtes de Vintimille, mary de magnifi¬ 
que dame Mariette, héritière de magnifique seigneur Honoré 
de Grimaldy d’une part, et les syndics, habitants et commu¬ 
nauté d’Antibe d’autre part, par lequel ils transigent sur les 
baux et peines municipales et garde des clefs de la ville. Et 
après sur l’exemption des habitants de Bormes et de Saint- 
Raphaèl, diocèse de Fréjus, pour toutes gabelles et droits 
prétendus par les mesmes seigneurs, pour les marchandises 
acheptées et vendues à Antibe, par les habitants de Bormes 
et Saint-Raphaël, à la charge de pareille exemption aux dits 
lieux pour les habitants d’Antibe. » 


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64 


chapitre iv 


Des faits de guerre de la ville d'Antibe 

Les Gaulois ou Coltos ont toujours été estimés bons 
soldats; nous en auons la prcuuc fauorable de Justin dans 
l’abrégé de Trogue-Pompéc : « C’estoit, dit-il, une nation 
« asprc, entreprenante et belliqueuse, qui passa les Alpes 
« la première après Hercule; elle donna une si grande 
« terreur de son nom, que l’on ne pouuoit se conseruer en 
« ses terres, ni en réparer les pertes, sans recourir à leur 
« valeur guerrière et les Romains mesmes apréhendaient 
« leur valeur. 1 » Ceux de la grande Narbonnoise n’estoyent 
pas d’une moindre réputation : ils estoyent plus adonnés à 
la guerre qu’à l’agriculture; ils entreprenoyent volontiers 
les choses dangeureuses, et leur générosité estant soutenue 
de leur franchise, ils ne reconnoissoyent ny supercherie ny 
trahison ; leur propre vertu les rendoit redoutables, et l’eau 
ny le feu n’estoit point capable d’ébranler leur valeur et 
leur intrépidité. C’est pour cela, que Prométhée déliuré par 
Hercule du vautour qui lui déuoroit le foye sur le mont 
Caucase, luy conseilla, pour toute reconnoissance du bien¬ 
fait, de ne rien entreprendre contre les Celtes meslés auec 
les Liguriens, qui auoyent leur armée alors aux contrées 
d’Arles, et que les Décéatcs en particulier le supplantèrent 
dans la suite de ses entreprises. En effet, Hercule reconnois- 
sant leur valeur voulust bien estre leur voisin. Il choisit son 
establissement dans la contrée des Liguriens, où nous 
voyons Monaco, qui n’est éloigné d’Antibe, cet ancien Dc- 
ciatum dont nous auons parlé, que de ‘25 milles. 

Tout cela ne fust pas apparemment sans quelques expé¬ 
ditions militaires, dont l’injure des temps nous a desrobé 

1. Justin, liv. XXIV, l et XXV, 2. S. 


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65 


la connoissancc. Je remarque seulement que ce passage 
d’Hercule fut vers l’année 1783 deuant la natiuité de Jésus- 
Christ, pour une remarque nouuelle de l’antiquité de cette 
ville Deciatum, à présent Antibe ; et qu’il estoit différent 
d’Hercule le Lybien, que nous auons dit avoir épousé Gala- 
thée : celluy-la estoit fils d’Amphytrion et celluy-ci d’Osiris; 
mais reuenons à notre dessein et ne prenons pas les choses 
de si loin. — J’ai dit, sur l’étymologie du nom d’Antipolis, 
quelques expéditions des Décéates vers l’an 551 deuant la 
natiuité de Jésus-Christ, contre les nouueaux Marseillois ; 
mais les Décéates ne manquèrent pas d’auoir bonne part 
à d’autres actions plus considérables. 

Les grandes armées d’Ambigat, de Bellouèse et de Sé- 
gouèse, ses neuueux, qui estoyent de trois cents mille 
hommes et qui sortirent des Gaules soubs le règne de 
Tarquin, l’an 592 deuant la natiuité de Jésus Christ, donnè¬ 
rent une grande épouvante dans le monde, et les anciens 
Décéates ne furent pas exempts de leurs incursions. Quoi¬ 
que les Celtes fussent soubs un mesme nom, ils n’estoyent 
pas tous dans une soubmission entière à un seul monarque ; 
toutes les contrées auoyent leur roy particulier et le plus 
fort dominoit les autres : aussy c’est dans ce mouuement 
de domination que la jeunesse gauloise alla dans la suite 
jusque dans l’Asie, et qu’elle se répandit en tous les endroits 
du monde comme un essaim d’abeilles, ainsy que disent les 
historiens \ 

Ségouèse passa le Rhin et la forest Hercynienne et logea 
une partie de ses troupes dans la Bohème, une partie sur les 
bords du Danube et l’autre près de la mer Océane, dans la 
Frise et la Westphalie; et Bellouèse descendit en Prouence, 
où il assista les Phocéens, nouueaux habitans de Marseille 
contre les Salyens ; il entra en Italie et se rendit maître de 
cette contrée que nous appelons Lombardie. — Dans ces 

1. L'invasion Gauloise d'Occident en Orient, qui est aujourd’hui fort controversée et 
n’a plus que de rares partisans, était aux XVII* et XVIII 9 siècles un point de doctrine 
universellement accepté. Ce nest ici ni le lieu, ni le moment de combattre cette opinion; 
mais je me réserve de traiter cette question dans un travail spécial. E. B. 


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temps, c’est-à-dire lors des secours de Bellouèse aux Mar- 
seillois, qui ne fut pas une défaite de Salyens, comme j’ay 
obserué , les Décéates furent occupés par des expéditions 
continuelles, qui leur valurent beaucoup de gloire : mais 
enfin les Marseillois avant fondé la colonie de Nice et dans 
la suite remporté des aduantages sur Antibe, ces mesmes 
Salyens fatiguèrent extrêmement Antibe et Nice, qui dé- 
pendoyent alors de la ville de Marseille l . En effet Marseille 
demanda pour elles des secours à Home, et Quintus Opi- 
mius, consul, fut commandé, l’an 158 douant la natiuité de 
Jésus-Christ, pour les venir secourir : ce qu’il fit auec un 
heureux succèz. 

Les Décéates Antibois n’estoyent pas cependant satisfaits 
de cette dépendance de Marseille : ils secouèrent le joug, et 
forts de leur propre valeur, ils méprisèrent mesme les armes 
romaines ; ils eurent de leur parti les Oxybicns, Eburiates et 
Ingaunes; et il fallust alors que Rome s’en meslat tout de 
bon, pour son propre intérest, pour tacher de les vaincre 
et les auoirà elle indépendamment de touts autres. 

La République entreprist pour cella la première guerre 
que les historiens appellent Ligustiquo , dont Florus nous 
a donné une idée qui mérite plus d’estcnduc \ Il dit,qu’après 
plusieurs moqueries des Décéates et des autres peuples que 
nous venons de nommer, Euluius entoura de feu leurs tan- 
nières, Baebius les attira en pleine campagne, et Posthumius 
les désarma si de plein, qu’à peine il leur laissa du fer pour 
labourer leurs terres. C’est beaucoup dire là dessus pour la 
gloire des Décéates Antibois, si nous remarquons que la 
république fut obligée d’employer des consulz de Rome par 
trois diuerses fois, en trois expéditions, qui ont trainé enui- 
ron quatre vingts ans; ce qui démontre tousjours cette affec¬ 
tion guerrière dont nous auons parlé si glorieusement pour 
Antibe. 


1. JofTred, pretn. partie, cap. 12. Ilist. de Nice. — l'Iorus. lil». 3, cap. 2. — In opitome 
T. Livii, lib. 3. verb. Deciat. — KufTv, Hist. des comtes de Prouence, p. IS. — Dans son 
Hiat de Marseille T. I, p. 22, n. 8. — Polybe. Légat. 131 à 131. 

2. Florns, lib. 2, cap. 3; 

Kpitome Titi Livii, lib. 50. 


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— fi 7 — 

Mais cc ne l'ust pas là l’entière lin de la victoire : ces peu¬ 
ples firent des remuements considérables ; et, à l’égard des 
Décéates, cette domination de Marseille leur estoyt insupor- 
table, ils s’estendirent tous vers le bout des Alpes soubs la 
dépendance des Décéates, et la République dresse alors une 
puissante armée soubs le commandement deQuintus Marcius 
Rex, consul, pour attaquer tous ces peuples, l’an 1 IG, deuant 
la natiuité de Jésus-Christ. Il prit si bien son temps, vu le 
nombre de ses troupes, qu’il les attaqua de tous les costés 
à la fois : ces peuples firent une généreuse résistance ; et se 
voyant enfin hors d’estat d’eschaper, par la trop grande iné¬ 
galité, ils firent une résolution digne de leur courage : ils 
tuèrent leurs femmes et leurs enfants et ils se jetterent tous 
dans les flammes : ceux qui ne purent éuiter les mains de l’en¬ 
nemi se firent mourir, ou par le fer, ou par le cordeau, ou 
par la faim; et il n’y cust aucun prisonnier, jusques au plus 
petit, qui voulust supporter la condition de seruitude pour 
l’amour de la vie 1 . Cette action, glorieuse dans le paganisme, 
augmenta la considération des Romains pour les Décéates, 
et ils furent dès lors tôtalement engagés dans leur alliance ; 
La république prist Antibe soubs sa protection entière; les 
Romains y establyrent leur arsenal et en firent un boule- 
uard redoutable contre leurs ennemis. C’est depuis ce 
temps là, qu’ils pensèrent à s’y fortifier et que leurs mu- 
railes antiques (nous les auons par l’enueloppe de la ville 
vieille) furent aduantageusement construites pour leur déf- 
fense contre la Ligurie. Cependant la Prouence fut soubmise 
à l’empire romain, et ce Quintus Marcius Rex alla fonder 
vers ce temps là une colonie à Narbonne 2 ; et de là vient 
que la partie de la Gaule Celtique aujourd’hui nommée Pro¬ 
uence fut appelée Gaule Narbonnoise. Antibe en fut déclaré 


1. Quoique exacts, ces faits ne regardent en aucune façon les Décéates: c’est des 
Gaulois qu’il s'agit. K. B. 

2. Narbonne fut effectivement fondée soifs le consulat de Marcius Rex; mais il n’est pas 
prouvé que ce fût lui qui fonda cette colonie. Cicéron raconte que la proposition d’en¬ 
voyer une colonie à Narbonne fut faite au Sénat par le jeune Lucius Crassus, qui y 
développa les avantages de cette expédition avec un talent si remarquable, que le Sénat, 
frappé de sa connaissante profonde de la matière qu’il traitait, lui confia la conduite de 
l'expédition. E. B. 


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— 68 — 

municippc dans la suite, comme nous auons dit ; et cela 
montre tousjours son mérite de distinction, qui la fesoit 
participer à tous les intérest de Rome et qui la rendoit jouis¬ 
sante de tous les honneurs, comme nous auons veu. 

Mais pour soutenir toujours mieux la grande idée que je 
viens de donner d’Antibe dans tout ce que j’en ai dit, il y 
a un bel endroit dans l’histoire de l’Eglise de Fréjus : il est 
si glorieux pour Antibe et si juste à mon dessein, que je 
veux bien le placer icy pour marquer à son auteur l’estime 
que je fais de son mérite ‘. Il dit que la cité d’Antibe estoit 
un très noble municippe de la Gaule Narbonnoise, le célèbre 
rempart des Marseillois grecs, et après eux celuy des Ro¬ 
mains, magnifiquement orné des ouurages de ceux-cy ; que 
l’on y voyait des temples, des thermes, un théâtre, un port, 
un collège et que tous les monuments les plus esclatants 
de la domination romaine y ont duré plusieurs siècles ; 
qu’elle a eu le droit municippal, qui estoit une prérogatiue 
des villes confédérées, qui les fesoit user de leurs propres 
droits et de leurs lois particulières, ayant pour cella, tout de 
mesme que Rome, l’ordre des décurions, des cheualiers et 
du peuple ; et qu’enfin, la première noblesse romaine demeu¬ 
rant en ces villes confédérées, il s’en trouua à peine d’autres 
dans la Prouuence, continue-t-il, qui ayent tant possédé de 
personnes nobles que la cité d’Antibe, suyuantles anciennes 
inscriptions que l’on y trouue et les tesmoingnages les plus 
approuués. C’est là certainement un bel éloge et surtout si 
l’on considère le nom de cité, qui n’estoit pas donné aux 
simples villes, mais qui marquoit anciennement une commu¬ 
nauté et tout un canton, qui comprcnoit non seulement la . 
ville principale, où se tenoyent les conseils et les assemblées, 
mais aussy tous les bourgs et les villages qui en dépen- 
doyent; et c’est pour cella que la ville d’Antibe estoit la 
région des Décéates, c’est-à-dire la capitale de toutes les 
dépendances de ce peuple guerrier et noble. Mais allons à 
d’autres faits de guerre. 

1. Jos Anthelmy, de Inst, eccles. Forojul. cap. S. 


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69 


CHAPITRE V 


Autres faits de guerre de la ville d’Antibe. 


Les Romains ayant donc reconnu l’importance de la ville 
d’Antibe et esleué ces belles fortifications que l’on y voit en¬ 
core de leur manière, ils ne manquèrent pas d’y tenir une 
bonne garnison pour leur seruice. La légion XXII se tenoit 
ordinairement dans Antibe et dans sa contrée, suivant l’ins¬ 
cription qui marque si bien l’amour conjugal, et qui fust 
trouuée près de la riuière du Loup, voisine d’Antibe, lieu 
alors de sa dépendance : 


legionis vigesimae 
seeundæ , primigeniæ 
piae, profecto, fidelis 


C IVLIO FLAV1AN0 CORNICüLARIO 
LEG- XXII- P- P- P- F- STIPENDIORVM 
XVII- QVI VIXIT ANN XXXV 
MENSIB- XI- DIEB- XXV 
COCCIA CHRYSIS CONIVGI 
INCOMPARABILI PIETATIS 1 


Cette légion ne manquoit pas d’estre assemblée au pre¬ 
mier ordre du préteur qui résidoit dans Antibe ; en effet, 
les Nérusiens, qui estoyent dans l’endroit où est la ville de 
Vence présentement, n’estant pas encore bien soubs la do¬ 
mination romaine et fauorisant les Allobroges, qui faisoyent 
des incursions dans la contrée, la République enuoya Pon- 
tinius préteur en Prouence pour y reconnoistre leurs mou¬ 
vements : celluyci commanda Manlius Lentinus, un de ses 
capitaines, pour venir attaquer les Nérusiens et mettre le 
siège deuantleur ville : il le fit avec tant d’adresse et de force 
qu’il s’en rendit le maistre; mais il fut si malheureux qu’il 


1. Cette inscription n'est pas à Antibes mais à Mayence, dans la coar de la préfecture. 
C’est par erreur que Bouche la place à Antibes. La XXII* légion primigeniæ que men¬ 
tionne cette inscription, fut créée par Claude : il lui était donc impossible d'ètre canton¬ 
née à Antibes cent ans avant cet empereur. D’ailleurs nous savons, de source certaine, 
que la XXII* légion primigeniæ ne quitta pas la Germanie Supérieure. E. B. 


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— Td — 

lie scout pas la garder. Il rocou lira pourtant son honneur 
par une prompte reprise. Le secours de cette légion et la 
valeur particulière des Antibois eurent part à la gloire, 
soubs les ordres de Pomptinus, préteur d’Antibe, qui ne 
put souffrir que la réputation des Romains l’ust flétrie et qui 
poursuiuit si vigoureusement les Allobroges, qu’il en fut. 
victorieux enuiron l’an CO douant la natiutité de J. C. l . 

1. Le fait historique auquel Arazi fait allusion, est rapporté par Dion Cassius; mais ce 
n'est pas do Vence qu'il s'agit, mais bien de Valence. I! est vrai «pie les ir.anuserits do 
Dion portent la mot ( )utvTl5t, c*e quo bien des autours ont traduit par Veneo ; mais outra 
que Vencc se nommait OùtvTtOV fVoy. Ptolémée liv. 111 «\ D, le récit de Dion ne permet 
pas de croire quo c’est de Venue qu'il a \oulu parler. J'ai publié dans la h'mie •ircheolo- 
yiqueûe 18?'» un mémoire à ce sujet, et j'ai démontré que Yentin ne peut ètreqne Valence. 
Cette opinion a depuis été acceptée par bien des auteurs, uotamment par M. Krnest 
Desjardins dans sa Géographie delà Gaule; mais l'erreur s'accrédite plus facilement 
quelle ne se détruit, et je crois bon, vu le grand nombre d'historiens et d'écrivains de 
Provence qui sont tomb's dans cotte erreur, do rééd.ter ici quelques-uns dos arguments 
que je faisais valoir à l'appui de ina thèse. Voyons d'abord si le texte de Dion Cassius 
autorise la correction que j'indique ; voici le récit de l'historien grec ; 

« Les Allobroges commettaient des dégâts dans la Gaule Narbonnaise. C. Pomptinvs, 
« gouverneur do cette province, envoya contre eux ses lieutenants; quant à lui il campa 
« dans un lieu d'où il pouvait tout observer de ce qui se passait, afin de leur donner eu toute 
« occasion des conseils utiles et de les secourir à propos. Manlius I.entinus so mit en 
« marche contre Ventia, et il effraya tellement les habitants que la plupart prirent la fuite ; 
« le reste lui envoya une députation pour lui demander la paix. Sur ces entrefaites les 
* gens de la campagne coururent à la défense de la ville et to • ben nt à l'improviste sur 
« les Romains. Lentinus fut forcé de s en éloigner, mais il put piller la campagne saDS 
« crainte, jusqu'au moment où elle f. t secourue par Catngnatus, chef de toute la nat on, 
« et par quelques Gaulois des bords de l iseré. Lentinus no>a dans ce moment les empè- 
« cher d»* franchir le fleuve, parce qu’ils avaient un grau I rombre de barques ; il craignit 
« qu’ils ne se réunissent,» ils voyaient les Romains s’avancer en ordre de bataille. 11 so plaça 
« donc en embuscade dans les bois qui s’élevaient sur les bords du fleuve, attaqua et tailla 
« cri pièces les barbares à mesure qu'ils le traversaient ; mais s'étant mis à la poursuite de 
- quelques fuyards, il tomba entre les mains de Catngnatus lui-même, et aurait péri avec 
« son armée, si un violent orage, qui éclata tout à coup, n'eût arrêté les barbares. Catu- 
« gnatiis s'étant ensuite retiré au loin en toute hâte, Lentinus fit une nouvelle incursion 
« dans cett'î contrée et prit de force la ville auprès de laquelle il avait reçu un échec. 
« L. Marins et Servius Galba passèrent !e Rhâne, dévastèrent les terres des Allobroges et 
« arrivèrent enfin près de Solonium. Ils s’emparèrent d’un fort situé au-dessus de cette 
« place, baltiront dans un combat les barbares qui résistaient encore et brûlèrent qucl- 
« ques quartiers de la ville, dont une partie était construite en bois. L'arrivée de Catu- 
« gnatus les empêcha de s'en rendre maîtres. A cette nouvelle Pomptinus marcha avec 
« toute son armée contre Catugnatus, cerna les barbares et les fit tous prLonniors à 
« l'exception de Catugnatns. * 

Il résulte clairement de ce récit, que le fait rapporté par D-on s'est passé en Allobro- 
gie ou dans les environs. Donc la ville deYcnlia ne peut ètreconfondue avec Vence ; d'un 
autre coté. Dion nous apprend que Yen tin était entourée de vastes champs cultivés, dans 
lesquels la population rurale était nombreuse, puisque, même a va t l’arrivée de Catugnat 
ot de son armée, les gens de la campagne seuls obligent Lentinus à s'éloigner de la ville ; 
nous savons aussi que ccs campagnes formaient un pays plat et peu accidenté, puisque 
Lentinus permet à ses troupes de se répandre dans le pays et de le ravager. Or cela n’est 
possible que dans une contrée oû une concentration immédiate peut se faire, surtout 
dans le voisinage d’une ville dont la garnison vient do lui infliger un grave échec, et crai- 


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C est dans ce temps là probablement, que le victorieux fit 
bastir ce beau trophée d’armes dont nous voyons les restes 
précieux d’antiquitez dans la seigneurie de Vaugrenier, voi¬ 
sine d’Antibe, sur le chemin qui conduit à Vence, par le ter¬ 
ritoire d’Antibe, dans l’endroit de la plaine dit la Brague 
Jules César étant venu trois ans après comme gouuerneur 
en Prouuence, il y fit toutes les expéditions qu’il décrit lui 
mesme dans ses Commentaires et particulièrement celles qui 
regardent l’un et l’autre combat naual, le siège et la prise de 
Marseille; et comme il déclare lui mesme * qu’il y fit venir 
des gens et des ouuriers de toute la prouuince, il est à 
présumer que les Antibois ne manquèrent pas d’estre sur 
terre et sur mer, par leur grande inclination belliqueuse, 
souvent reconnue lorsqu’il s’agissoit d’un intérest sensible 
de l’empire de Rome ; mais enfin l’injure des temps nous en 
a rongé l’inscription particulière 3 . 

Lepidus ayant succédé à Jules César dans le gouverne¬ 
ment de la Prouence et celluyci s’en estant retourné à Rome, 
l’an 47 deuant la natiuité de J. C. pour s’y faire créer dicta¬ 
teur, il y eust de grosses affaires en Prouence; et les, con¬ 
trées d’Antibe furent si bien munies de troupes de caualerie 
et d’infanterie, que Marc Antoine et P. Ventidius auoyent 

priant d'un moment à fautre l'arrivée d’une année de secours. Nous pouvons encore dé¬ 
duire do texte de l'historien grec que Ventia , tout en se trouvant dans les environs de 
l'Isère, n'était pas placée immédiatement sur ses rives, sans quoi, l'année de secours 
passant le fleuve en face de la ville, Lentinus n'aurait pas pu lui en disputer le passage, 
puisqu'il ava : t été obligé de s'en éloigner : il faut donc admettre que Vftilin se trouvait 
à une certaine distance au sud de l'Isère ; car l'armée de Lentinus disputant le passage à 
Catugnat, se fiH trouvée dans la plus défavorable des positions entre une ville forte lui 
conpaut la retraite et une année ennemie l'attaquant en face. » 

Cette citation me parait suffisante pour prouver que Ventia ne peut être confondue 
avec Vence: donc toute l'argumentation d'Arazi tombe ; car non-seulement, on l'a vu, 
Dion ne dit pas un mot de Nice, d'Antibes, du Var on des Décéates ; mais Ven lia était 
certainement dans les environs de l'Isère ; et, ainsi que je l'ai dit plus haut, la XXII* lé¬ 
gion primigenia n'a jamais tenu garnison à Antibes. 11 est inutile de faire remarquer que 
tous les auteurs de Provence avaient, je l'ai dit. accepté légèrement la détermination de 
Merula, Ortel et Bouche E. B. 

1. Je ne connais dans les environs de Vaugrenier aucun trophée ; j'ai seulement vu sur 
le chemin dont parle Arazi, un fût de colonne en marbre rose ; l'abbé Tisserand dit aussi 
qu'il y avait un trophée à Vaugrenier et qu'il y fut élevé à la suite des combats d'Othon 
et de Vitellius, c'est-à-dire en 69 de notre^ére. L'affirmation de ces deux auteurs me parait 
tout à fait gratuite. E. B. 

2. Lib. II, do bello civili. 

3. Il est probable qu'Arazi vent parler de l'inscription qu'il suppose avoir surmonté *on 
monument de Vaugrenier. Ë. B. 


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trente mille chenaux et dix huit mille fantassins, composant 
trois légions, aucc lesquelles ils passèrent dans la riuière 
de Gennes et dans toute la coste maritime jusqu’à Fréjus, où 
elles s'arrestèrent. Leur passage causa à la ville d'Antibe de 
grandes émotions et des mouuements estranges qui animè¬ 
rent les partys ; et l’on voit assez que tant d'expéditions 
militaires leur font une gloire particulière. 

Le triumvirat causa cinq ou six ans après dos grands 
désordres ; et les confusions des guerres civiles ayant aug¬ 
menté, la ville d’Antibe ne fut pas exempte de prendre party 
là dessus, par les relations qu’elle avoit avec Rome. Mais 
enfin Lepidus ayant été vaincu en Sicile et Marc-Antoine 
dans la Grèce à la fameuse bataille d’Actium, auec sa chère 
Cléopâtre, la ville d'Antibe ne songea plus qu'à des réjouis¬ 
sances publiques pour les victoires d’Auguste, elle qui 
n’estoit pas adjoutée à la seruitude des autres villes dont 
cet empereur fît ses trophées. 

S I 


DES TROPHÉES D’AUGUSTE 

Le temps présent nous inuite agréablement à dire quelque 
chose des trophées d’Auguste, comme par une disgression 
de saison. Auguste mit fin à toutes les guerres ciuiles et les 
victoires qu’il remporta dans tous les endroits de la terre le 
firent appeler César. Il reuint à Rome, où il l'ust reçu auec 
. un très grand honneur par le Sénat et par le peuple ; il fust 
créé dictateur perpétuel et proclamé père de la patrie, on 
lui donna la puissance tribunitienne pour toute sa vie ; on 
changea la dénomination du mois auquel il estoit né, de 
Sextilis il fust dit Augustus , et enfin on mit en délibération 
de l’appeler Romulus , car il venoit de fonder l’empire ; le 
nom d’Auguste fust pourtant estimé plus vénérable, pour luy 
faire auoir, pendant sa vie, un nom qui n’estoit consacré qu’à 
leurs diuinitéz. 

Cottius estoit un roy de ce temps là, qui habitoit vers les 


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hautes montagnes des Alpes, les plus proches de la Prouence, 
où sont maintenant le mont Génêure et le mont Cenis, et 
auoit estably sa demeure royale dans la ville de Suze. Il auoit 
estendu sa domination dans toutes les vallées que l’on ap- 
peloit de son nom Cotties ou Cottiennes et qui sont aujour¬ 
d’hui les vallées de Pragelay et de l’Interne et les autres 
qui séparent le Piedmont de la France. Cottius n’auoit 
jamais voulu entrer dans l’alliance des Romains et il leur 
auoit refusé le passage lorsqu’il venoyent dans les Gaules, 
se confiant aux forces naturelles des aduenües de sa région. 
Les victoires d’Auguste le réduisirent à rechercher volon¬ 
tairement sa bienueillance et soubmestre ses Estats à sa do¬ 
mination. Cottius fit beaucoup de démonstrations et d’a- 
uances là dessus ; et Auguste, faisant le dénombrement des 
peuples qu’il auoit subjugués, ne voulust pas y comprendre 
les douze villes Cottiennes, comme pour un honneur à leur 
prince, ni aussy les municippes, entre lesquels estoit la ville 
d’Antibe, comme pour une marque de sa noble liberté. 

NON SVNT ADIECTAE 
CIVITATES XII QVAE NON FVERVNT 

HOSTILES 

ITEM ATTRIBVTAE MVN1CIPIIS 
LEGE POMPEIA 2 

I 

Le mémorable dénombrement qui mentionne quarante- 
quatre peuples vaincus 3 est communément appelé les Tro¬ 
phées d’Auguste. Les escriuains sont'partagés sur l’endroit 
où ils furent dressés les uns sont pour l’arc triomphal de 
Suze, qui estoit la demeure de Cottius, comme nous auons . 
dit, et les autres donnent cet aduantage au lieu dit la Turbie, 
près la ville de Nice, où l’on voit encore une grande tour 
auec un reste d’inscription 4 . L’historien de Prouence et 

1. Lts vallées de Pragellas et de l’Infernet. E. B. 

2. Contrairement à l'opinion émise par Arazi et soutenue par beaucoup d'autres auteurs, 
cette dernière phrase ne fait pas partie de l'inscription de la Turbie ; elle appartient au 
texte de Pline. E. B. 

3. Voj. Pline, Hist. nat. liv. 3, n. 24, avec les notes du P. Jean Harduin, jésuite. 

4. Personne ne met en doute aujourd'hui que les trophées d’Auguste étaient à la 
Turbie, surtout depuis que M. Cerquand, en exhumant certaines partie de l'ancienne 
inscription, a démontré la certitude absolue de cette détermination. 


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74 


celluy de Nice 1 rapportent les noms de ces escriuains, qu'il 
n’est pas nécessaire de discuter icy. Il me suffit de dire, dans 
le temps présent, que Victor Amédée II, duc de Sauoye, 
successeur aux terres de Cottius, reconnoissant mal, par une 
injuste ligue, l’alliance qu’il auoit l’honneur d’auoir auec 
Louis XIV, a obligé Sa Majesté très chrestienne de luy 
prendre Suze à la fin de la campagne du Piedmont de l’an 
1690, et la Turbie au commencement de l’année 1691, par la 
prise de Nice et de son comté ; et que tout cella et ces val¬ 
lées vaincues par la force des armes, adjoutent à la gloire 
du roy des trophées nouueaux qui font cesser cette con¬ 
tention, comme la gloire de Sa Majesté obscurcit la gloire 
d’Auguste 2 . 


1. Bouche, t. I, p. 99 et 925. — Joffred, p. 39, n. 4. 

2. Il est difficile d'être plus platement courtisan. E. B. 


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CHAPITRE VI 


Antres faits de guerre de la ville d'Antibe 

Nous auons obserué, sur la noblesse de la ville d’Antibe, 
le combat des troupes d’Othon et celle de Vitellius, l’an 70 
de la natiuité de J. C. ; mais comme nous n’auons pas pré¬ 
tendu d’en donner une plus grande connoissance que celle 
de justifier le titre de municippe donné à Antibe, il est bien 
juste que nous y donnions plus de jour et que nous rappor¬ 
tions la description du combat, suyuant les paroles de Tacite, 
estant de facile présomption que la ville d’Antibe y eust 
beaucoup de ses habitants dans le party qu’elle tenoit pour 
Vitellius. Voici doneques les mesmes paroles de Tacite, suy¬ 
uant l’expression du traducteur, qui donnent la vraye con¬ 
noissance des affaires de ce temps là. 

« La fortune sembloit flatter dabord les desseins d’Othon : 
il tenoit par moyen de son armée nauale la plus grande 
partie de l’Italie jusques aux Alpes-Maritimes, qu’elle auoit 
ordre d’attaquer pour entrer dans la Gaule Narbonnoise ; 
Mais Emilius Placensis, l’un des chefs, fust arresté par une 
sédition; Antonius Nouellus estoit sans autorité et Suedius 
Clemens donnoit trop de licence aux soldats, comme s’il 
n’eust esté question que de combat. Ils traversèrent l’Italie 
comme un pays ennemy, pillant, brûlant, saccageant, avec 
d’autant plus de désordres, qu’ils trouuoyent les maisons 
pleines, parce qu’on n’auoit rien destourné; et leurs hostes 
venoyent au deuant d’eux auec leurs femmes et leurs enfants, 
esprouuant les maux de la guerre sur une vaine confiance 
de la paix. Les Alpes-Maritimes estoyent alors gouuemées 
par Marius Maturus, qui ayant assemblé la jeunesse de ces 
montagnes, tacha de defiendre l’entrée de la Gaule Nar¬ 
bonnoise ; mais les barbares loués à la haste, sans chefs et 
sans discipline n’estant piqués ny d’honneur, ny de honte, 


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76 


lâchèrent le pied à la première attaque. Cependant le soldat 
victorieux, animé par ce succès et ne voyant rien à gagner 
auec de pauures gens, qu’il ne pouuoit atteindre à cause 
de leur vitesse et de la connoissancc qu’ils auoyent de leur 
pays, alla descharger sa côlère sur Vintimille, qu’il subju¬ 
gua entièrement. La constance d'une femme rendit l’action 
plus odieuse, car estant tourmentée pour sçauoir où elle 
auoit caché son filz, soubz l’espérance qu’on y trouueroit 
aussi son argent, elle cria montrant son ventre : « C’est là 
dedans qu’il est caché » et persista dans cette résolution jus¬ 
qu’à la mort. D’autre costé Fabius Valens ayant appris que 
la Gaule Narbonnoise, qui tenoit le party de Yittellius, estoit 
menacée de l’armée nauale d’Othon et voyant les députés 
des colonies très effrayés qui luy venoyent demander se¬ 
cours, il leur enuoya le régiment de caualerie de Trèues 
soubz le commandement de Julius Classicus auec quatre 
compagnies et deux cohortes, dont on laissa une partie dans 
Fréjus pour la garde de la coste. Classicus doneques mar¬ 
cha contre l’cnncmy auec douze compagnies de caualerie et 
l’élite des gens de pied, sans compter une cohorte de gens 
du pays qui seruoit de temps en temps à la garde et cinq 
cents Hongrois 1 , qui n’estoyent pas encore sous les dra¬ 
peaux. Ceux d’Othon ne refusèrent point la bataille et mirent 
une forte partie de la légion de la marine auec les habitans 
du pays sur les collines proches de la mer, et les cohortes 
prétoriennes dans la plaine qui s’estendoit do là jusqu’au 
riuage : les vaisseaux eurent l’ordre de raser la coste et de 
tourner la proüe contre l’ennemy; ceux de Vitellius, qui 
n’estoyent points si forts en infanterie, mirent les habi¬ 
tans des pays sur les hauteurs les plus proches et le reste 
de leur infanterie demeura serré derrière leur caualerie, 
où consistoit toute leur force; mais celle de Trèues alla 
donner inconsidérément sur les cohortes prétoriennes, qui 
la receurent de front et feurent attaquées en mesme temps 
par flanc par ceux du pays, qui estoyent excélents frondeurs 

1. C’est-à-dire Pannoniens; car du temps de Tacite, et longtemps encore après lui, le 
pays que nous appelons Hongrie n'avait pas d'autre nom quo celui de Pannonie. S. 


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77 


et, entre meslés parmy nos soldats, se portoyent aussi bra- 
uement qu’eux dans la victoire ; d’ailleurs la flotte tiroit en 
queue sur les Vitelliens, qui enfermés de tous les costés 
eussent été taillés en pièces sans la nuit qui suruint, qui 
arresta la poursuite : ils ne perdirent pas pourtant courage ; 
mais aydés d’un nouueau renfort, attaquèrent à l’improuiste 
l’ennemy, qui s’cstoit relâché depuis sa victoire et après 
auoir tué les gardes et les sentinelles, forcèrent le camp et 
mirent l’espouuante jusque dans la flotte. Toutesfois, la pre¬ 
mière frayeur estant dissipée, il se rallia sur une colline où 
il descendit d’abord, puis repoussa les autres auec grand 
carnage, si bien que les chefs des deux cohortes de Tongres 
furent percés à coups de traits après auoir soutenu long¬ 
temps le combat; mais ceux qui s’emportèrent trop dans 
leur poursuite furent inuestis par les Vitelliens et taillés on 
pièces, tellement que la victoire cousta quelque chose aux 
vainqueurs. Après cet exploit, comme s’il fussent tombés 
d’accord de part et d’autre de ne se faire aucun mal, ceux 
de Vitellius retournèrent à Antibes, ville municippe de la 
Gaule Narbonnoise, et ceux d’Othon vers Albengue, du ter¬ 
ritoire de Gennos, qui est plus auant au dedans du pays *. » 

Cette partie de la Ligurie a veu, dans le siècle passé, 
les premiers jours de septembre 1G38, le mémorable combat 
naual de quinze galères françoises commandées par le mar¬ 
quis de Pont-Courlay, contre autant de galères espagnoles, 
à quelques milles de Gennes. L’ordre estoit d’aborder après 
le canon tiré et de courrir, au plus grand danger, sur la 
galère qui seroit aux prises auec la sienne 2 , il fust exécuté 
auec vigueur et la victoire auec le champ de bataille resta 
la France, en moins de trois heures. La perte de trois de 
ses galères fut aduantageusement réparée par la prise de 
six de celles d’Espagne, entre lesquelles furent : la Patrona 
reale, la Capitana et la Poltrone de Sicile. 

S’il y auoit eu autant do bonne conduite du général qu’il 

1. Quoique peu littérale, cette traduction, qui est probablement due à l'auteur, n’altèrç 
pas sensiblement le texte, aussi no lui ferai-je pas de querelle de mots. Voir au t. III des 
Annales de la Société des Lettres, Sciences et Arts dos Alpes-Maritimes, l’article 
intitulé Problème de géographie historique par M. A.-L. Sardou. E B. 

2. M. de Ruffy, on l’hist. de Mars. t. II. p. 357 a décrit ce combat naual. 

8 . 


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78 


y eust de bravoure françoise, l’Espagne les y perdoit toutes, 
et ce fust là le sujet de la disgrâce du général, que le cardinal 
de Richelieu, son oncle, ne voulustplus employer au seruice. 

Guillaume II de Montolieu, capitaine de la galère pa¬ 
tronne de France, y fust tué et l’on vint l’enterrer à Antibe. 
Louis de Montolieu, son petit fils, à présent chef d’escadre 
des galères du roy, fait renaistre son nom, sa valeur et sa 
conduite et ne desgénère point de Jean Baptiste de Mon¬ 
tolieu, son père, qui commanda cinq galères du roy en l’an 
16't2, ny de Guillaume I de Montolieu, un de ses ancestrc, 
qui eust le commandement de l’armée nauale d’Ildefons II, 
auec laquelle il remporta une signalée victoire contre celle 
des Gennois l’an 1199. Cette illustre famille compte saint 
Cyprien, éuesque de Tolon au VI e siècle, pour un de ses glo¬ 
rieux ornements 

I. L’abbé Robert do Briançon, in verb. Montolieu. 

Rnfly, dans son Hist. des Comtes de Prouence, pag. 89. 

A la suite de cette note Arazi a fixé avec une épingle une feuille volante sur la¬ 
quelle se trouve l’inscription funéraire de Guillaume de Montolieu; mais comme sa le¬ 
çon est un peu fautive et que j’ai pu, gr&ce au colonel Gazan qui le possède, vérifier 
l'original, c’est ma lecture que je transcris ici. E. B. 

DOM 

NOBUS I)D ÜVILLELMVS DE MONTOLIVO MILES 

REGIARVM TRIREMIVM DVX 
EX STIRPE DIVI CYPRIANI TOLONENSIS EPISCOPI 

PLVRIMIS AB H1NC SÆCVLIS 
SANCTITATE 1LLVSTRATA 
HIC IACET 

QVI PRÆTORIÆ TRIREMIS PRÆFECTVS 
IN PERCELEBRI NAVALI PRÆLIO XV TRIREMIB VS 
HISPAN1S • INSPECTANTE GENVA COMMISSÜ 

MORI FORTITER_MALVIT _ 

OV AM SE GAPTAM PRÆTORIA HlSPANA AMITTERE 

MEMOR QVID REGI 

OVID PATRIÆ QVID GLORIÆ DEBERET 

MORVM INTEGRITATE 

INGENU SAGACITATE ANIMI GEXEROSITATE CLARVS 
NVMQVAM CLARIOR QVAM CVM OCC1DIT 
DIE PRIMA MENSIS SEPTEMBRE ANNO DOMINI 16H8 

CAROLO DE MONTOLIVO 
MILITIS ORDINIS SIL IOANNIS HIEROS*" 

IN AVVM PIETAS HOC MARMOR POSVIT 
DIE 8* MENSIS IVLII ANNO REPARATÆ SALVTIS 1705 


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79 


La ville d'Antibe eust pour volontaire, dans ce combat de 
1638, sur l’une des galères de France, le cheualier Claude 
d’Arazi, qui depuis a esté honoré à Malthe, pour ses seruices 
distingués, du glorieux tittre de cheualier de grâce et qui, 
par ses louables qualités, auoit desjà obtenu de Venise la 
charge de sergent major de bataille aux armées de Candie. 
Il est mort glorieusement dans le seruice de la religion ; mais 
je ne dois pas faire l’éloge du neueu germain de mon aïeul, 
il suffit de rapporter ce qu’en a dit J. du Cros, Hist. des 
voyages des Marquis de Ville et du siège de Candie : 

« Le 16 mars 1668 deuant le jour, le cheualier Claude 
d’Arazi, sergent major de bataille, mourut de ses blessures 
et fut extrêmement regretté; c’estoit un honeste homme, 
brave, hardy et très entendu au mestier de la guerre. 


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8U 


CHAPITRE VII 


De la prise de la ville d'Antibe par les Wislgoths 

et les Ostrogoths 

Les Goths furent une peuplade ancienne d’Asie que les 
Grecs nommoyent Gotes ; ils sortirent de leur pays natal, 
pour aller busquer fortune 1 comme dit un historien de Fran¬ 
ce *. Il s’estendirent premièrement le long du Danube, au 
pays près de Constantinople ; ils s’habituèrent ensuite dans 
la Bosnie, la Thrace et la Bulgarie, et ils occupèrent enfin 
les bords de la mer Baltique : ils tentèrent diverses fois 
d’entrer dans les terres de l’empire, et ils commencèrent de 
s’y faire connoistre du temps de l’empereur Decius, c’est à 
dire onuiron vers l’an 251 de la natituité de J. C. 

Athalaric estoit leur roy dans la Macédoine et dans la 
Thrace, d’où ils lurent appelés en Italie soubz le comman¬ 
dement d’Alaric; ils pillèrent soubs lui la ville de Rome, et 
Honorius les enuoya depuis en Gaule Narbonnoise, qui de 
leur nom fut nommée Gothie par les Gaulois et à présent 
Languedoc, du mot celtique corrompu : Lanth-goths, c’est 
à dire terre des Goths 3 . 

Du temps qu’ils estoyent dans la Thrace, Théodore le 
Grand les vainquist, et ils se firent baptiser par complai¬ 
sance, ayant eu les teintures de la foy orthodoxe depuis 
Constantin le Grand. On dit mesme là dessus qu’un de leurs 
éuesques assista au concile de Nicée 4 ; mais enfin toute cette 

1. Vieux mot français qui signifie chercher: on le rotrouve avec la môme significa¬ 
tion dans F Espagnol busrar, d’où on le fait généralement descendre E. B. 

2. Jean de Serres, en la vie de Clouis. 

3. Languedoc signifie pays où I on parlait la langue d oc, c’est-à-dire où l’on avait 
adopté le mot h or pour signifier ovi f au lieu que dan* le restant des Gaules c’était la 
langue d’oil qui florissait (oïl signifiait oui). La langue d’oo était la langue des trou¬ 
badours, la langue d'oii était celle des trouvères, et la langue de si («i veut dire oui), 
la langue italienne : l'étymologie fantaisiste d'Arazi n’est donc pas acceptable. E. B. 

4. Le fait est très certain, il se nommait Théophile et signa Theophi/us Gothine 
Metropol. E. B. 


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— 81 — 

race fust peruertie par Wilphitos, autre do leurs éuosqucs, 
qui fit reprendre l'arianisme à tous les Goths *. Il en auoit 
passé, depuis Théodore, une grande partie en Espagne et 
dans f Italie ; et il vint de là que Ton appoloit Wisigoths, ou 
Goths occidentaux, ceux qui habitoyent f Aquitaine, le Lan¬ 
guedoc et l’Espagne, et Ostrogoths ceux qui habitoyent 
lTtalie, c’est à dire Goths orientaux. 

Alaric premier et Ataulphe, son beau frère, commencèrent 
ce royaume des Wisigoths enuiron vers l’an 410, et leur do¬ 
mination (Jura jusques à Alaric II, tué en bataille rangée par 
Clouis roy de France, l’an 500 : occurence fort remarquable 
dit un historien *, qui assigne cette mort à l’an 509, qu’un 
prince tue l’autre l’espée au poing en l’ardeur du combat. 

Fendant ce règne de rigueur, enuiron l’an 473, la ville 
d’Antibe fust entièrement saccagée par cette sorte de Goths, 
tous ariens de profession et ennemis jurés du Christianisme; 
leur cruanté n’espargnoit personne. Euric, leur roy, fit 
mourir Valérius, éuesque d’Antibe, comme nous dirons 3 , et 
toutes les villes de la coste maritime estoyent désertées, 
pour cause des méchancetés de cette nation soubz la tyr- 
rannie de laquelle toute la Frouence fust désolée. 

Il y eust encore une cause de malheur, il suruint cette 
guerre de Clouis et d’Alaric 4 dont je viens de parler, et le su¬ 
jet fust celluyci : Clouis ne pouuoit souffrir la puissance d’Ala¬ 
ric, qui tenoit alors l’Aquitaine, le Languedoc et la Frouence, 
soubz prétexte qu’il receuoit les séditieux et les criminels qui 
sortoyent de France. Théodoric, roy des Ostrogoths, beau- 
père de l’un et beaufrère de l’autre, fit tout son possible pour 
les accorder et préuenir tous les désordres, et il escriuit pour 
cela à Clouis la lettre que l’on peut voir dans Cassiodore 5 ; 

1. Probablement Ulfilas, évoque de Gothie, qui mourut en 381. E. B. 

2. Jean de Serres en la vie do Clouis. 

3. Àrazi lait allusion à son histoire religieuse d’Antibes, volumineux manuscrit que 
possède aussi le Génie à Antibes. L’abbé Tisserand et tous les auteurs qui ont parlé 
d'Antibes et de son histoire religieuse, ont puisé à pleines mains dans «'e manuscrit. 
Valérius mourut martyr en 473; le G allia Chrisliana ne dit que quelques mots à son 
sujet; (Valérius martyrium paasus fertur ab Enrico rege (îothorum, ariano, anno 473, 
ex veteribus mss ). K. R. 

4. Alaric II, s»iceess**ur d’Kuri«\ qui régna de 1S1 à b07. E. B. 

r>. Lib. 3 epist. 4. 


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mais enfin tout cela n’ayant pas réüssy, j’obserue seulement 
pour mon dessein que les François ayant occupé, après cette 
bataille de Clouis, le Languedoc et la Prouence, qu’Amalric, 
jeune prince, fils d’Alaric, âgé de 5 ou 6 ans, n’estoit pas 
capable de conseruer ny de reprendre, ce mesme Théodoric 
son ayeul, dont nous venons de parler, sortit de l’Italie auec 
une puissante armée de 80,000 combattants rammassés dans 
l’Italie, la Sicile, la Dalmatie et l’Esclauonie, soubz le com¬ 
mandement du général Ibba, et auec cette armée nombreuse 
il entra dans le Languedoc et la Prouence par le Pied-mont. 
Ce fust alors, enuiron l’an 511 de J. C.*, quelle prit Grasse 
et Anlibe et que dans la suite toute la Prouence lui obéit. 

La résistance que fit la ville d’Antibe pour se deffendre 
ne fit qu’augmenter les cruautés de l’ennemy, ces ariens 
qui auoyent ruiné la plus part du Lionnois et de la Gaule 
Narbonnoise première et qui en particulier auoyent désolé 
Antibe mesme. 

La ville perdit en cette occasion tous ses beaux titres et 
la plus part des nobles monuments de la magnificence ro¬ 
maine. Ces impies estoyent animés d’une haine implacable 
à cause de la grande victoire de Clouis, que les orthodoxes 

9 

appeloyent le vénérateur de l’Eglise et le bien heureux en 
mérite. C’est pour cela que la fausse religion de ces héréti¬ 
ques leur fesoit tout entreprendre contre une ville catholi¬ 
que où ils estoyent les plus forts. 

1. Jean de Serres en 1 n vie de Clouis — Du Verdier en «on abrégé, tome I, pag. 39. 


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83 


CHAPITRE VIII 


Des incursions des Lombards et des Saxons 

sur le territoire d’Antibe 

Théodoric, qui vouloit garder le Languedoc et la Pro- 
uencejusques à l’âge compétent d’Amalric,son petit fils, fust 
contraint néant-moins de se retirer en Italie, apréhendant 
que l’empereur Anastase n’y fit des changements en sa faueur 
par des intelligences secrètes qu’il y auoit. Les François 
n’eurent pas beaucoup de peine, en son absence, de réparer 
les pertes qu’ils auoycnt faites ; mais enfin le malheur de la 
ville d’Antibe lui dura : elle fust exposée en 578 aux incur¬ 
sions violentes des Lombards, qui estoyent de cette secte 
arienne comme les Goths, encore plus cruels et plus impies 
que nuis autres entre les nations barbares et infidelles. 

Ils vinrent du septentrion en Italie pour y secourir Narsès, 
lieutenant général de l’empereur Justinien, lors des guerres 
qu’il auoit auec les Ostrogoths, et voici comment: Ce général 
y estant deuenu malcontent de Justinien et de l’Impératrice, 
se fortifia contre luy dans Naples et appela Alboinus, son 
grand amy, qui estoit roy des Lombards dans une région 
vers le Danube appelée Pannonie, pour l’engager de quitter 
ce séjour pour un meilleur : celluyci accepta le party et 
dressa une puissante armée ; il appela de son costé les 
Saxons, qui estoyent des anciens peuples barbares de la 
Westphalie ; ils entrèrent tous à main armée du costé des 
contrées de Venise, saccageant partout, et ils s’auancèrent. 
jusques à Gennes et dans les contrées deçà la riuière du Pô, 
où Alboinus establit son royaume, qui succéda à celluy des 
Ostrogoths, et du nom de ces Lombards toute cette région 
fust nommée, comme elle l’est encore aujourd’hui, Lom¬ 
bardie. 

Dans cet establissement, cette nouuelle race de gens fit 
des incursions jusques vers Antibe, dont elle brûla le terroir 


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84 


et les maysons, et donna une si grande terreur jusques aux 
Alpes Cottiennes, que Ennius Numinulus, que l’histoire 
nomme grand capitaine, estant gouuerneur de Prouence 
pour le roy Genthron, fust obligé d’aller à eux vers le Rhosne, 
pour leur en empescher le passage et leur faire réparer une 
partie des dommages qu’ils auoyent faits dans la Pçouence, 
en menaçant de leur tuer leurs femmes et leurs enfants 1 s’ils 
ne se mettoyent en estât d’y satisfaire : ils n’eurent garde 
d’y manquer. 

Il n’est pas nécessaire de suiure leur route, qui n’est pas 
de notre dessein; mais je dois obseruer deux choses qui 
marquent leur cruauté et leur furie et par ce moyen les vio¬ 
lences dont ils furent capables sur les terres des Antibois. Ils 
détruisirent, pour la plus part, les antiquitéz de Cemenelum 
près Nice 2 , suvuant la plus commune opinion, et ils voulurent 
tuer ce vénérable solitaire saint Hospice, qui fesoit pénitence 
depuis longtemps, enfermé et chargé de chaînes dans une 
tour, en la péninsule despendant de Nice, entre Villefranche 
et Monaco. L’historien de Nice en a descrit la vie 3 et je la 
trouue aussi, tirée de plusieurs escriuains, dans la chrono¬ 
logie de Lérins *. Il auoit prédit luy mesme cette venue des 
Lombards dans la contrée, et Dieu le garantit de leur fu¬ 
reur par un miracle : un soldat éleua le bras pour lui tran¬ 
cher la teste et ce bras sécha en l’air, et le glaive lui tomba 
de la main. Le saint hermitto obtint de Dieu la guérison 
de cet impie, et le soldat furieux deuint alors un confesseur 
zélé de la foy du Rédempteur des hommes. 

Le fort, dit de Saint-Iiospice du nom de cet illustre pé¬ 
nitent, a esté pris cette présente année 1691 dans la con- 
queste de Nice, et sa sujétion au roy va lui estre infiniment 
plus aduantageuso, que ne fust dommageable à sa coutrée 
l’inuasion des Lombards, dont le royaume fust enfin aboli 
en Italie l’an 774 sous Didier, leur dernier roy, que Charle¬ 
magne destrona. 

1. Grégoire d© Tours, lib. 4, cap. 43. 

2. Joffred, cap. 13. 

3. Joffred, part. I, page 10. 

4. Barralis, Chron. sanctor. et alior. viror illustr. ac abb. saor. insul. Lerin. part. I, p. 129. 


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CHAPITRE IX 


Des rau&ges des Sarrasins et des Maures 

dans la ville d’Antibe 

Il est facile de conjecturer que la ville d’Antibe ne fust 
guère au repos durant ces derniers siècles par tant d’entre¬ 
prises qu’elle fust obligée de soutenir; c’est pour cela que 
tant d’affaiblissements la firent succomber à ses ennemys et 
que les nouueaux rauages dont nous allons parler lui furent 
très préjudiciables. 

Certains anciens peuples originaires d’Arabie, qu’on nom- 
moit aux premiers temps Agaréniens et Ismaélites, parce 
qu’ils descendoyent d’Agar et d’Ismaël 1 , furent appelés plus 
tard Sarrazins d’un mot arabe qui signifie coureurs, larrons. 
Ils parurent dans le cinquiesme siècle et leur exercice ordi¬ 
naire ne démentoit pas leur nom : ils ne fesoyent que courir 
et piller les terres de leurs voisins, exerçant une infinité de 
brigandages; ils eurent des roys soubzlesquels ils coururent 
l’Afrique, l’Asie et l’Europe, où ils estoyent maitres d’une 
partie de la Sicile. 

Ils eurent encore le nom de Maures, pour les progrès qu’ils 
firent dans la Mauritanie, où ils establirent la religion de 
Mahomet. Cette prouince est voisine du destroitde Gibral¬ 
tar; et enuiron l’an 710, ils embrassèrent une occasion fauo- 
rable qui se présenta pour enuahir l’Espagne. Witiza, roy 
de Wisigoths qui y commandoit, fust aueuglé par ses su¬ 
jets ; scs enfants furent chassés du royaume, et Roderic le 
posséda par usurpation. Les princes fils de Witiza se 
retirèrent auprès de Julien gouuerneur de Tingis, ancien 
ami de Witiza et ennemy de Roderic, qui auoit débauché 

1. Morery, in lib. Les Sarrazins. 


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— 8fi¬ 
lme do ses filles sous prétexté de mariage et qui ne vouloit 
la tenir que pour sa concubine ; ils joignirent ainsi leurs 
ressentiments et s’adressèrent à Marza en Afrique, calife en 
chef soubuerain des Sarrazins \ Celluy-ci leur enuoya des 
troupes soubz le commandement de Tarif, qui se fortifia 
sur le mont Abila, depuis appelé Gibraltar*,et par le secours 
de Moscs gouuerneur d’Arménie 3 , il entra en Espagne. Ils 
prirent les meilleures villes de Roderic, qui fust tué, et en 
deux ans tout le pays fust soubmis aux Maures, qui choisi¬ 
rent Courdoue pour capitale de leurs estats *. 

Les victorieux prétendirent que tout ce que les Wisigoths 
auoyent possédé leur appartenoit et que leur aduantage leur 
estoit un titre légitime ; pour cela ils entrèrent en Lan¬ 
guedoc et en Prononce soubz la conduite de Zama 6 . Ils pri¬ 
rent toutes les principales villes du Languedoc et ruinèrent 
tout le pays. Ils en firent autant pour la Prouence ; mais 
Marseille fust alors un peu soulagée, par la reconnoissance 
qu’ils eurent pour la trahison de Mauronte, qui en estoit h' 
gouuerneur et qui les auoit fauorisés pour la prise d’Aui- 
gnon, qui estoit jointe à son gouuernement 6 . 

Ils attaquèrent la Prouence par mer et par terre, elle fust 
au pillage et à la mercy de ces barbares, qui exerçoyent 
partout des actes d’hostilité et d’inhumanité sans exemples 
et qui détruisirent plusieurs villes et villages, dont il ne reste 
que le nom dans les géographics. L’isle de Lérins fust sac¬ 
cagée; le glorieux abbé saint Porcaire et cinq cents religieux 

1. Probablement Moussa-bon-Nosseir, qui commandait en Afrique au nom des calife*' 
de Bagdad. E. B. 

2. Thareq et non Tarif, était le nom du général à qui fut confiée l'expédition d'Espagne : 
Abyla est la montagne de Ceuta et non celle de Gibraltar, qui se nommait Calpé. Partant 
d’Afrique, Thareq débarqua d’abord sur la petite ile d’Algésiras, qu’il nomma Aldjezirah 
Alhadrah (île verte), d’où son nom actuel : il se dirigea ensuite sur Calpé, qui lui parut 
une bonne position et s'y fortifia ; il la nomma Djibal Afetha (mont de l’entréo), mais ce 
nom fut bientôt changé pour celui de Djibal Thareq (mont de Thareq), qui est encore 
conservé de nos jours dans Gibraltar. E. B. 

3. Moussa? E. B. 

4. Le Khalifat de Cordoue ne fut créé que bien plus tard, eu 756. E. B. 

5. Zama n’entra jamais qu’en Languedoc: il y fut tué en 722 devant Toulouse, qu’il assié¬ 
geait, par Eudes duc d’Aquitaine. E. B. 

6. C’est cinq ans après, en 730, que, grâce à la trahison de Mauronte, les Sarrazins en¬ 
trèrent en Prouence. K. B. 


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87 


y lurent massacrée l’an 730 1 2 , et la ville d’Antibe fust exposée 
à toutes les cruautés imaginables. Les Sarrazins s’y establi- 
rent dans ce temps-là, à cause de la situation de la ville et de 
l’importance de son port, jusques vers l’an 750, qu’ils en fu¬ 
rent chassés. Je laisse à penser les extrémités où se trouuè- 
rent les pauures anciens Antibois et combien grande fust 
l’obligation qu’ils eurent à Théobald de Grimaldy qui les 
déliura de leur tyrannie *. Aussy son expédition fust si glo¬ 
rieuse et si agréable à Charles Martel, son oncle, qui estoit 
duc de Brabant et d’Austrasie, duc et prince des François 
en Prouence, qu’il lui donna dans la suite Antibe et sa con¬ 
trée en souueraineté, comme j’ai dit sur le chapitre de la no¬ 
blesse de la ville. d’Antibe 3 . 

Les choses ainsi restablies, les Antibois commencèrent à 
respirer un air plus doux soubz la dommination des Grimaldy, 
qui furent alors surnommés d’Antibe. Les Sarrazins vinrent 
de nouueau à la charge aux contrées d’Antihe ; mais ils fu¬ 
rent repoussés enuiron l’an 963, et ils allèrent occuper une 
retraite aduantageuse dans la coste maritime de Prouence, 
on un fort dit Fraxinet , appelé par les Romains Sinus Sam- 
bracitanus ou Gambracius et depuis golphe de Saint- 
Tropez 4 , éloigné d’Antibe d’une journée. Ils y firent mille 
voleries et sur mer et sur terre et y donnèrent refuge aux 
scélérats et aux impies. Adalbert, grand persécuteur d<> 
l’Eglise poursuiuy par le pape Léon VIII et par l’empereur 
Othon, s’y vint réfugier dans ce temps là, pour l’assurance 
de sa personne. Othon en fust irrité pour son intérest et il 
résolut d’y venir détruire ce reste de nation barbare. A son 


1. Barralis part. 1, pag. 220 . 

2. Venasque dans sa Généalogie des princes de Monaco, pag. 65. 

3. Charles-Martel mourut en 711 le 20 octobre et Àrazi, dans son chapitre de la noblesse 
d’Antibes, a dit que Théobald de Grimaldy déliura la Prouence des Sarrazins en l’an 750. 
Il est vrai qu'Arazi fait passer le fait sous le règne de Pépin le Bref qui, comme on 
sait, ne monta snr le trône qu'en 752 ; mais il n’y a, chez notre historien, que des idées fort 
confuses en fait de dates. B. B. 

4. Le fort de Fraxinet, aujourd’hui Garde-Freinet, se trouvait dans la montagne des 
Maures, à environ 12 kilomètres du golfe de Saint-Tropez, anciennement Sinus Sambrtt- 
citanus. Par la manière dont la phrase est construite, on dirait qu'Arazi a confondu le fort 
avec le golfe. S. 


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88 


retour d’Italie, il en escriuit mesme de Capoiie à ces deux 
généraux Hermann et Théodoric, au mois de januier 068, 
mais il n’eust pas cet aduantage. La gloire de cette destruc¬ 
tion fust réseruéo à Gihallin de Grimaldi d’Antihe, fils des 
Grimaldy seigneurs d’Antihe, premier général d’armée de 
cet empereur Othon, qualifié du beau titt.ro de héros infati¬ 
gable à chasser les Sarrazins de Prononce, d’homme de 
grand cœur et d’exeélento magnificence, petit fils de Théo- 
hald de Grimaldy *. Il se porta généreusement à les com¬ 
battre et, par sa propre vertu, remporta sur eux une victoire 
complète l’an 080. ( "est pour cela que Guillaume I er , pour 
lors comte de Prononce, donna à Gihallin de Grimaldy, pour 
une marque de reconnoissance le golphe de St-Tropez 
auoe son desjtroit, saufles droits de l’éiiesque de Fréjus, et 
ce golphe ne fust plus appelé dans la suite des noms que j’ai 
ohserués de S inux Sarnby'aci lamas ou Siaux ( iambraciux 
ny riaux xancli Tropcti, mais <jol)>ho <!<• drimault, pour 
faire honneur à cette victoire; il y reste une tour ditte 
aussy tour de Grimault, pour le juste trophée do sa valeur. 
Les curieux voudront bien agréer que je renouuelle la gloire 
de la ville d’Antihe et que je rapporte icy la charte, de 
cette donnation, elle est dans les archiues de l’éuesché de 
Fréjus *: 


1. Voici f*e «juo «lit Honoré Bouche touchant ««• prétendu potit-lils d'un Théobuld deGri- 
inn'dy et «pie maître Ara*» qualii.* - * «k* premier £•>itérai d'armée do l'empereur Othon : « On 
- certain Giballinns de Griuialdi'. frère de (Vuido »*t ti 1 s «)•• Grimahlus, premier prince ou 
« seigneur souverain de Monrpuez (Monaco», reçut «te Guillaume I* l’an pso, etc. » On le 
voit, «Lest toujours la généalogie fabriquée par Y «masque. Oiballin était, to t simplement 
un Ori naldi do Gènes, «pii vint mettre an servie* du comte Guillaume un certain nombre 
de galères do son . ays. comme le firent dans !;» suite d’autres membres do la mèin* fa¬ 
mille, entre antres Ramier Grimalili, envoyé par la république u roi de France Phik.p*' 
le Hel, et qui ave** ses galères détruisit la Hotte flamande â Ziericksée. en 1304. S. 

2. Cette charte est également publiée par Bouche, llist. «le Prov. t. 1T, p. 42, qui «lit aussi 
qu elle se trouve aux archives de l'évêché «le Fréjus, et dans l«> recueil d.t FAnthentique 
rouge ou le Peloux. J’ai suivi la leçon do Bouche «pii est beaucoup plus correcte que celle 
d’Arazi. K B. 


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89 


S I 

In nomine Domini Amen. Ad res magnanimiter 
gerendas rémunérationibus accenduntur homines, sed 
tune præcipue viris spectabilibus gloria retributionis ad 
easdem stimulos adiungit, cum ea sibi obueniant loca, in 
quibus vires corporis et animi tentatæ excellentia 1 de 
inimicis trophæa reportauerunt. Cum itaque giballinus 
de grimaldis, vir magni cordis, et egregiæ magnificentiæ 
nostris in omnibus contra Agarenos et Mavros siue Sar- 
racen'OS assistons aggression ibus, inuasionibus, fugatio- 
nibus et periculis sinum maris Gambracium, qui com- 
muniter riuus Sti Torpetis appellatur, propria virtute, 
ab eisdem Agarenis et Mauris siue Sarracenis abstulerit, 
eiusque taie facinus peculiari Principis magnificentia * 
recognosci debuerit. Nos Gviijælmvs cornes, Bosonis et 
Folcoaræ filins, in Arelate ciuitate consistantes et iisdem 
attendentes , conscntientibus Adalaixia conjùge nostra et 
Gvillelmo filio nostro, A.nxoxe archiepiscopo , Raynoardo 
judice , RiyvELiNO, IIildoardo, Pontio de Alavzone. 
Fvlcoxe, Widone, Ixgelrado et aliis nobilibus, præfato 
Giballino de Grimaldis, præfatum sinum maris Gambra¬ 
cium, qui communiter riuus Sti Torpetis appellatur, cum 
toto tractu et circuitu damus, donamus, et ad possiden- 
dum integrum et defendemlum contra Agarenos et 
Mauros siue Sarracenos tradimus, soli ecclesiæ Foroiu- 
liensi seu eius episcopo salais dimissis iuribus episcopa- 
libus. Si qui autem dicto Giballino de Grimaldis jiotenti 
riro in hac donatione contradixerit, indignationis nostræ 
pænam incurrat, et insuper cum Core, Dathan et Abiron 
in profundum absorbeatur. Anno igitur incarnationis 
Dominicæ dcccclxxx, indicl. x mense septembri ; ré¬ 
gnante Coxrado rege Alamannorum seu Prouinciarum, 

1. M. Abel Rendu (Menton et Monaco . p. 3£?) a lu tentatæ excellent or. S. 

2. Munificentin (Abel Rendu). Cette leçon me paraît préférable. S. 


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Ego cornes ( iuillclmus, liane notitiam donation h scribi 
el manu mea roborari curant — Adalaixia comitissa fir¬ 
mauit — <iuillelmus cornes firmauit—Anno archiepi- 
scojjus firm. — liai non rd us firm. — Iiiquelinus firm. — 
llildoardus firm. — Pontius de Alau:o firm. — Fulcofirm. 
Wido firm. — Ingotradus firm. et alii firmauerunt. — 
lionifacius scripsit et firmauit '. 


1. « Cette charte, «lit Lapon [Histoire •h- Prnren-'e) est visiblement supposée : 1° parce 
«jn on n'en trouve point l'oriu'iual : parce qu'on y fait prendre au comte Guillaume la 

qualité de îils de Buzori et de Folcoare. au lieu «ju‘il était fils du comte Dozon II et de 
Constance, comme on le voit par tontes les chartes authentiques: 3* parce que l’indie- 
tiou X no convient pas à l'année usu, qui est celle ou cet acte fut passé : il faut l'indiction 
VIII : V parce qu on y parle d'Annon comme étant archevêque d Arles et cependant ce 
prélat n’occupa le siège do cette église qu’au mois de juin USl : V enfin, ce qui prouve que 
cette pièce est moderne, c'est qu'on y met l'article tir avant G ri ntnldi. car cette façon de 
parler n'était point connue au dixième siècle » — Ces trois dernières raisons sont les moins 
bonnes: Terreur d'indiction est très-rare, mais elle se rencontre quelquefois; Annon fut 
archevêque d’Arles en !I7 1 J fVoir le Dictionnaire historique tir la France par Ludovic 
Lalanne) ; voici d'ailleurs les termes exacts du (rallia Christ tana : Ascendisse sedem 
pontifleiam ante mens**m juniuin anni USl non legitur : fartasse quia nondum rrat con- 
srrratus. D'après bains. Sériés episeop. Annou aurait été élu en ‘.*79. Quant à la prépo¬ 
sition latine de y on la trouve fréquemment employée devant un nom propre de lieu bien 
avant le dixième siècle : d'où un emploi analogue devant un nom de terre devenu nom 
patronymique. D'ailleurs, si le texte dont il s agit n est qu une copie de la charte origi- 
uole, cetto préposition de a pu être intercalée par le scribe, obéissant en cela à un usage 
déjà vieux de son temps et qu'il était tenu d observer. S. 


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91 


CHAPITRE X 


De la prise réitérée d’Antlbe par l'empereur Charles V 

Nous sommes icy arriués à des affaires presque pareilles 
aux affaires du temps présent. Les ennemys du roy auoyent 
projetté entre eux un partage de ses plus belles prouinces 
du royaume et Dieu a confondu leurs desseins injustes ; le 
temps dont nous allons parler a quelque chose de semblable. 

Le roy François I r n’estoit pas satisfait de Charles d’Au¬ 
triche, roy d’Espagne, depuis que celluyci auoit fait tomber 
en sa faueur l’élection pour la couronne impériale, pour la¬ 
quelle chacun des deux roys auoit des prétentions par le décès 
de Maximilien d’Autriche arriué l’an 1519. Les deux princes 
dressèrent chacun des armées : François I r enuoya les 
siennes vers la Nauarre et les Flandres, et Charles V les 
siennes en Champagne et en Picardie. Le pape Léon X se. 
déclara contre la France ; Henry VIII, roy d’Angleterre, 
Philibert de Chaslons Prince d’Orange, et Charles duc de 
Bourbon, conestable de France, en firent de mesme, et il 
seroit trop long icy de dire les diuers mouuements qu’ils eu¬ 
rent dans cette ligue. Il suffit d’obseruer, que Charles duc de 
Bourbon estoit mécontent, pour le refus qu’il auoit receu du 
mariage qu’il prétendoit auec Rénée de France, fille de 
Louys XII et sœur de la reyno Claude, femme de François I r . 

L’empereur se seruit de l’occasion et lui promit de res- 
lablir l’ancien royaume d’Arles et de Prouence,et de l’en in- 

t j / 

uestir et l’en faire roy; et tous ces confédérés se firent d’au¬ 
tres promesses et des conuentions de se partager entre eux 
tout le royaume, selon les diuers accommodements des Pro¬ 
uinces à leur bien séance *, comme ils se l’estoyent vaine¬ 
ment imaginez ; et pour cela, ils auoyent résolu de venir 


1. Bouche, Chorop. part. II. p. 539. 


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mettre le siège deuant Marseille, pour y auoir une retraite 
commode aux affaires de l’empereur pour le passage d’Es¬ 
pagne en Italie. 

Le roy enuoya de grandes troupes de caualerie et d’in¬ 
fanterie en Prouence souliz le commandement du Marcschal 
de la Palisse, et son armée nauale soubz cellui de l’admirai 
de Lafayette: cellecy fust composée' de 12 vaisseaux 1 2 , 10 
galères, six galiotes, \ caraques et un gallion; et André 
Doria, Génois qui seruoit alors en France, estoit un des of¬ 
ficiers généraux s . 


On apprit cependant que Charles de Bourbon estoit party 
du Milanez auec deux mille cheuaux et vingt cinq mille com- 
battants, qui veuoyent partie par terre et partie par mer sur 
18 galères d'Espagne et quelques autres batiments de mer, 
et qu’enfin cette armée nauale estoit arriuée à Monaco. Celle 
de France fit le plus de dilligeance qu’elle peust et partit des 
isles de Marseille le 30 juin 153 ’i : elle prit dans sa route ce 
Philibert de ('basions prince d’Orange, qui venoit sur un 
brigantin à Monaco joindre Charles de Bourbon. Cependant 
celluyci arriua à Nice et n’attendoit que l’occasion fauorable 
pour entrer en Prouence ; on voulut inutilement lui en em- 
pescher l’entrée. Le lieutenant du gouuerneur du pays recula 
de la riuière du Var, et ne peust empeseber que l'ennemy 
ne taseba de faire débarquer en delà de son embouchure les 
troupes embarquées sur les galères d’Espagne et 18 canons, 
qu’elles auoycnt apporté pour cette guerre. Mais l’armée 
nauale de France eut plus de bonheur en cette occasion, dix 
sept galères espagnoles abordèrent la plage entre Nice et la 
riuière du Var, le 7 juillet 1531, pour y faire la descente des 
troupes et de l’artillerie, comme nous avons dit, et les dix 


1. Bouche, Chorog.. t. II. p. 5-11. 

2. Les autres officiers étaient le Baron d« # s Üaux.rréjeun, grand prieur de Saint-Gilles, et 
Frère Bernardin des Baux, chevalier de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem. Dans une note 
perdue, Arazi fournit le renseignement suivant, évidemment destin*'* à prendre place on ce 
chapitre. E. B.: — jVof» i. André Doria reccut l'ordre de Saint-MiHiel au mois d'août 1527 
(Justinian : lib. 6, p. 27 ), 285, litt. D.) : Dal inese di airosto 1527 il re di Francia mandé il 
collare os.sia l'ordine di San Michèle alï'air.irante Andrea Doria, il quale riceue questa 
dignità con gran solennité, in la chiesa de San Matheo e fece un opulente ed onorato 
conuito a gran numéro di gente. 


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galères de France qui estoyent restées à Antibe en estant 
parties en dilligence, les allèrent combattre auec tant de 
vigueur, qu’elles coulèrent bas trois des espagnoles et con¬ 
traignirent les autres à reculer à Monaco et aux costes de 
Gennes, tout endommagées et en désordre \ 

Cette victoire ne garantit pas la ville d’Antibe ; car le 10 
du mesme mois de juillet, les troupes de terre de l’empereur 
prirent les lieux de Sa'nl-Laurent et de Vüleneu'ue et dans 
les jours suyuants la ville d’Antibe, qui se deffendit vigou¬ 
reusement et tua plus de 300 hommes à l’ennemy 8 . Celle de 
Grasse se rendit à composition 3 et à qui Charles de Bourbon 
fit faire hommage et prêter serment de fidellité au nom de 
l’empereur, et il en fit de mesme aux villes principales de 
Prouence. La ville d’Antibe souffrit alors de grandes cala¬ 
mités par l’insolence de ces troupes victorieuses \ 

La prise de François I er deuant Pauie augmenta la cons¬ 
ternation générale du royaume ; et les affaires estant calmées 
dans les années suyuantes par le traité de Madrid,qui donna 
aussy la liberté au prince d’Orange, la ville d’Antibe ne 
fust pourtant guère en repos, quoique toujours bien disposée 
à soutenir les intérest de son roy. 

L'empereur Charles V fit encore une rupture, il y eust une 
nouelle guerre en Prouence entre lui et François I er l’an 1536. 

L’empereur voulut diuertir 5 par ce moyen les grandes 
armées du roy qui estoyent dans la Sauoye et dans le Pied- 
mont, apréhendant qu’elles n’entrassent dans le Milanez, 
qu’il possédoit alors; il reprit l’enuie des prétentions sur la 
Prouence et le royaume d’Arles. Le conseil de guerre du 
roy François I er fust d’aduis de faire des dégâts au pays-de 

1. Bouche, t. 2, p. 541. — Ruffy, Hist. de Mars. t. 1, p. 305, n. 10. 

2. Arazi se vante un peu ; car, au dire des historiens, Antibes n'offrit pas plus de résis¬ 
tance que les autres villes du littoral. Bouche dit à ce sujet : «c Il prit vers le 10 juillet 
sans nulle difficulté ny grande résistance les lieux de Saint-Laurens, de Villeneufue et 
les villes d’Antibes et de Grasse. » La vigoureuse résistance d'Antibes me parait en con¬ 
séquence très problématique. E. B. 

3. M. Ant. Sabelle, t. 3, lib. 20, p. -4SI. — Bouche, I. II, p. 544. — Ruffy, Hist. de Mars., 
t. I, n. 19. 

4. Arazi veut rejeter tout le noir de l'action sur Grasse : mais on sait qu'Antibes prêta 
serment de fidélité au connétable du Bourbon le même jour que Grasse et que, d'ailleurs, 
presque toutes les villes de Provence en firent autant. E. B. 

5. Ce mot est pris ici dans le sens de détourner de leur but. E. B. 

9. 


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94 


Prouence auanl l'arriuéo dos troupos do l’omporeur, pour 
lour obster tout moyen do subsistcM*, et les ordres qui furent 
donnés là dessus lurent exécutés sans retardement. Ils 
estoyent portés par Claude do Sauoye, comte de Tende, le 
seigneur de Bonncval et Guillaume, comte do Fustemberg, 
auec leurs troupes. Les ordres estoyent de gaster les bledz 
sur pied, rompre les l'ours et les moulins, desquels l’ennemy 
pouuoit tirer commodité ; brûler le fourages, défoncer les 
tonneaux de vin et jetter les bledz et les grains dans les puits 
pour en corrompre les eaux ; sur quoi le peuple de Prouence 
gros et menu, dit un historien, apportoit aussv bellement 
affection, que ehascun oublioit le regrest de son dommage 
particulier *. 

Cependant l’empereur fit entrer en Prouence une armée 
de soixante mille hommes venant du Pied-mont, soubz le 
commandement du marquis de Saluées, qualifié par quelques 
uns de traître pour auoir abandonné le partv du roy, auec 
lequel il fust prisonier à Pauie et dont il auoit receu mille 
bons laits honorables ; et d’autre part aussy il fit venir son 
armée nauale composée de 21 galères et plusieurs nauires 
qui portoient 300 Italiens commandés par cet André Doria, 
qui auoit pareillement quitté le seruice du roy pour un dépit. 

Les dégâts extraordinaires des troupes du roy et les autres 
de celles de l’empereur, augmentées du secours des troupes 
du duc de Sauoye Charles III, causèrent des désolations 
estranges au pays. La ville d’Antibe 11 e souffrit rien du costé 
des troupes de François I , r , pareeque les commissaires estant 
à Grasse, pour la rendre inutile à l’ennemy, aprirent la des¬ 
cente des troupes nauales de l’empereur aux costes d’Antibe; 
mais elle souffrit des maux horribles estant prise de nouueau 
par ces mesme troupes de l’empereur, pour la résistance 
qu’elle leur auoit fait *. 

Elle fust attaquée dans les formes et refusa de se rendre. 
Par cette vigoureuse deffense, des habitants marquèrent 


1. De Serres, en François I". 

2. Ce furent surtout les gens de la campagne qui souffrirent des incursions des troupes 
en garnison à Nice, lesquelles faisaient chaque jour des courses, brillant et pillant tout 
sur leur passage. K. IL 


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encore leur attachement inviolable à François I er . Ils repous¬ 
sèrent un premier assaut et le canon de la ville coula à fond 
deux galères de l’empereur *. Ils ne purent pourtant pas en 
supporter un second, qui fut plus nombreux, et la ville fust 
prise auec la citadelle au commencement de juillet de la 
mesme année 1536 et par mer et par terre du costé de la 
citadelle. L’empereur estoit alors delà le Var,et ayant appris 
la loüable résistance de la ville d’Antibe, il 1 i fit piller à son 
arriuée, quelques jours après la prise et l’on y brûla plus de 
300 maisons. Cet ordre de pillage fust donné contre tous les 
lieux maritimes, et Doria l’éxécuta partout jusques à Mar¬ 
seille. 

Ce fust lors de cette arriuée, qui fust le 25 juillet jour de 
lafeste de Saint-Jacques de Compostelle, protecteur d’Es¬ 
pagne, que l'empereur Charles V augura à son aduantage 
qu’il seroit peu à peu roy de France, pourauoir pris ce jour 
là les petits villages presque inhabités de St-Laurent et de 
Villeneufue, voisins d’Antibes (poco a poco rey de Francia) : 
ce qui estoit certainement une vanité ridicule. Cependant, 
je dois dire que François I er , estant à Antibe le 18 juin 1537, 
confirma à la ville, pour une légère indemnité de ce brûle¬ 
ment et pillage, l’aide mesme de leuer pendant huit années 
un liard pour chaque sestier de figues vendues, un sol pour 
liure de saffran, un patac pour sestier de bled porté à mou¬ 
dre et un sol pour charge de vin, qui estoyent d’anciens 
droits de la ville accordés par les roys prédécesseurs de sa 
majesté, dont les priuilèges auoyent été perdus dans ce 
pillage *. 

1. Bouche, t. 2, p. 580. 

2. François !" f accorda non-seulement à Antibes mais à tout le pays riverain du Var des 
droits d'octrois et de vente, pour les indemniser des dommages qu’ils avaient soufferts. 
Vence, Saint-Paul, Grasse, etc. possèdent encore les lettres patentes originales. E B. 


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1)U SIEGE DE NIEE PAU LE I)UG d’EXGUIEN 
ET LE PACHA HARREPOUSSE 


Los grandes guerres de François I‘‘ r et de ( 1 - . les V, fu¬ 
rent cause de leur entreuüe procurée par le pape Paul III, 
l’an 1538, dont nous auons parlé; mais les dix ans de trèue 
accordée n’emposchèrent pas qu’il n’y oust unenouuelle rup¬ 
ture par la mauuaise volonté d(' l’empereur et de nouueaux 
embarras à Antibe par les grosses garnisons. L’empereur 
refusa l’inuestiture du duché de Milan en faueur d'un fils de 
France, qu’il auoit promise; le marquis Dugast, son vice- 
roy en Lombardie, fit assassiner sur le Pô, en I5V1, César 
Frégose et Antoine Riment *, ambassadeurs du roy, l’un à 
Venise, vers la république, et l’autre vers le Grand Seigneur, 
et cela enflamma les allai res. L'empereur eut recours au 
roy d'Angleterre Ilenry VIII et le roy à Soliman II, vers 
lequel il enuoya en l.V»2 Antoine Escalin,baron de la Garde 
Adhémar, cheualier de l’ordre de Saint-Michel, lieutenant 
général pour le rov en Prononce, capitaine de cent hommes 
d’armes, qui fust dans la suite général des galères de France 
en 15i \ et communément appelé le capitaine Paulin ; il en 
obtint le pouuoir en faueur du roy de se servir du Pacha 
Cher-cd-din Barboroussc qui courroit dans la Méditer¬ 
ranée auec 110 galères. 

Le siège de Nice fust alors résolu et le roy enuoya en 
Prouence François de Bourbon duc d’Enguien pour y com¬ 
mander l’année françoise ; notre flotte fust composée de 
22 galères et de 18 vaisseaux. 11 n’est pas besoin de parti¬ 
culariser iey son auitaillement et le reproche de s'être allié 
à Barberousse ; mais je dis seulement, qu’auant l’arriuée de 
ce dernier, sur un faux aduis donné au seigneur Grignan de 
Prouence, le duc d’Enguien ayant commandé quatre 


1. De Rufïî. llist. de Mars., liv. VII.— 'Antoine Riiif'-n t et non Rimant. 1 S 
Khair-E*blin % dont on a fait Ilarôitlan. S. 


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galères d’auance soutenues de onze pour aller descouurir la 
vérité, il sortit six galères ennemyes du port de Villefranche, 
soutenues par quinze, soubz la conduite de Janetin Doria l , 
qui chargèrent ces quatre soubz les murs d’Antibe et les 
prirent auec aduantage, ayant été abandonnées par le ca¬ 
pitaine Magdelon, qui les cominandoit et qui se jetta dans 
le port d’Antibe, ne pouuant résister à la force supérieure, 
ayant perdu, pour l’honneur de sa retraite, une jambe em¬ 
portée par un boulet de canon. 

L’armée de France estant donc jointe par suite auec celle 
des Turcs, ce qui ne s’estoit jamais veu, elles mirent le 
siège deuant la ville de Nice 2 . Le roy désirant merueilleu- 
sement de la recouurer, et se promettant que l’on ne trou- 
ucroit mal, dit un historien de France, qu’il eust employé les 
armées barbares pour reprendre ce qu’on lui détenoit si in¬ 
justement, veu que tous le monde sçauoit, dit-il, qu’elle 
estoit de l’appartenance de son Comté de Prouence, et qu’il 
offroit de rendre au double la somme pour laquelle elle auoit 
été engagée autrefois aux ducs de Sauoye 3 . 

Gaspart II de Grimaldi, seigneur d’Antibe, commanda 
1500 hommes de milice dans cette expédition, à laquelle la 
ville de Nice ne résista pas longtemps et se rendit à compo¬ 
sition le 20 aoust 1543. L’un des articles fust quelle ne scroit 
point saccagée par les Turcs : mais l’Infidèle ne tint pas sa 
parole là dessus; et n’ayant peu venir à bout du chasteau, 
après deux mois de peine perdue, il ordonna le saccage de 
la ville, qui l'est exécuté auec toutes sortes de cruautez. Le 
siège est;;: donc leué, Barberousse mit une partie de ses 
galères à Antibc, et il y vint lui mesme ; mais il apprit, dans 
ce temps, que le duc de Sauoye et le marquis Dugast 
voullant entrer au port de Villefranche, une lurieuse tem- 
peste leur auoit brisé quatre galères ; et, comme il estoit 
prompt aux occasions, il enuoya dabord les siennes de ce 
costé là pour recueillir les débris de l’artillerie submergée, 

1. Baudin, en l'inventaire de l'hiat. gén. des Turcs, p. 245. 

2. Mézeray, en François I. 

3. Tout ce passage est textuellement copié dans Mézeray, Iïist. de France, François I #r , 
t. II, p. 554, 555. E. B. 


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qu’il fit pescher dans la mer. Il s’en alla ensuite hiuerner 
à Toulon et nous ne suiurons plus sa route. La leuée du 
siège d’alors de deuant le chasteau de Nice auoit rendus 
vains les Nissards sur l’importance de cette forteresse *, qu’ils 
croyoyent imprenable ; mais ils viennent de voir, cette pré¬ 
sente année 1691, que Nicolas de Catinat les a détrompés 
en quatre jours de temps, leur faisant comprendre que rien 
ne peut résister au grand Louys XIV *. Au reste, si la ville 
d’Antibe eust alors quelques galères de Barberousse dans 
son port, elle y en eust douze de celles du roy dans l’expé¬ 
dition de la conqueste de Nice 3 , lesquelles ont fait leur 
deuoir, dans la promptitude journalière de leur secours, 
pour le conuoi des munitions nécessaires ; une escadre de 
huit autres estoit à Monaco pour un pareil seruice, et une 
de quatre vaisseaux 4 , trois frégates et quelques bastiments 
de charge tenant la mer. 


1. JoflVed, cap. 14, n. 2. 

2. C'est toujours le môme système de dénigrement sarcastique contre Nice : il est obligé 
de constater que François l #r ne put s’emparer de château de cette ville; mais il s’en venge 
en lui rappelant que Louis XIV l a soumise, et il en profite pour faire sa petite flatterie au 
roi : tout cela est enfantin. E. B. 

3. Honteux de constater que le port d*Antibes a contenu les galères do Barberousse, il 
tâche de corriger le mauvais effet de la chose par le récit de ce que vient de faire la ville 
pour les galères du roi. E. B. 

4. Nom des vaisseaux et des capitaines qui tenoyent la mer en 1601 pour le siège de Nice ; 


L’ Relatant, commandant 
Le Marquis » 

L 'Etoile * 

La Frégate royale » 


M. le comte d’Estréee 
M. de Goberet 
M. le baron de Gotton 
M. de Girardin. 


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CHAPITRE XI 1 


De la prise de la ville d'Antibe et du fort Quarré 
par le duc de Sauoye et de leur reprise par le duc d'Epernon, 

au nom du Roy 

Après toutes ces guerres de François I er et de Charles V, 
qui auoyent causé tant de maux, la ville d’Antibe fust 
exposée à tous les désordres des guerres ciuiles de Prouence 
et aux cruelles entreprises do la Ligue; néant-moins elle ne 
manqua jamais de fidélité au roy, son légitime prince; et 
j’aurais trop de chemin à faire, si je projettois de parcourir 
toutes les incommodités qu’elle en souffrit et toutes les 
bonnes volontés qu’elle marquast aux intérestsde sa Majesté, 
quoique le duc de Mayenne, un des principaux ligueurs, fust 
conseigneur d’Antibe : je me renferme donc au cas parti¬ 
culier de la prise d’Antibe faite par le duc de Sauoye, qui 
causa aux habitants une entière désolation. 

Pour entrer dans mon dessein, j’obscrue succintcment 
que la Ligue prit naissance dans la ville de Paris pendant 
le règne de Henry III, soubz prétexte des édits de pacifica¬ 
tion que sa Majesté auoit accordés aux religionnaires. Un 
certain Rocheblonde y mit le leuain par son zèle indiscret, 
ayant creu ou feint de croire que la religion orthodoxe alloit 
estre bannie du royaume. Le duc de Guise et le duc de 
Mayenne son frère, qui auoyent des vues injustes, furent les 
principaux ligueurs dans la suite, par ce faux brillant de 
religion dont ils vouloyentcouurir leurs entreprises. Le roy 
eust besoin là dessus de leuer des troupes pour garantir sa 
personne et s’assurer la royauté ; et dans ce bouleuersement 

1. Avant ce chapitre, Arazi voulait faire deux paragraphes qui ne sont restés qu’à l'état 
de projet, il avait épinglé sur son manuscrit un papier portant les mots suivants : E. B. 

Nota de faire : § II. De la maîtrise d’armes d’Antibe, ou bien De la prise de Nice avec 
plans qui sont dans Carie, etc. 


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général, la Prouence fust diuisée entre les catholiques et les 
religionnaires. 

Le roy auoit en Prouence Henry de Valois, comte d’An- 
goulesme, grand prieur de France, son frère naturel, qui en 
estoit gouuerneur; et le duc de Guise y auoit Aubert de 
Garde, prieur de Vins, pour chef de la Ligue, qui déclara 
prendre les armes pour les princes catholiques. Il y eust 
diuers mouuements dans les campagnes et mesmc dans la 
ville de Marseille, qui tint bon au party du roy, et le Parle¬ 
ment en agit auec tant de fidélité et de prudence pour le 
seruice de sa Majesté, qu’elle en fust satisfaite. Le comte 
d’Angoulesme ne put guères continuer ses bons offices 
au roy, à cause d’une mort précipitée qui le préuint à Aix 
l’an 1586 : les ligueurs en sentirent une grande joie, mais 
leur défaite au terroir du village d’Allemagne 1 ne la laissa 
pas paraistre une longue durée. 

Le roy cnuoya en Prouence le duc d’Epernon pour en 
cstre gouuerneur; son arriuée restablit les choses dans une 
tranquilité générale, et la ville d’Antibe a la gloire d’auoir 
eu dans ce temps là à Auignon Dominique de Grimaldy 
vice-légat, sorfy de la maison d’Antibe, qui l’aidast à son 
passage de ses bonnes volontés. Ce duc fut rappelé à la 
Cour par les nécessités du seruice, et il obtinst du roy le 
gouuemement de la Prouence en faueur de M. de la 
Vallette, son frère, qui en prist possession au mois de 
mars 1587. 

Les ligueurs de Paris ayant renouucllé leurs entreprises 
et fait voir ce terrible jour des Barricades qui obligea le roy 
d’en sortir, la Prouence ressentit aussy des renouuellements ; 
le sieur de Vins reumt à Aix, nonobstant les défenses or¬ 
données par arrest, et les hostilités furent recommencées 
entre le gouuemement et les ligueurs l’an 1588 ; elles eurent 
des suites si estranges, que la mesme année le roy corn- 


1. Allemagne, village à 12 kilomètres S -O. de Ries (Basses-Alpes). Lesdiguières, chef 
des protestants ou huguenots, y défit complètement les ligueurs, commandés par le sei¬ 
gneurs de Vins.* Cette défaite abattit tellement le parti de la Ligue, que pendant quelque 
temps il ne fut pas en état de reparaître. » (Papon, Histoire de Provence , t. III, p. 257 et 
suiv.). S. 


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101 


manda à l’un et à l’autre parti de mettre bas les armes et 
ordonna à M. de la Vallette de se retirer dans une ville neu¬ 
tre, pour y demeurer paisiblemement jusqu’à l’arriuée de la 
Reyne-mère, qui deuoit venir en Prouenee pour y pacifier 
les troubles ; et cependant sa Majesté remit la conduite des 
affaires du pays au Parlement, auec ordre aux commissaires 
qu’elle enuoyade priuer M. de la Vallette du gouuernement, 
s’il refusoit d’obéir. 

Le gouuerneur éluda les ordres du roy et cotte mauuaise 
conduite causa de nouueaux troubles : le Parlement prit soin 
alors du gouuernement de la Prouenee; et, sans que je 
m’engage à Taire le détail de ce qui arriua dans le corps du 
pays, j’obserue seulement, pour mon dessein, que le 14 juil¬ 
let 1589, le Parlement donna des lettres de commission à 
Louis Léon d’Ant'bo, pour la louée de cent hommes d’armes 
des plus aguerris et des plus expérimentés des habitants 
pour garder la ville et s’opposer aux pernicieux desseins de 
M. de la Vallette. Ces lettres sont fondées sur l’expérience 
et la fidélité de ce capitaine et sur l’affection des habitants 
d’Antibe au seruice du roy, fidélité et affection qui ne man¬ 
quèrent pas d’estre osprouuées ; mais la tentative fust inutile. 

Le roy Henry III estant mort cette mesme année 1589, 
Ilenry IV lui succéda et les ligueurs créèrent le duc de 
Mayenne lieutenant général du royaume, par le décès du 
duc de Guise son frère. A l’arriuée de cette nouvelle en Pro- 
uence, il y eust des continuations estranges do troubles, et la 
ville d’Antibe n’en fust pas exempte. Le Parlement donna 
de nouuelles lettres au capitaine Léon, le 21 janvier 1590, 
ce qui justifie encore cette fidelité et tesmoigne de ces ébran¬ 
lements estranges que je viens d’insinuer. La cause de cos 
lettres fust pour continuer la garde de la ville auec sa com¬ 
pagnie et pour la dilligence dont il auoit usé pour la ga¬ 
rantir des entreprises et dos menées do ceux qui vouloyent la 
surprendre, s’en saisir, et la distraire de l’obéissance du roy. 

Cependant on appela en Prouenee le duc de Sauoye, qui 
auoit pris une très grande part à la Ligue et qui n’auoit pas 
manqué de jetter des yeux de concupiscence sur la ville 


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102 


d’Antibe, comme nous apprenons des mémoires du sieur Fa- 
bréguet l , l’un des députés ; mais la fidelité des Antibois 
fust inuiolable enuers son Altesse royale. 

C’estoit Charles Emmanuel 1 er , qui prit dans ses titres la 
qualité de commandant général de Prouence, soubz l’estât 
royal et couronne de France. Il arriua doncques en Prouence 
le mois d’octobre 1590, et son arriuée causa des émotions 
publiques et diuerses attaques en plusieurs lieux, qui souf¬ 
frirent, à leur tour, des maux horribles. Ces troupes ayant 
esté défaites à la bataille de Vinoy l’an 1591, l’on ne vit 
pas pour cela la fin de ses entreprises ; et le siège de Ro- 
quebruno, où M p de la Vallette fust tué en 1592, ne termina 
pas dauantage les maux de la Prouence. Enfin le duc de 
Sauoye ayant résolu de sortir de Prouence, il ruina Antibe 
dans sa sortie. 

Le mareschal Lesdiguières, qui depuis fust conestablo, 
estoit venu à Antibe auec des troupes vers le commencement 
du mois de juillet 1592; il y apprit que les Sauoyards fai- 
soient quelques retranchements sur la riuière du Var du 
costé de Nice. Il part d’abord auec la caualerie, résolu de 
tailler en pièces tout ce qu’il y trouueroit*; mais comme il 
eust passé le riuière et chargé les plus auancés, le reste 
s’enfuit, laissant plus de 300 morts sur le champ auec des 
bagages ; ayant pris Vence à son retour de cette expédition 3 , 
il reuint loger à Antibe, ville maritime et importante, 
dit l’histoire de sa vie, à cause de son voisinnage auec le 
Pied-mont. Il la munit doncques de tout ce qui estoit néces¬ 
saire pour la conscruer et reprit sa route vers le Muy qu’il 
alla assiéger. 

C’est là sa juste route, sur laquelle je dois obseruer, par 
cette occasion qui nous importe, que Mézeray, qui raconte 
les affaires de Prouence arriuées du temps de la Ligue, 

1. Je ne sais de quels mémoires parle ici Arazi. E. B. 

2. Vedel, dans la vie du Conest. de Lesdiguières, liv. 4, chap. VI. 

3. Lesdiguières mit le siège devant Vence, mais il ne la prit pas ; car il fut averti que les 
ennemis passaient le Var, et se hâta de quitter Vence. Il n’était d'ailleurs, venu mettre le 
siège devant cette ville que pour rendre service au baron de Vence, qui. chassé par ses 
vassaux, n'aurait pas été fâché de rentrer en possession de ses châteaux grâce à l'armée de 
Lesdiguières. E. B. 


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103 


descrit mal cette expédition de Lesdiguières deucrs Nice, 
comme il est aisé de le comprendre à ceux qui sauent la si¬ 
tuation du lieu, et qu’il fait d’ailleurs une bien grosse erreur 
en disant qu’il emporta de force le Muy, Perolles, La Ca- 
dière, Draguignan et Digne auant cette expédition de Nice, 
et par conséquence la ville d’Antibe, dont le duc de Sauoye, 
dit-il, s’estoit emparé. Ce qui n’est pas véritable, la ville 
d’Antibe ayant toujours demeuré à l’obeissance du roy, et le 
duc de Sauoye ne l’ayant prise que de la manière que nous 
allons dire 

Le duc de Sauoye augmenta son chagrin par cette défaite 
du Var et vint mettre le siège deuant Antibe le mesme mois 
de juillet 1592. Les habitants se défendirent aucc vigueur ; 
mais à la fin il la prit à discrétion : il renuoya les gens de 
guerre, le baston blanc à la main * et donna la vie à la seule 
milice, qui n’auoit pas fait son deuoir ; il contraignit les ha¬ 
bitants de se rédimer du pillage moyennant trente mille 
escus, parce qu’ils auoyent combattu en fidèles sujets du 
roy et en bons soldats. 

Les Antibois aurovent néant-moins esté assez heureux 

V 

dans ce comble de malheur, si le duc leur auoit teneu parole; 
mais, au préjudice de la capitulation, le capitaine Léon fust 
injustement pris prisonnier de guerre et son fils aussy ; ils 
furent conduits à Nice et de là à Turin et enfin ramenés à 
Nice dans une étroite prison pendant quatre ans et cinq 
mois, et n’en sortirent qu’en payant deux mille escus d’or 
de rançon le 20 décembre 1596. Le pillage ne laissa pas 
d’estre fait, auec sacrilège dans l’église et le couvent de 
l’Obseruance, dont le domestique fust tué ; et ce mesme 
pillage fust exercé auec inhumanité contre les habitants de 

1. Arazi a parlai terrien t raison d'attaquer le récit de Mézeray ; il n’est pas exact en effet 
que Lesdiguières se soit "iiipan* d'Antibes,et Bouche comine Nostradamus no disent qu’une 
chose, que Lesdiguières courant dans la Provence pour ramener sous l'obéissance royale 
les châteaux et villages alliliés aux ligueurs, vint du côté de Cannes et d’Antibes : ce qui 
n’implique en aucune façon le siège ni la pr.se de cette vil'e par ce général. Pour ce qui 
est de sa seconde affirmation que la bataille du Var a eu lieu avant la prise du Muy, de 
Peyroles, etc., je ne puis dire qu'une chose, c'est que Nostradamus et Bouche lui donnent 
tort ; seul Louis Vedel, biographe de Lesdiguières, l'autorisorait à conclure dans ce 
sens. E. B. 

2. C'est-à-dire sans armes ni bagages. E.B. 


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104 


la ville. Los Espagnols, les Piorlmontois et les Sauoyards 
tuoyent les uns et dospouilloyont les autres, oxereant par¬ 
tout dos actes d’hostilité innouie. La femme mesme de ce 
duc, l'infante Catherine Michèle d’Autriche, qui estoit venue 
de Nice, prenoit plaisu* à voir les petits enfants arrachés par 
les soldats des mammelles de leurs mères, égorgés par son 
commandcmement, ou, attachés au bout des piques, élcués 
en l’air et cruellement écrasés contre les murailles des mai¬ 
sons en leur présence *. 

Les Yllvriens tuèrent les ambassadeurs de Home et ils 

t. 

brûlèrent leurs nauires, par le commandement de Teuta 
leur revue, et l’histoire obserue que la chose estoit plus in¬ 
digne par le commandement d’une femme* ; mais en vérité 
cette action cruelle fesoit moins d'horreur que le massacre 
de ces pauures innocents et la désolation de leurs mères, 
écheuelées, fondant en larmes, et s’arrachant inutilement les 
cheueux, qui tachoyent de les secourir. 

Le duc, qui approuuoit toutes ces méchanceté/., fit porter 
à la ville et chasteau de Xice toute l'artillerie d’Antibc, les 
meubles des habitants, et fit enhuier jusques aux toits des 
maisons et au fumier des écuries, afin qu’il ne manquas! 
rien à la honte des Antiho's, après une parole donnée ! Cette 
action perfide justifie le hlasme que les historiens lui ont 
donné de n’auoir pas esté religieux ohseruateur de sa parole 


1. J.c récit que fait Arazi des atrocités commises par les soldats du due do Savoie n'est 
confirmé par aueuii autre auteur; ni Bouche. ni Nostradamus, ni Mé/.eray, ni Girard, ni 
aucun des historiens sérieux île Provenue, ne mont onnont le fait ; tons au contraire s'ac¬ 
cordent ;ï dire que la place se racheta du sac et du pillage pour trente mille écus. Faut- 
il potir cela, rejeter absolument le récit d'Ara'i ' Je ne le pense pas : l'auteur écrivait à 
Antibes ; il avait probablement connu ot interrogé des témoins des faits qu'il a racontés ; 
et il a certainement dû se passi-r, après la reddition de la place, quelques excès imputables 
à des soudards, à des indisciplinés, etc. : mais il faut tenir grand compte de l'exagération 
ordinaire de notre autour, voulant augmenter le nmrite et la gloire de son pays. Il s'est 
étendu à plaisir sur des détails qui certainement n'ont germé que dans son cerveau : s'il 
en eût été autrement. Ara/i nous eût cité ses sources; il aurait dit dans quel auteur, 
dans quelle chronique ou dans quelles archives il avait trouvé d'aussi horribles détails; 
au lieu cela, il s*' contente do raconter les faits sans aucune preuve à l'appui. Il faut 
donc, à mon avis, tout en retenant le récit du vieil auteur, le réduire à des proportions 
raisonnables et ne pas accepter à l’aveuglette des faits d’une aussi haute gravité, lorsque 
leur historien n’appuie son récit d’aucune preuve. E.B. 

2. Florus: Bellum Illyricmn, lib, II. cap. V, qui dit; «idque, quo indignius foret, mulier 
imperabat, » c’est-à-dire : Et pour comble d'indignité, par l’ordre d’une femme. 

3. Morery, in verb. Charles Emmanuel. 


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Nousauons veu, dans la campagne de l’année 1691, que 
les bastides de Nice auoyent commencé à estre touchées 
aux ferrements et à la futaille mobile ; mais le bon ordre a 
d’abord réparé toutes ces entreprises et tout s’est terminé à 
cette légère chose; ainsi les victoires du roy n’ont ni injus¬ 
tice ni déshonneur. 

Quant au fort d’Antibc, un historien de France 1 rapporte 
que le duc de Sauoye employa le tiers de cette somme de 
trente mille escus à gagner le gouuerneur de ce fort, qui se 
rendit à une aussi puissante attaque*; mais venons à la re¬ 
prise d’Antibe par le duc d’Epernon. 

Le duc fust restabli par la grâce de Henry IV au gouuer- 
nement de Prouence soubz le titre de commandant général ; 
il y vint vers la my-aoust auec une armée de^'ioOO hommes 
de pied, 1200 maîtres et 300 carabins ; i! trouua les affaires 
grandement confuses entre les troupes du sieur de la Vallette 
et les Prouençaux, et pensa d’abord à réparer les choses ; 
et comme la ville d’Antibc esioit importante au seruice, il 
y vint sur la fin de nouembre de la mesme année 1592 : il y 


1. Mézerav. 

2. César Nostradamus part. VIII, pag. 929, qui Hit on parlant de l’annéo lf>92 : « Antibe, 
parles anciens appcllé Antipolis, comme qui diroit, contre-ville. auoit esté assiégé 
pendant le tumulte d’Arles par César d'Aualos. grand et puissant seigneur d Espagne, 
puis battu et pris d’.issaut par son Altesse ; mais par vn si tn&uuois encontre, que ceux 
qui le defendoient, sestoient retirez partie au chastean, partie à la ville vieille, partie au 
fort, partie sauuéz par mer, dont la vieille ville auoit esté de chaud en chaud foudroyée 
auec trois canons, et prise à discrétion : les soldats (d'enuirun deux cens cinquante des 
restes que L*sdiguières y auoit laissés en garnison, et du surplus qui auoit esté défiait le 
iour de saint Iacques) sortis auec bastons blancs, les enseignes portées à 1 Infante, qui 
pour lors estoit à Nice, par le Marquis do Lans comine trophées de quelque insigne vic¬ 
toire, et l'entrée des habitans à leurs foyers domestiques rachetée pour le prix de trois 
fois dix mil escus. II ne deineuroit plus que le fort que Canaux, frère du Comte du Bar, 
rendit au Prince, moyennant neuf mil escus. et an** bonne sauuegarde, tant pour luy que 
pour son frère, a cause de leur voisinage. » 

Ht page 93:t il dit :« Apres cesto délibération,» peine sont passez trois iours, que 
Blouac sort des portes d’Aix, portant reste résolution au Duc, qui suiuant son train 
ordinaire sur l'attente de conférenco empo gne cependant par escalade le fort d’Antibe, 
tellement irrité de ce qu'il auoit despendu contre ses tours et ses mura sept cens coups, 
laschez par douze foudres d’airain, auec bien peu de fra^cas et d'ouuerture, que de tous les 
estrangers qui s’y rencontrèrent il en fit brancher vingt et deux, et mit tout le reste en 
vn cruel apprentissage aux rames et aux galleres. Pour le regard de Saint-Paul et de 
Grasse, ces deux places ne furent point attaquées, tant à causo des prochains iours de 
Noël, qui requeroient quelque déuote horreur ot cessation do tempestes guerrières, que 
pour le doute du mauuais temps.»— jAraziadonné très inexactement le texte de 
Nostradamus dans cette longue citation et dans celle qui forme la note I, au bas de la 
page suivante : j’ai rétabli ce toxto d après l’édition de Lyon, 1614. ] S. 


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106 


mit le siège, qui dura douze jours, pendant lesquels il battit 
la ville par trois endroits, et il la reprit le 6 décembre et le 
fort aussy, comme nous allons raconter *. 

La ville, qui n’auoit alors que de meschantes murailles, 
ne souffrit que cent coups de canon et fust rendue à compo¬ 
sition par le comte d’Escalengue, qui en estoit gouuerneur 
pour le duc de Sauoye *. La composition fust qu’il sortiroit 
lui et mille hommes de guerre qu’il auoit dedans, bagues 
sauues, mesche éteinte, enseignes desployées 1 2 3 4 et tambours 
muets ; et le fort, ayant rendu inutile 700 coups de canon 
pendant 15 jours, fust pris d’assaut le 23 du mesme mois de 
décembre. Quelques historiens ont dit * que, pour punir 
l’obstination de ceux qui deffendoyent ce fort, le duc d’Eper- 
non en fît pendre 22 et enuova le reste aux galères. Il peut 
y avoir équiuoque là dessus et cette séuérité peut bien re¬ 
garder la prise de Montauroux 5 , qui précéda la prise d’An- 
tibe et qui esprouua cette riguer de voir 14 capitaines pendus 
et 500 Sauoyards envoyés aux galères à Toulon ; mais à 
l’esgard de la ville et du fort d’Antibe, voici le détail que 
nous en auons, par l’historien de la vie du duc d’Epernon 6 , 
qui est contraire dans cette circonstance. 

« Après ce succès (il parle du siège de Montauroux) il en¬ 
treprit encore le siège d’Antibe, la place estoit bien fortifiée, 
assise au riuage de la mer et fauorisée d’un bon port. Le 
duc de Sauoye, depuis la dernière conqueste qu’il en auoit 
faite pour s’en asseurer de partout la possession, auoit à 
tel point accommodé le fort, qu’il sembloit que rien ne 
deuoit lui en faire appréhender la perte; le duc d’Epernon 


1. Nostradamus, part. VIII, p. 93?, dit: « Lo Duc cependant, quid’vne main demandoit la 
paix et de l'autre faisoit armer les pouppes, assiège auec sept canons et quatre couleurines 
Antibe, le dernier iour de nouembre. qu’il prend après auo.r esbranlé ses tours et défenses 
<e cent trente coups seulement, le sixième du dernier mois, A telle composition que le 
Coronne Escalengue et mil hommes de guerre qu'il auoit dedans en sortiroient bagues 
sauues mesche esteinte, enseignes ployées, et tambours muets, lesquels par telle com¬ 
position entièrement obseruée se retirèrent à Nisse. > 

2. Bouche, part. 2, pag. 370. 

3. D'après tous les autres historiens les enseignes devaient être ployées. E. B 

4. Mézeray, t. III, p. 984. 

5. Dupleix, sous Henry IV, p. 90, n. 24. 

G. Le sieur Girard, p. 139. 


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107 


se présenta néant-moins douant la place et ayant lait sommer 
le gouuerneur de se rendre, son trompette fust rcnuoyé auec 
mépris. Il falust donc venir réglément aux attaques, s’a- 
uancer par tranchées, dresser des batteries et obseruer tout 
ce que les lois de la guerre prescriuent dans ces entreprises 
difficiles. La ville fust quelques temps deffendue, mais le 
gouuerneur l’ayant enfin quittée, il se retira dans son fort ; 
il pensoit y estre en estât de faire inutilement consommer 
au duc son temps et son armée » 

« Outre la force et l’assiette de la place, il y auoit encore 
cette commodité, que toutes les nuits, par l’ordre du duc de 
Sauoye, une galère partoit de Nice, qui ne manquoit pas 
d’apporter tous les rafraîchissements dont les assiégés 
auoyent besoin, de retirer les malades, d’amener de nou- 
ueaux soldats et de pouruoir à toutes les choses néces- 
► saires. » 

« Ce secours, si ordinaire et si à propos, faisoit espérer 
au gouuerneur qu’on ne le sçauroit jamais forcer; le duc 
d’Epernon n’estoit pas marri de cette confiance, qui lui 
faisoit espérer un meilleur succez dans son entreprise. Il 
continuoit tousiourts les trauaux et il tentoit toutes sortes 
de voyes pour venir à bout de son dessein : enfin son canon 
avant fait une ouuerture dans la courtine du mur en lieu 
assez escarté, il s’apperceut que ceux du dedans n’y fai— 
soyent aucune garde; il creust par là qu’ils n’auoyent pas 
remarqué la bresche, et conçeut incontinent le projet de 
tirer party de cette négligence. Pour cet effet, il commanda 
à un sergent d’aller reconnoistre cette bresche, le sergent 
entre et sort par le trou, assez grand pour laisser passer un 
homme fort à l’aise ; il rapporte au duc qu’il y auoit si peu 
d’ordre dans la place, que personne n’auoit pensé à réparer 
cette ouverture, qu’on n’y faisoit aucune garde, et sur cela 
il fust résolu que dès le lendemain on feroit une attaque de 
ce costé là ; pour la faire mieux réussir on en fit une géné- 


1. Le texte de Girard n’est pas exactement celui que donne Arazi, mais comme c’est une 
citation, j'ai corrigé texte sur l'ouvrage de Girard du dur d'Kupernou, Paris 1655, 

in fol.> B. B. 


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108 


raie, afin d'occuper les assiégés en plusieurs lieux. Tandis 
qu'ils estoyent occupés à ces fausses alarmes, le duc fit 
couler cinquante bons hommes soutenus de cent et ces cent 
d'un plus grand nombre pour donner par l’ouucrture. Ce 
dessein réussit : l’alarme ayant surpris le gouuerncur dans 
son lit, il sortit de sa chambre pour accouriràla place d’ar¬ 
mes avec sa robe de nuit et ses pantoufles ; on le prit en cet 
estât et la place par assaut . Quoique par les lois de la guerre 
toutes choses lussent à la disposition du vainqueur, le duc, 
néant-moins,continuant dans la voye de la douceur, qu’il 
auoit prise après la séuérité de Montauroux, dcfïendit abso¬ 
lument le meurtre et se contenta de retenir prisonnier le 
gouverneur et quelques officiers. Le duc de Sauoye, qui 
laisoit son principal arsenal de cette place, l’auoit si bien 
munie d’artillerie, que le duc y trouua trente pièces de fonte 
verte, entre lesquelles <1 y auoit quatorze couleuurines roya¬ 
les ou bastardcs et glande quantité de munitions, qui ne luy 
seruircnt pas peu pour continuer la guerre contre le duc de 
Sauovc mesme. » 

f « 

« La galère de Nice, continue cet historien, ne manqua 
pas de se présenter la nuit suiuante ; et si on se fust auisé 
de répondre à son sigqal par le contre-signe accoutumé, elle 
cust esté prise auec la place ; mais dans la chaleur de la vic¬ 
toire, personne n’ayant pensé à cela, elle se retira sans 
auoir aucun dommage ; ceux qui la conduisoyent, ayant bien 
jugé, par l’omission du signal et par la confusion qu’ils 
ouvrent dans la place, qu'elle dcuoit estre prise. » 1 


1. loi encore Arazi parait être dans le vra«. et il ne semble pas douteux que Mézeray 
a confondu les deux sièges ; les autres auteurs, tels que Bouche et Nostradamus, n© 
mentionnent rien si ce sujet, ce qui vient encore confirmer le dire d’Ara'.i; car si le duc 
avait fait preuve d une telle vérité, il est certain que «'es auteurs en auraient parlé, de 
môme qu'ils l'ont fait pour Montauroux, K. B. 


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. DU FORT CARRÉ ET DES FORTIFICATIONS 

DE LA VILLE D’ANTIBE 

Le fort fust basti durant le règne du roy Henry II, enui- 
ron l’an 1550, à l’entrée du port d’Antibe; Sa Majesté as¬ 
sista de son secours Octauien Farnèse, duc de Parme, contre 
l’empereur Charles V, qui voulloit dépouiller ce duc de ses 
estats. Ce secours fust une rupture, et le roy voulut mettre 
à couuert des insultes la ville d’Antibe par cette deffense. 
Claude de Sauoye, comte de Tende, gouuerneur de Prouence, 
admirai des mers du Leuant, eust le soin de sa construction, 
et ce fort fust appelé de Saint-Laurent à l’occasion d'une 
chapelle de ce nom qui fust démolie. C’est pour cela que 
dans la procession des Rogations, les prestres disent, sur le 
port, l’oraison de saint Laurent suyuant l’ancien manuscrit 
de la paroisse, comme on la disoit dans les temps de l’exis¬ 
tence de cette chapelle. Il fust basty, de l’autre costé du 
port, une tour dite de Saint-Jaume, sur une éléuation de 
rochers, que l’on a détruite en aplanissant cet endroit par 
les mines, dans les nouueaux ouurages des fortifications. 
Les consuls d’Antibe sortant de charge sont esleus capi¬ 
taines de quartier, et cette tour estoit le poste de secours 
en-cas d’occasion; il y en a des lettres patentes du roy 
Henry III du moys de januier 1578 ; enfin la nouuelle forti¬ 
fication d’une plate-forme auec une batterie de vingt-quatre 
canons est de meilleur seruice. 

Quant aux fortifications, je ne prétends pas en faire un 
détail dans toutes les particularités de leur construction, les 
murs des villes sont des choses saintes, et il est délicat d’y 
toucher; j’obserue seulement à mon dessein, que la ville 
d’Antibe est une ville de guerre, que les fortifications en sont 
très belles et bien entendues, et que l’on y va donner une 
entière perfection par ordre du roy,et c’est tout dire là dessus. 
Les quatre bastions du costé de la terre, à commencer par 

10 . 


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nu 


le fort, sont dits de Rosny, de Guise, Royal et Dauphin; et 
en allant plus auant, dans le tour de la ville vers la mer, ce 
sont les bastions d’Alaist, d’Epernon, du Suisse et de Chaui- 
gny, ou de la placette, et les ouurages du fort. Lcspremie s 
bastions principaux furent faits soubz Ilenry IV, après 
l’année 1608, et autres en autres temps ; et ces années der¬ 
nières ont perfectionné et acbeué le bastion Dauphin, 
comme l'année 1091a perfectionné les lianes, les parapets, 
les fossés et les terrassements, et les années 1092 et 1093 
presque tous les autres dehors de la place, et qu’enfin l’an¬ 
née 1099 et les suyuantes ont embelli par des reuestisse- 


ments à la mode. 

L’ouurage du port lust commencé le 25 may 1080, et 
l’espuisoment de l’eau du bassin commença le 2'» may 1083, 
par machines el à la main auec le baril, par des rangées 
d’hommes sur des oschafauds de bois. Il faisoit beau voir 
ce bassin, creusé à sec par un bastardeau qui tenoit l’eau 
suspendue à plus de 25 pieds d eléuation. Tout le fond fust 
aplani par plus de 2,000 ouuriers, sur une terre forte comme 
du tuff, et nous y auons vu jouer des parties de ballon, 
curiosité qui attiroit tout le voisinage. La digue de ce bas¬ 
tardeau fust doucement rompue le 12 aoust 1683 et l’on 
a continué par la suite tous les autres ouurages. L’on 
trouua dans l’excauation deux plans de galère antique, 
n’ayant que des clous de cuivre et de fonte dans les enta¬ 
blements, un candélabre de marbre, des larmoyrs de terre 
cuyte et des lampes perpétuelles de mesme, beaucoup de 
belles médailles bien conseruées de presque tous les douze 
empereurs et de plusieurs autres de ceux qui les ont suyuis 
jusqu’à Decius ; il y enauoit de grand et de moyen bronze 
et un grand nombre decuiure de Corinthe de toute qualité. 


FIN 


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SUPPLÉMENT 

Sur une feuille détachée se trouve l’inscription suivante 
sans indication aucune. C’est l’inscription tumulaire de 
M. de Forbin Janson : 


SISTE VIATOR 
ET FLETV PLANGE MA 

XIMO 

IAGET SVB HOC TVMVLO 
NOBILE COR 

VIH • POT • DOM • D • LAVRENTII A FORBINO 

MARCHIONIS IANSONII 
BARONIS VILLAE LAVRAE 
MAVRE PLVRIVMQVE LOCORVM DOM1NI 
ARVERNAE REGIONIS OLIM TRIBVNI 
VRBIS ANTIPOLIS ARC1SQVE 
EIVSQVE DITIONIS 
GVBERNATORIS 
COR DEO INT1MVM 
QVIA VERE CHRISTIANVM ANIMANS 

COR REGI GRATVM 
QVIA REGI ADDITVM FORTITER 
COR ANTIPOLENSIBVS CHARVM 
QVIA IN OMNIBVS SEMPER BENEFICIVM 

ABI VIATOR 
CORDIS MAGNANIMI 
FIDI CVSTORIS 

MEMORA CORDA ANTIPOLENSIVM 
GEVOVEFA A SALVDIA 
VXOR OPTIMA • POS • 

IV • NON • IVL • A • M • DCXCI1 

Cette inscription, que je crois inédite, devait probablement 
être gravée sur une plaque de marbre pareille à celle du sire 
de Montolieu, qui est aujourd’hui chez le colonel Gazan 
(Voir ci-dessus chap. VI, p. 78, note 1), et devait lui faire 
pendant dans l’ancienne cathédrale. Elle est égarée pour le 
moment, peut-être quelque jour se retrouvera-t-elle. E. B. 


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TABLE DES MATIÈRES 


Page 

Avertissement des éditeurs. 3 

Histoire de la ville d’Antibb. Première Partie. De son Etat civil. 

Dessein. 5 

Chap. I. — Diuision et établissement du dessein . 6 

§ i. — Situation de la ville d’Antibe. 6 

§ il. — DénQmination de la ville d’Antibe. 9 

§ m. — Dissertation sur l'éthyraologie et imposition du 

mot Antipolis . 11 

§ iv. — Erreur d’une opinion nouuelle sur Antipolis . 17 

Chap. II. — De la noblesse de la ville d’Antibe . 20 

§ i. — Du gouuernement d’Antibe. 27 

§ n. — Lettre du Roy François I er au premier président de 

Prouence de l’an 1545, sur le Gouuernement 

d'Antibe. 32 

§ m. — Prouision du Gouuernement d’Antibe en faueur du 

marquis de Janson. 33 

§ v\ — De la fidélité de la ville d’Antibe et du droit de 

Latium qu’elle mérita. 35 

Chap. III. — De l’antiquité de la ville d’Antibe . 39 

§ i. — Monuments d’antiquitéz romaines. 41 

§ H. — Autres monuments d’antiquitéz romaines pour les 

fonteines et pour la mer. 54 

§ m. — Disgression sur le droit de quarantaine leué parles 

seigneurs de Grimaldv d’Antibe â la plage de 
Cagnes ditte le Cros.;. 59 

Chap. IV. — Des faits de guerre de la ville d’Antibe . 64 

Chap. V. — Autres faits de guerre de la ville d’Antibe . 69 

§ i. — Des trophées d'Auguste. 72 

Chap. VI. — Autres faits de guerre de la ville d’Antibe . 75 

Chap. VII. — De la prise d’Antibe par les Wisigoths et les 

Ostrogoths . 80 

Chap. VIII. — Des incursions des Lombards et des Saxons sur le 

territoire d’Antibe . 83 


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114 


Pag* 


Chap. IX. — Des rauages des Sarrasins et des Maures dans la 

ville d’Antibe .. 85 

§ i. — (Sans titre).... . 89 

Chap. X. — De la prise réitérée d’Antibe par l’empereur Charles V 91 

§ i. — Du siège de Nice par le duc d'Enguien et le pacha 

Barberousse. 96 

Chap. XI. — De la prise delà ville d’Antibe et du fort Quarré par 

le duc de Sauoye et de leur reprise par le duc 

d’Epernon, au nom du Roy . 99 

§ i. — Du fort Carré et des fortifications de la ville 

d’Antibe. Ift9 

Supplément. 111 


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DES VARIATIONS DE LA MORALE 


DANS LK GENRE HUMAIN 


I 

Savoir affirmer où il faut affirmer, nier où il faut nier, et 
douter où il faut douter, est chose peu commune. C’est un 
mal assurément que d’affirmer où il faudrait douter, où il 
faudrait nier : c’est un plus grand mal de nier, de douter 
même, sans motif légitime. On a besoin de connaître pour 
agir ; et connaître, n’ost-ce pas croire ? Le scepticisme est 
funeste. Un sceptique absolu, si un pateil prodige ou un 
pareil monstre pouvait exister, ne vivrait pas. Des philo¬ 
sophes, dans la hauteur sereine de leurs chaires, 

Edita doetrina sapientum templa serena, 

ont pu se faire honneur de conclure à l’incertitude univer¬ 
selle, parlant, sans certitude d’être, à un auditoire ravi de 
les entendre et de les applaudir sans être bien assuré ni de 
les applaudir ni de les entendre, à un auditoire qui peut- 
être n’était pas: tout se passe alors comme dans ces royau¬ 
mes du vide où l’on voyait (les voyait-on ?) 

l’ombre d’un cocher 
Qui, tenant l’ombre d’une brosse, 

Nettoyait l'ombre d’un carrosse. 

Mais, dès qu’ils descendent de leurs chaires dans la vie, ils 
oublient vite ici-bas les belles choses qu’ils ont débitées là- 
haut ; et bien leur on prend: Pyrrhon, enseignant, est 


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116 


Pyrrhon, lo maître des pyrrhoniens; Pyrrhon, vivant, n’est 
pas un pyrrhonien, mais un homme. L’astrologue qui 

un jour se laissa choir 
Au fond d'un puits, 

ce n’était point par pyrrhonisme : c’était qu’il ne l’avait pas 
vu. Si aussi bien, au lieu d’être un simple astrologue, il eût 
été Pyrrhon en personne, et qu’il eût vu le puits, il eût cru 
à ses yeux, au sortir d'un savant enseignement où il eût 
clairement démontré qu’il n’y fallait pas croire ; après avoir 
parlé en systématique, il eût agi en homme, et doublement: 
il se fût détourné du précipice, et se tût contredit. Heureux 
d’être sage au prix d’une inconséquence ! La plupart des 
hommes sont inconséquents, et n’en sont pas plus sages. 
Devant cette insolente nécessité d’agir et de vivre qui ne 
respecte ni systèmes ni chaires, il n’y a point pyrrhonisme 
qui tienne :« La nature soutient la raison impuissante, et 
l’empêche d’extravaguer jusqu’à ce point (Pascal) » 

Dira-t-on que cette impossibilité même d’être conséquent 
avec son scepticisme sauve le sceptique? — Dans ses inté¬ 
rêts matériels, peut-être : la vie terrestre, la vie présente, a 
des exigences qui s’imposent assez impérieusement pour 
faire taire toute rébellion. Mais il n’en est plus ainsi dès 
qu’il s’agit de la vie morale. Le doute sur les grandes vé¬ 
rités dont elle relève la rend à tout le moins languissante et 
molle. Encore, s’il porte sur la divinité, sui la Providence, 
sur la vie éternelle, est-il compatible, chez quelques âmes 
d’élite, avec la foi au devoir, et avec la pratique du bien 
qu’inspire une telle foi. Mais s’il porte sur le devoir? Si la 
distinction du bien et du mal ne parait fondée que sur des 
préjugés, fruits d’habitudes séculaires mais arbitraires en 
elles-mêmes? Si la loi morale n’est qu’une chimère : pour les 
bonnes gens illusion, convention pour les habiles? Si l’illustre 
mourant qui, se frappant de sa main, dit: « Vertu, tu n’es 
qu’un nom ! » ne jette au monde, en ce cri de désespoir, que 
le cri de la vérité? Triste vérité pour les malheureux, 
joyeuse pour les heureux : commode aux vainqueurs, qui 


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117 


ajouteront à la raison du plus fort celle du plus sage ! Il est 
difficile de sacrifier l’intérêt ou la passion à l’obligation mo- 
r ale quand on croit en Dieu, quand on travaille pour la vie 
éternelle ; presque impossible quand, sans croire à la vie 
étemelle, on croit du moins à l’obligation morale : que fera 
donc celui pour qui l’obligation morale n’existe pas? Qui 
doute de l’existence des corps (en a-t-on sérieusement 
douté?) est ramené à la vérité, dans la pratique de la vie, 
par les besoins, par les plaisirs, par tous les intérêts de la 
vie; qui doute du devoir est encore écarté de la vérité, 
dans la pratique de la vie, par la vie même, dont les besoins, 
dont les plaisirs, dont tous les intérêts le combattent. 

Le scepticisme peut avoir, dans les intelligences diverses, 
divers points d’appui: le plus solide est, sans contredit, le 
désaccord des hommes sur les mêmes objets de foi. Rien 
n’ébranle plus la croyance naturelle qu’on aurait en une 
vérité, que de voir la diversité des croyances, d’où l’on a 
peu de peine à conclure qu’il n’y en a point qui soit vérita¬ 
blement naturelle aux hommes. On doute de la philosophie, 
parce qu’on voit ou qu’on croit voir plusieurs philosophies, 
entre lesquelles on se sent incapable de choisir; et il n’a 
pas manqué de logiciens avisés, d’habiles raisonneurs, pour 
faire du scepticisme philosophique établi sur ce motif un 
argument irréfutable en faveur de la religion. Leur argu¬ 
ment a paru si fort, qu’on le leur a pris contre eux- 
mêmes: comme on doute de la philosophie parce qu’il y en 
a plusieurs, on doute de la religion pour le même motif. 

C’est que l’homme, fait pour vivre en société, ne s’isole 
pas plus dans sa vie intellectuelle et morale que dans sa vie 
physique. Il a plus de confiance en autrui qu’en soi-même; 
ou plutôt, il ne sépare pas autrui de soi-même, et ne se 
croit qu’autant qu’il retrouve autrui en soi ou qu’il se re¬ 
trouve en autrui. 

Quandoquidcm sapiunt alieno ex ore, petuntque 

Res ex auditis potius quam sensibus ipsis (Lucr.). 

Il est ainsi pour toute vérité, même sensible. Que d’autres 
hommes, nos semblables, n’aperçoivent pas avec nous, un 


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objet que nous voyons de nos veux, <ju«* nous louchons (le 
nos mains, nous cloutons ch* nos propres mains, de nos 
propres yeux ; nous soupçonnons quelque hallucination ; 
nous craignons une maladie, un rêve, un délire. Nous 
sentons que la vérité* est la même pour tous les hommes. 
Quand c’est le spectacle du désaccord des hommes qui en¬ 
gendre le scepticisme, qu’est-il autre chose qu’un acte de 
loi en l’humanité, ou en la communauté de la raison? 

Ce désaccord, si fâcheux parte,ut où il se présente, s’est-il 
(‘gaiement produit dans la détermination des règles de la 
conduite humaine? Y aurait-il plusieurs morales, comme on 
va répétant qu’il y a plusieurs philosophies, plusieurs reli¬ 
gions? La chose, il faut en convenir, serait grave. Sans 
doute, c'est de mes yeux que je vois, do mes oreilles que 
j’entends, et je n’ai pas besoin, pour être assuré qu’un orage 
éclate au-dessus de ma tête, d’un autre témoignage que le 
leur. Il me suffit aussi, pour être assuré que je dois souffrir 
plutôt que de nuire à personne, que ma conscience me le 
dise. Mais comment, si nous sommes plusieurs présents 
dans le même temps et dans le même lieu, puis-je être le 
seul avoir, à entendre l’orale? Comment la conscience de 
l’humanité tout entière pourrait-elle n’ètre pas d’accord avec 
la mienne dans la déclaration d’un devoir? Certes, il me 
serait malaisé de n’ètre point profondément troublé, s’il y 
avait désaccord entre le genre humain et moi. Mais non, la 
raison est une ; et le désaccord qu’on accuse n’est qu’une 
vaine apparence, à laquelle il ne faut pas se laisser sur¬ 
prendre. 

A ne considérer que la surface, rien de plus différent, chez 
les différents peuples de la terre, que les mœurs, les habi¬ 
tudes, les règles de conduite, les maximes de sagesse; rien 
de plus différent que les lois mêmes ; et rien de plus diffé¬ 
rent aussi que les théories, soit religieuses, soit philosophi¬ 
ques, que les conceptions qu’on a eues des principes du 
devoir, de la science du bien. Autant d’âges de la civilisa- 
tion humaine, autant de morales. Mais cette diversité qui 
éclate à la surface couvre une profonde unité. Toutes ces 


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119 


morales ne sont que des formes diverses, ou des applications 
diverses, ou des degrés de développement divers, d’une mo¬ 
rale universelle. La retrouver sous tant de mœurs si variées, 
sous tant de lois si opposées, sous tant de systèmes qui se 
combattent, la dégager du milieu de tant de formes qui l’en¬ 
veloppent et la déguisent, la reconnaître derrière tant de 
masques ; rendre compte des points de son développement où 
elle s’arrête, des déviations où elle s’égare, des contrariétés 
où elle semble se diviser contre elle-même et périr, la rétablir 
enfin dans sa vérité, la restituer à elle-même : quelle tâche 
offrirait plus d’intérêt, quelle œuvre serait plus instructive? 

Nous ne prétendons pas remplir ici cette tâche, accomplir 
cette œuvre: nous voudrions indiquer d’un trait rapide 
comment elle doit être conçue, comment il serait possible à 
un plus habile, ou mieux préparé, de la mener à bonne fin. 


II 

Diversité de mœurs, diversité de lois, diversité de systè¬ 
mes et d’écoles, tout semble d’abord se réunir contre la 
prétention ou la chimère d’une morale qui serait universelle 
parce qu’elle serait naturelle. « Ils sont plaisants, dit Mon¬ 
taigne, quand, pour donner quelque certitude aux lois, ils 
disent qu’il y en a aucunes fermes, perpétuelles et immua¬ 
bles, qu’ils nomment naturelles, qui sont empreintes en 
l’humain genre par la condition de leur propre essence ; et 
de celles-là, qui en fait le nombre de trois, qui de quatre, qui 
plus, qui moins : signe que c’est une marque aussi douteuso 
que le reste. Or, ils sont si défortunés (car comment puis-je 
nommer cela, que, d’un nombre de lois si infini, il ne s’en 
rencontre pas au moins une que la fortune et témérité du 
sort ait permis être universellement reçue par le consente¬ 
ment de toutes les nations?), ils sont, dis-je si misérables, 
que, de ces trois ou quatre lois choisies, il n’y en a une 
seule qui ne soit contredite et désavouée, non par une na¬ 
tion, mais par plusieurs. Or, c’est la seule enseigne véri- 


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120 


table par laquelle ils puissent argumenter aucunes lois 
naturelles, que l'université de l’approbation: car ce que 
nature nous aurait véritablement ordonné, nous l’ensui¬ 
vrions sans doute d’un commun consentement; et non-seule¬ 
ment toute nation, mais tout homme particulier ressentirait 
la force et la violence que lui ferait celui qui le voudrait 
pousser au contraire de cette loi. Qu’ils m’en montrent, pour 
voir, une de cette condition ! » 

Voilà l’objection. Etablissons-la dans toute sa portée, 
dans toute sa force. 

Jusqu’où s’est étendue la diversité des mœurs? Jusqu’à la 
contrariété ; et non pas seulement sur quelques points, mais 
sur tous les points. Il n’est pas une habitude réputée vertu 
chez quelque peuple, qui chez quelque autre n’ait, été réputée 
vice. « Plaisante justice, qu’une rivière ou une montagne 
borne ! » s’écrie Pascal. Et Montaigne, dont il s’est, inspiré : 
« Quelle bonté est-ce que je voyais hier en crédit, et demain 
ne l’être plus, et que le trajet d’une rivière fait crime? 
Quelle vérité est-ce que ces montagnes bornent, mensonge 
au monde qui se tient au delà ? >» 

Que se doit l’homme à lui-même? De s’instruire, de forti¬ 
fier son intelligence, d’éviter l'ignorance, qui en est le néant, 
et l’erreur, qui en est la mort ? De suspendre et d'attendre, 
mais en cherchant à connaître; de se réserver, de douter, 
tant que la clarté de la vérité ne luit pas encore à ses yeux? 
De croître en science, mais de croître surtout en puissance, 
en droiture et en élévation de raison? — L’esprit positif 
des Romains n’avait que dédain pour les hautes spéculations 
de la pensée, et pour les paresseux qui se livraient à cette 
œuvre inutile qu’un blâme superbe. L’esprit positif ne s’est 
pas confiné dans Rome, et un blâme tout semblable poursuit 
en bien des pays la paresse du travail philosophique. Il en 
est d’autres où c’est, au contraire, à la vie contemplative 
qu’appartient l’estime, tandis que la vie active est peu prisée, 
lot misérable des pauvres, des humbles, des inférieurs. 
Ailleurs, la recherche de la vérité est proscrite comme une 
révolte de l’orgueil contre la foi, et l’effort pour comprendre 


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121 


comme un crime de lèse-divinité : on impose l’obligation 
morale de croire sur parole, sans preuve, ou avant la 
preuve; on interdit le doute, même provisoire, hypothéti¬ 
que, purement scientifique ; on interdit surtout l’enquête sur 
les mystères, et le monde est plein de pieuses gens qui ne 
regardent qu’avec une véritable épouvante ces rebelles, 
ces hérétiques, ces enfants de Satan, ces êtres qui pensent, 
qui raisonnent, qui ne s’en rapportent pas à la parole do¬ 
minatrice ! 

L’homme se doit-il d’exercer sur ses propres inclinations 
l’empire du maître, de les gouverner, de les diriger, de les 
régler sans les détruire, de faire effort pour amoindrir en 
lui-même les basses et pour y accroître, par tous les moyens 
dont il dispose, par les pénétrantes influences de la musi¬ 
que, de la peinture, de la poésie, de l’art, celles qui, hautes 
et généreuses, le portent vers l’idéal? — Ici, on lâche la 
bride aux passions ; là, on se travaille pour les étouffer et 
comme pour se mutiler soi-même. On estime les natures 
passionnées, ardentes, puissantes ; on estime les apathi¬ 
ques, ou ceux qui se sont rendus tels : on a du respect, on a 
de l’admiration, pour les eunuques. Plusieurs sociétés ont vu 
dans les artistes des prêtres de l’idéal, dans les poètes des 
prophètes, des révélateurs, des favoris que le ciel inspire ; 
d’autres les excommunient du même anathème dont ils 
poursuivent Satan, ses pompes et ses œuvres, et je ne sais 
si la sainte horreur de tels sectaires bien connus, puri¬ 
tains, calvinistes, jansénistes, n’a pas été plus impitoyable 
encore pour l’art que pour la science. Ceux-ci ont admis 
la science en quelque mesure, bien que Pascal se soit amè¬ 
rement reproché, comme des péchés graves, les études 
scientifiques de sa vie mondaine. Passe encore pour certai¬ 
nes sciences ; mais l’art ! C’est l’abomination de la désola¬ 
tion, et la voûte du temple s’écroulera sur nos têtes ! 
D’autres, enfin, ne voient dans l’art qu’un plaisjr, et dans 
les artistes des hommes occupés à charmer l’oisiveté de 
leurs semblables. Le plaisir même, il en est qui, sans le 
louer ni le blâmer, l’admettent comme une chose naturelle. 


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— I — 

légitime on soi : commode théorie, que la pratique d’un 
grand nombre de nations a poussée aussi loin que la dépra¬ 
vation de l’imagination humaine le peut concevoir ; il en est 
qui le repoussent comme illégitime et coupable en soi, et 
qui font précisément consister le péché dans le plaisir. So¬ 
briété, chasteté, tempérance: là, c’est, prudence et modé¬ 
ration qu’on entend sous ces mots; ici, c'est abstinence, 
c’est continence absolue. 

L’homme se doit-il de soutenir sa dignité d'être libre? — 
On estime une fierté virile; mais on estime l’humilité, la 
résignation passive, l’esprit d obéissance, et jusqu’au servi¬ 
lisme politique, suite d'un servilisme religieux qui, pour 
certaines gens, est l'idéal même de la vertu. Suivant l’édu¬ 
cation qu'on a reçue, savoir être libre est la propre marque 
ou d'une grande âme ou d'une âme orgueilleuse ; cesser 
d”être libre, c’est, au jugement des uns, dégrader l’huma¬ 
nité en soi, descendre du rang de personne à celui de 
chose ; c’est, au jugement des autres, s’élever à la perfec¬ 
tion de l’abnégation chrétienne. Qui se livre à une autorité 
« comme un bâton aux mains d'un vieillard, » par ce même 
acte par lequel il s’engage à l’obéissance absolue non plus 
d’un homme mais d'un cadavre, perinde ac cadaver, excite 
en des cœurs différents, également sincères, des sentiments 
tout contraires de réprobation ou de vénération. 

L’homme se doit-il de conserver, de développer, d'orner et 
de parer son corps, d’entretenir et d’embellir cette demeure 
ou plutôt ce temple de son âme, de croître en force et en grâce 
comme en sagesse? — Les cyniques se firent une vertu, et 
on leur fit une vertu, de vivre nus, sales et grossiers ; les 
Spartiates mirent leur gloire dans une rudesse qui ne nous 
paraîtrait guère moins repoussante ; et combien de chré¬ 
tiens, combien de boudhistes, ont été vénérés pour la cou¬ 
rageuse pratique d’étranges macérations, de mortifications 
inouïes ! En d’autres sociétés, l’admiration s’est portée sur 
ceux qui étaient capables de vider d’un seul trait les plus 
amples coupes, et la puissance de boire a été, comme la 
bravoure dans les combats, un titre d’honneur. 


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— I ?A — 

Lo travail fut longtemps méprisé ; on commence à l'ho- 
norer aujourd’hui. Point n’est besoin d’aller bien loin ni de 
remonter bien haut pour voir la vie oisive tenue en singu¬ 
lière estime : c’était vivre noblement que vivre sans rien 
faire. L’oisiveté, cette mère de toute frivolité comme de 
tout vice, fut ‘une noblesse. De nos jours même, où du 
moins l’on tient quelque compte d’une vie occupée, quels sont 
ceux qui infligent à la vie oisive la mésestime qu’elle mé¬ 
rite ? Elle trône dans les salons ; elle jouit de la considéra¬ 
tion publique; les égards, les respects, les saluts dus au 
travail utile vont, se trompant d’adresse, à la fainéantise 
riche, qui les prend pour siens, et en triomphe. 

Le suicide est, pour beaucoup, le plus affreux des crimes, 
le seul qui, quand il réussit, ne laissant pas de place au re 
pentir, échappe à la divine miséricorde. Les parricides ont 
encore, après la juste peine qui les a retranchés du nombre 
des vivants, les prières de l’Eglise, avec une sépulture 
chrétienne : l’Eglise refuse un peu de terre, l’Eglise refuse 
ses prières à ceux à qui Dieu môme ne peut plus, le vou¬ 
lût-il, accorder le pardon, aux suicides. Leur crime est le 
seul qui soit irrémissible : si bien que, il y a quelques an¬ 
nées, un insensé voulant, sans se tuer, rejeter le fardeau 
d’une vie dont il était las, n’imagina rien de mieux que de 
se faire assassin, dans l’espérance d’une condamnation à 
mort: celui qui, au sortir d’un théâtre, à Lyon, frappa d’un 
poignard dans la foule une victime qu’il ne connaissait 
point, cherchait, par l’acte monstrueux qu’il commettait, 
une manière de mourir lui-même, criminel, mais absous, 
assassin, mais non suicide ! tant la mort volontaire inspire 
l’horreur! Elle inspira autrefois l’admiration: l’histoire 
est remplie de suicides illustres, de grands hommes qu’a 
faits grands précisément ce meurtre de soi, si abominable à 
d’autres yeux. Mais chez nous-mêmes, le monde n’inflige- 
t-il pas la honte aux malheureux qui, contraints par des cir¬ 
constances fatales à choisir entre la vie avec le déshonneur 
et la mort volontaire, ont reculé devant le crime de la mort 
volontaire ou devant la crainte de la mort, et, soit manque 


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— Ü4 — 

do courage, soit force d'une âme inaccessible au désespoir 
comme à la gloire humaine, ont préféré vivre ? Les anciens, 
les stoïciens surtout, furent moins tragiques : ils considérè¬ 
rent la vie comme une propriété dont on peut disposer à son 
gré, dont on use tant qu'elle plaît, dont on se défait dès 
qu’on en est las : PinceI ? Vive. .Von placet ? Licet eo re- 
vertiyiinrie cenisti Sex\). Le corps n’est-il point le servi¬ 
teur de l’âme? Et. depuis quand est-il défendu de renvoyer 
un serviteur importun? Ou depuis quand n’est-il plus permis 
de sortir de table sitôt qu’on a assez mangé ? 

Cur non, ut plenus vit» conviva. recedis (Lucr.) ? 


III 

Que l’on parcoure tous les devoirs dont l'ensemble cons¬ 
titue ce qu’on nomme aujourd’hui la morale individuelle, je 
doute qu’on en rencontre un seul qui n’ait été nié par des 
sociétés entières, qui n'ait été violé avec l’approbation, 
quelquefois avec l’admiration publique. Toutes ces diver¬ 
gences dont la pratique des peuples, dont les mœurs des 
nations offrent le spectacle funeste, ne prouveraient rien si 
elles se bornaient â la pratique, aux mœurs: que conclure 
contre la morale de la conduite des vicieux? Mais c’est de 
la conduite des gens vertueux, c’est de mœurs approuvées, 
c’est d’une pratique de sagesse, qu’il s’agit ici; et voilà ce 
qui rend si funeste le spectacle de telles divergences. 

Ce sera pis si, de la morale individuelle, nous nous re¬ 
tournons vers la morale sociale. Il semble que celle-ci soit 
plus sacrée encore. Que de gens n’en reconnaissent point 
d’autre ! Que de gens qui ne croient pas se rien devoir à 
eux-mêmes, mais croient devoir à autrui! qui s’estiment 
gens de bien et honnêtes s’ils ne font de tort à personne, de 
quelque manière qu’ils se comportent pour leur propre 
compte, dans quelque sens qu’ils gouvernent leur vie 
privée ! Trouverons-nous enfin, sur la règle qui doit pré- 


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— 125 — 

sidor aux relations des hommes, cet accord vainement 
cherché dans leurs mœurs particulières? Nous ne le trou¬ 
verons pas. Le môme désaccord attristera nos yeux: 
d’autant plus triste, en effet, d’autant plus grave, que, les 
relations des hommes entre eux étant la matière même 
des lois, la divergence des lois s’ajoutera, comme pour la 
consacrer et la rendre à jamais irrémédiable, à celle des 
mœurs. 

Considérons donc l’homme dans l’humanité. Entendez- 
vous retentir d’àge en âge ces grands commandements 
sortis moins encore de la conscience que du cœur de l’hom¬ 
me? Tu ne tueras pas. Tu ne déroberas pas. Tu ne te vengeras 
pas. Tu ne te feras pas justice à toi-même. Tu aimeras 
ton prochain comme toi-même. Ne fais pas à autrui ce que 
tu ne voudrais point qu’on te fit à toi-même. Fais à autrui 
ce que tu voudrais qu’on te fit à toi-même. Respecte la per¬ 
sonne, la réputation, l’honneur, la propriété, respecte la li¬ 
berté d’autrui. Respecte le droit. 

Le droit? Ah! les mœurs qui jusqu’ici ont prévalu, les 
lois qui ont régné dans les sociétés, font-elles consacré, 
ont-elles su même le reconnaître? 

Le droit? Laissons les anthropophages, laissons ces sau¬ 
vages, qui cependant furent des hommes. Mais l’esclavage, 
mais la traite des nègres, mais la guerre, mais les persécu¬ 
tions religieuses, mais... Qui se flatterait d’épuiser la sombre 
nomenclature des attentats que consacrent les mœurs, que 
permettent, que commandent les lois, contre le droit d’autrui, 
contre ce droit qu’il leur appartient de définir et de 
défendre ? 

Tu ne tueras point? On tue ses ennemis. On les tue au 

nom de la patrie, pour la protéger contre leur agression, et 

c’est légitime défense ; ou pour l’agrandir à leurs dépens, 

pour leur imposer un joug, pour s’emparer de leur territoire : 

et la gloire n’est pas moindre, et les lois ne sont pas moins 

complices de l’homicide, dans cette sorte de vol à main 

armée qu’on nomme conquête, ou dans ces batailles que 

sanctifie, en les rendant nécessaires, un trop juste motif! 

n. 


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« Le tigre déchire sa proie et dort ; ! homme devient homi¬ 
cide et veille,» a dit Chateaubriand. Il devait dire : Le tigre 
ne déchire pas le tigre, mais l'homme déchire l’homme, et 
dort, dans son triomphe, le sommeil du juste! De quelle 
nature, en vérité, sont les rapports des peuples? Ces peu¬ 
ples sont-ils peuples d’hommes, ou peuples de bêtes féro¬ 
ces ? Et de combien de brigandages se compose la gloire 
des plus hères nations ! Toutes se sont admirées dans leur 
gloire, et il n’est point de victoire, même sur le droit foulé 
aux pieds, même sur la justice conspuée, même sur le ciel 
outragé, qui n'ait été célébrée par un cantique d’actions de 




grâces : 


Encore si l'on ne tuait que ses ennemis ! Mais on tue ses 
compatriotes, ses concitoyens. On tue pour la protection 
d’une fabrication dite nationale, d'un commerce, d’un titre, 
d’un rang, d’un droit fictif, d'une classe d'hommes, d’un 
homme qu’on favorise par un privilège qui va jusqu’à lui 
subordonner la vie d’autrui ; et la loi ici n’est plus seulement 
complice de l’homicide, la loi en est l’auteur ! On tue, et avec 
un raffinement de tortures, les malheureux qui ne partagent 
pas une croyance. On tue pour venger une insulte, pour 
punir une atteinte à l’honneur. On tue pour imprimer la 
terreur en l'aine de ceux qui tuent, et pour apprendre ou 
rappeler aux autres le grand commandement : « Tu ne tueras 


pas ! » 

Les lois ont diversement permis ou même diversement 
ordonné, et les mœurs ont diversement approuvé, ces diver¬ 
ses formes d’homicide. La torture a été établie, puis abolie. 
La peine de mort a été établie, elle est abolie chez quelques 
peuples : chez nous, la peine de mort en matière politique. 
Le duel a été établi sous le nom de jugement de Dieu : nos 
lois civiles aujourd’hui l’interdisent mollement, et nos lois 
militaires ne le condamnent pas encore. Dent pour dent, 
œil pour œil, disait l’ancienne justice, celle surtout que l’on 
se rendait à soi-même; et il y a encore des populations qui 
considèrent la vengeance comme un devoir étroit et sacré : 
le Colomba de P. Mérimée n’est point une fable. Le tyran- 


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127 


nicide a eu ses apologistes, et les tyrannicides leurs admira¬ 
teurs. Judith est une des héroïnes de l’histoire sainte. Quel 
catholique, dans les siècles passés, ne se fût fait un mérite 
devant Dieu de l’extermination des protestants ; ou quel 
protestant, de l’extermination des catholiques? Qui ne con¬ 
naît les auto-da-fé, ces actes de foi qui étaient des bûchers, 
dans la catholique Espagne? Qui ne connaît l’inquisition ? 
Mais la révocation de l’Edit de Nantes, conseillée par le 
clergé de France, fut pour Bossuet l’acte le plus glorieux 
du glorieux règne de Louis XIV; mais la nouvelle du mas¬ 
sacre de la Saint-Barthélemy fut accueillie du pape avec des 
transports de joie; mais il n’y a point de religion dont l’his¬ 
toire ne soit l’histoire d’un fanatisme ; mais le paganisme 
eut ses fanatiques, et Socrate fut condamné à boire la ciguë! 
Il y a eu aussi dos lois de tolérance ; il y a aussi aujourd’hui, 
en certains pays, ce qui vaut mieux, des lois de liberté. La 
liberté de l’industrie, du commerce, mille autres, sont-elles 
de droit naturel ? Qu’en dit la morale? Qu’en disent les lois? 
Elles ont beaucoup varié dans leurs réponses à ces peu 
discrètes questions : les unes, favorables au libre-échange ; 
d’autres, protectrices et prohibitrices, créent des contre¬ 
bandiers, qui se font tuer et qui tuent. Toutes lois sur toutes 
sortes de matières, toutes discordantes et mal sûres d’elles- 
mêmes, et qui toutes se sont exécutées avec l’autorité de la 
certitude morale, soit en respectant la vie, soit, pour peu 
qu elles l’aient rencontrée sur leur passage, au prix de la vie. 
Ne faut-il point que force reste à la loi ? Toutes ont prévalu, 
au besoin, contre le commandement qui dit : « Tu ne tueras 
pas ! » 

Tu ne déroberas pas ? Ne parlons plus de ces conquêtes 
illégitimes, aussi odieuses que glorieuses, et qui ne sont 
que de formidables vols. Mais le larcin était permis à Sparte, 
et, s’il était habile, honoré. Des populations entières ont 
ignoré la propriété. D’autres l’ont réglée à leur fantaisie, ce 
qui est encore la méconnaître. En certains pays, l’Etat a 
été le propriétaire des biens-fonds, qui ont été affermés à 
des particuliers. Louis XIV déclare en son testament que la 


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128 


propriété des biens de tous les sujets est au roi : c’est la 
doctrine de l’ancien régime. Ici, la loi dispose des biens 
d’un homme après sa mort, et les divise en parts égales 
entre ses enfants, ou entre les héritiers qu’elle-même ins¬ 
titue, sans lui permettre de faire à l’un d’eux un autre avan¬ 
tage que celui qu’elle fixe elle-même : elle va jusqu'à déter¬ 
miner le mode du partage : ce ne sera pas une valeur égale 
à chacun, ce sera une part égale de toutes les natures de 
biens ; ailleurs elle croirait attenter à la propriété en limi¬ 
tant la liberté testamentaire. Elle a tour à tour, suivant les 
temps, suivant les lieux, admis et repoussé la propriété de 
mainmorte. Elle a prescrit, dans sa pénalité, des confisca¬ 
tions ; puis les a proscrites. Elle a autorisé des banqueroutes 
publiques, des fabrications de fausses monnaies, des réqui¬ 
sitions et des pillages pour besoins de guerre ou autres, des 
fixations de prix de marchandises au préjudice soit des ven¬ 
deurs soit des acheteurs, etc.; et, les temps ayant changé, 
elle a condamné tout ce qu'elle avait fait. Elle en a usé 
avec la propriété comme avec la vie humaine, se contre¬ 
disant à chaque changement de latitude ou de saison. 

Quelle sera donc la morale sociale, si on l’étudie dans 
l’histoire? Quand Voltaire ouvrait sa Iienriade par ces deux 
vers : 


Je chante le héros qui régna sur la France 
Kt par droit de conquête et par droit de naissance, 

se doutait-il, le redoutable novateur, qu’il écrivait une vieil¬ 
lerie? Aujourd’hui, le droit de naissance est contesté, le 
droit de conquête est nié. 

Peut-être, si, au lieu de considérer l'homme en société, 
nous le considérons dans ce qui est le fondement de la so¬ 
ciété, dans la famille, marcherons-nous sur un terrain plus 
ferme: nous trouverons sans doute ici des mœurs plus cons¬ 
tantes, des lois moins acharnées à se contredire, à se com¬ 
battre les unes les autres. Notre espérance va être frustrée. 
Rien de plus variable, dans les lois comme dans les mœurs, 
que les rapports de l’homme avec la femme. Qu’il me suffise 


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129 


do rappeler et la communauté des femmes, comme à Sparte, 
et. la polygamie, comme en Orient, et ces introductions lé¬ 
gitimes de la vassale, de la servante, de la captive, dans la 
couche du maître, et ces prostitutions conformes à d’étranges 
lois, et ces unions entre frère et sœur, qui furent saintes, 
et qu’on abhorre. Le divorce a été accordé, puis retiré. Il y 
a des pays, tels que la Moldavie, où l’on peut divorcer jusqu’à 
cinq fois; il y en a où il a été défendu aux veuves de sur¬ 
vivre à leurs époux : parler des veuves du Malabar est un 
vieux lieu commun. La loi détermine diversement les 
conditions du mariage : il y avait trois sortes de mariage 
chez les seuls Romains; ailleurs, elle ne s’en est pas 
même occupée, elle a laissé à l’Eglise tout le soin d’un 
acte si grave. Elle détermine diversement les droits 
des époux, allant de la puissance absolue du mari sur la 
femme à la presque égalité des deux. Elle détermine diver¬ 
sement les droits et les obligations des parents, allant du 
droit de vie et de mort que, chez les premiers romains, elle 
accordait au père sur ses enfants, à l’obligation qu’elle lui 
impose chez nous de les nourrir, de les entretenir, de les 
établir : on parle de l’obliger à les instruire ou à les faire ins¬ 
truire, et l’instruction obligatoire existe en effet chez la 
plupart de nos voisins. Elle détermine diversement les 
droits des enfants : pour les enfants naturels, par exemple, 
la recherche de la paternité a été interdite, après avoir été 
admise ; et ce qu’ils doivent aux auteurs de leur être : on ne 
saurait dire qu’elle se soit tenue invariable depuis le temps 
de ces barbares qui tuaient leurs pères, pour leur épargner 
les infirmités de la vieillesse, et les mangeaient, pour les 
ensevelir en un tombeau digne d’eux. 

L’homme n’a pas moins varié dans sa façon d’entendre 
ses devoirs envers la nature, ses devoirs envers Dieu. Les 
Hindous se font un crimo de toucher à rien de ce qui a eu 
vie ; à plus forte raison, de maltraiter une créature vivante. 
Ailleurs, on s’est fait un jeu cruel de détruire pour le plai¬ 
sir de détruire, pour l’égoïste joie d’exercer une maîtrise, 
et la poursuite peu périlleuse d’inoffensives bêtes fut, dans 


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un temps, privilège de grand soigneur ; on a dit : le noble 
plaisir, le royal plaisir de la chasse. Il existe aujourd’hui 
une société protectrice des animaux,et une loi contre ceux 
qu'on pourrait appeler des malfaiteurs d’animaux. 

Mais c’est la morale religieuse dont la pratique a donné 
lieu aux plus bizarres coutumes, aux plus étonnantes en 
même temps qu’aux plus contradictoires lois. On a cru 
honorer Dieu, ici, par le culte de Priape, par des prostitu¬ 
tions, par l’exaltation de la chair, là, par la mortification de 
la chair ; et les uns, dans leurs processions, ont porté le 
phallus, comme d’autres ont porté la croix. On a cru plaire à 
Dieu par dos sacrifices humains ; et les adorateurs de Celui 
qui a dit: « Tu aimeras ton prochain comme toi-même, » 
n’ont-ils pas fait succéder à ces horribles immolations des 
exterminations d’infidèles, et remplacé les mannequins d’o¬ 
sier par des bûchers dressés pour des hérétiques ou pour des 
juifs ? 


IV 

Ce serait une longue histoire' que celle qui se proposerait 
de raconter les coutumes et les extravagances religieuses 
des nations. Mais ce serait une longue histoire que celle qui 
se proposerait de raconter, sur tous les points de la morale, 
les variations des lois et des mœurs. Contentons-nous d’en 
avoir tracé un rapide tableau. Aussi bien, ce n’est pas le 
détail curieux qui nous intéresse : c’est le fait de l’immense 
désaccord, poussé jusqu’à la contrariété la plus manifeste, 
de tant de mœurs, de tant de lois, et entre elles et avec ce 
qu’enseigne la morale. La morale est-elle donc une vaine 
convention, une piperieà prendre les gens vertueux, dupes 
des coquins? C’est pour consol -r, sans doute, ces impuis¬ 
sants qu’on les appelle vertueux, et les autres, coquins : 
mais ils n’ont que l’ombre, les autres ont la proie. — En¬ 
trons dans les écoles, interrogeons les maîtres: nous allons 
tenir, enfin, avec l’unité, la vérité. 

La vérité ? Peut-être y a-t-il une école qui la possède ; 


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mais laquelle? Car ce qui manque ici encore, c’est l’unité. 

0 

Les écoles se divisent et se contredisent et se combattent 
plus que les lois, plus que les mœurs. 

Plusieurs proclament qu’il n’y a pas de bien ni de mal, 
que la morale est une convention, nécessaire peut-être 
dans une société, utile à ceux qui n’ont point la force de s’en 
affranchir, et faite pour les faibles, non pour les puissants. 
C’est ce que soutenaient les sophistes : il faut lire dans 
Platon l’exposition de leur doctrine; il faut voir surtout 
comme, dans son Gorgias, il en réfute l’expression qui sort 
éloquente et hardie de la bouche de Calliclès. Leur doc¬ 
trine fut plus tard celle de Hobbes, qui fonde la société sur 
la nécessité pour l’homme de se défendre contre l’homme, 
homo homini lupus : d’où la nécessité de l’autorité du 
roi ; d’où les lois, et toutes les conventions de la morale. 
Elle est logiquement celle de tout sensualiste, de tout 
négateur de l’innéité des idées et des principes de la raison 
pure, comme aussi de tout négateur du libre arbitre. 

Platon, à la suite de Socrate, la combat, lui oppose une 
idée absolue du bien, qu’il place au faite de la hiérarchie 
des idées, et dont il fait l’essence première de l’être, la subs¬ 
tance de Dieu : il propose à l’homme l’imitation de Dieu ; il 
compte quatre formes du bien : la sagesse, la force, la tem¬ 
pérance, et la justice, vertu suprême qui est pour lui l’har¬ 
monie des trois autres ; il estime avec Socrate que le savoir 
c’est le vouloir, et la science est pour lui la condition déter¬ 
minante de la vertu. — Aristote met la vertu dans un juste 
milieu entre deux extrêmes. — Epicure la met dans la re¬ 
cherche du bonheur par un sage gouvernement de la vie : 
le bien, selon lui, est de suivre la nature, faite pour la jouis¬ 
sance, pour la volupté, pour le plaisir. — Son système ré¬ 
volte, et le stoïcisme met le bien dans la répression des pas¬ 
sions, dans la négation du mal de la douleur; il ne distin¬ 
gue pas entre un mal et un mal ; tout mal est mal : c’est un 
absolu qui ne comporte pas de degrés. Le bien n’eit pas moins 
pour lui de suivre la nature, mais la raison constituant le 
propre de la nature humaine, dont elle est le trait distinctif, 


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132 


cost suivre la nature, quand on est homme, qu’étouffer la 
sensibilité pour ne s’attacher qu’à la raison : qui le fera sera 
vertueux, et, délivré de la sensibilité qui le trouble, sera 
heureux. — Les Alexandrins reviennent au système pla¬ 
tonicien de l’imitation de Dieu, qu’ils exagèrent et poussent 
jusqu’à l’union ou plutôt l’identification avec Dieu. Ce sont 
des mystiques. 

D’autres mystiques font de la pure et arbitraire volonté 
de Dieu le principe du bien en soi, et de l’obéissance à Dieu 
en vue du salut le principe du bien pour l’homme. Déjà 
Platon, dans YEutyphron, les avait réfutés; mais, armés 
d’une religion plus sainte, ils reparaissent avec plus d’hon¬ 
neur. D’autres remplacent l’obéissance à Dieu en vue du salut 
par l’amour de Dieu.D’autres s’en tiennent à l’amour du bien, 
à l’inspiration de cet « instinct divin, » rie cette « immortelle 
et céleste voix (J.-J. Rousseau) » qu’ils nomment la cons¬ 
cience, sorte d’oracle infaillible qu’il suffit d’écouter pour être 
assuré de ce qu’il faut faire. D’autres choisissent un de nos 
sentiments pour lui rapporter et lui subordonner toute notre 
conduite : ce sera, par exemple, la sympathie. D’autres se 
retournent vers la recherche du bonheur, essayent de ra¬ 
mener encore l’honnête à t futile, mais un utile raffiné, l'in¬ 
térêt bien entendu, ou même l’intérêt général. D’autres 
ignorent le bien, si à ceux-ci la constitution civile, à ceux-là 
l’éducation, à un plus grand nombre la révélation, ne le fait 
connaître; ils mettent la morale sous la dépendance qui 
d’une habitude, qui de l’Etat, qui de la foi. Il en est qui la 
mettent sous la dépendance de la métaphysique, et en font 
le corollaire obligé d’un système de philosophie. 

Kant, à l’inverse, en tire une philosophie. Il fonde la mo¬ 
rale sur ce qu’il nomme la raison pratique, sur la notion pure 
de principes qui s’imposent à la volonté comme lois absolues 
de toute volonté raisonnable. La loi morale exige la réalité 
objective du libre arbitre, comme condition nécessaire de 
l’accomplissement du devoir. Elle commande le désintéres¬ 
sement; elle exclut toute considération de jouissance pré- 

9 

sente ou future; elle va quelquefois jusqu’à demander le 


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sacrifice du bonheur. Mais elle rend digne du bonheur celui 
qui la pratique. D’où il suit que, dans un ordre de choses 
conforme à la raison, il faut que l’homme entre en partici¬ 
pation du bonheur dont il est digne, dans la mesure même 
où il en est digne. Le souverain bien consiste, aux yeux de 
Kant, dans cet accord du bien avec le bonheur, comme de 
l’antécédent avec ce qui en est le conséquent juste, la suite 
rationnelle et moralement nécessaire. Un temps fini ne suffit 
pas à la perfection morale, pour laquelle nous sommes faits : 
elle suppose un progrès à l’infini, et, dans l’existence de la 
personne morale, une durée à l’infini : d’où suit l’immortalité 
de l’âme. Mais cette perfection fût-elle atteinte, ce n’est 
encore qu’un élément du souverain bien : reste l’harmonie 
de la vertu et du bonheur, qui requiert, pour être réalisée, 
l’existence d’une justice toute-puissante et toute sage, l’exis¬ 
tence de ce Dieu qu’affirme l’universelle foi. 

Kant ne tire donc pas la morale d’une philosophie ou d’un 
dogme : c’est le dogme, au contraire, c’est la philosophie 
qu’il tire de la morale. L’indépendance de la morale, à titre 
de science qui, si elle suppose la connaissance préalable de 
la nature humaine, n’en suppose aucune de la nature divine, 
semblait acquise. La plupart des philosophes l’avaient ac¬ 
ceptée, et appuyé leur théologie sur la morale même ; les 
théologiens ont réclamé. 

La morale, chez Kant, ne suppose aucune connaissance 
préalable, ni de Dieu, ni de l’homme : tout s’y déduit de l’idée 
du bien Cette idée analysée donne le libre arbitre, l’âme 
immortelle, Dieu. Mais qu’est-ce que le bien ? « Agis tou¬ 
jours de telle sorte, dit Kant, que la formule de ta volonté 
puisse revêtir la forme d’un principe de législation univer¬ 
selle. »» Et qu’est-ce qui sera principe de législation univer¬ 
selle? Ce qui est d’intérêt universel, dit l’un. Jouffroy, dit : 
c’est la fin de l’être. « L’accomplissement de sa destinée, voilà 
ce qu’il y a d’absolument bon pour un être; les actions qu’il 
fait, et celles que les autres font, les choses, de quelque na¬ 
ture qu’elles soient, ne sont bonnes ou mauvaises pour lui 
que par leur concours ou leur opposition avec ce qui seul est 


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absolument et vraiment bon pour lui... Tout ce qu'on peut 
dire du bien pour un être, c’est qu’il est l'accomplissement 
de sa ilnstinêe; tout ce qu’on pont dire du bien en soi, c'est 
qu'il est l’accomplissement des destinées do tous les êtres. 
Or, qu’est-ce que l'accomplissement do toutes les destinées 
particulières? C’est l’ordre universel. » — D'où la nécessité 
de connaître la nature humaine pour constituer la morale 
humaine, indépendante de la théologie, mais non point de 
la psychologie. 

La morale, induite d' la psychologie pour ses applica¬ 
tions en même temps que, dans son principe, elle est fondée 
sur l’idée pure du bien, donne lieu à des conséquences 
théologiques et métaphysiques. Plusieurs les rejettent, sur 
ce motif, que l’attente d’une sanction de la loi morale altère 
le caractère essentiellement désintéressé de la vertu, et ra¬ 
mène, disent-ils, la morale du devoir à n’ètre plus qu’une 
forme, supérieure sans doute, mais une forme de la morale 
de l’intérêt. 


Le débat roule aujourd’hui, parmi les moralistes, sur ces 
trois points: l’indépendance de la morale, la sanction de la 
loi morale, et la nature du bien. 



Avons-nous résumé l’histoire de la philosophie morale? 
Mais avons-nous résumé celle des lois, celle des mœurs? 
Non. Nous posons une objection contre la morale, tirée 
de ce que l’universalité manque à ses règles: l’objec¬ 
tion paraîtra d'autant plus forte, qu’elle aura eu l’air de 
s’appuyer sur l’histoire, et qu’elle ne sera ni une histoire ni 
une philosophie. Produire un pêle-mêle, un tumulte, le 
spectacle d’une lutte d’où ne jaillit que la poussière qui 
aveugle, un ramas de toutes sortes d’éléments pris au ha¬ 
sard : est-ce là s’appuyer sur l'histoire ? Et éviter de dis¬ 
tinguer entre les principes et leurs applications, est-ce là 
faire œuvre de philosophie? Mais cette histoire et cette 


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philosophie, si elles étaient faites, donneraient tort à l’ob¬ 
jection et la réduiraient à néant. 

Une histoire des mœurs les suivrait, comme pas à pas, 
de peuple à peuple, et d’àge en âge ; elle en étudierait les 
phases, elle déterminerait le sens de leurs changements, et 
les montrerait s’avançant dans une direction, allant vers un 
but, tendant à une forme, le bien : c’est dans leur progrès 
qu’elle retrouverait l’unité, c’est dans la loi de leur marche, 
c’est dans leur effort pour la réalisation d’une conception 
supérieure, d’un idéal. Il y a une vie de l’enfance, une vie 
delà jeunesse, une vie de la maturité ; et il y a des nations 
qui sont encore dans l’enfance, pendant que d’autres sont 
dans la jeunesse, d’autres dans la maturité. La différence 
de leurs coutumes ne saurait étonner : le merveilleux se¬ 
rait qu’elles ne différassent pas. 

Une histoire des lois, les suivant avec le même soin, mon¬ 
trerait le même progrès, et plus sensible encore. La marche 
n’en est-elle pas manifeste, de la guerre à la paix, de l’escla¬ 
vage à la liberté, du privilège à l’égalité, de la dictature à la 
justice? Quelqu’un a-t-il jamais dit que la haine mutuelle vaut 
mieux que l’amour mutuel, ou que des lois de haine sont meil¬ 
leures que des lois d’amour ? Y a-t-il désaccord sur le but 
où il faut tendre ? Ce but n’est-il point le règne de la liberté, 
le respect du droit? Et n’est-ce point là le bien ? 

Ce progrès, qui serait si visible dans une histoire des 
mœurs, dans une histoire des lois, le serait plus encore dans 
une histoire des écoles philosophiques. 

Mettons à part les négateurs de la morale : il est clair 
qu’il n’y a pas d’accord à chercher entre eux et les autres ; 
et je ne soupçonne point les sceptiques de fonder leur pyr¬ 
rhonisme sur la contradiction qui existe entre ceux qui 
affirment et ceux qui nient, mais sur la contradiction qu’ils 
croient voir entre ceux qui affirment. Y a-t-il un bien? Et 
quelle est la nature du bien ? Laissons donc ceux qui se re¬ 
fusent à reconnaître qu’il y ait un bien, et voyons si les di¬ 
vergences qui se sont produites sur la nature du bien sont 
des contradictions, ou des vues partielles qui, se complétant 


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— 136 — 

1rs unrs 1rs autres, n’auraient do contradictoire que ce 
qu’elles auraient d’exclusif. 

La science, dont Platon fait dépendre la conduite, peut 
ne pas suffire : suivra-t-il de cette insuffisance que la 
connaissance du bien ne doive pas en précéder la pratique? 
— Le bien peut, comme le veut Aristote, être un milieu 
entre deux extrêmes, sans être cela par essence. — Pour 
les stoïciens comme pour les épicuriens , le bien est de 
suivre la nature, que ceux-ci font consister dans la sensi¬ 
bilité, ceux-là dans la raison : ne se peut-il qu’elle soit 
sensibilité subordonnée à .la raison, et le bien, le bonheur 
comme suite légitime de la vertu? Kant a vu cet accord; 
Jouffroy également, et do plus il détermine comme eux le 
bien d’un être par la nature de cet être. — D’autres le 
mettent dans l’imitation de Dieu : c’est le mettre dans la 
volonté de la perfection ; d’autres dans l’union avec Dieu: 
c’est le mettre dans la possession de la perfection : sont-ce 
là choses contradictoires entre elles, ou contradictoires avec 
l’accomplissement d’une nature qui aurait son principe et 
sa fin en Dieu? D’autres, dans l’obéissance à Dieu : si c’est 
à un décret arbitraire d’un Dieu maître capricieux et tout- 
puissant du sort de toute créature, et dont on a intérêt à 
cultiver la faveur comme à prévenir le courroux, oui, voici 
une morale en désaccord avec celle qui se fonde sur la raison ; 
mais si c’est parce que Dieu ne veut que le bien? Et si c’est 
parce que la raison commande qu’on obéisse à Dieu? — 
D’autres prétendent qu’un sentiment, soit l’amour de Dieu, 
ou l’amour du bien, ou la sympathie, etc.,dirige la conduite : 
qui en décide, sinon la raison? De même pour l’intérêt 
bien entendu : car qui en juge? De même pour l’éducation, 
ou pour la constitution de l’Etat, ou pour la foi, comme 
source de la morale, comme motif de nos actes : car qui 
juge des motifs? — Tous, oui, tous, dis-je, ou nient le bien, 
ou, à quelque point de vue qu’ils se placent pour en déter¬ 
miner la nature, le fondent, soit qu’ils s’en rendent compte 
ou qu’ils ne sachent pas le comprendre, sur la raison. 

Voilà déjà un accord très remarquable et très considérable, 


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— 137 — 

et, à vrai dire, capital : car il porte sur le principe même. 
C’est, sous l’apparente diversité, l’unité profonde. Obéir à 
Dieu, s’uLir à Dieu, agir par amour de Dieu, agir par 
amour du bien, tendre à sa fin, suivre la nature, s’attacher 
à la recherche du bonheur, négliger le bonheur pour en 
être redevable à la vertu, tout converge vers cette unique 
mais compréhensive doctrine : qu’il y a une loi morale, une 
règle de nos actes, un bien, dont la notion est dans la raison, 
qui l’impose à notre volonté libre, l’éternelle sagesse nous 
confiant l’accomplissement de notre nature, la réalisation de 
notre destinée, la perfection de notre être, l’union avec Dieu. 

Et c’est ce qu’établirait une histoire de la philosophie 
morale. Elle distinguerait les principes, elle s’opposerait 
à cette confusion avec les applications, où l’objection triom¬ 
phe si mal à propos. 

Le bien, au point de vue moral, n’est pas la conséquence 
d’un acte, mais un caractère de l’action; et encore non 
de l’action, mais de l’effort, du vouloir : le bien est un bon 
vouloir. C’est le cri de la conscience universelle, qu’il y a 
un bon vouloir, que vouloir le bien est vouloir bien, alors 
même qu’on se tromperait (mais de bonne foi) sur ce qu’on 
doit vouloir ; que qui veut le bien veut bien, est homme de 
bien, et mérite le bonheur. Non contente d’être universelle¬ 
ment affirmative sur ce principe, la conscience l’est encore 
sur cet autre principe, qu’en elle-même, dans la raison, 
dans la notion du bien naturel à l’homme, elle découvre les 
formes du bien ; et elle l’est encore sur ces formes. Elle 
affirme partout que c’est un bien de s’instruire, pirndentia; 
un bien d’avoir l’empire sur soi, de régler ses inclinations, 
de les subordonner à la raison, temperantia; un bien de 
savoir être libre et porter la dignité du nom d’homme, 
fortitudo ; un bien de soigner, de fortifier, de parer le 
corps, dans la mesure du bien de l’âme, dont il est l’ins¬ 
trument, et de l’honneur de l’âme, dont il est le séjour ; un 
bien d’être juste et de ne pas faire à autrui ce qu'on ne 
voudrait pas recevoir d’autrui, sauf le cas de légitime 
défense ; un bien d’être charitable et de faire à autrui ce 


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— 138 — 

qu'on voudiait recevoir d’autrui ; un bien d’aimer sa femme, 
d’élever ses enfants, d’honorer ses parents ; un bien de 
respecter dans les créatures inférieures le Créateur qui les 
a faites, mais non leur propre droit, puisqu’elles ne sont 
pas des personnes : d’où résulte pour nous le droit de les 
faire servir à nos besoins ; un bien de rendre au Créateur le 
culte qui lui est dû par la créature. La conscience humaine, 
unanime sur chacun des ces biens, varie sur l’application, 
ou encore sur la conciliation d’un bien avec un autre. 

On parle do la diversité des jugements et des actes 
moraux ? Mais c’est leur accord qui me frappe. L’accord 
existe sur tous ces points, qui sont les plus importants : 
pourquoi s’obstiner à détourner ses yeux des points impor¬ 
tants, pour ne s’attacher qu’aux points secondaires ? Vous 
me dites, Montaigne, qu’il n’y a point de lois naturelles 
« perpétuelles et immuables ; » vous me demandez de vous 
en montrer, « pour voir, une de cette condition. » Une? 
Ce serait peu : en voilà quinze, en voilà vingt. 

On donne trop à la vie contemplative, ou trop à la vie 
active, mais on sait qu’il y a place pour l’une et pour 
l’autre; on accorde trop ou l'on refuse trop aux passions, 
mais on sait qu’il faut les régler ; on a trop de fierté ou trop 
d’humilité, mais on sait qu’il faut être digne sans être 
orgueilleux ; on est trop complaisant pour le corps, ou trop 
sévère, mais on sait qu’il faut le soigner sans lui livrer 
empire ; on flétrit le suicide, mais on admire le sacrifice de 
la vie à une idée, à un intérêt public, à un devoir : car ce 
que l’on condamne dans le meurtre de soi, ce n’est point le 
courage, c’est l’égoïsme. On tue, et l’on sait qu’il est écrit : 
« Tu ne tueras point ; » mais on sait que le meurtre commis 
en un cas de légitime défense n’est point homicide, ou que, 
s’il y a crime d’homicide, l’agresseur est le criminel. A 
combien de sanglants abus cette restriction, si importante et 
si juste, n’a-t-elle pas donné lieu ! Ce fanatique qui extermi¬ 
nait l’hérétique ou l’infidèle, croyait défendre l’humanité con¬ 
tre les pires agresseurs, contre des empoisonneurs d’âmes. 
Toutes les lois dont l’exécution coûta la vie à des hommes, 


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furent portées dans l’intérêt bien ou mal entendu de la 
nation même dont elles sacrifièrent tant de membres. On 
s’empare de la propriété d’autrui ? C’est qu’on se trompe 
sur le lien qui la rattache à la liberté sacrée des personnes. 
On s’empare des personnes, et des civilisations entières ont 
vécu de l’esclavage ? Les esclaves, à l’origine, furent des 
vaincus épargnés par leurs vainqueurs, qui préférèrent à 
leur mort leur servitude utile. L’esclavage s’explique par la 
guerre, la guerre par l’ambition chez les uns, que de tout 
temps réprouva toute conscience, et par le droit de défense 
chez les autres : le droit de défense exagéré, le droit de la 
guerre outré et dépassé, fut le droit du meurtre, le droit de 
l’asservissement. On me cite cent formes de mariage : eh ! 
qu’importent des formes, qui ne sont que des modes, 
variables à l’infini, de l’intervention de la société dans le 
lien qu’elle consacre? Ce lien a ses règles naturelles, et 
l’époux qui les viole ressemble à un riche qui mésuse de sa 
richesse : innocent devant les tribunaux, il ne l’est pas 
devant la conscience générale. Tu honoreras ton père et ta 
mère? Que de manières de les honorer, selon les idées 
dont on a été imbu ! Ceux qui les mangeaient les honoraient, 
s’ils les mangeaient en effet pour leur faire honneur, après 
les avoir tués pour leur épargner les misères de la vieillesse. 
On sait qu’il faut faire à Dieu l’hommage de tous les biens 
de ce monde, et on le lui a fait des puissances génératrices. 

Æneadum genitrix, hominum divumque voluptas, 

Alma Venus ! 

De là ces obscénités sacrées, ces temples mauvais lieux, 
ces pieuses prostitutions, tant d’aberrations impures, tant 
d’abominables cultes. On sait qu’il faut lui sacrifier, au 
besoin, ce que la terre a de plus précieux, et on lui a sacrifié 
des victimes humaines. Qui ne voit, dans l’erreur de l’appli¬ 
cation, la vérité du principe? On n’a pas compris que le 
sacrifice de la vie à Dieu n’est autre que le sacrifice de la 
vie au devoir. 


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— 140 — 

Que cio choses mal comprises, et que d’erreurs dans les 
applications! Mais quelle fermeté, quelle unité dans les 
principes! Sans doute, si la conscience était une sorte 
d’« instinct divin, » juge infaillible ou plutôt mystique 
révélateur du vrai moral, la variation dans les applications 
même serait inexplicable. Si tel est le système que vise 
l’objection du scepticisme, elle sera puissante. Mais tel n’est 
point renseignement de la morale. La conscience pose des 
principes : à la réflexion de les appliquer, avec le risque de 
l'erreur. Dieu n'a voulu soustraire au progrès, œuvre labo¬ 
rieuse de l’homme, rien de ce qui appartient à l’homme, la 
science du bien et du mal non plus que les autres sciences. 

Les actions ne sont pas bonnes ou mauvaises en elles- 
mêmes, mais dans la bonne ou mauvaise volonté de l’agent, 
d’une part, et, de l’autre, dans le rapport qui les rattache 
à un bien général où tout se résume : d’où la périlleuse 
nécessité de raisonner, pour connaître si, dans tel cas, telle 
action sera bonne ou mauvaise. Il n’est point un seul débat 
sur les lois qui ne montre les mêmes lois bonnes dans 
certaines circonstances, mauvaises dans d’autres : ainsi, 
la loi qui établissait la trèce de Dieu ; celle qui, sous le nom 
d o jugement de Dieu , autorisait le duel; celle qui, chez 
les Israélites, prescrivait le mariage, défendu chez nous, 
du frère avec sa belle-sœur veuve, etc., etc. Les exemples 
en seraient par milliers. — Ajoutons ce que Cicéron appelle 
les « degrés de l’honnête ; » le maintien de l’équilibre ou 
de la véritable harmonie entre les devoirs est l’œuvre d’un 
art délicat : faut-il, dans un cas donné, accorder plus, accor¬ 
der moins au soin du corps, à l’étude, à la chasse, à la guerre, 
à l’ambition, à l’amour? Los circonstances en décident. 

Les circonstances expliquent donc, non dans les principes, 
mais dans les applications des principes, une première 
variation, très légitime. — Une seconde, moins légitime, 
s’explique par l’habitude une fois prise, et par le préjugé 
qui en résulte. — Une troisième, moins légitime encore, 
par la passion, si ingénieuse à tromper, même où il ne 
semble point que l’erreur soit possible : que sera-ce en des 


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141 


matières douteuses, où l’erreur a sa place naturelle ? — Une 
quatrième enfin, la plus importante, la plus significative et 
dont le scepticisme arguë d’autant plus à tort qu’elle prouve 
contre lui, s’explique précisément par le développement 
lent mais sensible de la conscience morale, par la loi du 
progrès. 


VI 

Du sein de tant de divergences pratiques, nous voyons se 
dégager comme d’eux-mêmes des principes universels; et 
du sein des divergences théoriques, une théorie qui embrasse 
tous les systèmes, un fonds commun de morale. 

Cette science de la morale, cette science du bien et du 
mal, est en même temps celle de la destinée : il y a le plus 
étroit rapport entre la destinée d’un être et ses devoirs. 
Mais les devoirs de l’homme ! La destinée de l’homme I Que 
de contradictions, pratiques et théoriques, sur ces points si 
graves! La diversité des lois et des mœurs témoigne de la 
diversité des doctrines. Autant de doctrines que de religions 
que de philosophies, toutes divergentes et discordantes 
entre elles, 'et se contredisant et se combattant et s’exter¬ 
minant les unes les autres... — Cela n’est point. Toutes ont 
un fonds commun, et elles ne sont, dans leurs oppositions, 
que des exclusions de certaines parties de la vérité par 
l’exagération des parties de la vérité reconnues. Regardez-les 
de près, vous verrez l’unité, 

disjecti mcmbra poetæ, 

sous ces vaines apparences. 

A l’unité fondamentale de la morale, est liée l’unité 
fondamentale de la doctrine quelle suppose : doctrine 
philosophique, doctrine religieuse même : j’entends ce fonds 
de religion universelle, religion naturelle du genre humain. 
Elle se rattache à la morale, comme la destinée de l’homme 
à ses devoirs, si bien, qu’on peut induire sa destinée de ses 

devoirs, comme on peut déduire ses devoirs de sa destinée; 

12. 


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142 


et que logiquement il n’y a pas plus deux doctrines essen¬ 
tielles sur l’homme qu’il n’y a deux morales essentielles. 
Toute religion comme toute philosophie qui contredit cette 
morale essentielle, est fausse. Les doctrines qui ne la 
contredisent pas, diffèrent par les développements, par les 
applications ; elles comportent, avec des erreurs possibles, 
diverses mesures de vérité, divers degrés de progrès reli¬ 
gieux, de progrès philosophique, de progrès moral : mais 
c’est la diversité dans l’unité, et dans cette unité se repose, 
en même temps qu elle se confirme, notre foi naturelle au 
bien. 


J. E. Alaux, 

Docteur »*s lettres, Officier d'Académie. 
Professeur abrégé de philosophie au Lycée de Nice ; 
actuellement» l’Ecole supérieure des Lettres d'Alger. 


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ANCIENS CAMPS RETRANCHÉS 


DES ENVIRONS DE GRASSE 


Le bienveillant accueil fait à ma notice sur les enceintes 
liguriennes des environs de Grasse (mai 1875) 1 m’a engagé 
à continuer mes recherches : je viens rendre compte à la 
Société de mes dernières explorations. 

GRASSE 

Les ruines celtiques du coteau de Peyloubet , près de 
Grasse, mentionnées dans le savant travail de notre collè¬ 
gue, M. Ed. Blanc, sur l’épigraphie antique de notre arron¬ 
dissement*, m’ont fait penser que d’autres vestiges du même 
âge pourraient se trouver dans la zone de l’olivier, en avant 
des camps de nos montagnes. Me confirmant dans la pensée 
que ces camps avaient été établis en prévision des attaques 
du littoral, j’ai supposé qu’ils avaient pu être précédés d’une 
première ligne de défense. Mes recherches ont justifié ces 
prévisions. 

LE ROURET 

Le premier camp que j’ai relevé dans ces conditions se 
trouve dans la commune du Rouret, au quartier du Bois t 
sur le plus haut sommet de la colline qui sépare la vallée du 
Loup, ou soit du Riou, son affluent, des territoires du Rouret 

1. Annales de la Société des Lettres, etc,, tome IV, p # 141. 

2. Epigraphie antique du département des Alpes-Maritimes , 1" partie, Annales de 
la Société, tome V, p. 335 (inscript, n* 134) et p. 151 dn tirage à part. 


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144 


et de Roquefort. Il affecte la forme que j'ai déjà constatée 
si souvent : celle d'un arc de cercle dont une barre de ro¬ 
chers inaccessible forme la corde. Le mur d’enceinte, cons¬ 
truit comme tous ceux que j’ai déjà décrits, est formé de blocs 
énormes; il est en grande partie éboulé. A l’extrémité 
ouest, des pans encore debout mesurent 2 mètres de hau¬ 
teur, et environ 2'",50 d’épaisseur. Vers l'extrémité est, on 
remarque les traces d’une première enceinte élevée à 7 mè¬ 
tres en avant et formée de blocs magnifiques. La corde de 
l’arc mesure 80 mètres environ, la flèche, 30. Le camp est 
parsemé de débris de cette vieille poterie de l’époque des 
dolmens que l'on trouve en grande quantité dans la plupart 
de ces anciennes fortifications. Je n’ai remarqué aucune 
trace de porte. Il faut penser qu’on pénétrait dans ce camp, 
comme dans tous ceux construits dans les mômes condi¬ 
tions, par un étroit passage ménagé entre l’une des extré¬ 
mités du mur d'enceinte et la barre de rochers. La présence 
d'un premier mura l'est, se prolongeant jusqu’à cette barre, 
fait penser que ce passage devait se trouver au côté opposé. 

Du haut du sommet où le camp est établi, on a à ses 
pieds : au nord, à une très grande profondeur, la vallée du 
Loup; du côté du midi et de l'est, la vue s’étend sur la mer, 
depuis le cap Roux jusqu’à la pointe de Villefranche. Le 
panorama de ce côté est immense et vraiment splendide. 

En descendant de ce sommet et m’avançant vers l’est, 
sur les indications de notre excellent collègue, M. le con¬ 
seiller Mougins de Roquefort, mon compagnon d’explora¬ 
tion, j’ai rencontré, dans le territoire du Rouret, un second 
camp retranché au quartier du Castelli*. Inutile d'indiquer 
l’origine de cette dénomination. Ce camp a la forme d’un 
quadrilatère irrégulier, circonscrivant entièrement le som¬ 
met d’un mamelon qu’il couronne de la façon la plus pitto¬ 
resque au milieu de grands chênes. Ce mamelon, admira¬ 
blement choisi pour un poste de défense, commande un dé¬ 
filé qui se divise à ses pieds, le contourne à droite et à gau¬ 
che et conduit, des plaines du Rouret et de Roquefort, dans 
la vallée du Loup. 


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145 


Sur plusieurs points, le mur mesure encore 3 mètres de 
hauteur et plus de 4 mètres d'épaisseur. Il ne présente pas, 
d’ailleurs, de solution de continuité, et on peut le suivre avec 
la plus grande facilité. Le côté nord a 50 mètres de long ; 
ceux du midi et de l’est, 60 environ ; celui de l’ouest, à peu 
près 30. A chacune des extrémités de ce côté, on peut re¬ 
marquer les traces d’une porte ; mais, comme on ne retrouve 
qu’un seul montant de chacune d’elles, il ne m’a pas été 
possible de m’assurer si ces ouvertures avaient la largeur 
ordinaire de 3 mètres. 

Le mur oriental a été restauré sur une certaine longueur. 
On ne peut voir ici, comme dans d’autres enceintes ligu¬ 
riennes, le travail des Romains. Cette restauration, grossiè¬ 
rement exécutée en pierres sèches sur les anciens fonde¬ 
ments, parait moderne. Probablement, on ne s’est proposé, 
en l’exécutant, que de soutenir le terrain. On peut remar¬ 
quer, en effet, que l’intérieur de l’enceinte a été cultivé; ce 
qui fait, sans doute, que l’on n’y trouve aucun débris de 
vieille poterie. De ce côté et du côté du midi, une seconde 
enceinte formée d’énormes blocs, avait été élevée à 7 mètres 
environ de la première. Il en reste des pans encore très- 
remarquables. L’intervalle est encombré de blocs éboulés. 

Il faut penser qu’une habitation gallo-romaine s’était for¬ 
mée au pied-du camp, sur le versant sud-est du coteau, qui 
présente une exposition vraiment admirable. On trouve là 
de nombreux débris de maçonnerie, des décombres amon¬ 
celés au milieu desquels on remarque des fragments de 
grands vases en poterie, des tuiles plates à rebords en très 
grande quantité, une citerne ou réservoir comblé par les 
terres, le mortarium d’un trapetum et autres traces incon¬ 
testables d’habitation. Des fouilles pratiquées sur ce point 
pourraient amener quelque découverte intéressante. 


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ROQUEFORT 

Me trouvant en si bonne voie, j’ai poursuivi mes explora¬ 
tions dans la commune de Roquefort. Je n’ai pas eu à le 
regretter. 

J’ai relevé, en effet, au quartier des Tours , un camp qui 
offre plus d’une particularité à noter. C’est un quadrilatère 
irrégulier présentant à peu près les longueurs suivantes : 
60 mètres au nord, 65 au midi, 50 à l’est et 40 à l’ouest. 
Aux angles nord, sud et ouest, le mur est flanqué exté¬ 
rieurement de carrés pleins formés de blocs énormes : l’un 
d’eux mesure 3 mètres de longueur, 0 m ,55 de largeur et 

1 mètre d’épaisseur. Ces carrés, hauts encore de l m ,50 à 

2 mètres, devaient être beaucoup plus élevés, à en juger 
par les décombres qui les entourent. Leur diagonale mesure 
environ 7 mètres. Dans aucun des camps que j’ai visités, je 
n’ai remarqué ces sortes de bastions. Ceux du sud et de 
l’ouest sont reliés par une seconde enceinte extérieure, 
construite en arc de cercle et dont la flèche mesure 20 mè- 

t 

très. Ce mur avancé, que l’on peut suivre sur toute sa lon¬ 
gueur, a 2 mètres d’épaisseur, et, sur plusieurs points, en¬ 
core 2 mètres de hauteur. Une porte très reconnaissable, 
ménagée au pied du bastion ouest, permettait d’entrer de la 
grande enceinte dans cet ouvrage avancé, sorte de demi- 
lune arrondie. La porte du camp, large de 3 mètres, mérite 
aussi une mention spéciale. Elle est ouverte sur le côté 
nord qui domine une pente, tandis que des autres côtés, le 
terrain est sensiblement plat. Elle se trouve entre les carrés 
ou bastions nord et ouest, destinés évidemment à la proté¬ 
ger. Elle est flanquée d’un mur de 4 mètres de long en 
équerre sur la partie à droite de l’enceinte, laquelle est en 
retraite sur la partie gauche et se prolonge pour former un 
masque en face de l’entrée. Il en résulte une espèce de cou¬ 
loir qui ne déparerait en aucune façon nos fortifications mo¬ 
dernes ; l’ensemble de ces dispositions atteste, évidemment, 
une entente très raisonnée de l’art de la défense. 


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147 


Les carrés en saillie que j’ai signalés devaient avoir une 
certaine hauteur, comme je l’ai fait remarquer. Les blocs 
éboulés qui les entourent l’attestent, et, d’ailleurs, la chose 
n’était pas sans utilité ; car le camp, situé sur un terrain 
plat, ne domine qu’une faible étendue du côté du midi. Ces 
carrés s’élevaient-ils assez haut autrefois pour que les habi¬ 
tants aient pu les appeler des tours et donner, par suite, ce 
nom au quartier et au camp ? La chose n’est pas impossible: 
on ne m’a donné sur les lieux aucune autre explication plus 
plausible. 

Le camp des Tours est en vue des deux du Rouret. J’y ai 
remarqué de nombreux débris de vieille poterie. 

A l’est de ce camp, dans la direction des ruines dites des 
Templiers, nous en avons trouvé un second au milieu des 
bois de Camptracier. Ce camp, comme celui du Rois, dans 
la commune voisine du Rouret, décrit un arc de cercle au 
bord de la pente rapide qui plonge dans la gorge du Loup, 
et aux flancs de laquelle serpente le chemin de Grasse à la 
Colle. Aucun travail de défense n’avait été fait de ce côté. 
L’arc de cercle, dont le développement est de 120 mètres 
environ et la corde de 35, consiste en un mur unique formé, 
comme tous les autres, de gros blocs usés et brunis par le 
temps; sur certains points, il mesure encore de l ra ,50 à 
2 mètres de hauteur, avec une épaisseur de 2 ID ,50 à 3 mè¬ 
tres. Deux portes donnaient entrée dans le camp : l’une, à 
l’est, large de 2 mètres, à 40 mètres environ de l’extrémité 
du mur d’enceinte, est dans les mômes conditions que celle 
du camp des Tours , moins le mur en équerre ; l’autre, à 
l’ouest, est ménagée au bord de la pente, ainsi qu’on le voit 
le plus ordinairement. Elle mesure exactement 3 mètres de 
large ; elle est, d’ailleurs, très-bien indiquée par un retour 
du mur d’enceinte long de 3 mètres. 

Les pins et les bruyères forment un fourré très-épais dans 
l’enceinte de Camptracier ; il m’a été impossible, pour ce 
motif, de l’explorer avec soin. J.e n’y. ai rien remarqué qui 
mérite d’être signalé. Ce camp est en vue de celui des Tours. 


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LE BAH 

En sortant do la zone do l’olivier oi me dirigeant vers les 
montagnes, les premiers vestiges d’enceintes liguriennes 
que j’ai rencontrées se trouvent dans le territoire du Bar, 
au quartier de la Snrrôo. L'étymologie de ce nom. est assez 
reconnaissable pour que je n’insiste pas sur sa signification. 
Cette hauteur est soutenue par une magnifique barre de ro¬ 
chers, haute de 50 mètres environ, dont la couleur rouge et 
dorée produit le plus bel efiet. Elle est comme la première 
assise des montagnes de l’Embarnier, de la Malle et de 
Caussols qui s’étagent au dessus ; elle s’avance comme une 
sorte de bastion gigantesque sur le col où le bassin de 
Grasse se sépare de la vallée du Loup ; elle se prête ainsi 
on ne peut mieux à l’installation d’un poste d’observation 
destiné à surveiller ces deux vastes portions du territoire. Le 
camp du Dois est à peu près en face, mais à une très grande 
profondeur; celui des Tours s’aperçoit dans le lointain. 

Cette position admirable n’avait pas échappé aux anciens 
habitants de la contrée, qui avaient à se prémunir contre un 
voisin redoutable. Les bergers et les chasseurs, qui voient 
de loin les vestiges parsemés sur la Sa rrcc, pensent géné¬ 
ralement que ce sont là des restes de murs élevés pour sou¬ 
tenir des terres à cultiver. Je l’avais pensé aussi ; mais, en 
examinant les lieux de près, j'ai reconnu tout d’abord qu’il 
n’y avait presque point de terre propre à la culture, qu’il 
était inadmissible que l’on eût fait des travaux considéra¬ 
bles en vue d’un résultat insignifiant, et enfin je me suis 
rendu compte exactement de l’ensemble et des détails des 
ouvrages de défense dont j’avais sous les yeux les restes 
très-reconnaissables. 

La grande barre de rochers dite des IUbbes , voisine de 
Grasse, qui semble la continuation de celle de la Sarrée t 
soutient un vaste plateau. Ici, au contraire, quand on est 
descendu de la montagne supérieure, on se trouve au fond 


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149 


d'une'sorte de vallée, et il faut gravir une côte assez ardue 
pour atteindre le bord de la barre. Après avoir marché 
assez longtemps dans cette direction, on rencontre un grand 
mur de 2 à 3 mètres d’épaisseur, haut sur plusieurs points 
de plus de 2 mètres, formé de grands blocs et que l’on re¬ 
connaît à première vue comme un contemporain des en¬ 
ceintes liguriennes. En plus d’un endroit, il s’élève de beau¬ 
coup au-dessus du sol supérieur; l’énorme quantité de 
pierres amoncelées à son pied atteste qu’il en était ainsi 
sur toute sa longueur. On reconnaît donc sans peine que 
l’on n’a pas sous les yeux un simple mur de soutènement, 
mais bien un ouvrage considérable de défense. Ce mur, en 
effet, s’étend en ligne droite, de l’est à l’ouest, à travers la 
montagne, laissant à chacune de ses extrémités, au bord du 
précipice, un passage de 4 mètres seulement. Sa longueur 
totale est d’environ 400 mètres. Vers l’ouest, on remarque 
deux murs avancés qui se détachent de la grande muraille 
et s'y relient à son extrémité, après s’en être éloignés, le 
premier de 5 mètres, le second de 10. 

Après avoir franchi cette première ligne de défense, et 
en continuant à monter, à la distance de 45 mètres environ, 
on rencontre un second mur qui décrit un arc de cercle 
assez mal dessiné, dont les extrémités arrivent au bord du 
rocher. La courbe formée par ce mur a 130 mètres de déve¬ 
loppement ; la corde, assez difficile à mesurer sur la barre, 
est d’environ 100 mètres; la flèche, de 65. Parmi les pans 
de cette enceinte, j’en ai mesuré qui ont encore l m ,70 de 
hauteur et autant d’épaisseur. 

Arrivé au sommet de la Sarrée, on trouve un troisième 
mur qui, sur le point le plus élevé et le plus avancé de la 
barre, décrit un arc de cercle très-régulier, concentrique au 
premier. Sans aucun doute, c’était là proprement le poste 
d’observation où se faisaient les feux et les autres signaux 
en usage. La corde de l’arc, formée par l’arôte du rocher 
coupé à pic, n’a guère que 20 mètres de long; la flèche, 17. 
De ce point, on a sous les yeux l’immense étendue que l’on 
voit du camp du Bois ; seulement, on est à quelques centai- 


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150 


nés de mètres au-dessus de ce camp. Nous allons nous 
élever bien plus encore en explorant les camps retranchés 
de Gourdon qui, par leur position, se rattachent à ceux que 
je viens de décrire. 


GOURDON 

> 

Le plateau de Gourdon est soutenu par les barres de ro¬ 
chers les plus remarquables que nous ayons dans la con¬ 
trée. De nombreux touristes les visitent sans cesse; et elles 
sont aujourd’hui tellement connues, que je crois pouvoir me 
dispenser de les décrire. Elles constituent, pour ce plateau, 
des défenses naturelles qui, du côté de l'est-, le mettent à l’abri 
de toute attaque. Je ne parle pas du nord et de l’ouest, 
admettant toujours que les Celto-Ligures dont nous nous 
occupons, ne songeaient qu’à se prémunir contre les habi¬ 
tants du littoral. Cette hypothèse trouve à Gourdon une 
confirmation éclatante. Reste donc le côté sud. Dans cette 
direction, les fortifications considérables de la Sarrée cons¬ 
tituaient un premier ouvrage avancé. Mais, arrivé à 2 
kilomètres environ du village de Gourdon, on rencontre 
une gorge profonde, désignée sous le nom générique de la 
Combe , qui s’ouvre du côté du midi, ou soit du Bar, et qui 
se prolonge au nord, à travers la montagne, jusqu’au vaste 
bassin de Caussols. Il y avait là un point faible à défendre, 
tant pour le plateau de Gourdon que pour la plaine supé¬ 
rieure de Caussols. On n’avait pas manqué à cette obliga¬ 
tion. 

Le touriste qui a contourné la Combe et se dirige vers le 
village, est absorbé par le spectacle imposant de cette gorge 
profonde et des rochers gigantesques qui la bordent ; son 
regard est attiré par ce petit village si pittoresque avec son 
clocher à coupole, son vieux château et l’abîme au-dessus 
duquel il plane. Si notre touriste n’était pas tout entier à sa 
contemplation, s’il regardait à quelques mètres seulement 
à sa droite, il remarquerait les restes d’une fortification 


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151 


ligurienne posée sur l’ouverture même de la gorge; s’il le¬ 
vait les yeux, il verrait au-dessus de sa tête un camp re¬ 
tranché qu’il visiterait avec le plus vif intérêt. 

A côté du chemin, le rocher s’avance comme un promon¬ 
toire au milieu de la Combe qu’il divise en deux. Il la do¬ 
mine d’une hauteur de 20 ou 30 mètres. C’est au bord de ce 
rocher taillé à pic que l’on reconnaît très-exactement une 
fortification celtique conforme à tant d’autres que j’ai décri¬ 
tes et que j’aurai à décrire encore. Ici aussi, c’est un mur 
formé de grands blocs, d’une épaisseur de 3 mètres environ, 
qui décrit un arc de cercle dont l’arête du rocher forme la 
corde. La flèche de cet arc est de 30 mètres ; son dévelop¬ 
pement, de 90 environ. Entre les extrémités du mur d’en¬ 
ceinte et le bord du précipice, était ménagé un étroit espace 
par lequel on entrait dans le retranchement. Le mur, éboulé 
sur plusieurs points, est encore en assez bon état du côté du 
nord. J’en ai mesuré de ce côté plusieurs pans hauts de 
près de 2 mètres. De ce camp, la vue s’étend au loin dans la 
vallée du Loup et du côté de Tourettes. 

A quelques pas de là, sur le côté gauche du chemin, coule 
une belle fontaine auprès de laquelle s’élève un mamelon en 
pain de sucre, aux pentes escarpées, couronné par le second 
camp dont j’ai parlé ci-dessus. Ce camp est de forme ovale ; 
la muraille qui l’entoure mesure sur divers points 3 m ,50 de 
hauteur; son épaisseur varie de 2 ra ,60 à 3 ra ,70. Les blocs qui 
la composent sont en général d’une dimension peu com¬ 
mune. Il en est un que j’ai mesuré et qui n’a pas moins de 
l m ,20 de haut, l ra ,20 de large, avec une épaisseur de 1 mè¬ 
tre. Ce bloc, qui est posé au haut du mur, se détache sur le 
ciel ; il frappe les yeux tout d’abord. 

Le camp est incliné assez fortement de l’est à l’ouest. Sa 
plus grande longueur est do 45 mètres; sa plus grande lar¬ 
geur, de 26. Selon toutes les apparences, la porte était 
du côté du midi, au point par lequel on pénètre au¬ 
jourd’hui dans l’enceinte. Il existe, en effet, en cet endroit, 
un angle formant tête de mur, composé de cinq blocs su¬ 
perposés, d’une hauteur totale de 4 m ,50, dont la partie supé- 


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rieure semble avoir servi de pied-droit à la porte. Le second 
pied-droit s’est écroulé. 

Au point de vue stratégique, ce camp était savamment 
établi. Il a à ses pieds le camp de la Combe et là gorge ou¬ 
verte vers le midi ; il commande le défilé qui conduit à Ci- 
pières, ainsi que celui qui met en communication le plateau 
de Gourdon avec la vallée de Caussols. — Aux limites de 
cette vallée, au quartier de Pierre feu , j’ai relevé dans mon 
premier mémoire un camp qui commande à son tour l’autre 
extrémité de ce défilé. Les camps de Gourdon se reliaient 
donc à ceux de Caussols. — Inexpugnable du côté du midi et 
de l’ouest, il est dominé à l’est par un mamelon voisin. De ce 
côté, on peut constater les traces d’un premier mur qui for¬ 
mait un ouvrage avancé et qui, contournant à 7 mètres de 
distance la grande enceinte, venait s’y souder à l’ouest. 

De ce même côté est, on remarque dans l’intérieur du 
camp un ouvrage digne d’attention. C’est une plate-forme 
soutenue par un mur transversal, long de 22 mètres et haut 
de 2 m ,60, formant à l’extrémité orientale du camp un seg¬ 
ment dont la flèche mesure 11 mètres. Ainsi que je l’ai fait 
observer, le camp, suivant la pente du terrain, est fortement 
incliné de l’est à l’ouest ; du haut de la plate-forme dont je 
viens de parler, on l’a donc tout entier à ses pieds, tandis 
qu’au dehors le paysage est sans bornes. On a notamment 
en vue les camps du Rouret. 

Dans aucun des camps que j’ai visités, je n’ai trouvé un 
ouvrage de cette nature, que je ne saurais mieux comparer 
qu’à la dunette d'un navire. Quant au mur transversal qui le 
soutient, il est évidemment d’une autre époque et relative¬ 
ment moderne. Il est, en effet, en maçonnerie de mortier ; 
les moellons qui le forment sont de dimension moyenne, et le 
mortier, grossier à l’excès. Dans cette vieille enceinte, éle¬ 
vée par les premiers habitants de nos contrées, ce mur ne 
serait-il pas un souvenir des guerres de religion qui n’épar¬ 
gnèrent pas Gourdon où Charles de Grasse, du Bar-Canaux, 
tenait pour le roi ? La plaque commémorative du château 

consacre ces souvenirs : «. vetustate ac cimlibus 

bellis collapsum a fundamentis erexit. — Anno MDCX .» 


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153 


Le mamelon au sommet duquel nous nous trouvons est à 
une hauteur considérable ; il est désigné cependant dans le 
pays sous le nom de Colle basse. C’est qu’en effet il est do¬ 
miné du coté du nord par des sommets bien plus élevés, et 
c’est ainsi qu’on trouve la preuve évidente que ce camp, 
comme tous les autres, avait été construit en prévision 
d’attaques venant du littoral. Ainsi se trouve pleinement 
justifiée l’hypothèse que je hasardais dans mon mémoire de 
1875, et à laquelle M. Charles Robert a donné la consécra¬ 
tion de sa haute autorité. Dans le courant de la présente 
notice, j’aurai l’occasion de revenir sur cette considération 
intéressante. 

En 1874, j’ai visité les nombreux camps retranchés qui 
défendaient les plateaux de Saint-Cezaire et de Saint-Vallier. 
Depuis lors j’ai poussé mes explorations plus loin, et j’ai pu 
remarquer comme une chaîne de fortifications établie sur 
l’unique défilé qui, partant de la haute Siagne, conduit au 
bassin d’Escragnoles et à la plaine de Séranon. A ce système 
de défense se rattachent le Castellas de la Collette , les camps 
du Monjon (en patois Mounjoun ) ou Clot-rouan et des Rou- 
guières dans le territoire d’Escragnoles ; enfin, celui du 
Clédar dans le territoire de Séranon, au quartier de Fronti- 
gnan. Le premier est en vue du grand Castellaras de la 
Malle, ainsi que de ceux de la Toun'é et du Mortier qui pro¬ 
tègent le plateau de Ferrier (commune de Saint-Vallier) ; il 
est lui-même en vue des trois derniers. 

ESCRAGNOLES 

Le bassin d’Escragnoles n’est accessible pour les habitants 
de la vallée de la Siagne, ou soit du littoral, que par un seul 
défilé aux abords escarpés dit de la Collette. C’est là que pas¬ 
sait un ancien chemin pavé qui montait des sources de la Sia¬ 
gne ; c’est là que passe le chemin muletier venant de Saint- 
Vallier, suivi par Napoléon I er en 1815; c’est par là enfin 
qu’on a dû tracer la route nationale n° 85 de Lyon à Nice. 


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154 


Le Castellas, destiné à défendre ce passage important, 
couronne un mamelon qui domine le défilé du côté du midi 
et qui avait été fortifié d’une façon vraiment remarquable. 
La première enceinte décrit une ellipse qui mesure 70 mètres 
sur son grand axe et Î5 sur le petit. Elle a une épaisseur 
de 3 ,n ,25 à 3 m ,r>0 et une hauteur de 2 m ,5(J à 3 mètres. 
Elle est en grande partie éboulée. La porte ouverte au 

nord-est a 3 mètres de large comme dans tous les autres 

1 / 

camps. Trois murailles de •> mètres d'épaisseur et distantes 
de 10 mètres environ les unes des autres entourent l’enceinte 
centrale. La dernière de ces enceintes est flanquée vers le 
nord d’un redan qui s’avance en pointe jusqu’à mi-côte et 
commando ainsi de plus près le défilé. Du côté du nord-est, 
il s’en détache un mur en ligne droite qui suit la pente du 
coteau sur une longueur d’environ 100 mètres, et se termine 
à une excavation assez profonde. C’était, à ce qu’il semble, 
un mur d’abri derrière lequel les défenseurs du Castellas 
avaient la facilité de cheminer on sûreté jusqu’au bord des 
pentes rapides qui plongent dans la gorge de la Siagne. De 
ce point, il suffisait de faire rouler des blocs pour interdire 
l’accès de ces pentes à n’importe quel ennemi. 

Ces divers ouvrages, et particulièrement ce mur, démon ¬ 
trent que le Castellas de la Cnllolto, comme tous les autres, 
avait été construit en vue des attaques du littoral. 

On a recueilli dans cette enceinte ligurienne quelques 
fragments de cette poterie grossière et mal cuite qui est 
particulière à la céramique des dolmens, et dont j’ai vu de 
nombreux débris dans la plupart des camps que j’ai visités. 
J’insiste sur cette observation, parce que j’ai de fort bonnes 
raisons pour penser que les futurs explorateurs n’en trou¬ 
veront plus ou presque plus. Le plateau do Iloquevignon, au- 
dessus de Grasse, sur lequel on remarque quelques vestiges 
d’une enceinte ligurienne, est le point où l’on en rencontre 
peut-être le plus en ce moment. 

En vue du Cas te lias et immédiatement après le village 
d’Escragnoles, on trouve un second camp, dit du Mounjoun 
ou le Clot-rouan , posé sur l’un des plus bas contre-forts de 


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155 


la haute montagne de l’Audibergue. Le premier des noms 
ci-dessus semble avoir la désinence provençale du diminutif ; 
il pourrait signifier petit mont, dénomination que la localité 
justifierait. Je traduirais volontiers le second par Clos ro¬ 
main. A cet égard, je ferai observer que, dans la contrée, 
le mot de romain est une sorte de terme générique qui s’ap¬ 
plique bien souvent aux ouvrages anciens, quelle que soit 
leur origine. D’ailleurs, ce n’est pas seulement ici que les 
choses se passent de cette façon : dans son grand ouvrage 
sur la Seine-Inférieure, le savant abbé Cochet s’exprime 
ainsi : « Nous ne craignons pas d’attribuer à la période 
celtique la grande enceinte fortifiée de Braquemont (arron¬ 
dissement de Dieppe) qui porte, il est vrai, le titre de 
Camp de César , nom générique appliqué à toutes les en¬ 
ceintes antiques de la France, de l’Allemagne et de l’An¬ 
gleterre. » Mérimée et M. de Caumont ont fait la même 
observation. 

Quoi qu’il en soit de sa dénomination, le camp de Clot- 
rouan est très-remarquàble à cause de ses grandes dimen¬ 
sions et de ses belles proportions. Le mur d’enceinte est 
infiniment mieux conservé que celui du Castellas ; les blocs 
qui le forment sont beaucoup plus gros : il est encore debout 
sur presque toute son étendue avec une hauteur de 2 m ,50 
à 3 mètres et une épaisseur uniforme de 3 mètres. Il décrit 
un arc de cercle très-régulier au-dessus d’une barre de ro¬ 
chers à pic, haute de 20 mètres environ, qui offre du côté 
du midi une défense naturelle inexpugnable. La corde de 
l’arc n’a pas moins de 90 mètres ; la flèche, 40. Le mur vient 
se terminer à l’est et à l’ouest sur le bord du précipice, lais¬ 
sant libre, du côté de l’ouest seulement, un espace de 1 mètre 
qui donne accès à la porte du camp. Cette porte est large 
de 3 mètres comme dans tous les autres. Protégée par le 
mur d’enceinte, elle l’est encore par une seconde muraille 
qui entoure la première à la distance de 10 mètres et se ter¬ 
mine aussi, à l’est et à l’ouest, sur le bord de la barre. 
Au pied du rocher, on remarque un très-grand nombre de 
blocs qui y ont roulé. Il faut en conclure que les murs d’en- 


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ceinte avaient une hauteur assez considérable à leurs extré¬ 
mités, réduites aujourd’hui presque au niveau du sol. 

Du haut de cotte barre, la vue s'étend au loin. On a à ses 
pieds, au midi, tout le bassin d'Lscragnoles jusqu’à laSiagne 
dite de la Pare , le camp retranché du Cogoiin , dont il sera 
parlé plus loin, et les montagnes de Mons ; à l’est, on voit le 
Cas te lias de la Collette et dans le lontain le Castellaras de 
la Malle ; à l'ouest, le camp des Hong aigres et celui du 
Clédar qui commandent le défilé conduisant d’Escragnoles 
à Séranon. On se rend ainsi compte exactement du système 
de défense que j’ai signalé plus haut. 

On a trouvé à ('lot-ronan des fragments de meule à bras 
en porphyre altéré, des débris de poterie grossière semblable 
à celle du Castellas de la Collette et un fer de flèche qui est 
en ce moment entre les mains de M. le docteur Geoffroy, à 
Mouans-Sartoux. Ce fer semble d’origine romaine. Des tuiles 
et des poteries romaines ont été trouvées aussi dans plus 
d’une enceinte celtique. Ce fait n’a rien d’étonnant, ainsi que 
le fait remarquer M. de Caumont, car plusieurs de ces en¬ 
ceintes avaient été occupées par les Romains après leur 
conquête. 

Le camp des Iiourjuièrcs {du nom du quartier où il existait 
sans doute des chênes: est à d kilomètres environ de Clôt- 

9 

rouan , dans la direction de Séranon, posé au sommet d’un 
mamelon escarpé au pied duquel passe la roule nationale 
n". 85. Le mur d’enceinte est en grande partie éboulé. Il 
décrit une ellipse irrégulière dont le grand axe a environ 
GO mètres et le petit, 30. On ne peut reconnaître exactement 
la porte au milieu des décombres entassés, et l’on ne trouve 
rien de particulier à remarquer dans ce retranchement. 


SÉRANON 

Le camp du Clédar, à 3 kilomètres plus loin sur la même 
ligne, est établi aussi sur un contre-fort de la montagne de 
l’Audibergue. Il commande les abords du col de Frontignan , 


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— 157 — 

unique passage qui, du côté où nous nous trouvons, donne 
accès à la plaine de Séranon. On peut voir dans son nom la 
désignation d’un lieu fermé, d’un enclos, comme dans le 
nom de Clot-rouan. 

Cette enceinte, semblable à celle des Rouguières , décrit 
une ellipse irrégulière dont le grand axe a 54 mètres ; le 
petit, 30. L’épaisseur du mur n’excède guère 2 mètres sur 
certains points; la hauteur est encore de 2 m ,50. Il est d’ail¬ 
leurs généralement en assez bon état et formé de blocs 
remarquables par leurs dimensions. Au milieu des décom¬ 
bres amoncelés, on ne peut découvrir aucune trace de la 
porte. Deux enceintes extérieures entourent l’enceinte prin¬ 
cipale : la première, à 6 mètres de distance, la seconde à 
14. Ces murs sont complètement effondrés ; on peut cepen¬ 
dant encore mesurer sur certains points leur épaisseur, qui 
est de 2 mètres. 

Les camps du Monjon , des Rouguières et du Clédar , 
établis sur des contre-forts de l’Audibergue, sont directement 
dominés au nord par cette montagne. On est donc obligé do 
reconnaître ici encore que ces fortifications avaient été cons¬ 
truites en prévision des attaques des habitants du littoral. 

Du Castellaras de la Malle au Clédar , on ne compte pas 
moins de 12 kilomètres à vol d’oiseau; sur cette longue éten¬ 
due, toutes les fortifications que je viens d’indiquer sont en 
vue les unes des autres, et commandent les passages obligés. 
On ne peut donc s’empêcher de reconnaître l’intelligence 
et le soin avec lesquels avait été conçu et exécuté le système 
général de défense de ces montagnes. 

ESCRAGNOLES 

A ce système se relie le camp du Cogolin qui complète 
la défense du bassin d’Escragnoles en le fermant du côté de 
Mons. Il est désigné par le nom du quartier, vieux mot pa¬ 
tois qui, suivant quelques-uns, désignait une sommité. Ce 
camp est établi dans les mêmes conditions que ,Clot-rouan , 

13 . 


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158 


en vue duquel il se trouve. Comme ce dernier, il décrit un 
arc de cercle sur une barre de rochers à pic, haute de 50 à 
GO mètres, au pied de laquelle roule un torrent qui forme un 
peu plus bas la Siagne dite de la l'arc. La corde do l’arc 
mesure 110 mètres; la flèche, 31. Le mur a3 mètres d’épais¬ 
seur ; il est éboulé sur plusieurs points. Les pans debout 
mesurent 2™,50 de hauteur. 

Un étroit espace ménagé sur le bord de la barre, à l’ex- 
tremité méridionale du mur d’enceinte, servait probablement 
d’entrée au camp. De ce côté, cette barre gigantesque le 
garantissait contre toute attaque. Il était, au contraire, très- 
exposé sur les autres points, et l’on n’avait rien négligé pour 
le préserver d’un coup de main. On peut compter, en effet, 
quatre murailles qui entourent l’enceinte principale et qui 
sont reliées entre elles par des murs transversaux. Le plateau 
du Cogolin est ainsi couvert de travaux de défense jusqu’à 


son extrémité, qui domine les plaines avoisinantes. 


SAINT-VALLIER 

J'ai cité plus haut le camp du Mortier, ainsi désigné du 
nom du plateau sur lequel il se trouve {commune de îSaint- 
Vallier). Ce plateau couronne le dernier des mamelons 
dont la chaîne sépare la Plaine de Fer rie r de la gorge pro¬ 
fonde dite le Vallon de Sans. Le premier de ces mamelons, 
du côté du midi, est occupé par le Castellaras de la Tourré, 
dont j’ai parlé dans ma notice de 1875. A l’aspect des lieux, 
on est tenté de penser que cet ouvrage avait été édifié, com¬ 
me un refuge en cas d’attaque, par quelques familles qui 
cultivaient la plaine de Février sous la protection des Cas¬ 
tellaras de la Malle et de la Tourré. 

Le plateau du Mortier est bordé d’un grand mur que l’on 
suit encore sur un long parcours et qui formait un ouvrage 
avancé, du côté où le camp était exposé à une attaque. Ce 
mur est percé d’une porte large de 3 mètres et parfaitement 
reconnaissable. 


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— 159 


A l’extrémité ouest du plateau, sur une barre de rochers 
qui domine le vallon de Nans d’une immense hauteur, on 
trouve le retranchement. Il est dans les mêmes conditions 
que tant d’autres : le mur d’enceinte décrit un arc de 
cercle sur la barre ; il a de 3 mètres à 3 m ,50 d’épaisseur 
avec 1 mètre de hauteur sur certains points. Il est éboulé 
en grande partie. Les blocs qui en sont tombés remplissent 
l’intervalle, de 5 mètres environ, qui le sépare d’une seconde 
enceinte du côté du plateau. Il n’y a pas trace de porte ; on 
entrait sans aucun doute dans l’enceinte par quelque passage 
étroit ménagé ici, comme dans les fortifications semblables, 
sur le bord du précipice. La corde de l’arc de cercle mesure 
environ 50 mètres et la flèche, 30. 

J’ai trouvé au Mortier de nombreux débris de poterie 
semblable à celle que j’ai signalée plus haut. Il n’y a d’ail¬ 
leurs de remarquable dans cette fortification que la hauteur 
sur laquelle elle est établie et la longue muraille élevée à 
travers le plateau. 

Au milieu de mes explorations et, grâce aux précieuses 
indications de M. Bottin, receveur des postes à Saint-Vallier, 
j’ai pu relever dans les environs de ce village quelques par¬ 
ticularités très-intéressantes. Ce sont deux tombeaux celti¬ 
ques : l’un au quartier d 'Arboin, l’autre dans le Deffends , 
et deux pierres tabulaires dignes d’une mention spéciale. La 
première est au quartier de la Croix de Cabris, l’autre à la 
Serre des Beaumettes dans le Deffends. 

Le tombeau d’Arboin, que j’ai mentionné dans ma notice 
de' 1875, présente une disposition particulière : je veux parler 
du corridor qui y donne accès. Inutile d’ajouter que ce cor¬ 
ridor est aujourd’hui découvert, ainsi que le tombeau lui- 
mème. James Fergusson signale cette disposition spéciale 
dans son grand ouvrage sur les monuments mégalithiques 
de tous pays, « Cet accès à la chambre sépulcrale, dit le 
savant archéologue, permettait aux descendants du mort de 
lui porter leurs offrandes et de subvenir à ses besoins pen¬ 
dant l’intervalle qui devait s’écouler avant la translation du 
corps dans un autre monde. Il permettait aussi de déposer 


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A 



plusieurs corps dans le même tombeau, lequel était recou¬ 
vert d’un tumulus après que le dernier cadavre y était placé. » 
On peut donc admettre que le tombeau d'Arboin a été re¬ 
couvert d’un tumulus, aujourd’hui disparu, qui aurait été 
d’ailleurs de petite dimension, car de l’origine du corridor 
au fond du tombeau on ne mesure que 3"’,00. 

M. Emile Rivière a fouillé ce tombeau en 1873 ; M. Bot tin 
l’a fouillé également : il y a trouvé de nombreux débris de 
poterie noirâtre, deux morceaux de poterie d’un beau rouge, 
qui semble avoir été travaillée au tour, cuite dans un four 
à potier et qui porte des lilets et des lignes rubanées dis¬ 
posées par bandes horizontales, plusieurs haches polies en 
serpentine très-fine, une flèche en silex poli, plusieurs grains 
de collier. Il va trouvé en même temps des ossements divers, 
des dents en quantité très-considérable, le tout ayant appar¬ 
tenu à des hommes grands et forts, qui, d’après M. Bottin, 
avaient été déposés là au nombre de quatre ou cinq, à en 
juger par la quantité des dents recueillies. Il y a lieu de 
penser que les corps avaient été étendus dans toute leur lon¬ 
gueur, les tètes placées vers le nord. Ce mode <f ensevelis- 
sèment est signalé parmi ceux usités chez les Celtes. D’après 
les indications de M. de Caumont, les vases en poterie en¬ 
terrés ainsi avec les corps contenaient, les uns, des aliments, 
les autres, des parfums. L’abbé Cochet et James Fergusson 
signalent la découverte de vases semblables dans de nom¬ 
breux tumulus en Normandie, en Angleterre et en Irlande. 

La présence de ces vases, celle des armes, des colliers, 
insignes des guerriers les plus braves, la disposition par¬ 
ticulière du tombeau, la grande dimension des dalles qui le 
forment (i m ,73 et l ,n ,95 de hauteur) donnent un intérêt 
exceptionnel à ce monument. 

Le tombeau du De/fends est aussi un monument mégali¬ 
thique de l’âge de la pierre polie. Comme le premier, il est 
situé sur un monticule au sommet duquel s’élèvent, sortant 
du sol, les hautes dalles qui le forment. Néanmoins, ces 
dalles sont moins grandes que celles d'Arboin ; leur hauteur 
ne dépasse pas l m ,50. Le corridor, long à Arboin d’environ 


% 


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161 


2 mètres, est ici à peine indiqué ; la longueur du tombeau 
n’est que de l m ,60, tandis que le premier mesure plus de 
2 mètres. 

J’ai recueilli dans ce tombeau quelques dents et deux os 
d’un doigt de la main. M. Bottin qui, comme M. Emile Ri¬ 
vière, l’a fouillé, il y a plusieurs années, y a trouvé beaucoup 
plus de dents et d’ossements que dans celui d’.4r6om. Ces 
ossements étaient comme entassés contre un côté. Cette cir¬ 
constance rapprochée de la dimension du tombeau ferait 
penser que les corps, plus nombreux encore qu’à Arboin , 
avaient été posés ici avec les jambes et les genoux ployés 
au dessus, suivant le mode primitif d’ensevelissement en 
usage chez les Celtes. 

M. Bottin n’a trouvé dans ce tombeau ni armes, ni débris 
de poterie. Il y a recueilli quelques grains.de collier, des 
défenses de sanglier, deux os en forme de disque percés d’un 
trou qui étaient probablement des ornements ou des amu¬ 
lettes destinés à être portés au cou. On a trouvé des objets 
de même nature ejans un grand nombre de sépultures de la 
période néolithique, notamment à Compan, près de Luzar- 
ches. (Note de M. Ilahn au Congrès archéologique de 
France, 44 e session.) 

Les grains de collier trouvés dans le tombeau d ’Arboin 
sont tous allongés en forme d’olive ; ceux du tombeau du 
Deffends ont, les uns, cette forme, les autres, celle de ron¬ 
delles plus ou moins régulières. Des objets exactement pa¬ 
reils et en pierre tendre comme ceux-ci ont été trouvés dans 
les fouilles du Castellet près d’Arles. (Rapport de M. Iiuart 
au Congrès, 43 e session.) 

La pierre tabulaire que l’on trouve au quartier de laCroix 
de Cabris est située au sommet de l’un des monticules dont 
la chaîne domine le bassin de Saint-Vallier du côté du lit¬ 
toral. Elle mesure 2 mètres de long sur 2 m ,05 deJarge„Tout 
d'abord, elle ne présente rien de remarquable Ornais, exa¬ 
minée de près, elle offre des particularités dignes ,d ; attention. 

Elle est inclinée ; un de ses côtés est relevé au-dessus du 
terrain de 0 m ,46 ; l’autre, touchant le sol, est soutenu par 


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162 


un massif de moellons plats, posés à la main. Vers le 
milieu du côté relevé, se trouve une échancrure, d’une pro¬ 
fondeur de 0 m ,55 et d’une largeur de 0 m ,'i0, dont le fond, 
faisant face à l’ouverture, semble avoir été dressé et poli 
par la main de l’homme. Immédiatement à la suite de 
cette échancrure, s’ouvre dans l'épaisseur de la pierre une 
excavation en forme de cuvette de la même largeur et d’une 
profondeur de O",10. De cette cuvette (et c’est là la par¬ 
ticularité la plus intéressante) part en ligne droite une rigole 
grossièrement taillée dont la profondeur varie de 0 ra ,25 
à 0 m ,30 avec une largeur de 0 m , 17 à 0 m ,27. Cette rigole, 
longue de l m ,'iO, se prolonge jusqu’à l’extrémité de la table 
appuyée sur le sol. 

L'imagination peut se donner libre carrière au sujet de 
cette pierre. Les particularités qu’elle présente ne sont peut- 
être qu’une bizarrerie de la nature et peut-être a-t-elle 
été placée sans but dans sa position inclinée. Peut-être 
aussi cette table a-t-elle servi jadis à des sacrifices ou à 
des libations, et pourrait-elle être classée parmi les demi- 
dolmens mentionnés dans le cours d’antiquités monumen¬ 
tales de M. de Gaumont. Je n’ai pas la prétention de tran¬ 
cher cette question; je me borne à transcrire ici quelques 
lignes de James Fergusson et de M. Léon Chateau qui me 
semblent de nature à l’éclairer. 

« Il est une autre forme de dolmens, dit le premier, qui 
est très-commune en France et aussi en Angleterre, mais 
dont nous ne connaissons aucun exemple en Scandinavie. 
Elle présente cette particularité qu'une des extrémités de la 
pierre supérieure repose sur le sol. » — « On a donné le 
nom de demi-dolmen, dit le second, à un dolmen dont la 
pierre tabulaire s’appuie par une. de ses extrémités sur le 
sol.... On s’accorde généralement à regarder les dolmens 
comme des autels qui servaient aux sacrifices ; cette opinion 
s'affermit par la présence des rigoles peu profondes qu’on 
trouve sur la pierre tabulaire de plusieurs dolmens. On sup¬ 
pose que ces rigoles étaient destinées à l’écoulement du sang 
des victimes ou à recevoir des libations. » 


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163 


La pierre tabulaire du Deffends est de plus grande di¬ 
mension ; elle est posée sur un rocher naturel tenant pro¬ 
fondément au sol et formant pilier. Quand on vient du côté 
de Saint-Vallier, on ne voit de la table que son épaisseur 
visant au nord, et elle affecte sous cet aspect la forme d’une 
énorme caisse rectangulaire. La table semble du même grain 
que le pilier; cependant, elle se raye plus facilement sous la 
pointe d'un couteau. Dans tous les cas, elle a une teinte 
brune, tandis que le pilier est d’un gris-clair prenant aux 
rayons du soleil un reflet doré. Cette masse est connue dans 
le pays sous le nom provençal de Caïsso brunado (Caisse 
brunie). Les détails qui précèdent expliquent 'cette appella¬ 
tion populaire. 

La table est inclinée du midi au nord sous un angle 
d'environ 20 degrés. Elle déborde le pilier, du côté de l’est, 
de 0®,90, tandis qu elle est en retraite du côté de l’ouest 
A première vue, j’ai pensé qu’un fragment considérable s’en 
était détaché de ce côté ; j’ai fait couper les ronces qui cou¬ 
vraient le sol et j’ai trouvé aussitôt ce fragment gisant au 
pied du monument. Il est long de 2 ra ,40 et large en moyenne 
de 0 m ,70 avec une épaisseur de 1 mètre environ. En tenant 
compte de ce fragment, on reconnaît que la table reposait 
exactement par son milieu sur le pilier ; elle mesurait, du 
sud au nord, 2 ra ,50 ; de l’est à l’ouest, 3®,50. En l’état, 
cette dernière dimension est de 2®,80. L’épaisseur de la 
table varie d’ailleurs depuis 0 m ,20 (côté du midi) jusqu’à 
1®,35 (côté du nord). Le pilier a 1®,75 de haut, plus 1®,25 
de base avec une épaisseur variant depuis 0®,85, jusqu’à 
2 mètres.Le coteau, au sommet duquel s’élève le monument, 
a une déclivité assez prononcée vers le midi : c’est ainsi que 
se trouve à découvert le rocher naturel auquel tient le pilier 
et qui en forme la base ou le piédestal. Ce piédestal, ainsi 
que je l’ai indiqué, a une hauteur au-dessus du sol de 1®,25*: 
ce qui donne au monument, de ce côté, une hauteur totale 
de 4®,05. 

Le dessus de la table n’offre rien de particulier. C’est un 
rectangle parsemé d’excavations naturelles plus ou moins 


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larges et profondes. Dans l’épaisseur, du côté de l’est, on 
remarque quelques anfractuosités qui forment comme une 
sorte d'escalier pour monter sur la pierre. En s’aidant des 
rochers voisins comme d’un marchepied et de ces anfrac¬ 
tuosités, on peut en effet y arriver très-aisément. Jadis un 

druide est-il monté par là sur la table servant d’autel ?_ 

Est-il permis de se représenter ici cette scène de nos première 

âges au milieu d’une foule répandue sur le coteau?.Je 

me borne à hasarder ces questions en signalant la particula¬ 
rité que j’ai constatée et qui m’a paru digne d’être notée. 

Au-dessous de la table, on remarque cinq excavations sen¬ 
siblement rondes : deux du côté de l’est, trois du côté du midi, 
d’un diamètre de 0' n ,08 à 0 ra ,09 et d’une profondeur de 0 ra ,06. 
Sur le fragment détaché, j’ai constaté les traces de deux 
excavations pareilles faisant pendant aux deux premières. 
Sans insisterautrement surce détail, qui peut n’être que l’ef¬ 
fet d’une cause naturelle, je le constate, parce qu’il explique 
un point de la légende que je dois rapporter. Caïsso bininado 
a en effet sa légende comme la plupart des pierres druidiques. 

— « Charlemagne et Roland se trouvaient au Castellaras de 
la Tourré et, probablement pour charmer leurs loisirs, ils 
eurent l’idée de jouer au bouchon. Faute de bouchon, Roland 
lança une boule qui est Iioc-baron ; Charlemagne lança en¬ 
suite un palet qui n’est autre que Caïsso brunado. Ce palét, 
qui porte encore l’empreinte des cinq doigts du grand em¬ 
pereur, manqua la boule ou soit Roc-baron ; il vint tomber 
sur le pilier où il resta en équilibre et où il se trouve encore.» 

— Pour faire juger à la fois de la vigueur et de la maladresse 
de nos joueurs, je dois ajouter que Roc-baron est un rocher 
à peu près rond, de 20 mètres de circonférence, distant de 
5 à 6 kilomètres du Castellaras de la Toim'é et que Caïsso 
brunado est à 3 kilomètres environ do ce rocher. 

Il est à regretter qu'avec cette légende merveilleuse cette 
pierre ne se soit pas appelée le palet de Charlemagne ; ce 
nom sonnerait bien mieux que celui de Caïsso brunado. Il 
est étonnant aussi que, malgré cette légende, les habitants 
de Saint-Vallier ne volènt là qu’un rocher naturel. — « Caïsso 


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brunado est trop lourde, disent-ils généralement, pour que 
les hommes l’aient transportée. » — Pour qui connaît les 
dimensions de certains menhirs et, sans aller plus loin, le 
magnifique dolmen de Draguignan, cette objection n’est évi¬ 
demment pas sérieuse. Les gens du pays, d’ailleurs, ne se 
rendent pas compte des richesses archéologiques qui les en¬ 
tourent, témoin les enceintes liguriennes répandues sur leur 
territoire, ainsi que les tombeaux d 'Arboin et du Deffends y 
dont l’origine celtique semble peu contestable ; témoin aussi 
les dolmens de Saint-Cezaire, que M. de Maret a signalés 
au Congrès archéologique et sur lesquels il promet une no¬ 
tice, motif pour lequel je me suis abstenu de m’en occuper 
moi-même. 

J’ai entendu, d’autre part, émettre l’opinion qu’il ne faut 
voir à Caïsso brunado qu’un effet de l’érosion des eaux. 
Sans méconnaître le mérite de cette appréciation bien plus 
sérieuse que l’autre, il me semble qu’on peut lui opposer de 
solides objections tirées de la configuration des lieux. En 
effet, le Deffends de Saint-Vallier est une vaste plaine par¬ 
semée de mamelons arrondis, peu élevés, aux pentes très- 
douces. C’est au sommet de l’une de ces éminences que s’élève 
Caïsso brunado. Dans toute cette étendue, on ne rencontre 
ni barre de rochers, ni ravin, ni précipice : on n’y remarque 
pas un seul accident de terrain et l’on a quelque peine à ad¬ 
mettre qu’au milieu d’une plaine pareille, l’érosion des eaux 
ait pu mettre au jour, juste au sommet d’un monticule, la 
masse qui nous occupe. 

Je n’en dirai pas autant de celle que l’on rencontre à 
Escragnoles, au milieu du terrain le plus tourmenté, au bord 
d’un profond précipice et sur le penchant d’une colline 
abrupte aux flancs de laquelle s’étagent plusieurs barres de 
rochers. Les habitants du pays l’appellent lou quinchéou. 
Ici, ce n’est plus une table, mais bien un immense bloc de 
forme irrégulière qui repose sur un pied naturel. La hau¬ 
teur totale est au moins de 6 mètres. Le bloc est complète¬ 
ment inaccessible. Il semble être sur le point de tomber du 
haut du pilier qui le supporte, pour rouler au fond du pré¬ 
cipice sur lequel il plane. L’effet est saisissant. * 


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166 


Cnïsso bruniulo, ainsi que je viens de l’exposer, est dans 
des conditions complètement différentes ; en raison de ces 
conditions, et malgré l’opinion contraire dont j’apprécie la 
valeur, on peut, je crois, la considérer comme un monument 
semblable à celui de la Talbotière, que M. Moreau a signalé 
la Société Française d’Archéologie : « un monument sur 
une pointe de rocher. » — Dans ce cas, il y aurait lieu de le 
classer soit parmi les pierres druidiques que M. deCaumont, 
dans son ('ours d’antiquités monumentales, désigne sous 
la dénomination de Pierre# non mobiles de formes singu¬ 
lière#, soit parmi les bilithes que James Fergusson signale 
comme ayant joué un rôle important dans le culte druidique. 

tirasse, le lôjauvier 1879. 

P. SÉNEQUIER 

Membre correspondant. 


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DESCRIPTION DES DECOUVERTES 

FAITES JUSQU’A CE JOUR 

A L’EMPLACEMENT DE L’ANCIENNE CITÉ ROMAINE 

DE CEMENEL VM 


Au nord de la ville de Nice, sur la rive droite du 
Paillon, s’élève une colline qui forme le contre-fort le plus 
avancé de la base du mont Chauve. 

Les pentes, presque abruptes du côté de l’est, s’adou¬ 
cissent vers le sud et vers l’ouest, formant, à leur point de 
rencontre, de la cote 95 à la cote 120 au-dessus du niveau de 
la mer, un magnifique plateau dominant la vallée et couvert 
aujourd’hui de villas. 

Cette localité a été habitée dès les temps les plus anciens ; 
on y retrouve encore les traces de l’oppidum celtique qui 
fut le chef-lieu (Kemené), de la tribu des Vediantiens *. 

OPPIDUM 

Les ruines de l 'oppidum se trouvent dans la partie la plus 
élevée du plateau, qui était la plus facile à défendre ; ce sont 
des débris de l’enceinte à gros blocs qui constituait la dé¬ 
fense de la bourgade ; elles se remarquent principalement à 
l’angle sud-ouest du plateau (A, fig. 1) et à l’est du bosquet 
du jardin des Franciscains voisin de la propriété Guilloteau 
(B, fig. 1). 

L'ensemble forme une ellipse irrégulière longée, dans la 
partie ouest, par un étroit chemin public impraticable aux 

1. Voir tome V des Annales de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes- 
Maritimes, p. 375. 


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168 


voitures ; le plateau varie, en hauteur, de la cote 121 
à la cote 116, en s’inclinant vers le sud. La longueur du 
grand axe est cTenviron 225 mètres et celle du petit, d’à peu 
près 75 mètres. 

Tel était l’emplacement de l’ancien oppidum celtique 
qui devint, plus tard, l’angle sud-est de la cité de 
CEMENELVM *, laquelle prit son développement dans la 
partie inférieure du plateau, vers la propriété de M. le 
comte Garin, occupant toute la partie plane, de la cote 100 
à la cote 115 au-dessus du niveau de la mer, admirable 
position pour l’établissement d’une ville. 

Les murs à gros blocs, dont quelques-uns ont été 
grossièrement équarris, sont de même nature que ceux du 
mont Bastida (Castrum Avisionis). Comme dans ce camp, 
une partie de l’enceinte a dû être utilisée par les Romains, 
en particulier celle qui domine les rochers à pic, au sud 
et à l’est. 

Les croquis 3 et 4 sont relevés d’après nature au castrum 
d’Avisio, les figures 5 et 6 représentent des pans de mur 
de même construction relevés à Cimiez. La comparaison 
permet d’établir d’une manière certaine que le type des 
murs de ces enceintes est absolument le même. 

AQUEDUCS 

Les conquérants établirent des routes, des aqueducs dont 
l’un prenait sa source près de Falicon à 194 mètres au-dessus 
du niveau de la mer, en-dessous d’un moulin à huile 
qui appartient aux hoirs Darbésio. La source est aujourd’hui 
tarie. 

M. René Guébhard, notre honoré confrère, a publié dans 
le tome cinquième de nos annales, un travail fort intéressant 
sur-le tracé de ce canal ainsi • que sur celui de Mouraille *. 
Nous avons parcouru ensemble la localité et il nous a fait sui¬ 
vre, pas à pas, les traces de la canalisation antique que l’on 

1. Aujourd’hui Cimiez, hameau dépendant <le la commune de Nice. 

2. Les aqueducs romains de Cemcnelutn (Cimiês) par R. Guébhard (août 1875). 


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— 169 — 

retrouve : sous forme d’un affleurement de béton démoli, 
dans le vallon de Lombardi;à l’état de conduite, à l m , 30 de 
profondeur,sous les racines d’un figuier dans le même vallon ; 
à Saint-André, au-dessus du village, dans la propriété Ba- 
ralis ; dans la même commune, propriété Daniel, on trouve 
des plaques du revêtement intérieur en ciment; dans la pro¬ 
priété Bonifassi, en aval d’une carrière, on voit les deux 
parois des pieds-droits du canal juxtaposées par écrasement ; 
dans un ravin, une couche de béton saillant sur le roc ; au- 
dessus de l’hospice de Saint-Pons, une série non interrompue 
de traces du radier en béton, sur plus de 300 mètres de lon¬ 
gueur ; enfin, sur la route de Cimiez, en face le portail de 
Sainte-Philomèle, dans la propriété Constantin, des traces 
du parement intérieur de l’un des pieds-droits. 

A partir de ce point, qui est à la cote 170, M. Guébhard n’a 
plus trouvé d’indices de cette conduite. Tout nous porte 
à croire que c’était elle qui alimentait les fontaines dont les 
maçonneries, en forme de niches sphériques, se trouvent 
vers la cote 110, à l’emplacement de l’ancien oppidum et 
qui, selon toute probabilité, dépendaient d'un vaste réservoir 
destiné à fournir l’eau à toute la partie haute de la ville. 

Le canal de Mouraille a été retrouvé sur presque tout 
son parcours par M. Guébhard ; c’était le plus important et 
son tracé a été rétabli avec certitude jusqu’à quelques cen¬ 
taines de mètres des arènes. 

Nous sommes très porté à croire que les ruines d’un aque¬ 
duc de 0 ra ,40 sur 0 ra ,20 de largeur, retrouvées par notre 
honoré confrère dans la propriété Gastaud, n’appartiennent 
pas à la conduite principale, laquelle, d’après toutes les 
autres traces si bien déterminées, avait, depuis la galerie de 
captage, une largeur de O”,60 au minimum. Nous pensons 
que le tracé passait un peu plus haut pour venir aboutir 
au bâtiment de construction romaine, si bien conservé, 
qui sert aujourd’hui de grange au paysan de M. le 
comte Garin et qu’on désigne vulgairement sous‘[le nom 
de temple d’Apollon. Les traces de la conduite d’arrivée 
se retrouvent, en effet, à 4 mètres au-dessus du sol, sur la 


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170 


muraille ouest de ce bâtiment. Cette galerie voûtée de 0 ra ,50 
de largeur, au-dessus de laquelle se trouve pratiqué un re¬ 
gard, ne pouvait évidemment être destinée qu’au passage 
des eaux. Ce prétendu temple d’Apollon dépendait de l’en¬ 
semble des thermes dont nous nous occuperons plus loin. 

Les pricipaux points de repère que nous pouvons indiquer 
aux personnes qui désireraient suivre le tracé de l’aqueduc 
de Mouraille sont les suivants : les sources actuelles de 
Mouraille et les galeries de captage qui sont de construc¬ 
tion antique. Une fouille pratiquée chez Tito Gioffredo le 
long de la berge et dans laquelle on a retrouvé le canal 
romain recouvert, dans cette partie, par des tegulæ inclinées 
à deux pentes ; une coupe parfaitement conservée dans le 
sable sur la rive droite du vallon des fleurs, dans une col¬ 
line qui se trouve derrière la maison Teysseire, près d’un 
olivier isolé; à Sainte-Philomèle, au-dessus du chemin boisé 
qui longe la colline, traces du radier ; un bloc du dit radier 
tombé de la partie supérieure et transformé en banc; murs 
bien conservés dans les propriétés Manuel, au ravin Scu- 
deri ; propriété Baudoin, rive droite du vallon de Valère ; 
propriété Faraud, même vallon, rive gauche, dans un 
bois, etc. 

Pour tous les autres détails relatifs au parcours de ces 
aqueducs et â leur mode de construction, nous ne pouvons 
que renvoyer nos lecteurs à l’intéressant travail de notre 
confrère l . Nous torons cependant observer que la construc¬ 
tion de ces aqueducs est des plus primitives et remonte aux 
premiers temps de l’occupation romaine. 

L’aqueduc de Falicon est entièrement construit en béton 
de tuileau et n’a que 0 m ,28 de largeur; c’est une simple 
conduite. Celui de Mouraille se compose d’un radier en béton 
et de deux pieds-droits en maçonnerie recouverts par des te- 
gulæ inclinées comme un toit à deux pentes. L’écartement 
de ces pieds-droits est de 0' n ,60 et leur hauteur varie de 0 m ,80 
à l m ,00. Les parois intérieures sont revêtues de ciment. 

D’après son mode de construction et surtout parce qu’il 

1. Annales de la Société des Lettres, Sciences et Arts, tome V. 


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aboutissait à l’emplacement de l’Oppidum, il y a lieu de 
croire que le plus ancien des deux aqueducs est celui de 
Falicon. La construction de ces aqueducs diffère absolument 
de celle des égouts dont nous parlerons plus loin. 

D’après les calculs établis par M.Guébhard, les deux aque¬ 
ducs réunis pouvaient donner un débit moyen, par jour, de 
23165 mètres cubes, ce qui, d’après les usages romains, aurait 
correspondu à une population d’environ 23,000 Habitants. Ce 
chiffre concorde à peu près avec celui que nous a donné le 
calcul des places des arènes de Cemenelum dont nous 
aurons à nous occuper dans la suite de ce travail. 

Avant de décrire les édifices publics, nous croyons utile 
de donner quelques détails sur les constructions privées dont 
on a retrouvé les traces. 

MODE DE CONSTRUCTION ET HABITATIONS PRIVÉES 

Les constructions les plus fréquentes que l’on retrouve 
dans la campagne de Cimiez sont des murs de fondation. 

Presque tous sont établis en moellons calcaires de petite 
dimension et en blocage intérieur de petits matériaux à chaux 
et à sable. Les murs en élévation sont fort rares, attendu que 
les matériaux en ont été, en général, utilisés par les habi¬ 
tants \ Ceux qui existent encore sont construits en appareils 
à peu près réguliers parmi lesquels domine celui que les Grecs 
désignaient sous le nom de SlafxcxTwv. Le diamicton ou entre¬ 
mêlé se compose d’assises réglées en moellons ou en briques, 
formant les parements d’un blocage irrégulier composé de 
petites pierres constituant une espèce de béton avec chaux 
et sable, quelquefois mélangé de tuileau. 

L 'emplecton est un appareil de même nature, mais avec 
des parpaings traversant le mur de distance en distance, 
tandis que le diamicton n’en a point. 

On trouve aussi assez souvent Yopus spicatum. J’en ai 

1. Nous avons vu de* ouvriers, employés par un couvent voisin, démolir le mur en petit 
appareil du podium des arènes, et emporter les moellons dans des brouettes. Le monu¬ 
ment était déjà classé à cette époque. 

2. Congrès archéologique, tome XXXI*. 


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signalé un exemple, en 18(37, dans un dallage en briques 
longeant la façade nord des bains de Cimiez. Ce pavage 
est aujourd’hui enfoui sous les remblais. 

On trouve plus fréquemment Yopus insertum , mais je n’ai 
pas encore rencontré à Cimiez un seul échantillon du bel 
appareil de jauge connu sous le nom d’ Isodomum. 

La pierre à bâtir est rare sur le plateau de Cimiez. 
La pierre de taille vient des carrières de la Turbie qui sont 
assez éloignées. 

On trouve, dans les fouilles, de belles corniches, des cor¬ 
dons moulurés, des bases et des fûts de colonnes, etc. 
Quelques-uns de ces blocs portent encore sur leurs joints les 
encoches demi-circulaires dans lesquelles on faisait passer les 
cordes qui servaient à les mettre en place. On remarque 
facilement des différences considérables dans la taille de ces 
matériaux ; quelques-uns sont finement profilés et indiquent 
qu’ils ont été traités par de véritables artistes ; d’autres, au 
contraire, ont des moulures lourdes et empâtées manquant 
absolument de style. 

Nous joignons à cette notice divers dessins de bases et de 
chapiteaux de colonnes dont l’élégance a frappé tous les ar¬ 
tistes qui les ont vus (Fig. 7, 8 et 9). 

D’après ce que nous en voyons, les maisons particulières 
de Cimiez étaient loin d’être construites avec le luxe de celles 
de l’Italie méridionale; cependant, les fouilles faites jusqu’à 
ce jour nous ont permis de reconnaître que les appartements 
y étaient peints à la fresque ; qu’un certain nombre étaient 
pavés en mosaïque de marbre assez grossière. 

J’ai relevé, en 1879, les dessins d’une excavation conte¬ 
nant les traces d’un hypocauste pour bains privés. Cet hypo- 
causte a été conservé grâce aux racines d’un olivier qui ont 
formé au dessus une véritable voûte dans laquelle on pénètre 
comme dans une cave (fig. 10). Les piliers de cet hypocauste 
qu'on peut visiter dans la propriété Vivaldi, villa Félicie, 
sont en briques cylindriques de 0 m ,20 de diamètre sur 0 m ,O5 
de hauteur ; ils forment une série de supports d’environ 0 m ,75 
de hauteur écartés d’axe en axe, de 0 m ,60. Le plafond est 


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173 


formé de grandes briques carrées de 0 m ,60 de côté sur 
0 Œ ,08 d’épaisseur, portant une couche de béton de tuileau 
d’environ 0 m , 15 de hauteur recouverte d’un dallage en 
marbre d’environ 0 m ,02 d’épaisseur. A la base et au sommet 
des colonnes se trouvent disposées des briques carrées de 
0 m ,30 de côté et de 0 m ,07 d’épaisseur formant socle et 
chapiteau. 

La construction de cette espèce de calorifère ressemble à 
celle de l’hypocauste des grands bains publics de Cimiez, 
décrits dans mon mémoire publié en 1877 \ 

Il y a environ trente ans, on a découvert, dans la propriété 
actuelle de M. le comte Garin, au-dessous de la place du 
couvent, une pièce dépendant d’une riche habitation ; c’était 
une espèce de cuisine où l’on a retrouvé des amphores, du 
blé, des lingots de plomb, des ustensiles de ménage. 

Le tout a été dispersé, acquis par des Anglais, dit-on, et 
nul, à cette époque, n’a songé à suivre les directions des 
murailles et à relever ainsi le plan complet de l’édifice. 

Des fouilles faites il y a quatre ans, à peu près au même 
endroit, nous ont permis de recueillir quelques débris de 
fresque d’une fort belle couleur, sur un enduit de plusieurs 
centimètres d’épaisseur; un morceau de cet enduit est ac¬ 
tuellement déposé dans la collection de la Société des let¬ 
tres, sciences et arts. 

J’ai pu, à la même époque, reconnaître les vestiges d’un 
égout qui traverse de l’est à l’ouest la propriété Garin. 

J’ai, en 1879, retrouvé un autre égout à 200 mètres au sud 
des bains de Cimiez, dans la propriété Vivaldi où se trouvent 
également de nombreuses murailles, un escalier en pierre 
de taille et les ruines des fondations de la villa suburbaine 
des bains de laquelle nous avons fait ci-dessus la description. 

On a également trouvé, â la villa Vivaldi, un fort intéres¬ 
sant débris de statuette en marbre (fig. 11), un vase en 
terre jaunâtre de forme originale, dont nous donnons le 
dessin (fig. 12) et un grand nombre de petits tubes tronc- 

1. Nice etCimies — Description des bains de Cemenelum. (Tom V, des Annales de la 
Société des lettres, sciences et arts, des Alpes-Maritimes). 

14. 


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174 


coniques évasés, en terre cuite. C’est également à la villa Vi¬ 
valdi que l’on a trouvé le tuyau de plomb servant de conduite 
pour la distribution des eaux et dont nous donnons la coupe 
(fig 13). Un embranchement alimentait un jet d’eau. 

Nous avons relevé, dans la même propriété, les traces d’un 
mur de façade et d’un trottoir parallèle à ce mur. Il existait 
près d’une maison nouvellement construite, à l’ouest de la 
villa Félicie et à une faible profondeur au-dessous du sol. 

L’égout voûté dont nous avons parlé ci-dessus et qui 
traverse la propriété Vivaldi, a les dimensions suivantes : 
hauteur l m , 05 sous clé, largeur 0 m , 50, épaisseur de la 
voûte 0 m ,30. On ne trouve aucune trace d’enduit au ciment, 
le radier est en briques et la chape en mortier de chaux 
et sable. 


SÉPULTURES 

On trouve de nombreux tombeaux sur le plateau de 
Cimiez; j’en ai signalé : 1° le long de l’ancien chemin de 
Nice à Cimiez, près de la rampe de la propriété Ratti ; 
2° près du portail de la propriété Camous ; 3° dans le clos de 
la propriété Sainte-Anne. 

Ces diverses sépultures ont été décrites dans le mémoire 
lu à la Sorbonne en 1874 et que j’ai publié l’année sui¬ 
vante sous le titre : Etude sur les sépultures antiques , 
du III e au VI e siècle dans les Alpes-Maritimes \ 

Nous ne reviendrons pas sur ce sujet. Cependant je dois 
mentionner que j’ai signalé deux lampes funéraires en terre 
cuite trouvées à Cimiez et portant, l’une l’inscription 
FORTIS, l’autre le mot VICTOR. 

Je prétendais alors que ces qualifications pouvaient se 
rapporter à la personne inhumée et que ce n’étaient pas des 
noms de potiers. La lampe portant le mot VICTOR se trou¬ 
vait avec une autre sur laquelle était figurée une couronne 
de lauriers. 

Le squelette était celui d’un homme dans la force de l’âge. 


1. Voir tome III* des Annales de la Société des Lettres. Sciences et Arts. 


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175 


Depuis, j’ai trouvé, et je possède, une lampe, portant, 
entre les marques du potier figurées par deux petites rosaces 
imprimées dans l’argile, le mot GRACILIS. 

Il faut avouer que si ces mots sont des noms de potiers, 
la corporation, dans les Alpes-Maritimes, était singulière¬ 
ment favorisée. 

Je persiste donc à croire que ces adjectifs qualificatifs se 
rapportaient aux qualités des défunts, du moins pour les 
trois cas que je viens de citer et auxquels on peut ajouter 
le mot PVLCHER, trouvé également sur une lampe dans 
le tombeau d’un jeune garçon, en dehors de notre contrée. 

Il a été également trouvé à Cimiez dans les tombeaux, 
outre les objets déjà signalés dans le mémoire que j’ai 
publié en 1875, des lampes de formes très variées, entre 
autres celle que représente la figure 14. Quelques-unes de 
ces lampes portent des inscriptions parmi lesquelles nous 
citerons, sur une lampe en terre grise recouverte d’un léger 
vernis noirâtre, le mot CELLIAFOR. Les lettres suivantes : 
REGIASC se lisent également sur une lampe qui se trouve 
dans la collection Guillotcau, actuellement à la bibliothèque 
de la ville de Nice.» 1 

amphithéâtre 

Parmi les ruines appartenant à des monuments publics, 
les plus remarquables sont celles de l’amphithéâtre et celles 
des thermes. 

L’Irène de l’amphithéâtre de Cimiez, que j’ai déjà décrit 
dans le tome XXXI des Congrès archéologiques de France, 
a 46 mètres de longueur sur 34'“,80 de largeur (fig. 15). 

Elle se trouve à peu près à la cote 110 au-dessus du niveau 
de la mer. Le podium était à 2 m ,45 seulement au-dessus de 
l’arène. 

Il n’y avait pas iVeuripe ; ces faits démontrent que l’am¬ 
phithéâtre de Cimiez était destiné à des jeux, danses, luttes 
de gladiateurs, mais point à des combats d’animaux. 

1. Voir pour les autres marques trouvées à Cimiez, mon mémoire sur les sépultures 
du III* au VI* siècle, dans les Alpes-Maritimes. 


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176 


La largeur du podium était de 3 m ,50; il était séparé du res¬ 
tant de la cavea par un balteus d’environ l m ,80 de hauteur. 

Il n’y avait qu’un seul mænianum. Les traces des cunei 
ont disparu. 

Ce qu’il y a de fort intéressant dans ce monument, ce 
sont les pierres destinées au scellement des poteaux du vela¬ 
rium qui se trouvent disposées de 4 en 4 mètres extérieu¬ 
rement. La supérieure est percée d’un trou cylindrique de 
0 ra ,20 de diamètre, la pierre inférieure recevait, dans un 
encastrement de même largeur, l’extrémité du poteau. 

Les empreintes des madriers ayant servi de couchis pour 
la confection des voûtes se remarquent encore dans les 
mortiers. 

Il est également à noter que le mur de l’arène n’est pas 
relié aux autres constructions ; cela laisserait supposer 
qu’elle était primitivement plus étroite et qu’elle a été 
agrandie aux dépens du podium. 

J’ai relevé les plans et les coupes des arènes et en ai fait 
exécuter deux belles photographies qui ont été jointes 
au rapport à la suite duquel il a été classé au nombre des 
monuments historiques. La figure 16 représente l’élévation 
actuelle de ce monument. 

Ce monument pouvait contenir, au maximum, 3,800 spec¬ 
tateurs. 

THERMES 

Les autres monuments de Cimiez découverts à ce jour 
sont les thermes, occupant un espace considérable de 
la propriété Garin, à la cote 107 au-dessus de la mer et 
dont 500 mètres superficiels, au moins, rien que pour ce 
qui concernp lçs salles de bains, sont actuellement déblayés. 
Ces pièces sont : le frigidarium, avec sa grande piscine et 
ses égouts ; le tepidarium sur hypocauste ; le caldarium 
avec deux baignoires ; le sudatorium ainsi que son præ- 
fumium particulier. 

Nous avons décrit ces bains, avec tous les détails qu’ils 


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177 


comportent, dans une brochure publiée en 1877 \ Depuis 
cette époque, de nouvelles découvertes ont été faites qui 
nécessitent quelques changements dans les plans ; c’est 
pourquoi nous donnons (fig. 17) un second tracé des fouilles 
avec indication des parties nouvellement découvertes. 

En 1876, on n’avait encore découvert que le caldarium 
et une petite partie du frigidarium ; il n’avait été exécuté 
qu’un sondage dans le tepidarium. Néanmoins, nous avions 
essayé de rétablir l’ensemble en indiquant sur le plan, par 
des pointillés, le tracé probable des murs non découverts de 
ces deux dernières salles. 

Dans le courant du premier semestre de 1879, M. le comte 
Garin ayant fait reprendre les fouilles dans sa propriété de 
Cimiez, nous avons pu, au mois de juillet, relever les plans 
d’ensemble des nouvelles découvertes qui modifient les in¬ 
dications pointillées de notre plan primitif. 

Le caldarium a été décrit exactement dans notre mémoire 
publié en 1877 et il n’y a rien à modifier aux dimensions 
et aux détails donnés dans le premier travail, si ce n’est 
la désignation du sudatorium. 

Le tracé indiqué comme probable pour le tepidarium 
doit être absolument conservé ; le frigidarium s’étend da¬ 
vantage vers le nord et le mur, de ce côté, se trouve, à l’a¬ 
lignement de celui d’une nouvelle salle découverte à son 
angle nord-ouest; cette salle est 1 esudatio concamerata au¬ 
trement dit le sudatorium. La pièce désignée, dans le plan 
primitif, sous ce dernier titre, est, comme nous l’avons dit 
plus haut, le caldarium , qui servait aussi de sudatorium 
dans les établissements où il n’y avait pas de salle spéciale. 

Le frigidarium a 8 m ,70 de largeur, au lieu de 8 m ,80 que 
nous avions indiqué approximativement ; sa longueur, com¬ 
pris la piscine, est de 17 m ,50. 

Le mur est du frigidarium est percé de quatre grandes 
baies dont la disposition indique que les thermes se prolon¬ 
geaient du côté du levant. 

1. Description des bains de Cemenelum, voir tome IV des annales de la Société des 
Lettres, Sciences et Arts. 



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à 



178 


L’embranchement du canal (a b) (fig. 17) se dirigeant vers 
le nord-ouest, dont l’amorce est figurée sur le premier plan, 
aboutit au tepidarium; c’est un égout se déversant dans la 
conduite principale (c d) qui recevait les eaux du frigida¬ 
rium. Ce dernier égout est percé, sur son parcours dans 
cotte pièce, de trois bouches dont un regard, qui se trouve 
à l’embranchement des deux canaux. 

Ces bouches ont 0 m ,2*2 de diamètre ; le regard, deux fois 
plus large, permet, de descendre dans les égouts, qui sont 
parfaitement construits. 

Au fond de la piscine, se trouvent pratiquées, le long des 
murs nord et sud, de petites rigoles aboutissant à deux bou¬ 
ches d’égout, afin de pouvoir la vider complètement. 

Les murs de cette piscine étaient plaqués intérieurement 
en marbre blanc. 

Le soubassement du frigidarium était garni d’un placage 
en marbre vert. Le dallage, dont plusieurs parties avaient 
été réparées grossièrement, était primitivement en marbre 
de différentes couleurs et formait des dessins réguliers. 

Nous avons trouvé, dans la partie nord du frigidarium f 
les traces de deux piédestaux carrés de 0 ra ,45 de côté. 

On a également trouvé dans cette partie des thermes, les 
fragments d’une frise en marbre blanc représentant une 
scène de bains de mer (fig. 18). 

Le frigidarium communique avec le tepidarium par 
une porte de l m ,50 de largeur pratiquée vers le milieu du 
mur ouest. 

Il communique avec le sudatorium par une porte d’envi¬ 
ron l m ,35 de largeur pratiquée près l’angle N.-O. du même 
mur. 

Nous avons décrit, dans notre premier travail, la construc¬ 
tion du banc dans la partie (e f), si ingénieusement disposé 
pour éviter l’humidité. Le massif de ce banc ne repose en 
effet sur le sol que par les deux arêtes de deux prismes 
triangulaires. 

Le sudatorium qui vient d’être découvert est une pièce 
carrée do 5 ra ,30 de côté, sur hypocauste disposé comme celui 


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179 


% 

du caldarium que nous avons décrit dans le premior mé¬ 
moire, avec piliers en briques rondes superposées et absolu¬ 
ment semblables à ceux du bain privé découvert dans la 
villa Vivaldi. Ce sudatorium a un præfumium spécial, 
séparé de celui du caldarium par une épaisse muraille en 
pierres volcaniques de 2 mètres de largeur. Comme dans 
le caldarium, des conduits en briques creuses donnaient 
passage à la chaleur le long des parois intérieures des 
murailles. 

On a trouvé dans cette pièce, sur une couche de cendres, 
une colonne en marbre blanc de 0 ,n ,50 de diamètre à la 
base et qui semblait intacte. Elle est tombée en morceaux 
dès qu’on l’a touchée, ce qui prouve qu’elle a été calcinée 
sur la place même qu’elle occupait. Elle était donc renversée 
avant l’incendie de la ville. 

Le tepidarium est construit sur hypocauste,' contraire¬ 
ment à ce qui existe aux bains de Pompei ; il communique 
avec le caldarium par une porte de l ra ,20 de largeur prati¬ 
quée dans le mur ouest. Le mur sud du tepidarium est 
percé, dans la partie qui correspond à l’hypocauste, d’une 
ouverture oblongue de 1 mètre de largeur sur 0 ,n ,60 de hau¬ 
teur surmontée d’une grande dalle de 0 ra ,40 d’épaisseur. 

Les fouilles pratiquées aux abords ont permis de recueil¬ 
lir des bases de colonnes, dont deux de l’ordre composite, 
taillées avec un soin particulier et de même proportion que la 
colonne trouvée dans le sudatorium. 

Nous avons signalé, dans notre premier travail, la décou- 
■ verte, dans le caldarium , d’une colonne en marbre vert 
brisée en plusieurs morceaux et dont le diamètre doit être 
également de 0 ra ,50 à la base. 

Il résulte de ces nouvelles découvertes que les bains de 
Cimiez sont bien plus vastes qu’on ne le supposait et que 
si, comme nous l’avons toujous pensé, le bâtiment vulgai¬ 
rement désigné sous le nom de temple d’Apollon était une • 
dépendance des bains, ceux-ci prennent les proportions de 
véritables thermes, désignation que nous n’hésitons pas à 
leur donner. 


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— 180 — 

On sait que les marbres qui formaient les placages inté¬ 
rieurs des deux baignoires du caldarium portaient des ins¬ 
criptions qui ont laissé leurs empreintes sur les mortiers et 
que nous avons relevées en 1875 et adressées au Bulletin 
Monumental qui les a publiées. Nous les avons ensuite 
données, en 1877, dans le tome IV de Société des Lettres, 
Sciences et Arts. Notre ami et confrère M. Ed. Blanc 
les a publiées, l’an dernier, dans son excellent ouvrage 
sur l’épigraphie antique des Alpes-Maritimes. C’est à ce 
travail qu’il faut recourir pour connaître les nombreuses 
inscriptions anciennes trouvées à Cimiez. Depuis sa publi¬ 
cation, nous avons eu l’occasion de retrouver une partie de 
de l’inscription n° 211 de ce recueil. Cette partie, tracée sur 
une pierre dont l’aspect était absolument dissemblable de 
celui de l’inscription 211, à cause des irrégularités de sa 
surface et de sa coloration plus noire, probablement parce 
qu’elle avait été plus exposée que l’autre partie aux injures 
du temps, a été rapprochée de la première avec laquelle elle 
s’est parfaitement raccordée. 

L’inscription 211 se trouve maintenant plus complète ; on 
peut lire sur les deux morceaux qui sont actuellement à la 
Bibliothèque de la ville de Nice : 

LVIAE PAlTER 
E FIL AiJbICCIA 
TERN'A HERES 
D D| D 

C’est également à Cimiez qu’on a trouvé la belle inscription 
chrétienne qui fut plus tard transportée sur la route du Var, 
puis considérée comme brisée et perdue l . 

Nous l’avons retrouvée dans le massif d’un mur qu’on dé¬ 
molissait et où nous soupçonnions qu’on l’avait maçonnée. 

Cette inscription parfaitement intacte est aujourd’hui 
dans les collections de la Société des Lettres, Sciences et 
Arts des Alpes-Maritimes; nous en avons donné le dessin 

1. ÀnnaJes de l&Société des Lettre*, Sciences et Arts des Alpes-Maritimet, t. II*, p. 109 


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181 


dans le tome second des Annales de la Société des Let- 
treSy Sciences et Arts des Alpes-Maritimes. 

A environ 40 mètres au nord du frigidarium se trouve un 
monument dont les murs sont en parfait état de conservation 
et servent encore à abriter quelques constructions rurales. 
Les habitants de la contrée prétendent que c’est un ancien 
temple d’Apollon, mais rien ne peut confirmer cette opinion. 
M. de Caumont était assez disposé à voir dans ce pré¬ 
tendu temple un des angles des thermes qui formaient 
ordinairement des espèces de pavillons s’élevant un peu au- 
dessus des autres corps de bâtiment. 

Il est évident que cet édifice n’était pas isolé ; un mur 
normal à la façade occidentale actuelle le rattachait à d’au¬ 
tres constructions, ce qui n’avait généralement pas lieu 
pour les temples. 

Les dimensions de ces ruines, les traces d’une galerie 
étroite ne pouvant pas être utilisée pour un dégagement 
et qu’on retrouve distinctement à 4 mètres environ de 
hauteur sur la façade du couchant ; les deux ouvertures en 
forme de dallots ménagées près de la partie cintrée de la 
façade sud ; le manque absolu d’entrée monumentale, per¬ 
mettent de supposer que cette salle était Yapodyterium ou 
une salle d’attente quelconque dépendant des thermes aux¬ 
quels elle aurait été rattachée par des portiques entourant 
une sorte de palestre. 

Ces ruines forment un rectangle de 19“,30 de longueur sur 
9 m ,75 de largeur mesurés extérieurement. 

A l m ,90 des angles sud-ouest et sud-est, commence une 
sorte d’abside aujourd’hui détruite et dont l’amorce seule 
se retrouve hors du sol sur environ 0 m ,30 de chaque côté. 

Sur la façade orientale, on remarque (fig. 20) trois arcades 
plein-cintre avec voûtes en briques.Leur diamètre, aux nais¬ 
sances, varie entre 3 mètres et 3 m ,20. 

Ces arcades sont remplies en maçonnerie. Des arrache¬ 
ments, espacés assez régulièrement, correspondent aux 
flancs des voûtes et indiquent d’anciens scellements. Les 
matériaux ainsi reliés à la masse ont été probablement en¬ 
levés à cause de leur valeur. 


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182 


La construction est appareillée, sur toutes ses faces, en 
moellons cubiques de petites dimensions recoupés par des 
assises horizontales de briques. 

Sur la façade occidentale, on remarque, à 3" , ,40de l’angle 
sud-ouest, une voûte plein-cintre de 1 mètre de largeur et 
dont la hauteur totale actuelle hors du sol est de l m ,50. Im¬ 
médiatement contre le pied-droit nord de cette voûte, c’est- 
à-dire à 4“,40 de l’angle sud-ouest,se trouvent les traces d’un 
mur se dirigeant vers l’ouest et dont l’épaisseur était de 
l m ,10 (celle des murs de l’édifice dont nous parlons est de 
i m ,20, leur hauteur est d’environ 7 mètres). 

A 3 mètres plus loin se trouve une entrée rectangulaire de 
l m ,80 de largeur, au-dessus de laquelle on remarque une 
sailliede maçonneries enveloppant la galerie étroite dont nous 
avons parlé et à l'aplomb de laquelle se trouve un regard. 
On remarque, dans cette partie, de nombreux arrachements; 
il en est de même à l’intérieur : on retrouve les traces des 
scellements des charpentes. 

Les murs sont encore, en partie, recouverts de leur en¬ 
duit qui semble avoir été peint en rouge. 

On voit encore, sur le plateau de Limiez autrefois occupé 
par YOppichun Celtique, à la cote 116, c’est-à-dire à 
9 mètres au-dessus des Thermes, deux niches sphériques 
symétriques disposées à droite et à gauche d’un massif de 
ruines, devant la ferme de M. le comte Garin. 

Ces niches rappellent absolument les fontaines de Pompéï 
et il est plus que probable que c’était à ce point qu’arrivaient 
les eaux de la source de Falieon. 

Les traces d’un édicule se retrouvent encore, à côté de ces 
fontaines, dans un angle rentrant formé, du côté de l'ouest, 
par le massif auxquels elles étaient adossées. Il y avait là une 
mosaïque s’étendant sur une surface de 5 m ,30 de long et 
5 m , 15 de large; elle était composée de petits cubes noirs et 
blancs formant un rectangle entouré d’une sorte de grecque ; 
il ne reste plus aucun vestige aujourd’hui de ce joli dallage 
qui à été détruit par les touristes. Aux quatre angles de 
l’édicule on remarquait les traces de bases de colonnes. 


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183 


Ce petit édifice abritait probablement un autel dédié au dieu 
de la source qui alimentait la partie haute de la cité. 

La ville de Nice vient d’acquérir de la succession Guillo- 
teau, les divers objets recueillis par ce patient antiquaire et 
dont quelques-uns ont une valeur incontestable. Les plus 
importants sont certainement les morceaux de sculpture dont 
nous donnons les dessins (fig. 21,22 et 23). Ces objets, d’ori¬ 
gine grecque, ont-ils été achetés par leur ancien propriétaire? 
les a-t-il réellement trouvés dans les fouilles faites à Cimiez? 
Quelle que soit la réponse, il est certain que ce sont des objets 
transportés de l’Attique, soit par des marchands modernes, 
soit par d’anciens habitants de Cemenelum. L’une de ces 
inscriptions mentionne en effet une inhumation au Pyrée et 
l’autre porte le mot SaXa.utvta. Nous partageons entièrement, 
à leur sujet, la manière de voir de M. Ed. Blanc et de M. 
Léon Heuzcy h 

Dans le vestibule de la maison de M. le comte Garin, se 
trouve un bloc de pierre dans lequel nous avons cru recon¬ 
naître un autel dédié à Mercure (fig. 24). Un autre autel 
antique, que nous avons supposé être dédié à Apollon a été 
découvert par nous, il y a déjà plusieurs années, sur l’un des 
pilastres du'cloître de Saint-Pons (fig. 25), à quelques cen¬ 
taines de mètres de Cimiez. Les dessins de ces deux monu¬ 
ments ont été soumis en 1877, à M. Léon Régnier, qui 
partage entièrement notre opinion à leur sujet. 

On trouve encore à Cimiez plusieurs monuments remar¬ 
quables provenant des fouilles exécutées à diverses époques : 
des sarcophages, le piédestal d’une statue dédiée à l’impéra¬ 
trice Cornélie Salonine, épouse de Gallien *, de nombreuses 
inscriptions pour lesquelles nous ne pouvons mieux faire que 
de renvoyer nos lecteurs à l’excellent ouvrage de M. Edmond 
Blanc. 

F. Brun. 


1. .* Lnalcs de la Société des lettres, sciences et arts des Alpes-Maritimes, t. VI, p. 112. 

2. La tradition veut que cette princesse ait habité Cimiez et nous croyons avoir décou¬ 
vert les ruines de la villa qu'elle occupait. 


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SYSTÈME RATIONNEL D’ORTHOGRAPHE NIÇOISE 


Proposé par les Membres fondateurs de VEseola Felibrenca de Bellanda 
et formant le complément du traité intitulé V Idiome niçois , son origine , etc., 

Inséré dans le tome V 

des Annal** dk la Société DBS Lkttkks, etc. des Alpes-Maritimes 


INTRODUCTION 


Dans une des séances de YEscola , tenue peu de temps avant qu’il 
fût atteint de la maladie à laquelle il a succombé, l’honorable et très 
regretté M. Eugène Emanuel, poète populaire fort estimé de tous ses 
concitoyens, remit au président de YEscola, dont il était membre fon¬ 
dateur, une note touchant les points principaux de la réforme, reconnue 
nécessaire, de l’orthographe actuellement en usage à Nice pour l’idiome 
local. Au début de cette intéressante pièce, déclaration pleinement 
approbative de la réforme proposée, se trouve le paragraphe suivant, 
qui forme, en quelque sorte, l’entrée en matière de la question mise à 
l’étude dès le premier jour. 

« L’idiome niçard est un des nombreux dialectes qui ont survécu à 
« l’ancienne langue provençale ; mais, séparé par les vicissitudes de la 
« politique, des autres dialectes de la même famille, et circonscrit en 
« d’étroites limites, il n’eut jamais ni l’autorité ni les honneurs d’une 
« langue écrite *, et se trouva nécessairement soumis à l’influence prê¬ 
te pondérante de la langue italienne, qui a été pendant plusieurs siècles, 
« dans notre pays, la langue du gouvernement et des écoles, s 

En réalité, dirons-nous tout d’abord, cette influence n’a guère été 
préjtondérante que dans la forme donnée aux mots écrits, dans la 


1. Oui, mais seulement depuis la scission de 1388; car le dialecte niçois avait eu cette 
autorité et ces honneurs à l'époque des troubadours Blacas et Blarasseï, de Nice; Ber* 
trand, du Puget-Théniers ; Rajmond Féraud, d'Uonse ; Guillaume Boyer, de Nice, etc. 


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manière de les orthographier, et seulement deux siècles après que Nice 
se fut détachée du Comté de Provence pour se donner au comte de 
Savoie Amédée VII le Rouge (l.'ISSj. Quant aux termes mêmes, aux 
expressions, aux locutions, à tout ce qui constitue le fond même d'une 
laugue. le niçard n'a pas cessé d’être ce qu'il était jadis; c'est toujours 
un dialecte de langue d’oc*, qui, dans son évolution à travers les siècles, 
n'a éprouvé que certaines modifications dans le genre de celles que le 
temps a fait subir à tous les autres dialectes, modifications moins nom¬ 
breuses même et moins profondes que celles qui ont si fortement altéré 
la physionomie de plus d’une langue, du français, par exemple, si diffé¬ 
rent aujourd’hui de la vieille langue d’oil du xiv* siècle. 


Ce sont là des faits que reconnaissent à première vue tout romanisant 
et toute personne à qui les premiers éléments de la linguistique ne sont 
pas étrangers. 

La langue populaire de Nice est donc tout simplement du provençal : 
cela est maintenant hors de doute. Ce qui est tout aussi certain, 
c’est que jusqu’à la fin du xvi° siècle, l’orthographe du dialecte uiçard 
était absolument la même que celle du provençal; la preuve en est dans 
les nombreux documents cités par l'auteur de Y Idiotne niçois 1 et qui 
tous appartiennent à la période de l:pi(> à 150*2 : Statuts de la reine 
Jeanne de Naples ; Lettres du seigneur de la Voûte et des frères Gri- 
maldi de Beuil; Relation de Bertrand Ricquier, consul de la ville de 
Nice; Traités d'arithmétique de François Pellos et de J.-F.Fulconis,etc. 

Comment donc s’est-il fait que depuis lors l’idiome niçois ait subs¬ 
titué à son orthographe propre celle d'une langue étrangère, celle de 
l’italien : ce qui, malheureusement pour lui, l'a toujours fait considérer 
par des gens fort ignorants en linguistique, comme un patois local, 
résultant du mélange indigeste de diverses langues et ne se rattachant 
à aucune d'elles en particulier ? 


Nous trouvons dans l'ouvrage que nous venons de citer l'explication 
suivante de ce fait singulier, qui a eu des conséquences déplorables pour 
un des plus intéressants dialectes de la langue provençale. 

« Une grande lacune s'étend de la fin du seizième siècle jusqu’aux 
« premières années du dix-neuvième. De jour en jour la bonne vieille 
« langue d’oc perd du terrain devant sa sœur la langue de si, illustrée 
« dès le quatorzième siècle par de nombreux chefs-d’œuvre. Les Niçois 
« parlent encore un idiome qui, pour le fond, est toujours celui de leurs 
« pères ; mais il ne l’écrivent plus. On dirait qu’ils dédaignent leur 
« langue maternelle, qu'elle n’est plus pour eux qu'une sorte de jargon. 
« S’ils composent une œuvre littéraire, c’est à la langue du Dante et 


1. Brochure in-8% Nice, 1878; et tome V des Annales do la Société des Lettres, Sciences 
et Arts des Alpes-Maritimes. 


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« de Boccace qu’ils ont recours ; et si à de longs intervalles apparais- 
« sent quelques faibles compositions en dialecte niçois, quelques chan¬ 
te sons populaires, c’est avec une livrée étrangère qu’elles se présentent. 

« L’orthographe italienne s’est imposée à ce dialecte, contrairement au 
« génie et au passé littéraire de la langue à laquelle il appartient. » 

Ainsi plus d’autre littérature digne de ce nom que la littérature ita¬ 
lienne : écrits, mémoires, lettres missives, actes publics ou privés, 
tout se rédige en italien ; l’italien est la langue officielle et la langue 
des écoles : l’œil, l’esprit s'habituent aux formes des mots italiens : ils 
sont séduits par la simplicité du système orthographique de cette 
langue, et finissent par préférer ce système à celui de la langue mater¬ 
nelle. On applique ce système, bon gré, mal gré, à l’idiome niçois, bien 
que le génie propre de ce dialecte de la langue d’oc ne se prête pas tou¬ 
jours facilement à cette adaptation forcée ; et. n’ayant pris pour guide 
ni les lois de l’étymologie ni celles de la grammaire, n’ayant pas même 
fait la distinction essentielle de la bonne et de la mauvaise prononcia¬ 
tion, on obtient pour dernier résultat une sorte d’orthographe hybride, 
à éléments hétérogènes, et offrant parfois des formes bizarres ou même 
tout à fait différentes pour le même mot, suivant le caprice de l’écrivain ! 

Hybride en effet et souvent bizarre, pour ne pas dire plus. Ainsi, en 
dépit des règles orthographiques empruntées à l’italien, la voyelle u ne 
doit pas sonner ou comme dans toute l’étendue de l’Italie; mais elle 
doit garder le son qu'elle a en provençal et en français : quand on vou¬ 
dra figurer le son ou, il faudra, comme dans ces deux dernières langues 
écrire ou. De même la forme ch des italiens a été adoptée pour rem¬ 
placer l’ancienne notation qu devant les voyelles e, i, exemples : che, 
acheli, achi, au lieu de que, aqueli, aqui : néanmoins cette forme ch 
reprendra le son chuintant qu'elle a en provençal et en français, quand 
il s’agira d’écrire certains noms propres ayant cours à Nice et dont on 
ne saurait altérer la forme, tels que Michel, Penchienati, Michaud, 
Rancher. Hors ce cas exceptionnel, le ch provençal devenu le ch ita¬ 
lien, devait forcément être remplacé par une notation particulière, et 
pour résoudre ce petit problème, l’on n'a trouvé rien de mieux que 
l’emploi du ç cédille, qui existe dans le provençal et le français, avec 
une valeur toute différente. Au lieu des formes anciennes fach, dich, 
drech, toujours en usage dans tout le midi de la France, on a donc 
écrit faç, diç, dreç ; mais comme déjà la chuintante ch avait été rem¬ 
placée par le ci italien (ciangia, escricia, drccia, picioun), il s’est 
trouvé que l’on avait deux manières de figurer la même articulation. 

Signalons aussi les formes hétéroclites d’un assez grand nombre de 
mots, tels que ciouos (en français choix, en provençal chois), siel, 
chestioun, chitd, qui n’ont pas plus d'analogie avec l’italien qu’avec 
le provençal ; car l’italien écrit : cielo, questione, quitare; et le pro- 


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— 188 — 

vençal : ciel, quettioun , quità, ce qui est pins conforme à l'étymo¬ 
logie 1 2 . 

Et combien d’autres bizarreries, d’autres irrégularités ! Mais passons. 

C’est une grande erreur de croire que la représentation graphique 
d’une langue est chose de peu d’importance : les mots ont leur physio¬ 
nomie propre; une mauvaise orthographe est un portrait mal réussi. Il 
y a là une question de grammaire qui touche à une question d’art et qui 
intéresse plus qu’on ne le pense généralement l’avenir d’une langue et 
de sa littérature *. 

Aussi peutr-on affirmer hardiment que l'usage séculaire d’une ortho¬ 
graphe d’emprunt imposée, de bonne foi sans doute, mais inconsidé¬ 
rément, à l’idiome niçois, a considérablement nui à cet idiome. Italien 
par la forme, essentiellement provençal par le fond, il s’est trouvé 
comme perdu entre l’Italie et la Provence, qui le méconnaissaient éga¬ 
lement ou le dédaignaient. Dans de pareilles conditions quelles devaient 
être ses destinées, sinon une décadence rapide, décadence attestée par 
les rares et faibles compositions littéraires des deux derniers siècles et 
qui apparaît déjà dès le commencement du quinzième ? 

En effet, on peut dire qu’à partir des troubadours Guillaume Boyer 
et Ludovic Lascaris, la muse niçoise est devenue muette : à peine de 
loin en loin fait-elle entendre quelques faibles accents restés sans écho 
et tombés profondément dans l’oubli. Elle recouvre enfin la plénitude 
de sa voix aux premières années de notre siècle : Rosalinde Rancber, 
Niçois, né de parents français, publie en 1823 son remarquable poème 
héroï-comique, La Nemaida. Homme de goût, instruit et connaissant 
bien l’histoire littéraire de la langue d’oc, sa langue maternelle, mais 
venu à une époque où rien encore n’était préparé pour une rénovation 
du dialecte niçois, au point de vue orthographique, Rancher est obligé 
de subir l’orthographe italienne dont on a affublé ce dialecte, auquel il 
désire faire reprendre le rang qui lui appartient parmi les autres dia¬ 
lectes provençaux : comme si, par intuition, notre poète eût eu une con¬ 
naissance anticipée du prochain mouvement littéraire suscité par le 
Félibrige. Mais si Rancher se voit contraint, pour être lu de ses conci¬ 
toyens, de céder à une nécessité impérieuse, il essaye du moins de 
corriger les abus, de mettre fin à la sorte d’anarchie qui existe dans la 

1. 11 convient de faire remarquer que l'italien quitare signifie tenir quitte, donner quit¬ 
tance, tandis que le proveoçal quità , de môme que le français quitter , exprime l'idée de 
laisser en un lieu, se séparer de, abandonner, etc. Mais le sens primitif du mot français 
et du mot provençal était absolument le même que celui du verbe italien quitare ; car 
ces trois mots ont la môme origine : ils viennent du bas-latin quietare (de quietu*), mot 
à mot rendre tranquille, de là exempter, renoncer, laisser (Voir le grand dictionnaire de 
Littré et le Lexique roman de Raynouard). 

2. Voyes où en est restée la Chine avec sa manière si compliquée d’écrire ou, pour 
mieux dire, de peindre les mots de sa langue. 


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manière d’écrire les mots, en arrachant aux écrivains peu lettrés la 
liberté qu’ils se donnent de défigurer à leur gré nombre de formes or¬ 
thographiques. Il formule donc quelques règles utiles et fort justes 
dans le système d’orthographe exclusivement admis de son temps, et au 
sujet desquelles il invoque parfois les anciens usages des troubadours, 
faisant entendre par là qu’il ne demanderait pas mieux que de pouvoir 
faire davantage. 

Ce que n’a pas fait Rancher, ce qu’il ne pouvait pas faire, est, main¬ 
tenant devenu possible. On le peut, on le doit dans l’intérêt même de 
l’idiome niçois et de sa littérature propre. 

Il faut que cet idiome et que cette littérature prennent part désormais 
à la renaissance littéraire de la vieille langue d’oc ; il faut qu’ils soient 
reconnus et admis par la grande famille qui, sous le nom de Félibrige, 
unit d’un lien fraternel les poètes de tout pays éclairé par le soleil du 
Midi : provençaux, languedociens, gascons, limousins, catalans même. 
La voie ouverte par Rancher est aujourd’hui suivie avec succès par plus 
d’un poète niçois, digne de s’asseoir au banquet où sont conviés les féli- 
bres de toutes les régions illustrées jadis par les troubadours ; mais ils 
doivent y paraître en qualité de frères et non d’étrangers ; et pour cela 
il est absolumenl nécessaire que la langue de leurs chants ait repris son 
caractère primitif, sa physionomie naturelle, celle qui constate sa noble 
origine et qui la fera reconnaître comme une sœur par tous les dialectes 
méridionaux. 

Alors, mais seulement alors, la muse niçoise sortira de l’isolement où 
elle s’est trouvée réduite ; elle franchira les étroites limites qui l'empri¬ 
sonnent encore ; elle fera enfin entendre sa voix dans le concert, si reten¬ 
tissant aujourd’hui, où les dignes héritiers des anciens troubadours font 
résonner les sons harmonieux de la belle vieille langue d’oc, reparais¬ 
sant dans tout l’éclat d’une nouvelle et brillante jeunesse. 

Quelques personnes amies des lettres et curieuses de linguistique, 
les unes nées à Nice, les autres habitant cette ville depuis longtemps, 
ont formé le dessein de hâter l’heure de cet évènement si désirable pour 
le bien de leur pays : elles ont fondé une société particulière qui, par 
son titre d 'Escola felibrenca de Bellanda, se rattache à la vaste 
association du Felibrige , qu’ont rendue célèbre en France et à l’étran¬ 
ger les œuvres fortes ou charmantes de Frédéric Mistral, de Rouma- 
nille, Aubanel e altres novels compagnos del Gay saber *. 

On sait que Bellanda était au moyen âge le nom du château de 
Nice et que ce nom s’appliquait parfois à la cité elle-même 1 2 ; par cette 

1. C’est-à-dire « et autres nouveaux compagnons du gai savoir» : c'est du vieux pro¬ 
vençal. — Oay taber , la poésie, la littérature des troubadours. 

2. Il existe encore aux Ponchettes, sur le revers sud-ouest de la colline du château, 
une tour dite de Bellanda ou tour Clérici ou Clérisai. 

15. 


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vieille appellation, les fondateurs de YEscola de Nice ont voulu renouer 
la chaîne du passé, en faisant revivre le souvenir des Blacas, des 
Raymond Féraud, des Guillaume Boyer et autres vieux poètes proven¬ 
çaux du comté de Nice. 

La première question dont YEscola s’est occupée a été et devait être 
celle de l’orthographe de l’idiome niçois. Ce sujet ne laissait pas que 
d’offrir d’assez grandes difficultés : tout était à refaire ; il fallait abattre, 
détruire avant d’édifier: mais enfin, s’appuyant sur ces grands prin¬ 
cipes fondamentaux : 

La bonne prononciation, 

Vétymologie et l'usage ancien, 

Les lois de la phonétique et celles de la dérivation. 

Les membres fondateurs de YEscola, après une discussion appro¬ 
fondie sur chaque point, sur chaque détail d’un sujet aussi ardu que 
celui d’une complète réforme orthographique, ont pu établir un sys¬ 
tème rationnel d’orthographe niçoise, qu’ils soumettent, en toute con¬ 
fiance, à l’appréciation des personnes instruites et libres de toute attache 
de préjugés, d’habitudes invétérées ou d’esprit de parti. 

A.-L. Sardou. 


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ORTHOGRAPHE DE L’IDIOME NIÇOIS 


I. — Lettres et signes orthographiques. 

1. — L’alphabet de l’ancienne langue se composait des 
vingt-cinq lettres suivantes : 

a bcdefghijklmnopqrstuvxy z. 

Ce même alphabet est parfaitement suffisant pour repré¬ 
senter tous les sons de l’idiome moderne. 

Nous examinerons à part la valeur de toutes les voyelles 
et celle d’un certain nombre de consonnes qui exigent une 
discussion ou une explication particulière. 

2. — Les signes orthographiques sont, outre les signes de 
ponctuation, communs à toutes les langues, les accents, le 
tréma, l’apostrophe et le trait d’union. 

1°. Accents. Notre idiome écrit ne fait usage que de l’ac¬ 
cent aigu et de l’accent grave (') ; l’accent circonflexe ( A ) 
n’est nullement nécessaire. 

On surmonte d’un accent, grave ou aigu suivant que le 
son est plus ou moins ouvert, toute voyelle finale sur la¬ 
quelle la voix s’appuie et forme ce qu’on appelle l’accent to¬ 
nique ; exemples : carità , cantà, soupk (et tous les infi¬ 
nitifs de la première conjugaison), café, perqué , a qui, a cô, 
vertu ; et l’on écrit sans accent testa, la soupa (subst. fém.), 
canta (3* pers. s. du près, de l’ind.), paire, vici , auaro, 
a quelu, mots dont les finales sont sourdes et dans lesquels 
l’accent tonique porte sur la pénultième tes , sou, can, pai, 
etc. qui forme une syllabe longue. 


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Remarque. L’accent, grave ou aigu selon le cas, se met 
aussi sur l’e final suivi d’une s: didsaeô (vous dites cela), 
diès-lo (dites-le), vuoli que lou (ligués (je veux que vous 
le disiez). Voir ci-après : V - Voyeli.es finales. 

2° Tréma. Le tréma (*•) se met sur la seconde de deux 
voyelles consécutives qui ne forment pas une diphthongue, 
pour indiquer que ces voyelles doivent être prononcées sé¬ 
parément. Exemples : ai (oui), aura (maintenant), taüt (cer¬ 
cueil) ; tandis que l’on écrit sans tréma : ai (j’ai), aura (il 
aura), taut (sorte de mollusque), parce que dans ces mots 
les deux voyelles forment une diphthtongue. 

3°. Apostrophe. L’apostrophe indique la suppression 
d’une voyelle et même d’une consonne par suite d’une éli¬ 
sion ; exemples : L’esprit e la sagessa; Cent fes d’un purincen 
v’ai présentât bornage (llancher, Xcmaïda, ch. I); N'a/ac/i 
toui rire (Id.). 

4°. Trait d’union. Ce signe sert h joindre certains mots 
étroitement unis par le sens, mais qui néanmoins doivent 
être parfaitement distincts, comme par exemple le pronom 
régime d’un verbe qui le précède immédiatement : dounas- 
mi, aimas-lu, soucene-ti, souvenès-vous. 

On écrira donc : en avise-ti, laisse-mi, ten-ti, regardas- 
la, pourtas-vous, siervès-v'en , et non enavisiti , laissemi, 
tenti , regardala, portavous, sierveven , comme on lit dans 
certains écrits récemment publiés à Nice. 

II. — Consonnes et groupes de consonnes. 

C et CH 

3. — La consonne c devant les voyelles e, i avait dans 
l’ancienne langue provençale, et a encore de nos jours, la va¬ 
leur d’une s sonnant fortement, comme dans le mot français 
ceci : on devra donc écrire ciel, cent et non siel , sent. 

4. — Le groupe ch figurait et figure toujours devant toutes 
les voyelles le son chuintant che en français, tche en pro¬ 
vençal. Lorsque l’idiome niçois remplaça son orthographe 
propre par celle de la langue italienne, la notation ch perdit 


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sa valeur ancienne et fut, comme dans l’italien, employée 
à figurer le son du groupe qu devant les voyelles e, i ; jus¬ 
qu’alors on avait écrit que , perqué, marqués, arlequin , 
quiet ; on écrivit che , perché , marchés, arlechin , c/iiet 
(ital. cheto). 

La fonction enlevée au groupe ch fut donnée au c simple 
devant les voyelles e, i, et au c doublé d’un i (ci) devant a, 
o, u, toujours conformément à la prononciation italienne. 
On écrivit donc cef, cerit, cifre, cicoria, au lieu de chef , 
chérit, chifre , chicoria , etciarrà, picion , ponciut , au lieu 
de charrh,pichon, ponchut \ 

Il n’était pas possible cependant de remplacer de la même 
façon la notation ch placée à la fin d’un mot ; on trancha la 
difficulté au moyen d’une simple cédille sous le c : nos pères 
écrivaient fach, dich , liech , nuech ; leurs descendants écri¬ 
virent faq, diç , iieç, nueç. 

On l’a dit avec raison, ç’a été là bien certainement l’alté¬ 
ration la plus grave que l’influence de l’italien ait fait subir, 
non à la prononciation, mais au système orthographique 
primitif de l'idiome niçois : c’est aussi par conséquent la 
première réforme à faire, et rien de plus facile. 

« La manière d’écrire et de prononcer des Provençaux 
« en ce qui concerne le c et le ch devant l’e et l’i, et le que 
« et le qui , déclare formellement M. E. Emanuel *, est la 
« seule vraie et nous devons l’adopter ; je dirai, nous devons 
« y retourner , car elle fut celle des troubadours et de nos 
a pères avant l’année 1600. » 

1. C’est par suite de l'adoption de l'orthographe italienne que quelques personnes, 
trompées par l'apparence des formes, ont pu penser que l'idiome niçois avait, dans la pro¬ 
nonciation, subi l’influence italienne. La vérité est que cet idiome, plus que tout antre 
dialecte de la langue d'oc, est resté Adèle à la prononciation des vieux troubadours, 
et qu'en cela elle n'a rien emprunté à l’italien : ls preuve en est qae le son del'u et celui 
du s y qui sont les seules différences de prononciation existant réellement entre la langue 
de si et la langue d'oc, n'ont pas cessé d'exister entre l'italien etl*idiome niçois. 

2. Déclaration écrite de sa main, portant sa signature, remise par lui six semaines 
avant sa mort et déposée aux archives de YEscola. Nous ne pouvons reproduire ici les 
excellentes raisons que M. Emanuel, jusqu'alors partisan de l'orthographe empruntée à 
l'italien, a exposées pour expliquer et justifier son adhésion pleine et entière à la réforme 
de cette orthographe ; mais, comme ces raisons nous ont paru asses puissantes pour 
établir la conviction dans l'esprit des personnes qui hésiteraient encore à admettrfe la lé¬ 
gitimité et l'importance de cette réforme, nous avons cru devoir compléter notre travail 
par la dite déclaration de notre regretté collègue (Voir à la fin du présent petit traité). 


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194 


. G et J. — GH (notation italienne) 

5. — G suivi d’un e ou d’un i et j devant toute voyelle 
représentent en provençal la chuintante douce dje : gelà, 
gémi, giba, rougi ; jamai, Jesu, jouine f jugk. 

Pour rendre au g précédant les voyelles e, i, le son dur et 
fort qu’il a devant les trois autres voyelles a, o, u, le pro¬ 
vençal a fait comme le français ; il a mis un u immédiatement 
après le g : faguet, guignoun, guigna. 

Ici encore l’influence de l’italien a été grande et a singu¬ 
lièrement modifié la forme des mots. Ainsi, l’ancienne nota¬ 
tion provençale a fait place à la notation purement italienne 
gh, et les mots que nous venons de citer sont devenus 
faghet, ghignoun, ghigna. 

6. — D’autre part le j a perdu sa qualité de consonne; il 
est devenu le j italien, c’est-à-dire une véritable voyelle, 
un i long : il a fallu forcément le remplacer par un g ou par 
le gi italien dans tous les mots où il figurait primitivement, 
tels que jamai, jardin , Jesu, jou, jouine, jugk : on a donc 
écrit, giamai, giardin , Gesu, giou, giouine, giugk. 

Pour tous ces cas, comme pour le c et le ch, nous pensons 
qu’il convient de rendre au niçois son orthographe première 
et de rejeter tout à fait la combinaison étrangère gh. 

7. — Remarques. I. Le g a toujours été employé dans la 
langue d’oc devant la voyelle e et s’emploie encore dans 
tous les dialectes de cette langue, suivant en cela l’usage 
de sa sœur la langue d'oil et conformément à l’étymologie : 
gelk, gémi, general, âge , a bourdage, bagage. 

II. L’emploi du j devant e n’a lieu que pour un très-petit 
nombre de mots et toujours par raison d’étymologie : Jesu, 
Jérusalem. Il ne peut se trouver devant un i qu’exception- 
nellement par suite d’une élision, comme dans le français 
j'irai, ou en vertu de la loi de dérivation : manjk, manji '. 

1. Le radical du verbe manjà étant manj , la 1” p. du a. du prés, de l'indicatif sera né¬ 
cessairement manji ; car le radical d'un verbe ne doit pas changer dans le cours de la 
conjugaison, si ce n’est pour quelques verbes irréguliers tel que estre et and, qui, par 
l'effet de leur origine, n'ont pas dans tous leurs temps le même radical que celui de l'in¬ 
finitif. 


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195 


Devant les voyelles a, o, u, c’est toujours le j : jamai, 
Jorgi (Georges), jugk. La raison en est que le g a^ant tou¬ 
jours le son dur devant ces voyelles, ne saurait figurer le 
son chuintant qu’il a devant un e ou un i. 

L, LL mouillées et GL (notation italienne). 

8. — La lettre L ne devra se doubler que dans les mots où 
la prononciation fait entendre bien distinctement deux l. On 
écrira donc avec une seule l : vila (ville), estela, ela (elle), 
a quela, etc. 

9. — Les deux II mouillées du français et la notation gl de 
l’italien sont également à rejeter. On les remplace par une h 
entre deux voyelles : brihk (briller), auriha (oreille), Marsiha , 
abihk (habiller), abiha (il habille), abiha (abeille). 

N. B. — L’/i figurant le son mouillé n’est pas nécessaire 
après les diphthongues ai, ei, ui, oui, qui ont par elles- 
mêmes un son demi mouillé ; exemples : travaik , muraia , 
sartaia, veia, vieia, abeia (abeille), buient , granouia , bar- 
bouik , saginouik. 

H 

10. — Cette lettre n’a guère d’autre fonction que celle que 
nous venons d’indiquer ; elle s’emploie encore comme lettre 
initiale, muette ou aspirée, pour divers noms propres 
modernes dont la forme ne saurait être altérée, tels 
que Hérault (rivière et département français), Hérat (ville 
d’Asie), Hobbema , Holbein , Henrion , Hambourg , Hanau 
(ville de la Hesse), Horn (ville et cap), Heinsius , Humboldt , 
Huyghens, etc,, etc. 

N. B. — L’/i n’est nullement nécessaire devant la 3 e pers. 
du sing. a du verbe avé (avoir) : l’accent placé sur la prépo¬ 
sition à suffit pour distinguer ces deux mots à la lecture. 

F 

11. —On écrira toujours par une f les mots d’origine 
grecque où cette articulation est figurée en français par le 
groupe ph ; exemples : fisic a, filosofia , filologia , apostrofa , 
profeta. 


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196 


k, x, z, y. 

12. — Peu de chose à remarquer touchant ces quatre 
lettres. 

K et X ne sont guère employés que dans un très petit 
nombre de termes techniques ou scientifiques, ou bien 
encore de noms propres étrangers : kilo, shako ou chako , 
gecko, Kiel, Kiev, Kepler, Aiax, Xante. 

Nota. — La lettre x se rencontre souvent dans les an¬ 
ciens textes : dels exemples (Fr. Pellos, 1492); extrachia, 
extraite, excellens (Fulconis, 1562). 

Le Z est plus souvent employé que ces deux dernières 
lettres, tant pour les noms communs que pour les noms pro¬ 
pres : zéro, zona, zoologia , bronze, quinze, Zoroastre, Za • 
bulon, Zemira. Cette lettre doit se prononcer comme dans 
le mot français zéphir. 

13. — V. Quelques personnes, trompées par une pronon¬ 
ciation défectueuse, font un emploi abusif de cette lettre : 
au lieu de oui, uech (huit), etc., elles écrivent voui, vuech; 
ce sont là des formes tout à fait condamnables. 

III. — Consonnes finales. 

14. — Règle générale. Une consonne ne doit terminer un 
mot écrit que si la prononciation ou la loi de dérivation l’exi¬ 
gent. 

Ainsi l’on écrit avec la consonne finale : terrour , infer, 
roucas, la pas, aimas, aimes (tu aimes), très, proujet, espa- 
vent ; et sans cette consonne : plesi, cendrié, et les infinitifs 
des verbes : aimk, canth, poudé, voulé, fini , flouri, etc. 

Cette règle admet quelques exceptions relativemeut aux 
deux consonnes s et t. 

15. — S. Par raison d’étymologie ou pour cause de déri¬ 
vation, certains mots prennent une s finale, bien que cette 
consonne ne se fasse pas entendre à la prononciation. Exem¬ 
ples : nous, vous, vers (préposition), envers. 


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— 197 — 

16. — Remarques. I. — Dans la prononciation de quel¬ 
ques mots tels que tros, morceau ; gros, adjectif ; très, 
trois, etc. ,on fait à volonté entendre ou non l’a finale : cela 
suffit pour qu’on doive l’écrire. 

II. — Pas (s. m. du latin passus), qui a pour dérivés passà, 
passage , etc., prend une s par les mêmes raisons d’étymo¬ 
logie et de dérivation. Il en est de même de pas employé 
adverbialement avec la négation ( n'es pas vengut), et qui 
est le même mot que le substantif pas (Voir le grand diction¬ 
naire de Littré). 

III. — Pas employé de cette manière s’élide souvent avec 
la voyelle initiale du mot suivant, et dans ce cas on rem¬ 
place l’a par une apostrophe. Exemple : 

Pa'n sôu, pa’n dénié, pa'na mais 

(Roümanux*. La part dàu Bon Dieu.) 

16. — T. Pareillement le t final doit s’écrire, bien que ne 
sonnant pas à la prononciation, lorsque l’étymologie, la loi 
de dérivation ou l’analogie l’exigent : comme pour les parti¬ 
cipes passés, les participes présents ou adjectifs verbaux. 
Exemples : aimat, aimada; cremat, cremada; tengut , ten- 
guda ; alarmant , alarmante; calmant , calmante; mou - 
rent f mourenta ; finit, finida ; estendut , estenduda. Il doit 
s’écrire aussi par raison de dérivation immédiate à la fin des 
adjectifs proprement dits : marrit , marrida ; prudent, pru¬ 
dente; présent , présenta; countent , countenta , qui ont 
pour dérivés, outre leur féminin, marridamen, prudenta- 
men, présente (verbe à l’infinitif) et presentamen ; countentk 
(verbe à l’infinitif) et countentamen. 

17. — Remarques. I. —Comme on le voit par quelques- 
uns de ces exemples, la dentale forte t du masculin se change 
souvent au féminin en la dentale douce d : amat, amada ; 
marrit , marrida. C’est là une permutation très fréquente 
dans toutes les langues. 

II.—Les adverbes de manière, qui sont formés géné¬ 
ralement du féminin d’un adjectif et du latin mente (ablatif 


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A 



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de mens) f devraient, par raison d’étymologie, prendre un t 
final : urousament , pmidentament ; toutefois l’usage géné¬ 
ral est de ne pas écrire ce t à la fin de ces adverbes : 

De soun fringaire 
Ausso alors douçamen la testo. 

(F. Mistbal, Mireio, ch. VI.) 

jDesplega li parpela, 

E soustcn dignamen aquesta gran querela. 

(Ranchbb, Nemaïda , ch. II.) 

et de même pour les substantifs ayant la terminaison ment 
en français : moment , moumen; contentement f countenta- 
men. 

IV. — Voyelles. 

18. — Les voyelles sont a, e, i, o, u et y, ce qui fait en 
tout six voyelles ; mais l’y n’est en réalité qu’un i simple ou 
double. 

Ces voyelles se prononcent dans les mots écrits absolu¬ 
ment comme en français, sauf néanmoins l’émission faible 
ou forte, sourde ou pleine, de la voix, et aussi le son de l’e, 
qui n’est'jamais muet en provençal. 

19. — Il existe réellement une sixième voyelle représentée, 
comme en français, par le groupe ou, équivalent à l’u du 
latin et de l’italien. Il ne faut pas confondre ce groupe avec 
la diphthongue ou (voir ci-après). 

N. D. — La prononciation de la voyelle composée ou et 
de l’o simple offre parfois une nuance assez délicate, surtout 
lorsque la syllabe est nasale, comme dans saboun f savon, et 
sabon, ils savent. Tout ce que nous pouvons dire à cet égard, 
c’est que l’on doit écrire ou toutes les fois que le son est 
plein et sonore. Exemples : lou noum f noun (adv. de néga¬ 
tion), amour y bountk f courouna f coustày doulourousamen. 

20. — Bien que l’y fasse en quelque sorte double emploi 
avec Yiy il est bon, croyons-nous, de le conserver, ne serait- 
ce que pour la lecture des anciens textes, où cette lettre se 
montre assez fréquemment. Mais nous pouvons encore au- 


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jourd’hui l’employer utilement : on trouve par exemple, 
dans une publication périodique en niçois, le mot français 
moyen rendu de cinq manières différentes en langage po¬ 
pulaire : moyen, moïen, mojen , mouyen et mouojen. La 
première forme moyen f par un y, nous parait de beaucoup 
préférable ; et au lieu de ces deux autres vilains mots 
mouojenna, vouojella, que chacun a pu lire dans un journal 
rédigé en niçois, on écrira plus simplement moyena f voyela. 

V. Voyelles finales. 

21. — Toute voyelle finale peut avoir deux valeurs diffé¬ 
rentes : elle représentera un son faible et sourd ou fort et 
accentué, selon que l’accent tonique portera sur la syllabe 
pénultième ou sur la voyelle finale elle-même. Dans le pre¬ 
mier cas, la syllabe pénultième est longue et la voyelle fi¬ 
nale devient en quelque sorte muette : la soupa , canta (il 
chante) ; dans le second cas, la pénultième est brève ; la 
voix appuie et se repose sur la voyelle finale, qui prend 
ainsi un son plein et sonore : ce que l’on constate dans l’é¬ 
criture en surmontant cette voyelle d’un accent grave ou 
aigu, suivant que le son est plus ou moins ouvert : soupé. et 
canta (infinitifs), café , perqué. 

22. — Voici quelques exemples pour toutes les voyelles 
finales : 

A faible : la soupa, testa, canta (il chante), 
fort : carità, soupà et cantà (v. à l’infinitif). 

E faible : astre, paire, campestre. 
fort : santé, café, canapé, perqué. 

I faible : vici, delici, fini (adj. pl.), veni (je viens), 
fort : fini et veni (v. à l’in fin.), aqui. 

O faible : avaro, goto, trono, tomo, peo. 
fort : aeà, numerô, avisé. 

U faible : élu (eux), aquelu, quantu, aimas-lu. 
fort : vertu, moussu. 

23. — Nous devons faire à ce ‘sujet quelques remarques 
importantes : 

1° En poésie les voyelles finales accentuées forment 


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200 


des rimes masculines, les faibles constituent des rimes fé¬ 
minines : ce qui prouve que dans ce dernier cas ces voyelles 
sont véritablement muettes. Exemples : 

Ben de gent mi diran : < Que sota vanità ! 

Emb'ai sieu cant, aqueu si cres de ra’encantà. 

Perqué n’a fach toui rire en assemblant doui rima. 

Pensa de l’Elicon estre soubre la cima. 

(Ranchbr. Nemaïda, ch. i.) 

Canten dounca de Nem li vertu, lou courage. 

(Id. ch. i). 

Tau veirias un gros can qu’a per mestre un bouchiè. 

(M. ch. h.) 

Milton, nen pihan toui per de gros Marcantoni, 

N’a vougut fa spavent embe lou sieu demoni. 

(Id. ch. i.) 

2° Les mots terminés par une voyelle ayant le son 
faible et formant, comme on vient de le voir, une désinence 
féminine, peuvent s’élider ou non, à volonté, avec la voyelle 
du mot suivant. Exemples : 

Que sigon feble o fuort, gran, pichoui, paure o rie. 

(Nemaïda^ ch. i) 

La terra, es redouna (la terr’es), un feble amie (un febl’a- 
mic), lou vici es coundanable (lou vicies), li ai dounat lou 
mieu cuor (liai dounat). 

Ces deux derniers exemples nous montrent que de l’élision 
peut résulter une diphthongue. 

Ajoutons à cela que la poésie niçoise admet fort bien 
l’hiatus : 

Tamben, maugrà lu dieu e lou vuostre pouvoir. 

( Nemaïda , ch. i) 

3° Divers dialectes provençaux ont remplacé par un o 
l’a final au son faible, qui jadis terminait un grand nombre 
de mots, substantifs, adjectifs, certaines flexions des verbes, 


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— 201 — 

participes, prépositions, adverbes et conjonctions. Ces dia¬ 
lectes prononcent et écrivent : 

Testa au lieu de testa Li parlo au lieu de li parla 

Terro — terra Vestido — vestida 

Bello — bella Senso — sensa 

Pleno — plena Encaro — encara 

Cantavo — cantava Coumo — couma 

L’ancienne désinence en a s’est conservée dans le comté 
de Nice, dans la haute Provence, à Montpellier, en Auvergne, 
dans le Limousin, en Catalogne, etc. 1 . Ces différences dia¬ 
lectales peuvent être maintenues sans le moindre inconvé¬ 
nient pour la langue commune à tous les pays de la vieille 
langue d’oc : il n’y a aucune raison légitime à vouloir, sous 
prétexte d’unification, faire prévaloir l’une de ces formes. 
La chose, d’ailleurs, serait impossible : on n’impose pas toute 
une prononciation nouvelle à des populations entières ; et 
si cela pouvait se faire, les Niçois, comme tous les habitants 
des autres contrées où la vieille forme a persisté, auraient 
le droit de dire : « C’est notre manière de prononcer et d’é¬ 
crire qui doit l’emporter, car elle a pour elle l’étymologie 
et l’ancien usage ; la vôtre est tout simplement une alté¬ 
ration. 

VI. Diphthongves. 

24. — Il y a diphthongue toutes les fois que l’oreille per¬ 
çoit deux voyelles distinctes dans une seule émission de 
voix et dans la même syllabe, comme par exemple dia du 
mot français diable, et dans l’adjectif monosyllabique fier ; 
mais il n’y a pas diphthongue dans fier , verbe qui est de 
deux syllabes, fi-er. 

On dit généralement qu’il y a triphthongue, lorsque la 

1. La substitution de l # o A l’a final date du XVI* siècle ; elle s'explique facilement : l’a faible 
est, comme nous l'avons dit, une voyelle muette ; elle a un son sourd participant légè¬ 
rement du son o : à Nice et en divers autres lieux du Midi, c'est le son a qui domine ; 
ailleurs c'est le son o. Dans l’arrondissement de Grasse, qui après 1860 a été distrait du 
département du Var pour faire partie de celui des Alpes-Maritimes, l'o a été également 
substitué à Va final, et l'on dit toujours testo, terro , cantavo, ten$o, coumo, etc. 


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202 


syllabe renferme trois voyelles, même dans le cas où à la 
prononciation l’oreille n’en perçoit réellement que deux. 

25. — Nous avons déjà fait observer que le groupe ou est 
une voyelle composée seulement dans la forme, qu’elle équi- 
vant à Vu italien et qu’elle ne doit pas être confondue avec 
la véritable diphthongue ou. Cette voyelle entre dans la com¬ 
position de diverses diphthongues, comme on peut le voir 
dans le tableau suivant. 

26. — Tableau des diphthongues : 

Perçues par Figurées 
l'oreille 

Aou — au : dau, mau, fanau, cavau. 

Eou — eu : beu, leu, capeu. 

Ieou — ieu : ieu (je ou moi), Dieu, mieu, estieu 1 
Oou — 6u : bôu, pôu, carreirôu, roussignôu. 

Chto — uo : buon, buosc, suon, puont, cuor, fuol. 

U ou — uou : muou, couguou. 

Oui — oui : feroui, pouiron ( Nemaïda , ch. m et iv). 
di, ,éi 6i — ai, ei, ôi : mai, palai, lei, rei, gôi, bôia, Savôia. 
oua 2 — ot : chois, soir, toiletta. 
ouin — oin 3 : soin. 

N. B. — On voit que dans les cinq premières diphthon¬ 
gues la voyelle u qui suit ou qui précède une autre voyelle, 
prend le son de l’u italien légèrement sourd : il en était de 
même dans la vieille langue. 

27. — Faisons ici quelques remarques importantes : 

1° Au, eu. Ces deux notations sont de l’époque même 
des troubadours, qui écrivaient a uguri, nos autres , leu, 
leugier , etc.; 

2° Ieu. A Nice et en divers autres lieux, l’e de ieu se 
fait si peu entendre à la prononciation, que cette notation 
est bien moins une triphthongue qu’une diphthongue ; aussi 

1. / devant une voyelle forme d'autres diphthongues qui dans l'écriture ne sauraient 
présenter aucune difficulté : en voici quelques exemples ; 

ta : diable, aria, Àntonia. — ic : pieta, ciel, premié, fier, 
tan: gardian, coumediant. — to : viola. 

Mais il ne faut pas croire que dans chacun de ces cas il y ait toujours diphthongue : 
ainsi dans armonia, Maria , l'a se prononce séparément de VI et forme à lui seul une 
syllabe. 

2. Même son que la diphthongue ot’ du français choix , croire. 

3 Diphthongue nasale. 


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203 


dans plusieurs dialectes du Midi écrit-on : iou, Diou, miou 
estiou ; 

3° ou. L’accent grave ou aigu sur 1 o est nécessaire 
pour distinguer cette diphthongue de la voyelle composée 
ou : d’ailleurs il indique aussi que c’est sur cet o que porte 
l’accent tonique ; 

Les diphthongues ou et au ne doivent pas être employées 
indifféremment l’une pour l’autre. Par exemple : dôu et dau 
n’ont pas la même valeur : la première forme est le génitif et 
la seconde l’ablatif de l’article contracté avec la préposition. 
Exemples : Yenfant dôu rei, l’enfant du roi ; suorte dau 
jardin, il sort du jardin. Il convient de remarquer cepen¬ 
dant que de nos jours dau et dôu se disent l’un pour 
l’autre dans les deux cas : ce qui est une Confusion regret¬ 
table. 

Nota. — Les deux formes /au (je fais), et eau (il faut), 
sont plus correctes que fou et cou. On doit donc rejeter ces 
dernières ; mais fou , signifiant il faut, est très-bon ; 

4° I/o. Rancher a proposé cette notation, qui fait éviter 
l’emploi disgracieux d’un second o (bouon, bouosc, souon, 
pouont, couor, fouol), et qui réduit la figure delà diphthon¬ 
gue à deux voyelles au lieu de trois ; mais il met un accent 
sur cet u, ce qui, à notre avis, est d’autant plus inutile que 
l’accent tonique porte sur la partie du mot formée de l’o et 
de la consonne qui suit ; 

5° U ou. Autre notation admise par Rancher. « Les mots 
muou, couguou, dit-il, paraîtraient bien singulièrement 
écrits soit qu’on mît un u italien ou un o fermé, comme muu 
ou muo, euguu ou couguo ». Cette observation est fort juste. 
D’ailleurs, la justification de la notation uou, est dans l’ori¬ 
gine même de la voyelle composée ou, qui est non-seule¬ 
ment une modification de l’o simple, comme en fournissent 
la preuve grand nombre de vieux mots, tels que l’article lo 
(lou), torre (tourre), tôt (tout), mais qui tire aussi une seconde 
origine des anciens groupes formés d’une l précédée d’un u 
ou d’un o ; exemples : muou, anciennement mul ; coguou 
de cogul , pous de pois (poussière). On peut remarquer à ce 


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— 204 — 

propos que des faits parfaitement analogues se manifestent 
dans les mots niçois au, dau, mau, cavau, etc. ancienne¬ 
ment al, dal, mal, caval, ainsi que dans les mots français 
au, cou, licou, sou, fou, mou, etc. primitivement al (à le), 
col, licol, sol, fol, mol ; 

6 u Oi. Au moyen de cette notation on évitera certaines 
formes disgracieuses dans l’écriture d’un assez grand nom¬ 
bre de mots : incontestablement soir, toileta, mouchoir , 
froissa, valent mieux que soa?* ou souor, toualeta, mou- 
cliouar, froassa ; 

T Oin. La diphthongue nasale oin sonnant comme 
dans le français soin, loin, groin, existait sous cette forme 
et avec le même son dans la vieille langue d’oc. Exemples: 

Noa o die mas quar ieu s oing do n'ai. 

(Bkbtbakd de Palasol). 

|Je ne le dis que parce que soin fou souci) je n’en ai] 

Cug esser loing en Espanha. 

(Folqckt de Mar teille). 

( Je crois être loin en Espagne ]. 

Cette raison suffît pour en autoriser l’usage : on écrira 
donc soin et non suin ou souin. 

VII. Remarques particulières. 

28. — Mots dérivés du latin en tio. — Ces mots chan¬ 
gent en c le t du latin ; exemples : 

Admiratio — admiracioun 

Creatio — creacioun 

Natio — nacioun 

29. — Emploi du c avec ou sans cédille et de V s. — Dans 
l’emploi de l’s ou du c ayant le son fort d’une s, l’ancien 
provençal s’est généralement guidé sur l’étymologie comme 
le français. On devra donc écrire par un c : cigala, cou - 
mençk, espaci, felicitk, limaça, França, Niça ; et avec 
deux s : adressa , caissa, assetk, baissk, cassk. 

Le ç cédille, il est vrai, n’était pas en usage dans la vieille 
langue d’oc ; mais ce n’est point une raison suffisante pour 


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205 


qu’on ne.doive pas l’admettre dans les dialectes modernes. 
Les accents aussi et les signes de ponctuation n’étaient guère 
connus au moyen âge dans la langue d’oc, pas plus que dans 
la langue d ’oil ; faut-il aujourd’hui les proscrire comme in¬ 
vention relativement moderne ? 

30. — Mots commençant par es ou simplement s. — Es 
initial est tout à fait dans le génie de la langue provençale : 
esprit , escondre, escapk, estatua, escrich ; c’est la bonne 
forme. Mais on trouve aussi quelquefois chez les poètes ces 
sortes de mots écrits sans l’e initial, de cette manière : sprit, 
scondre , scapk, statua. Il y a là une licence poétique par¬ 
faitement légitime ; toutefois il convient dans ce cas de rem¬ 
placer l’e initial par une apostrophe : 

Lou gai souleu l'avié ’spelido 

(Mistral, Mirèio , ch. i). 

Nem dintre lou mieu ’sprit es mai qu’Agamemnon 

(Ranchbr, Nemaïda , ch. i). 

31. — Pluriel des noms et des adjectifs. — Les noms et 
les adjectifs masculins ou féminins ne prennent aucun signe 
au pluriel : l'ome prudent , lu orne prudent ; la frema pru- 
denta, li frema prudenti. Ce dernier exemple nous montre 
que les adjectifs féminins font en niçois leur pluriel en i. 

32. — Féminin des adjectifs en ous. — La règle géné¬ 
rale, pour la formation de l’adjectif féminin, est d’ajouter un 
a au masculin se terminant par une consonne : buon , buona; 
prudent , prudenta ; fuol , fuola. Les adjectifs en ous ne 
font pas exception à cette règle : a frous, afrousa ; malurous , 
malurousa. 

Le féminin en oua (afroua, maluroua) usité à Nice, mais 

à peu près inconnu dans le reste de l’ancien comté, est donc 

tout à fait irrégulier ; et la preuve de cette irrégularité est 

donnée en outre par la forme des adverbes de manière qui 

dérivent des adjectifs.en ous. On sait en effet que la règle 

générale de la formation de ces adverbes est d’ajouter ment 

(du latin mente , ablatif de mens ) à l’adjectif féminin : afrousa , 

afrousamen ; malurousa, malurousamen ; on ne dit ja- 

16 . 


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206 


mais ou du moins on dit fort mal : a frounmen, maluroua- 
men. 

Quant au féminin en ouv a (afrouva, malurouva) c’est une 
forme barbare due à une prononciation détestable, comme 
celle de voui , vuech, et que l’on doit se garder d’employer. 

33. — N’en et nen. — La première locution est un mot 
composé de la négation noun et du pronom nen, que l’on 
croit venir de l’italien ne : il y a contraction de noun avec 
nen, il faut donc une apostrophe après l’n : N’en puodi plus 
(je n’en puis plus); N’en sabi ren (je n’en sais rien). 

Mais on doit écrire sans apostrophe : Tu nen vouos (tu en 
veux); parce que, dans ce cas, il n’y a pas de négation. 

34. — Nen est en outre une expression locale qui a la 
valeur du pronom nous : 

Per nen mettre en lou sac en touta conjountura, 

Li frema an un talent qu’es un don de natura : 

D6u sesso mascoulin si sabon faire un juec, 

Nen menon per lou nas e nen fan restà nec. 

(Rancher, Nemaït.la, ch. ir). 

35. — Formes défectueuses. — Nous terminerons par 
quelques cas particuliers d’orthographe incorrecte : 

1 ° On doit écrire en deux mots : à pena, , à rage 
(à l’abandon) en p/aça, quauqua ren , tout plen, et non 
apena, arage, emplara, quauquaren, touplen. Ces locu¬ 
tions sont composées chacune de deux parties bien dis¬ 
tinctes ; il convient en les écrivant de les séparer comme on 
faisait jadis ; 

2° Senehe et son che (ce que ou ce qui) que depuis 
quelque temps l’on a employé jusqu’à ce jour, sont deux 
formes doublement défectueuses résultant d’une mauvaise 
prononciation. Cen que est bien certainement préférable ; 
nous devons dire cependant que nous voudrions voir rem¬ 
placer cette locution par ce que f comme on disait autrefois 
et comme on dit encore dans une grande partie du midi de 
la France ; 


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207 


3° C’est aussi à une mauvaise prononciation qu’est due 
la forme bizarre pen, qui vient du latin pes, pedis, lequel a 
donné en français pied, en italien piede et piè, en espagnol 
pie, et en portugais pe, en provençal et autrefois à Nice 
ped, et pe. On comprend que le d du latin soit tombé dans 
piè et pe ; mais d’où peut provenir l’n de pen, si ce n’est de 
ce que l’on a donné à tort le son nasal à la voyelle e de ce 
mot? 

Néanmoins, la prononciation pen, quoique défectueuse, a 
été consacrée par l’usage, môme dans la classe des personnes 
instruites et appartenant à la meilleure bourgeoisie de la cité : 
nous n’avons donc rien de mieux à faire que de constater 
simplement ce fait, en disant ù l’imitation d’Horace (Art • 
poétique) : Sic voluit usus, 

Quem penes arbitrium est et jus et norma loquendi. 

Nous renvoyons à la grammaire diverses autres ques¬ 
tions qui sont entièrement de son domaine. 

VIII. Application de la réforme proposée. 

Afin que le lecteur puisse plus sûrement juger dès à présent 
de la valeur et de l’utilité de notre système orthographique, 
nous transcrivons ici, d’après ce système, une fable inédite 
de Rancher, en attendant que VEscola de Bellanda publie 
du même poète, d’autres pièces également inédites, qu’elle 
a en sa possession, et fasse paraître une nouvelle édition de 
la Nemaïda, avec traduction en regard et notes grammati¬ 
cales ou explicatives. 

Lou Grihet e Ion Lapin 

Certen Grihet, musicien ecelent, 

Patentât da la gnora Luna 
Per li fa senti à la bruna 
Profusioun dôu sieu talent, 

Au revers d’una colineta 
S’era format la sieu taneta, 


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208 


Doun noun avia per vesin 
Que barba Jouan lou Lapin. 

Mai dintre d'aqueu buosc lou paisan noun arranca 
Lou plus pichoun dei ’scarrassoun ; 

E dei sieu roure antic noun counouisson li branea 
Lou tai funest d6u destraloun. 

Lu doui vesin, gent educada, ounesta, 

Si fan lu premié coumplimen ; 

Pi d’amitié si ligon talamen 
Que dôu buosc lu dirias lou Pilade e l’Oresta. 

Un sera cepandan lou Grihet vigilant, 

Que d’un trilo roubust broudava lou sieu cant, 

En un cantoun dôu buosc ve lou fuec que s'acende : 
Dôu sieu soufle Aquiloun lou nourrisse e l’estende ; 
E la flama, poussada emé rapidità, 

Près dôu sieu loujamen bala de tout coustà. 

Lou Grihet, enquietat da l'audou de la suga, 
Regarda e ve toumbà à gran floc li béluga ; 

E, remplit d’espavent, da l’amie courre leu. 

Per l'avisà de métré en segur la sieu peu. 

Trova endurmit lou sieu coupaire, 

Que dôu fuec noun s’enquietant gaire, 

Aspera la pouncha dôu jou, 

Autre noun pantaiant que roumanieu e flou. 

« Amie, li di d’una vous fuorta, 

« Fai leu, reveie-ti : se tardes siam perdut ; 

« Déjà l’ourribla muort piqua à la nuostra puorta, 

« E ten soubre toui doui lou sieu dafl estendut, 

« Lou fuec ! lou fuec de touta part circula, 

€ Rama e raïs ataqua, acende e brûla. 

« Lou fuec ! car coupaire, lou fuec 
« Nen va fa quauque marrit juec ! » 

Barba Lapin, que lou Grihet barraia, 

Desplugant l'uès, s'estende pi badaia, 

E dôu patoun si gratounant lou nas, 

« Qu’es tout aeô, respuonde, e que mi fas ? * 

— « Lou buosc vesin es tout en flama, 

« E noun si ve plus una rama. 

« Douna un côu d'uès. » — « Es ver ! Parte», 
« E leu en camin si meten. > 

Lou Lapin d’aussitôt mai qu'una lebre bouta ; 

Mai lou Grihet, paure mesquin, 

Emé tout plen d’esfuors fa ben pau de camin. 

L’amie, s’enavisant qu’es tant lent en la routa 


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209 


E qu'en van frusta lu soulié, 

Li di : « Grihet amie, noun as lou vent en poupa. 

« Mounta, se vuos, su la mieu groupa : 

« leu serai lou cavau e tu lou cavalié. » 

La cauva es ensin entenduda : 

Lou Grihet mounta e si ten fuort. 

D’un mutuel secours en si dounant l’ajuda, 

Lu tendre amie eviteron la muort. 

Quoura si pôu, faire de buoi ufici 

Es lou dever d'un cuor uman ; 

Car tau qu'ancuei receve un gran servici, 

Lou nen pourrà rendre deman. 

Rancher. 


Voici maintenant et pour terminer la déclaration de 
M. Eugène Emanuel que nous avons promise au lecteur. 


DÉCLARATION DE M. EUGÈNE EMANUEL 


EN FAVEUR DE LA RÉFORME ORTHOGRAPHIQUE DE L’iDIOME NIÇOIS 


J’avais toujours pensé que le c et le ch devant Ve et 17 devaient 
être prononcés et écrits dans notre dialecte à la manière des Italiens. 

J’ai donc suivi cette orthographe, qui a été ^lîe de Rancher et des 
autres écrivains niçois contemporains. 

Vous connaissez les arguments que je portais à l’appui de cette mé¬ 
thode. Je disais : 

« Les dialectes trouvent leur modèle, leur règle, leur guide dans les 
langues vivantes auxquelles ils adhèrent, soit à raison de leur origine, 
soit à cause de leur développement successif. 

« J’entends par langue vivante non-seulement celle des savants et 
des poètes, mais la langue de la cour, des parlements, de la chaire, des 
tribunaux, des administrations, des officiers publics. 


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210 


« L’idiome niçard est un des nombreux dialectes qui ont survécu à 
l’ancienne langue provençale ; mais séparé, par les vicissitudes de la 
politique, des autres dialectes de la même famille, et circonscrit en 
d’étroites limites, il n’eut jamais ni l’autorité ni les honneurs d’une 
langue écrite, et se trouva nécessairement soumis à l’influence prépon¬ 
dérante de la langue italienne, qui a été pendant plusieurs siècles, dans 
notre pays, la langue du gouvernement et des écoles. 

« Au contact de cette langue, qui fut du reste la sœur bien-aimée et 
préférée de la langue provençale, notre idiome a subi des modifications 
profondes sinon essentielles. 

« Ces modifications vous les admettez, comme vous admettez que 
rien ne peut être changé à l’état actuel de notre dialecte. 


« Mais si vous croyez juste de faire ces concessions quant au fond, 
disais-je, il faut que vous les fassiez aussi quant à la forme. C’est une 
conséquence naturelle. Les mots, les désinences, les sons que notre 
idiome a empruntés à l’italien doivent nécessairement être orthogra¬ 
phiés d’après les règles de cette langue, car l’orthographe n’est que 
l’expression visible de la parole. » 

Or, je viens de m’apercevoir que la mineure de mon syllogisme est 
fausse en ce qui forme l’objet de notre présent débat. J’avais tort, je 
le dis sans confusion et sans regret; car je ne mets pas mon amour- 
propre à persister dans l’erreur, mais bien à déclarer qu’en étudiant 
consciencieusement, j’ai trouvé ce que je crois être la vérité. 

J’ai remarqué que le c de la parole italienne placé devant Ye et 17 
prend presque toujours en dialecte niçard le son de Ys L Cercare se 
change en sercà , célébré en selèbre, cenere en sendre, cento en 
sent, ceppo en sep , cervello en servèu , cicala en sigala , cicatrice 
en sicatrissa , cielo en siel, cima en si ma, cinquanta en sincanta, 
cisterna en sisterna, etc. 

D’autre part, les Niçois prononcent le ce et le ci à l’italienne, lors¬ 
que ces syllabes correspondent dans leur dialecte au che et au chi des 
Provençaux. C’est ainsi que nous avons macina, cimera, cifra, ce- 
rit, lace , proce, etc., paroles qui s’écrivent avec le ch dans tous les 
autres dialectes de la langue provençale, tout en conservant la même 
prononciation. 

Il résulte de là : 

1° Que la prononciation du ce et du ci des Niçois n’est pas due à 
l’influence de la langue italienne, puisque chaque fois que ces sons se 
rencontrent dans cette langue, nous les changeons en se et en si; 

2° Que notre ce et notre ci ne sont que la reproduction du che et 


1. Et en conséquence est représenté par une 8 dans le système orthographique que 
ce dialecte a emprunté à l'italien en des temps relativement modernes. S. 


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211 


du chi provençal et doivent pour cela même en conserver l’orthographe. 

J’ai fait les mêmes observations pour notre che et notre chi L 

Nous ne tenons pas cette prononciation des Italiens, puisque bon 
•nombre de mots que nous orthographions ainsi s’écrivent en italien avec 
le que et le qui, comme en conquis ta, conchista ; questione, ches- 
tion ; liquido, lichide; questo, achesto ; querela, cherela ; quielo, 
chiet ; qui, achi ; quictanza, chitansa ; quindici, chinze ; séquoia , 
sechela, etc. 

Et j’en déduis encore que cette prononciation nous vient de l’an¬ 
cienne langue provençale, dans laquelle le qui et le que ont le même 
son que notre chi et notre che actuel, et que par conséquent, nous 
devons adopter l’orthographe des écrivains d’outre-Var. 

Du reste, les meilleurs grammairiens italiens nous assurent que ce 
n’est pas dans leur langue que nous trouverons la bonne prononcia¬ 
tion de Vh. 

11 est curieux de consulter à ce sujet un livre imprimé à Turin en 
1730 par ordre de l'Université, et qui a servi à l’enseignement dans 
les Etats sardes jusqu’à l'introduction des nouvelles méthodes. 

Je transcris de ce livre, qui a pour titre Trattato delle lettere, le 
passage suivant où il est question de la prononciation du ch. 

« Che la ch latina abbia avuto un suono diverso dalla c innanzi a 
« qualunque vocale, si ha per certissimo; posciacchè se non fosse, ri- 
« dicolo sarebbe stato Catullo in metter in canzone quel taie Arrio 
« che dicea chommoda per commoda e hinsidias per insidias 2 . 
« Ma di taie pronunzia noi siamo tutto strani, conciossiacosachè 
« eziandio quella che abbiamo ritenuta, qualora al ch segue la e e la t, 
« probabilmente non sembri essere la medesima che aveano i latini 
« avanti a tutte le vocali; e forse assai più délia nostra se le rassomi- 
« glia la pronunzia francese, corne nelle parole char, cher , chiche, 
« chose, chute, chou. La quai pronunzia non si confà all’italiana, a 
« cui è paruta l'A superflua, si è dalla lingua pressochè sbandita, 
« scrivendosi carattere, collera, Bacco e tant’altri senz’/i. » 

D’autres raisons viennent encore à l'appui de la cause que je com¬ 
battais hier et que je défends aujourd’hui : 

1° Bon nombre de noms propres du comté de Nice que nous pro¬ 
nonçons avec le ce ou le ci italien s’écrivent avec le ch, comme Ac- 
ciardi pour Achiardi, Riciaud pour Richaud, Pencenat pour 
Penchenat, Toucia pour Touche, Cicion pour Chichon, Ciabaud 
pour Chabaud, Ciastrous pour Chastroux. Nous avons aussi le 

1. Sonnant que, qui , comme en italien. 

2 Catulle, carm. 81. 


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— 212 — 

prénom (sic) de Miquelis, que l’on n’écrit jamais avec le ch dur à la 
manière italienne ; . 

2° Le prénom (sic) de C 1er ici, très connu à Nice et dans nos mon¬ 
tagnes, est prononcé par nous avec l’accent tonique sur la syllabe Clé ; 
il ne peut donc être écrit avec les deux ss, car à raison des deux con¬ 
sonnes qui suivraient 17 l’accent tonique serait déplacé ; 

3° En adoptant la nouvelle méthode il n’y aurait pas d’exceptions à 
la règle, tandis que dans l’ancien mode d’orthographier les exceptions 
sont nombreuses ; et nous n’aurions jamais osé écrire ciouôs pour 
chois, cevron pour chevron, perciouor pour perchoir, mouciour 
pour mouchoir. 

Je conclus. — La manière d’écrire et de prononcer des Provençaux 
en ce qui concerne le c et le ch devant \'e et 17, le que et le qui, est 
la seule vraie et nous devons l’adopter; je dirai mieux : nous devons 
y retourner , car elle fut celle des troubadours et de nos pères avant 
l’année 1600. 

Peut-être arrivera-t-il à la nouvelle orthographe ce qui arriva à 
Ulysse au retour de son long voyage : elle ne sera plus reconnue des 
siens ; mais cet obstacle ne doit pas nous arrêter. 

M. Sardou, dont la compétence en ces matières ne peut être con¬ 
testée, nous fait l’honneur d’assister à nos réunions ; c’est lui qui nous 
a donné la première idée de travailler de concert au relèvement de 
notre langue maternelle en publiant son remarquable travail sur l’i¬ 
diome niçard; profitons de ses conseils, de son savoir, de sa complai¬ 
sance ; proclamons hautement la vérité, et ne nous préoccupons pas 
trop des résultats de la petite révolution que nous allons accomplir. 

t 

L'onda che al mar s’avvia 
Ostacolo non terne : 

‘ Gettiam del vero il seme, 

Fiorire un dl dovrà. 

Signé : Eugène Emanuel. 


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PETITE INCURSION 


DANS LE DOMAINE DE LA NUMISMATIQUE MONÉGASQUE 


A Messieurs les Membres de la Société des Lettres, Sciences et A rts 

des Alpes-Maritimes. 

Au mois de mars dernier, chargé par votre Société de faire 
un rapport sur un mémoire de M. Ch. Jolivot, concernant 
l’histoire du monnayage de la principauté de Monaco, je me 
suis vu, pour m’acquitter consciencieusement de cette tâche, 
dans la nécessité d’étudier un atelier monétaire sur lequel, 
je l’avoue, je ne possédais que des notions fort imparfaites. 
Je dois profiter de cette circonstance pour vous remercier 
de l’accueil flatteur que vous avez bien voulu me faire dans 
votre savante compagnie, qui, par cette étude obligatoire, 
m’a imposé, pour ainsi dire, le devoir de faire une visite à 
M. le chevalier Girolamo Rossi, inspecteur des fouilles de 
Vintimille, afin de consulter l’auteur des Monete dei Gri- 
maldi, principi di Monaco , sur une matière inconnue de 
moi, et dont l’attrait avait, depuis longtemps, provoqué ses 
propres études et abouti à la publication d’un livre, le seul, 
je crois, que l’on possède sur ce sujet. 

Peu de jours après cette visite, qui, à l’avantage de faire 
la connaissance d’un érudit aimable et de jeter un coup 
d’œil sur les spécialités de son médaillier, m’avait encore 
procuré le plaisir de parcourir, sous la conduite même de 
M. Rossi, les ruines du théâtre antique dont l’archéologie 
lui doit la découverte, je fis, à mon tour, celle de quatre 
pièces inédites appartenant à la série numismatique qui a 


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214 


été l’objet de ses ardentes investigations. J’ai eu la pensée 
de vous en adresser la description dans une lettre ; mais, 
pour le faire convenablement, j’ai dû me livrer à quelques 
recherches nouvelles. 

Sous le litre de întorno alcune monde ciel principato 
di Monaco , je trouve dans le Periodico di numismatica 1 
un article auquel je vous demande la permission d’emprunter 
d’abord les lignes suivantes : 

« Opéra di non leggera utilità fecc per la storia degli 
« Stati d’Italia il prof. cav. Girolamo Rossi quando nel 1868 
« pubblicô in Oncglia, pe’ tipi del Ghilini, una bella e dotta 
« illustrazione delle Monde dei Grimaldi prindpi di 
« Monaco , nella quale; dopo averci con brevi cenni discorso 
« délia storia di quella città e di quel principato, passa dili- 
« gentemente in rassegna le antiche e le moderne monete 
« di quei Signori, sino a quelle di Onorato V, ossia all’anno 
« 1838. L’erudito professore adornô questa sua veramente 
« degna operetta di belle tavole e di chiare e minute descri- 
« zioni ; ma quale ne fosse la cagione, sfuggirono alla sua 
. « diligenza alcune monete dello stesso principe Onorato V, 
« le quali io stesso ho potuto a mio agio vedere nella splen- 
« dida raccolta dell’illustre numismatico inglese signor 
« Boyne, che nella villa Matilde di Nizza ha saputo riunirc 
« un vero tesoro d’ogni fatta di monete, nella scienza delle 
« quali non ha forse alcuno in Europa che possa entrargli 
« innanzi. » 

L’auteur de ces lignes, M. le comte Filippo Benvenuti, les 
fait suivre de la description des quelques pièces du règne 
d’Honoré Y* qui avaient échappé aux investigations de 


]. Periodico di numisinatica e sfragistica per la storia <VItalia } diretto dal maren. 
Carlo Strozzi. Firenze, Ricci, 1874, faso. 1% p. 8. 

2. La liste que ce numismate donne de ces pièces n’est pas complète; car j'ai trouvé, 
dans la collection de M. Eysseric de Sisteron, quelques autres pièces du même souverain, 
que l'auteur italien n’a pas décrites Peut-être n'ont-elles jamais été émises et n'en ai-je 
vu que des essais? Je considère néanmoins comme un devoir de les réunir aux précédentes, 
comme le complément d’un monnayage effectif ou projeté. 

HONORÉ V — PRINCE DE MONACO. Tête nue à droite; dessous: horrel k. 

R. Ecusson aux armes de la Principauté, sommé d'une couronne et soutenu par deux 
moines armés d'une épée; à droite, dans le champ, E. ROGAT. A l'exergue et en deux 
lignes: 

20 FRANCS — une foi 1838 M. 

Quoique M. Benvenuti n’ait pas cité Io nom de borrkl inscrit à l’avers, je sor.p- 


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215 


M. Rossi ; mais, s’il a donné, de la sorte, un supplément 
à son livre, il est à regretter qu’il n’en ait pas été de 
même pour ses planches ; et je ne sache pas, qu’en 
dehors de cet article, il ait rien été ajouté depuis à son 
utile recueil. 

Je me permets d’apporter à ce travail un modeste appoint, 
dont, en étudiant aussi la riche collection de M. William 
Boyne, notre honorable confrère, j’ai eu le plaisir de faire 
la découverte. Je songeai à vous aussitôt, et, grâce à l’ihé- 
puisable obligeance du possesseur de ces raretés, j’en eus 
bientôt de bonnes empreintes, —aussi bonnes du moins que 
l’état de ses pièces le permettait,—et je vous en adresse 
aujourd’hui les dessins, accompagnés d’une courte notice 
que je suis heureux de vous offrir. Elle vous appartenait de 
droit. 

En compensation des pertes territoriales qu’ils avaient 
éprouvées en Italie, le roi Louis XIII, voulant rattacher à 
sa politique les souverains de Monaco, qui en avaient été 
distraits pendant plus d’un siècle par l’empereur Charles- 
Quint, leur octroya plusieurs dignités en France, parmi 
lesquelles il en est deux dont les noms appartiennent à 
l’histoire de ma province : c’est bien le moins du monde que 
le numismate dauphinois prenne la liberté de dire un mot 
du monnayage de princes qui ont porté les titres de Ducs 

9 

de Valentinois et de Barons du Buis (dans le Bas-Dauphiné). 
Non que je considère la numismatique de la principauté de 

Monaco comme inhérente à celle du Dauphiné.Oh ! non, 

mon amour de la terre natale ne va pas jusque là, et le 


çonne que la pièce ici décrite est la même que la sienne, car je l’ai rencontrée aussi sur 
deux flans isolés : ce qui me donne à penser que ce n’est également qu’une pièce d’essai. 

Dans les mêmes conditions, c'est-à-dire frappées séparément, j’ai aussi vu une pièce 
de 50 centimes portant uorrui, p. sous la teto (je n’ai pas vu le revers, qui doit-être comme 
celui de la pièce d'un quart de franc décrite ci-après, moins la dénomination), et une pièce 
de 10 centimes, —système du billon de Napoléon l #r à l’N couronné, — que M. Benvenuti 
a aussi décrite. 

Enfin, j’ai encore rencontré — toujours sur deux flans séparés, — la même tête et la 
même légende, mais avec bosbbl seulement sous la tète. Au revers, même type que sur 
la pièce de 20 francs : les armes de Monaco, avec les mots à l’exergue, I/l FRANC — une 
foi 1839 M ; et à droite, dans le champ, les lettres E. R., initiales du nom du graveur E. 

Rogat. 


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216 


chauvinisme n’a jamais été mon affaire. Bien souvent, je le 
reconnais, j’ai été tenté de joindre à nos monnaies celles de 
la principauté d’Orange, — qui, en vertu de différentes 
transactions politiques, a plusieurs fois, au temps passé, fait 
partie de notre ancienne province, — et cela avec d’autant 
plus de raison que ses honnêtes souverains s’efforçaient 
d’être Dauphinois par l’usage et l’abus qu’ils s’arrogeaient 

de copier nos espèces. Mais j’ai toujours considéré les 

annexions comme dangereuses, en numismatique comme en 
politique, et quoique les Grimaldi appartiennent au Dauphiné 
par quelques-uns de leurs titres, je les ai rangés pour leurs 
monnaies, — mais à un autre point de vue, cependant, 
— sur la même ligne que les princes d’Orange. Leur 
numismatique se rattahce plutôt à votre domaine qu’au 
nôtre. 


Je me plais à constater d’abord que le livre de M. Rossi 1 
est le premier qui ait donné, des princes de Monaco, une 
liste complète et exacte, et qui permette à ceux qui étudient 
les monnaies de la maison de Grimaldi de les classer conve¬ 
nablement: celle que M. J. B. A. A. Barthélemy a publiée 
dans son Nouveau Manuel complet de numismatique du 
moyen âge et moderne ! , — ouvrage où l’on trouve tant 
d’autres bonnes choses, — étant, sur ce point aussi erronée 
qu’insuffisante. 


La première des quatre pièces que je veux vous décrire 
appartient au règne d’IIonoré II (1605-1662), ainsi que les 
deux suivantes. On connaît deux pièces à ce type pour le 
règne de son successeur, Louis 1 er , une pezzetta et une 
mezza pezzetta; mais on n’en avait point encore publié 
d’analogue pour ce prince : c’est donc à lui qu’il faut faire 
remonter le prototype de cette monnaie, qui est une mezza, 
pezzetta , et il est probable qu’on retrouvera quelque jour la 
pièce dont celle-ci n’est que la division. 


1. Afoneie dei Grimaldi , etc.; Oneglia, Ghilini, 1868, p. 19. 
*. P. 253. 


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217 


HONoratoJ • II * D ei * Gratta • PRINcép* ‘ MONoee* &; 
Ecusson aux armes de Grimaldi *, surmonté d’une couronne dans 
laquelle on lit : DEO IVVANTE. 

* CRVX • HOSTIYM • V1CTRIX • 1648; 

Croix pattée, légèrement ancrée, et cantonnée de quatre losanges. 

Billon Mod. 20 mill. (PL, n° 1.) 

Cab. de M. William Boyne, à Nice. 

La seconde pièce, dont suit la description, est un double-tournois. 

HON • II D:G. PRIN • MONOECI.; 

Buste à droite, à longue chevelure retombant sur les épaules, en 
costume et avec le collier du Saint-Esprit autour du cou. 

jy H8 DOVBLE TOVRNOIS • 1653; 

Dans le champ, trois losanges, 2-1. 

Cuivre Mod. 20 mill. (PL, n* 2.) 

Cab. de M. W. Bovne. 

V 

Après le « a rdito colpodivia.no » de 1641, — dont parle 
M. Rossi dans son livre *, coup de main qui replaça la prin¬ 
cipauté de Monaco sous le protectorat de la France, en 
l’arrachant à « l’ignobile giogo délia Spagna », les mon¬ 
naies de ce petit Etat souverain durent être frappées aux 
mêmes poids et titres que celles du roi Louis XIV. Ce fut 
une des conditions qui leur furent imposées par le décret de 
septembre 1644, pour avoir cours en France au même droit ' 
que celles de ce pays. La pièce que je publie a donc l’avan¬ 
tage de remplir complètement les conditions du système 
imposé, et cela sous le même nom que les espèces françaises 
analogues. C’est même la seule — dans tout le monnayage 
monégasque, jusqu’au règne d’Honoré V inclusivement, 
c’est-à-dire, jusqu’à notre époque,— qui, si je ne me trompe, 
offre une légende française entièrement d’accord avec celles 
du roi régnant. A ce point de vue donc, cette petite monnaie 
est fort curieuse. C’est aussi la première qui offre aux regards 
les losanges de Monaco sous la forme héraldique 2-1. 

1. Daniel de la Feuille, dans son Art du blason ou de la science des nobles (Amster¬ 
dam, sans date, p. 100) dit que cette maison porte d'argent à quinze fusées de gueules i 
5.5. 5., et pour devise : Deo jurante. Les premières monnaies d'Honoré II portent, en 
effet, ce nombre de 15 fusées sur les planchos de M. Rossi ; mais toutes les autres en ont 
fl, — 7. 7.7., — et les monnaies que je publie moi-même en offrent la même quantité. 

2. P. 41. 


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218 


La troisième pièce, enfin, est un huitième de scudo ou 
demi-teston, frappé pour Honoré II avec son titre de Duc 
de Valentinoi x. 

HON • II : D:G • PRIX • MONOECI ; 

Buste à droite, cuirassé et paludamenté, à longs cheveux retombant sur 
les épaules. 

«y un petit lion, — DVX * — VALENT • PAR • — FRANCIÆ . <k C. 
— 1059 ; 

Ecusson aux armes de Grimaldi, surmonté d’une couronne dans 
laquelle on lit : DEO 1VYA.; au bas, dans la légende, une S barrée. 

Argent Med. 25 mill. (PL., n° 3.) 

Cab. de M. W. Bovne. 

La dernière de ces pièces inédites appartient au règne de Louis l* r 
(1662-1701). 

LVDov/crs • I • Dci * Gratin • — une molette à 6 pointes — 
PRINce/w • MONOECI • & • ; 

Buste à gauche, avec une longue chevelure retombant sur les épaules. 

tjl FLORENT — CVM * LILIO • AN no DOmmi • — * 1665; 
Ecusson aux armes de Grimaldi, surmonté d’une couronne sommée 
d’une fleur de lis entre deux branches do palmier et d'olivier. 

Argent Mod. 20 mill. (PL., n° 4.) 

Cab. de M. W. Boyne. 

Sur cotte monnaie, dont la rareté égale celle des précé¬ 
dentes, j’ai aussi quelques particularités à mettre en relief. 
Premièrement, Yétoilc à G jiointe .s que l’on dit être la signa¬ 
ture de l’hôtel des monnaies de Monaco, et qui, sur'notre 
pièce, est une molette parfaitement caractérisée et non une 
étoile ; puis le signe du losmuje, — si ce n’est un fer de 
lance, — visible sous le buste, et les symboles placés au- 
dessus de la couronne, que nous retrouvons, à peu de chose 
près, sur le beau médaillon d'Honoré II (1645) quant à la 
fleur de lis, reflet éclatant du protectorat de la France, on 
la retrouve également, mais isolée, sur l’unique pièce de 
Lucien Grimaldi (1505-1523) 8 et sur celle d’Honoré II 3 ; 

1. Mo.irtr flt'i GrimnUi et'*.. pl. 1, n* 4. — Le palmier et l’olivier sont l'ornement 
principal de la principauté do Monaco. Knblêmei de la victoire et de la paix, c'est par 
une allusion que tout le monde comprendra qu'ils ont été réunis au lis de France sur 
cette monnaie: Ils fleurissant arec le //.*, ils florissent sous In protection du lis. 

2. Monetedei Grimaldi etc. pl. l.n’l. 

3. Id 1. II, n°K. 


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219 


enfin, le type du revers, le seul do toute la série monégasque, 
— sauf pourtant deux monnaies d’Antoine 1 er (1701), — 
porte l’écusson rond, que l’on verra, un quart de siècle plus 
tard, adopté sur les monnaies françaises. 

Pas d’indication de valeur monétaire sur cette jolie petite 
pièce. 

M. W. Boyno, m’a encore signalé, au sujet des planches 
de l’ouvrage de M. Rossi, quelques particularités qu’il est 
bon de placer ici comme notes devant servir à une Démo¬ 
graphie plus complète. 

Len°2 de la planche I des Monete dei Grimaldi nous 
offre, à l’exergue du revers, les caractères DXII ; la pièce 
du numismate anglais, en tout le reste semblable à celle de 
M. Rossi, porte au contraire GXII. De plus, il y a ETC. 
dans la légende, après le mot CANVSII. Comme je n’ai pas 
le droit de supposer une erreur dans la description de l’auteur 
des Monete , il est de mon devoir de la considérer comme 
exacte, et de donner la pièce de M. Boyne comme une 
variété que, pour celle-là, je puis certifier. 

Pour le n° 4 de la môme planche I, M. Rossi a signalé la 
même médaille en cuivre comme appartenant à M. Luigi 
Franchini ; elle fait maintenant l’ornement des cartons mo¬ 
négasques de M. Boyne. # 

La pièce n° 8, placée en tète do la planche II, est une 
Doppia d'oro dont, en l’absence de l’original, M. Rossi a 
emprunté le dessin à l’ouvrage de Tobiescn Duby. Elle porte 
la date de 1648. M. Boyne en possède une semblable avec 
le millésime de 1649. Je tiens de lui que, dans la collection 
Régnault, vendue à Francfort en 1875, il y avait une Double 
doppia ou pièce de quatre sciuli , avec la date de 1650, 
d’un type presque semblable à celle-ci. 

Sur le n° 9 de la môme planche, le savant numismate 
anglais croit que c’est simplement un écu frappé en or, une 
pièce de fantaisie. 

Les n°* 10 (pl. II), 12 et 15 (pl. III) qui portent, sur les 
reproductions de M. Rossi, les dates 1649, 1654 et 1661, ont 


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é 



220 


leurs représentants dans la suite de M. Boyne, mais avec les 
millésimes 1651, 1653 et 1654. 

Les n°* 11 (pl. III) et 14 (pl. IV), avec la date 1652 et 1655, 
portent celle de 1648 sur les exemplaires du même collec¬ 
tionneur. 

Enfin le n° 15 de la pl. IV (1658) est daté 1648 dans la 
même collection. 

Là se bornera ce que j’avais à dire au sujet de mes petites 
déc^ivertes ; là aussi, Messieurs et honorés confrères, devra 
se terminer cette lettre, trop longue déjà pour le but qu’elle 
s’était proposé, et dont tout le mérite sera de vous avoir lait 
connaître quatre nouvelles pièces à ajouter à une future 
édition de l’intéressante publication de M. Rossi. 

Veuillez agréer, etc. 

Novembre, 1879. 

G. Vallier, 

Membre honoraite de la Société des Lettres, 
Sciences, et Arts des Alpes-Maritimes, 
Conservateur des médailles du Musée de Grenoble. 


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1 


LES GRIMALDI DE BEUIL 


ORIGINE DE CETTE FAMILLE 


En 1647, Charles Vénasque, secrétaire d f Honoré II, 
prince de Monaco, fabriqua une généalogie qui faisait des¬ 
cendre les Grimaldi d’un Théobaldus Grimoald, petit-fils 
de Pépin d’Héristal, le grand-père de Charlemagne. La 
plupart de ceux qui ont écrit des choses de nos pays s’en 
sont tenus au dire de Vénasque et, comme lui, ont fait les 
Grimaldi de la race des Carlovingiens : la vérité est que les 
Grimaldi viennent de Gênes, où leurs ancêtres, enrichis par 
le commerce, disputaient les premiers postes de la répu¬ 
blique et la direction des affaires de l’État à trois autres 
familles: les Doria, les Fieschi et les Spinola. 

Dès les premiers temps de la république, les Grimaldi se 
montrent sur la scène de l’IIistoire, non-seulement dans leur 
propre pays, mais aussi au dehors. C’est ainsi que nous 
voyons en France un membre de cette famille, Giballin 
Grimaldi, amener, l’an 980, au comte de Provence Guillau¬ 
me I er , des navires génois et des hommes do guerre pour 
chasser les Sarrasins de leur repaire de Fraxinetum *; en¬ 
viron trois cents ans après, un autre Grimaldi nommé 

1. Ou Bueil, co nme on le trouve écrit dans plusieurs document*. C est ainsi que jadis 
on écrivait indifféremment deuil ou tlueil. seuil ou suell. La prononciation est d'a-Heurs 
identique dan* les deux cas. et cette si n.Etude de prononciation se trouve dans tous Jet 
mots français termin-s en ueil : accueil, orgueil, etc. — Deuil a fait Boglio en italien. 

2. Aujourd’hui, la Garde-Fie inet, dans les montagnes des Maures, au N.-O. de 
Saint-Tropes (Var). 

17 


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222 


Rainier vient mettre au service du roi de France Philippe 
le Bel les galères de la république, et détruic la flotte 
flamande à la bataille de Ziericksée (1314). 

Lorsque la longue et sanglante lutte des Guelfes et des 
Gibelins éclata dans la haute Italie, les Grimaldi et les 
Fieschi se mirent à la tête du parti guelfe ou de la démo¬ 
cratie ; les Doria et les Spinola se proclamèrent chefs des 
Gibelins ou partisans de l’aristocratie. Forcés plus d’une 
fois par la faction rivale de quitter leur patrie, les Grimaldi 
se réfugièrent le plus souvent sur divers points du littoral 
de la Ligurie; ils y transportèrent leur riche négoce et leur 
puissante marine, firent acquisition de terres seigneuriales 
et fondèrent sur le sol de leur exil des établissements telle¬ 
ment solides et durables, que leurs descendants finirent par 
devenir complètement étrangers à la patrie de leurs aïeux. 

C’est dans les contrées formant alors la partie orientale du 
comté de Provence et dont on a fait de nos jours le dépar¬ 
tement des Alpes-Maritimes, que se fixèrent les trois bran¬ 
ches principales de cette puissante famille. Aux premières 
années du quatorzième siècle, un Grimaldi devient par ma¬ 
riage baron de Beuil; en 1338, Rabella Grimaldi achète, 
pour le compte de son cousin Charles, habile amiral génois, 
les terres et habitations qui font celui-ci maître et seigneur 
do Monaco *; et enfin l’an 1380, Marc et Luc Grimaldi, fils 
d’Antoine, habitant de Nice que Gioffredo qualifie de cava¬ 
lière genovese *, acquièrent la seigneurie d’Antibes, qui 
leur est vendue par le pape d’Avignon Clément VII 3 . 

La branche des Grimaldi d’Antibes n’a pas jeté un grand 
éclat : les historiens de la Provence et Arazi, dans son his¬ 
toire d’Antibes, ont suffisamment rapporté les quelques faits, 
d’ailleurs peu remarquables, qui les concernent. L’histoire 
des princes de Monaco a été faite plusieurs fois et surtou 1 , 
bien faite par M. Abel Rendu ; restait à écrire celle des 
barons de Beuil, qui, tout-puissants dans le comté fie Nice 

1. Abel Rendu, Menton et Moiinco, p. 53. 

2. Storia rlrlle Alpi mnrit. t. III, p. 322, et t. VII, p. 109. 

3. Papou, lfittnivr fît» JVoiv,i'V. t. I. p. 401 et suiv. 


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223 


• durant trois siècles, lurent sur le point de s’y rendre indé¬ 
pendants et d’y exercer le pouvoir souverain, comme purent 
le faire d’autres Grimaldi à Monaco et à Menton. 

Ce n’est pas que les faits,éléments de cette histoire, soient 
restés complètement ignorés jusqu’à ce jour ; mais ils se 
trouvent épars, disséminés au milieu d’autres faits qui leur 
sont entièrement étrangers et appartiennent à une histoire 
plus générale. On a recueilli dans les pages suivantes tous 
ceux de ces faits qui sont relatifs aux Grimaldi de Beuil; et 
après les avoir soumis à l’examen d'une saine critique, on a 
essayé de les coordonner de façon à obtenir un résumé de 
l’histoire particulière de cette riche et illustre maison seigneu¬ 
riale, qui, fondée en 1315 par un habitant de Nice, Génois 
d’origine, prit fin en 1621 par l’exécution d’Annibal Grimaldi, 
condamné à mort comme coupable de rébellion envers le duc 
de Savoie Charles-Emmanuel le Grand, à la suite d’une lutte 
énergique contre ce prince pendant de longues années. 

1. ANDAROK 

PREMIER GRIMALDI BARON DK BRUI. 

D’anciennes chroniques locales nous apprennent que vers 
le commencement du quatorzième siècle, sire Guillaume 
Rostang de Balbs 1 , baron de Beuil et autres lieux, ayant 
voulu, à l’imitation de divers seigneurs de ce temps-là, 
user d’un droit fort déplaisant pour les nouveaux mariés et 
que l’abbé Tisserand appelle droit de cuissart *, fut impi¬ 
toyablement massacré par ses sujets 3 . 

Guillaume Rostang laissait en mourant une veuve, Béatrix 
de Glandévez, et une fille Astruge, son unique héritière. 

1. La maison de Balbs, l'une des plus puissantes de la Provence, possédait dès le 
onzième siècle, à titre de grand fief, la baronnie de Beuil, la seigneurie de Puget-Théniers 
et plusieurs autres terres féodales dans le diocèse de Glandeve* et dans les comtés de 
Tende et de Vintimille (Papon, Histoire de Provence). 

2. Histoire civile et religieuse de la cité de Nice, etc. t. I, p. 226. 

3. En 1315, suivant Gioffredo, Storia delle Atpi marittime ; en 1258, suivantl'abbè 
Tisserand: mais cette dernière date n‘*st pas admissible. 


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Celle-ci fut mariée à un Grimaldi de Nice nommé Andaron 
ou Andarotto, auquel elle apporta tous ses droits seigneu¬ 
riaux, et qui devint ainsi la tige des Grimaldi, barons de 
Beuil. 

Cet Andaron ou Andarotto était le fils de Barnabé Gri¬ 
maldi, l’un des Guelfes qui, chassés de Gênes par la faction 
gibeline, étaient venus s’établir à Nice *. On ne sait rien 
autre de lui, sinon qu’il laissa plusieurs filles et deux fils, 
dont l’aîné reçut à sa naissance le nom de Guillaume 
Rostang en mémoire de son grand-père maternel, et le 
second celui de Barnabé , qu’avait porté son aïeul paternel. 
Leur mère Astruge partagea entre eux ses nombreux do¬ 
maines : Guillaume eut la baronnie de Beuil , Barnabé 
obtint divers apanages de moindre valeur. 


9. GUILLAUME ROSTAWG — a. BARNABE 

Les deux fils d’Andaron ne sont guère connus que par 
leur ardente querelle avec l’une des premières familles de 
Nice et par l’acte d’atroce vengeance qui la termina. C’est 
là un de ces petits événements historiques de médiocre 
importance sans doute, mais suffisamment instructifs néan¬ 
moins pour nous donner une assez juste idée de ce que, en 
nos pays comme partout ailleurs, était un puissant baron du 
moyen âge. 

François Caïs de Nice, chevalier et docteur en droit, avait 
acheté la terre de Rora ou Roure, détachée du domaine de 
la maison de Glandevez (.1340). Le baron de Beuil, Guil¬ 
laume Rostang, et son frère Barnabé convoitaient cette 
terre, qui devait reculer les limites de leurs possessions 
dans la vallée de la Tinée : François Caïs refusa de la leur 
céder. Ils prétendirent alors que la terre de Rora, ayant fait 


1. Voy. Oioffredo, Storia delle Alpi marittime : X. III, p. 5S et 59. Cet auteur ajoute 
que par son testameat de 13?7, Barnabé Grimaldi, père d'Andaron, ordonna que son corps 
fttdéposé ches les Frères mineurs de Nice, pour être de IA transporté à Gènes, dans la 
sépulture de ses ancêtres. 


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partie du domaine de la famille de leur grand’mère Béatrix 
de Glandevez, le nouveau possesseur leur devait loi et 
hommage. François Caïs nia cette prétendue obligation et 
les deux frères Grimaldi résolurent d’employer la force. 
Ils armèrent leurs vassaux, envahirent la propriété de Caïs 
et en firent un vrai désert, pillant, ravageant, brûlant tout, 
tuant même les travailleurs de la terre. Barnabé, d’un 
caractère violent, d’un naturel farouche et sanguinaire, se 
montra sans pitié dans cette expédition de bandits. 

Profondément irrité d’une pareille agression, Bertrand 
Caïs, fils de François, guetta au passage Barnabé Grimaldi, 
se jeta sur lui et le poignarda, ^lalheureusement pour le 
meurtrier le coup ne fut pas mortel, et Barnabé,. à peine 
guéri, ne songea plus qu’à se venger de son assassin. Ber¬ 
trand Caïs, exposé à la rage de son puissant ennemi, s’en¬ 
ferma dans son château de Rora et s’y crut en sûreté ; mais 
Barnabé réunit des forces considérables tirées de Beuil, de 
Massoins, de Guillaumes, en^un mot de tous les fiefs de la 
famille Grimaldi, assiégea le château, s’en empara, saisit 
Bertrand Caïs et lui fit couper la main droite et crever les 
yeux. La victime mourut quelques jours après (1353). 

Ceci se passait sous le règne de la fameuse Jeanne I re , 
reine de Naples et comtesse de Provence, femme de son 
oncle Louis de Tarente. 

Nous lisons dans Gioffredo que pour cet acte de barbarie, 
comme pour d’autres homicides que Barnabé Grimaldi avait 
commis précédemment, il n’eut aucune peine à obtenir sa 
grâce; mais ce fut aux dépens de ses sujets et des sujets 
de son frère le baron de Beuil : les pauvres diables de vilains 
durent payer à la chambre royale la somme, énorme pour 
ce temps-là, de 900 florins d’or; moyennant quoi ils ne 
furent pas inquiétés pour leur prétendue complicité dans les 
crimes de leurs maîtres. Le fisc royal donna aux frères 
Grimaldi quittance générale à la date du 22 juillet 1353 ; et 
la reine Jeanne leur accorda, le même jour, pleine et entière 
rémission de leurs méfaits. De plus, attendu que dans l’ins¬ 
truction de cette grave affaire, Guillaume Rostang et Bàr- 


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nabé Grimaldi avaient fait valoir pour leur défense, que leur 
famille avait toujours tenu et possédé la seigneurie de Beuil 
cum mero et mixto imperia *, alfa, bassa et media juris- 
dictione, reyalibus et mere reyalibus, et aliis juribus 
quib use unique, et par conséquent comme jouissant des 
droits souverains dans leurs domaines, Jeanne I re et Louis 
de Tarente, par lettres patentes, datées du môme jour que 
les lettres de rémission, les déclarèrent eux, ainsi que leurs 
héritiers et sujets, exempts de contribution in subsidiis, 
donis gratiosis, ta lois *, et aliis oneribus quibuscumque. 
C'était reconnaître les droits de souveraineté auxquels 
prétendaient les Grimaldi#de Beuil, et dès ce moment leur 
puissance ne fit que s’accroître. 

Guillaume Rostang, se trouvant sans héritier direct, fit 
donation de la baronnie de Beuil à son frère Barnabé (1357); 
celui-ci eut six fils, parmi lesquels Jean , qui lui succéda à 
cette baronnie, et Louis, seigneur de la vallée de Massoins ; 
on ne connaît que les noms des quatre autres. Le testament 
de Barnabé Grimaldi est du 18 avril 13G8. 


A. JE;\.\ 


Jean Grimaldi fut le grand homme de la famille ; il exerça 
une influence considérable sur les affaires de la ville et du 
comté de Nice, et l’on peut dire que la réunion, en 1388, de 
ce comté, aux modestes Etats de la maison de Savoie, fut 
son œuvre personnelle. Voici ce que l’histoire nous apprend 
à ce sujet. 

Jeanne I re , reine de Naples et comtesse de Provence, se 
vovant sans enfants de ses deux premiers maris, et d’un 


1. Avec autorité supérieure et moyenne, etc. 

2. L'impôt de la t'tiHe. sans doute, nu los amondes 


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227 


âge tFop avancé pour en avoir de son troisième’, désigna 

9 

comme devant lui succéder dans tous ses Etats son cousin 
Charles de Duras, qui vivait à la cour de son autre cousin 
Louis le Grand, roi de Hongrie, et auquel elle avait fait 
épouser une de ses nièces Marguerite de Duras. Par cet 
acte de bonne politique, elle espérait pouvoir ramener à de 
meilleurs sentiments pour elle ses parents hongrois, qui 
n’avaient pas cessé de la croire coupable du meurtre d’An¬ 
dré, son premier mari, malgré la déclaration solennelle do 
son innocence prononcée par le pape Clément VI dans un 
consistoire tenu à Avignon longtemps auparavant *. Il n’en 
fut rien : une grave question religieuse vint augmenter 
encore les causes déjà nombreuses des ressentiments qui 
séparaient les deux branches de la maison d’Anjou \ Naples 
et Hongrie, et les rendit tout à fait irréconciliables.* 

A la mort de Grégoire XI, peu de temps après qu’il eut 
fait la translation du saint-siège d’Avignon à Rome, deux 
papes furent élus simultanément; Clément VII à Avignon, 
Urbain VI à Itome (1378). L’Europe chrétienne se trouva 
divisée en deux camps opposés, l’un tenant pour Urbain, 
l’autre pour Clément. Jeanne embrassa la cause de ce der¬ 
nier, et Urbain la déclara rebelle à l’Église et déchue du 
trône de Naples, qu’il adjugea à Charles de Duras, dont il 
invoqua les armes contre le parti de son rival. Jeanne alors 
révoqua la promesse qu’elle avait faite de sa couronne à 
Charles, et adopta Louis, fils du roi de France Jean le Bon 
et tige de la seconde maison d’Anjou. Dès ce moment éclata 
en Provence et à Naples une longue et sanglante guerre 
entre les partisans de Duras et ceux de Louis I er d’Anjou, 
désignés sous le nom d’Angevins. 

1. En 1333 son grand-p»*re Robert le Bon, roi de Naples, lui avait fait épouser, à l ige 
de sept ou huit ans, un enfant du même fige, André de Hongrie,petit-flls de Charles-Martel, 
frère dudit Robert le Bon. En 1347, deux ans après le meurtre d'André, qu'on l’accusa 
d'avoir ordonné, elle épousa son oncle Louis de Tarente, lequel mourut en 1362. La même 
année elle se remaria avec Jacques d'Aragon : celui-ci mourut en 1375, et Jeanne, qui 
avait atteint la cinquantaine, pritl’année suivante un quatrième mari, Othon de Brunswick, 
prince brave, capable de la défendre contre ses parents de Hongrie et leurs partisans de 
Naples. 

En 1370. 


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228 


Répondant à l’appel du pape Urbain VI, Charles de 
Duras assembla une armée de Hongrois, se fît couronner 
roi par ce pape le 2 juin 1381, marcha sur Naples, y entra 
le 16 juillet suivant, sans éprouver la moindre résistance, 
et assiégea le Chàteau-Neuf, où la malheureuse reine s’était 
réfugiée. Le quatrième mari de Jeanne, Othon de Brunswick, 
accourut en armes; mais il fut battu et fait prisonnier: 
Jeanne ouvrit alors à son ennemi les portes du Chàteau- 
Neuf. Peu de jours après une flotte provençale arriva pour 
la secourir : Charles conduisit lui-même les capitaines de 
ces navires auprès de sa prisonnière, et demanda à celle-ci 
de le déclarer devant eux son successeur au comté de Pro¬ 
vence ; mais Jeanne exhorta au contraire les officiers pro¬ 
vençaux à ne reconnaître pour maître que Louis d’Anjou 
et à la venger de Charles, envahisseur de son royaume. 
Celui-ci, furieux, la relégua au château de Muro, dans la 
Basilicate; et lorsqu’il apprit que Louis d’Anjou était en 
marche pour la délivrer, il la fit étouffer sous un lit de 
plumes, le 12 mai 1382. 

Ce meurtre ne pouvait que rendre plus ardente la lutte 
entre les Angevins et les partisans de Charles de Duras, 
devenu le roi Charles III ; et la guerre continua en Provence 
non moins que dans le royaume de Naples. A Nice, Jean de 
Beuil se mit à la tête, du parti de Charles, qui le nomma 
lieutenant du sénéchal de Provence *. 

Cependant Louis d’Anjou, couronné à Avignon roi de 
Sicile par le pape Clément VII, parvient à réunir une forte 
armée et se rend à Naples. La plupart des villes lui ouvrent 
leurs portes ; mais il perd bientôt tout le fruit de ses pre¬ 
miers succès et meurt le 21 septembre 1384, laissant un fils, 
Louis II, enfant de huit ans sous la régence de Marie de 
Blois, sa femme. L’année suivante Charles III est assassiné 
en Hongrie ; sa veuve Marguerite de Duras, restée à Naples, 
y fait couronner son fils Ladislas, autre enfant de dix ans. 

1.• Il est ainsi qualifié dans «'ertaines rhartes: Johannes d* Grimnldi , dominu* 
baroniœ Bolii , tocumtenens domini Provinciæ s*aescaW, dominas prinreps et o/firialit 
major Serenissimi Principis et Dumini Karoli , regis Ungarirr , Jérusalem et Sicilift. 
et comitatuum Provinciæ et Forralquerii comitis. 


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229 


A la nouvelle de la mort du roi Charles III, Jean de Beuil 
fit prêter hommage au roi Ladislas et à la reine mère par les 
habitants de Nice et par les feudataires du comté. Des lettres 
patentes signées du jeune roi et datées de Gaëte du 19 dé¬ 
cembre 1387, lui conférèrent les titres de sénéchal et de 
gouverneur de la Provence. Or, dans tout le reste de cette 
province le parti de la maison d’Anjou avait fini par l’em¬ 
porter sur celui de Duras, et le vrai sénéchal de Provence, 
Georges de Marie, se prépara à passer le Varavec des forces 
suffisantes pour soumettre la ville de Nice. Une longue 
résistance était impossible : les Niçois demandèrent des se¬ 
cours à la reine mère Marguerite; mais les affaires n’allaient 
pas mieux à Naples qu’en Provence pour le jeune roi 
Ladislas, qui lui-même n’avait guère les moyens de conti¬ 
nuer la guerre de Hongrie, royaume auquel il prétendait, et 
pouvait à peine se défendre contre les Napolitains partisans 
de son rival Louis II. Marguerite et Ladislas répondirent 
donc aux Niçois de pourvoir eux-mêmes à leur défense, et, 
si cela devenait nécessaire, de se mettre pour un temps sous 
la protection de quelque puissant prince, en attendant une 
foi tune plus favorable. 

Georges de Marie ravageait toute la contrée et Nice se 
trouvait hors d’état de se défendre longtemps. Jean de Beuil, 
sénéchal au nom du roi Ladislas, assembla le conseil de la 
ville pour délibérer sur le choix d’un protecteur : les uns 
voulurent qu’on s’adressât au Dauphin do Vienne, d’autres 
au pape Urbain VI, d’autres à la république de Gènes : Jean 
de Beuil proposa le comte de Savoie Amédée VII le Rouge, 
fils d’Amédée VI dit le comte Vert ; et il fit si bien valoir 
les qualités de ce prince, que tout le monde fut de son avis. 

Jean fit partir immédiatement pour Chambéry son frère 

Louis, en compagnie de deux députés de la ville, Raymond 
Garneri et Antoine Denys, pour aller traiter avec le comte 
de Savoie. Celui-ci se trouvait en ce même temps à la cour 
du roi de France Charles VI, à côté duquel il y avait vail¬ 
lamment combattu quelques années auparavant à la bataille 
de Rosbecq contre les Flamands : néanmoins le 2 août 1388, 


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■m 


on présence de Bonne de Bourbon, veuve du feu comte, et 
d’une autre Bonne de Berry, femme d’Amédée VII, Louis 
Grimaldi traita avec le maréchal de Savoie, d’abord pour son 
propre compte et celui de son frère *, et deux jours après 
il arrêta les bases d’une convention avec la ville Nice. 

Par leur traité particulier, Jean, baron de Beuil, et Louis 
seigneur de Massoins, se reconnaissaient, eux et leurs des¬ 
cendants, vassaux du comte de Savoie pour toutes leurs 
possessions dans le comté de Provence, dont celui de Nice 
faisait partie, savoir Beuil, Massoins, Roubion (Robia), 
Roure (Rora), Péone, Ilonze, Bairolz, Rigaut, Thieri, Pier- 
las, Toet, etc. En second lieu, les deux frères Grimaldi pre¬ 
naient l’engagement de mettre au pouvoir du comte Amédée 
et à sa première réquisition les viguerics de Nice, compre¬ 
nant tout le comté de ce nom, et en outre diverses localités 
sur la rive droite du Var, telles que Saint-Paul-de-Vence, 
Gattières, Garros, Boyon, le Broc, la Gaude, etc., plus 
toutes celles que le baron de Beuil pourrait enlever aux An¬ 
gevins dans les comtés de Provence et de Forcalquier, 
desquels lieux il serait reconnu seigneur sous la suzeraineté 
dudit comte de Savoie. Cet acte fut ratifié le 18 août par 
Jean de Beuil et le 25 par Amédée VIT. 

Relativement à la ville de Nice, il fut convenu : 

1° « Que le comte Amédée VII réunirait immédiatement 
une armée suffisante pour venir délivrer la ville de Nice, et 
qu’il marcherait en personne contre le sénéchal Georges de 
Marie et tout autre officier au service de Louis d’Anjou; 

2° «Qu’il prendrait sous sa protection la ville de Nice et 
ses quatre viguerics contre les ennemis du roi Ladislas, dé¬ 
fendrait de tous ses moyens l’intégrité du territoire, et ne 
permettrait jamais aucune aliénation ou démembrement du • 
comté, tant en propre, que de la part des Angevins ; 

3° « Qu’il ne reconnaîtrait jamais Louis d’Anjou ni aucun 
des siens pour héritiers légitimes de la reine Jeanne, promet¬ 
tant- de maintenir parfaite alliance avec le roi Ladislas et de 

1. Voir Gioffredo, Storin dellr Alpi M*riltime % t. III, p. 


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231 


ne jamais se déclarer contre lui, ni de favoriser ses ennemis, 
même indirectement ; 

4° « Que la ville de Nice, ses habitants, sans exception et 
ceux des quatre vigueries, reconnaîtraient, aussitôt après la 
levée du siège, par un acte de préférence et de libre choix, et 
de la manière la plus solennelle, Amédée VII, comte de 
Savoie, pour leur souverain adoptif, et lui prêteraient hom¬ 
mage et serment d’obéissance et de fidélité, sous la réserve 
expresse de tous leurs privilèges, immunités et franchises, 
et de la conservation de leur régime municipal ; 

5° « Qu’en vertu de cet acte d’adoption, aucun desdits ha¬ 
bitants ne pourrait être forcé de prendre les armes contre le 
roi Ladislas ou contre ses successeurs légitimes, et que le 
baron de Beuil ainsi que tous les autres gentilshommes qui 
voudraient continuer à le servir dans le royaume de Naples, 
en auraient la libre faculté ; • 

6° « Que ce môme Ladislas conserverait la plénitude de 
ses droits souverains sur la ville et les vigueries de Nice, 
pendant l'espace de trois ans révolus, à dater du jour de la 
convention ; et que si, à l’expiration de ce terme, il était en 
mesure de rembourser au comte de Savoie tous les frais de 
guerre, d’occupation et de défense relativement au susdit 
pays de Nice, il serait immédiatement et sans opposition 
réintégré dans toute sa souveraineté ; 

7° « Enfin, que tant que le schisme durerait dans l’Eglise, 
les consciences seraient parfaitement libres, et que les 
habitants ne pourraient jamais être forcés de prendre parti 
pour l’un ou pour l’autre pape *. » 

Amédée revenu à la hâte de Paris, franchit le col de 
Tende à la tête de forces imposantes, rejeta Georges de 
Marie au-delà du Var, et le 28 septembre fit avec les consuls 
de Nice un traité définitif reproduisant les articles précités 
de la convention faite à Chambéry, auxquels fut ajoutée 
l’énumération des anciens privilèges dont la ville jouissait 

1. Kx trait da Y Histoire <1* Nie* par Louis Iiuranta, t. I, p. :<lî. 


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t 



— 232 — 

depuis longtemps et des nouveaux qui lui furent accordés 
par le comte de Savoie *. 

Aniédée quitta Nice le 19 octobre; avant son départ, il 
donna la garde du château et le commandement des troupes 
à Oddon de Villars, gentilhomme savoisien qui lui était 
tout dévoué, et il nomma Jean de Bouil gouverneur général 
du comté de Nice, « avec concession de la seigneurie de 
« vingt-sept villages dans les diocèses de Nice et de Glan- 
« devez, pour les posséder à titre de grands fiels dont il 
« ne se réservait que le haut hommage. » 

Disons ici que faute par le roi Ladislas d’avoir remboursé 
dans le délai voulu les sommes considérables dépensées par 
Amédée VII pour la défense du comté de Nice contre les 
Angevins, ce comté resta définitivement acquis à la maison 
de Savoie. 

L'intervention % du comte Amédée avait eu pour effet 
d’accroître l’animosité des deux partis contraires. Les cam¬ 
pagnes, sur la rive gauche, comme sur la rive droite du 
Var, étaient devenues le théâtre de fréquentes incursions 
de part et d’autre, exerçant partout le massacre et l’incendie. 
Une trêve conclue à Nice le 14 octobre 1389, mit fin à cette 
véritable guerre civile entre populations qui parlaient la 
même langue et avaient vécu jusqu'alors sous le même 
sceptre. Cette trêve fut signée, au nom du comte de Savoie 
par Jean Grimaldi et Oddon de Villars , au nom de Marie 
de Blois et de son fils Louis II, par Reforciat d’Agout, 
seigneur de Cuers et de Glandcvcz*. Deux ans après (1 er no¬ 
vembre 1391) Amédée VII mourut d’une chute de cheval à 

1. Ce trait»'* fut passé entre les commissaires du comte de Savoie et les consuls et 
délégués de la ville, à l'abbaye do Saint-Pons, devant la porte de l'église. L'acte fut 
dressé par Pierre Ducis, notaire et secrétaire dudit comte, et par Jean TrufTeni 

notaire do la .ille. L'avocat Datta, auteur de l'intéressant volume intitulé: Dette liberté 

• 

del eomune di .Xizza (IS’> ') dit que l'original de cet acte a été perdu et qu’on n'en a plus 
que des copies tirées du Code Leopardo de la ville de A*i>e, recueil, fait en 1556, des 
fran’hisesaccordées par les princes de Savoie. Ii donne lui-même, page 317, une excel¬ 
lente copie de cet acte, qui est fort Ion*: celle quo donn-^ Gioffrcdo est moins bonne. 
Les Archives de la ville en possédant me autre, imprimée en caractères des premières 
années du dix-septième siècle: le texte ne vaut pas celui de l'avocat Datta 

2 Papon, Hist.de Provenue, et Durante, Histoire de .Y ice. Giolfredo assigne à cette 
trêve la date du 21 septembre et donne d'autres noms. 


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4 


— 233 — 

une chasse au sanglier: son fils Amédée VIII, âgé de huit 
ans, lui succéda, sous la régence de Bonne de Bourbon, 
mère du comte défunt. 

La trêve de 1389 avait fait à Jean Grimaldi des loisirs 

dont son humeur batailleuse s’accommodait difficilement; 

* 

d’autre part les circonstances du moment ne lui permet¬ 
taient guère d’atteindre, selon ses désirs, à une plus haute 
fortune. Gouverneur général de la ville et du comté de Nice, 
il pensait avoir le droit d’exercer un pouvoir à peu près 
absolu ; et il trouvait en Oddon de Villars, commandant du 
château et des hommes de guerre, un serviteur de la maison 
de Savoie qui ne laissait échapper aucune occasion d’ac- 
croitre l’autorité de son maître aux dépens même de celle 
que le baron de Beuil possédait en vertu du traité de 1388. 
De là entre ces deux hommes un antagonisme qui, comme 
nous le verrons bientôt, eut de graves conséquences pour la 
tranquillité du pays. 

Impatient d'une situation si peu conforme à ses vastes 
aspirations, Jean de Beuil conçut un hardi projet, auquel il 
associa son frère Louis de Massoins, aussi ambitieux que 
lui. Sous prétexte de faire rentrer en la possession de la 
famille des Grimaldi le château et la seigneurie de Monaco, 
qui leur avaient été enlevés par les Génois en la personne de 
Charles I er l , Jean et son frère arment leurs vassaux, s’a¬ 
vancent contre cette place, et s’en emparent facilement à 
l’aide d’intelligences qu’ils s’y étaient ménagées (janvier 
1395); puis, maîtres de Monaco, ils méditent une nouvelle 
entreprise. Le 19 décembre de la même année, à la tête 
d’une troupe composée de leurs hommes et d’un grand 
nombre de Guelfes génois réfugiés à Monaco, ils marchent 
sur Vintimille, occupée par d’autres Génois du parti con¬ 
traire. Mais la fortune les trahit : un pont de bois que n’avait 
pu défendre l’ennemi, s’écroula sous les pas de leurs gens, 

1. Voy. Abel Rendu: Ms.xlon et Monaco, eh. V. L’un des principaux chef* guelfe», 
Charles Grimaldi, premier d.i nom, possédait de nombreuses galères et avait servi la 
France contre les Anglais en qualité d'amiral : il combattit aussi et fut blessé à la bataille 
de Crécy (1346) 


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234 


dont les uns périrent dans la chute et les autres furent faits 
prisonniers. Jean de Beuil et son frère Louis se trouvèrent 

0 

au nombre de ces derniers. On les conduisit d’abord au 
château de la Pietra, puis à Gènes ; deux ans après, le comte 
de Saint-Pol, gouverneur de Gênes au nom du roi de France 
Charles VI, auquel cette république s’était donnée, leur 
rendit la liberté. 

La captivité de Jean Grimaldi avait laissé le champ libre 
à Oddon de Villars. Bienvenu de la régente Bonne de 
Bourbon et exerçant une grande influence sur les affaires de 
l’État, ce seigneur voyait avec peine que le gouvernement 
de Nice ou de Provence, comme on disait alors \ restât 
dans les mains du baron de Beuil ; il se fît nommer gouver¬ 
neur et sénéchal à la place dudit baron, et travailla de son 
mieux à ruiner le parti des Grimaldi dans la ville de Nice. 

En quittant Gênes, Jean de Beuil s’arrêta à Menton, d’où 
il écrivit aux consuls de Nice pour leur annoncer qu’il était 
libre et qu’il avait mandé à la Corna de Régimont, lieute¬ 
nant d’Oddon de Villars, de lui envoyer quelques-uns de 
ses gens avec deux personnes de son propre parti, afin qu’il 
pût leur faire part, disait-il, d’une chose qui serait à l’avan¬ 
tage et à l’honneur du comte de Savoie et de tout le pays*. 

Cette conférence à Menton eut-elle lieu? Ce qu’il y a de 
certain, c’est que les choses on vinrent à un tel point, que six 
mois après (janvier 1398) les frères Grimaldi, exaspérés 
contre Oddon de Villars, qui les accusait d’avoir traité 
secrètement avec Louis II d’Anjou pour lui restituer le 
comté de Nice, présentèrent au jeune comte Amédée VIII 
et au Conseil de régence uno requête renfermant l’exposé 
de leurs griefs contre lui ainsi que les leur propre justifi¬ 
cation.Voici le résumé de ce factum qui fut écrit en vieille 
langue provençale 3 . 

Après un assez long préambule les requérants font d’abord 

1. «Corne allora chiaraavasi di Provensa. * (GiofTredo, Stoi\ dette Atpi mar. t. III. 
p. 535 et 538). 

2. Voy. cette lettre : Documents, n* 1. 

3. Voy. aux Documents , n # 2. le t*xt* d'après GiofTredo, avec les corrections qui 
m’ont paru nécessaires. 


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235 


remarquer qu’étant prisonniers des Génois, ils ont repoussé 
l’offre de leur liberté à eux faite par Georges Adorno, frère 
du doge Antonioto, à la condition de faire tout ce qui serait 
en leur pouvoir pour que le roi Louis d’Anjou redevint 
maître de la ville et du comté de Nice, qui avait été sous le 
commandement de Jean de Beuil ; et dans le cas où cela ne 
pourrait se faire, que ledit roi fût au moins mis en posses¬ 
sion de la Turbie, d’Eza et de Villefranche. A quoi ils 
avaient répondu qu’ils aimeraient mieux mourir, comme ils 
en étaient menacés, que de consentir à ce que le comte de 
Savoie perdit un pouce de terre en Provence, quoique cer¬ 
tains d’avance que par un tel refus leur emprisonnement 
dû* être de longue durée, comme de fait ils ont été détenus 
seize mois dans les fers, subissant toutes sortes d’ennuis et 
de désagréments. 

Vient ensuite «rémunération des méfaits d’Oddon de 
Villars, de ses torts envers eux et les membres de leur 
famille ; ils sollicitent le rappel de ce gouverneur et deman¬ 
dent enfin qu’il soit condamné à une réparation des nom¬ 
breux dommages qu’ils ont soufferts de sa part. 

Les plaintes des frères Grimaldi ne furent pas écoutées ; 
leur rival l’emporta grâce à l’appui de la régente : ils se pré¬ 
parèrent alors à faire triompher leur cause par les armes et 
embrassèrent le parti du roi Louis II d’Anjou, comte de 
Provence. 

Le sénéchal Georges de Marie, en attendant qu’il pût 
marcher lui-même à la tête d’une armée pour se joindre à 
eux, leur envoya divers détachements de miliciens levés à 
Draguignan, à Grasse, et autres lieux voisins de Nice. Dès 
l’arrivée de ces premiers secours, Louis Grimaldi parcourut 
les vallées du Var et de ses affluents et s’empara de plusieurs 
châteaux appartenant â des seigneurs qui tenaient pour le 
comte de Savoie, tandis que son frère Jean se portait sur 
Nice, et, chassant devant lui quelques troupes réunies à la 
hâte par Oddon de Villars, pénétrait dans la ville et forçait 
celui-ci à s’enfermer dans le château. Le baron de Beuil, 
maître de Nice, ordonna aux consuls de reconnaître comme 


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236 


gouverneur son frère Louis à la place d'Oddon de Villars : 
les consuls répondirent que la nomination d’un gouverneur 
appartenait de droit au comte de Savoie, et envoyèrent 
secrètement à, Chambéry deux députés, Jacques Caïs et 
André Badat, pour demander des secours à la régente. 
Celle-ci venait de remettre le pouvoir à son petit-fils 
Amédée VIII, à peine âgé de dix-scpt ans ; Amédée fit par¬ 
tir un corps d’armée sous le commandement de Boniface de 
Chaillant, maréchal de Savoie. Ce général arriva devant 
Nice en juillet 1399, empêcha Georges de Marie de passer 
le Var et refoula les frères Grimaldi dans leurs montagnes : 


les rigueurs de l'hiver arrêtèrent ses succès. 

Les Angevins et les Grimaldi se préparèrent à une re¬ 
vanche éclatante dès le retour de la belle saison (1400). Le 
roi Louis II d’Anjou, rappelé à Naples l’année précédente 
par les Napolitains mécontents du roi Ladislas, écrivit en 
Provence à sa mère Marie de Blois de mettre tout en œuvre 
pour recouvrer le comté de Nice; il invita en même temps 


le marquis de Dolceaqua et le comte de Tende à se déclarer 
ouvertement pour Jean de Beuil et son frère. Marie de Blois 
mit sur pied une armée à laquelle se joignirent la plupart 
des seigneurs provençaux à l’ouest du Var. Le nombre 
considérable de ces forces, les premiers succès obtenus par 
les Angevins dès la reprise des hostilités, tout faisait craindre 
à Amédée VIII la perte du comté de Nice : ses ministres 


lui conseillèrent de traiter avec le baron de Beuil et le sei¬ 


gneur de Massoins; le maréchal de Savoie Chaillant les fit 
sonder par François Caïs et André Badat, délégués du con¬ 
seil municipal de Nice. Un événement grave et tout à fait 
imprévu exerça probablement alors une grande influence sur 
les résolutions des deux frères Grimaldi: le roi Louis II, 
abandonné de la noblesse napolitaine, qui revint à Ladislas, 
se vit contraint de rentrer en Provence et dut se contenter 
désormais du simple titre de roi titulaire de Naples. 

Chaillant trouva les deux Grimaldi prêts à faire la paix 
avec le comte de Savoie ; mais traitant de puissance à puis¬ 
sance, le baron de Beuil et son frère exigèrent avant tout le 


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237 


sacrifice d’Oddon de Villars, qui fut immédiatement rem¬ 
placé par Antoine de Chiel dans le gouvernement du comté 
de Nice. Les autres conditions ne furent pas moins à leur 
avantage: par un traité du 3 juin 1400, ils rentrèrent en 
possession de leurs domaines, droits seigneuriaux, honneurs 
et prérogatives de leur famille, moyennant quoi ils prêtèrent 
de nouveau foi et hommage à la maison de Savoie. « A la 
« suite de ce traité, dit Louis Durante 1 , Jean accepta l’échange 
« de plusieurs fiefs et châteaux dans les vigueries de Nice, 
« pour un équivalent en terres et fiefs situés en Piémont, 
« dont les revenus étaient plus considérables. » 

Un mois après, par la médiation du duc de Bourgogne 
Philippe le Hardi, fils du roi de France Jean le Bon, les en¬ 
voyés de la reine Marie de Blois, comtesse de Provence, et 
de son fils Louis II, d’une part, et ceux d’Amédée VIII, 
comte de Savoie, vicaire général de l’Empire en Italie, etc., 
d'autre part, signèrent à Paris une trêve de douze ans, qui 
suspendait pour ce temps tout débat et revendication relati¬ 
vement à la possession du comté de Nice et autres réclama¬ 
tions; et à la mort de Louis II d’Anjou, sa veuve Yolande 
d’Aragon traita avec Amédée VIII, qui avait pris le titre de 
duc depuis l’an 1416*, et renonça à toute prétention sur le 
comté de Nice (1420). Pour mieux cimenter ce traité, Amé¬ 
dée VIII donna sa fille Marguerite en mariage à Louis III 
d’Anjou, fils de Louis II. 

Après la paix, toute à leur avantage, qui avait mis fin à 
leur guerre avec le duc de Savoie, Jean et’ Louis Grimaldi se 
montrèrent jusqu’à leurs derniers jours fidèles vassaux de ce 
prince. Louis précéda son frère au tombeau : il mourut à 
Nice en 1435, et sa mort fut l’occ-asion d’un scandale bien 
extraordinaire pour une-époque de foi religieuse. 

Depuis l’assassinat de Bamabé Grimaldi par Bertrand 
Ca'is en 1^53, une haine profonde divisait les deux familles ; 
et Louis Grimaldi, vivant à Nice en grand seigneur, avait 
exaspéré cette haine par sa conduite à l’égard des Caïs. 

1. Histoire de Nice, t. II, p 22. 

2. H avait obtenu ce titre de l'empereur Sigismond. 

18 


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238 


* 


« Tandis que ses parents célébraient ses funérailles dans 
« l’église des Dominicains, François de Caïs, emporté par 
« une aveugle vengeance, se permit, à la tête de quelques 
« étourdis, de troubler la pompe funèbre, renversant le cer- 
« cueil, emportant les oblations, injuriant et frappant les 
« assistants, même les religieux, sans aucun respect pour 
« cet asile sacré...... Le pape Eugène IV lança contre les 

« coupables une bulle datée de Florence le 3 du mois d’oc- 
« tobre 1435, dans laquelle, en fulminant les censures de 
« l’Eglise, il ordonna à l’évêque de les poursuivre crimi- 
« nellement. La famille Grimaldi de son côté demanda ré- 
« paration de l’outrage; mais il parait que le crédit de la 
« famille Caïs et de ses adhérents paralysa ces mesures de 
« rigueur, car il n’existe aucune sentence de condamnation 
« contre François de Caïs; au contraire nous le voyons de 
« nouveau figurer dans les troubles qui suivirent cet évène- 
« ment et provoquèrent la guerre civile *.» 

Jean hérita de son frère Louis, mort sans postérité ; il 
vécut longtemps encore après lui. La date de sa mort est 
inconnue ; son fils Pierre, qui lui succéda, n’était encore que 
seigneur de Levens en 1442. 

B. PIERRE 

Pierre Grimaldi, qui n'avait ni l’esprit remuant ni les vues 
ambitieuses de son père, se contenta d’être paisible posses¬ 
seur des riches et nombreux domaines qu’il avait reçus de 
lui. 

En l’année 1408, du vivant de Jean de Beuil, il avait 
épousé, par l’entremise de Conrad Doria, seigneur de 
Loano, petit port de la Rivière de Gênes, demoiselle Cathe¬ 
rine, fille de François Gattiluzzio, Génois, seigneur ou, comme 
d’autres le qualifient, prince de Metelin * : ce qui dut ajou- 
ter, sinon à sa puissance, du moins à ses richesses. 

1. Durante. Histoire de Niee } t. Iï, p. 92. Les troubles et la guerre civile dont il s’agit 
ici ne furent point la conséquence de cet événement : des faits étrangers à notre sujet 
et plus particulièrement l’élection des magistrats de la ville en furent la cause. 

2. Gioffredo, Storia dette Alpi mar., t. IV, p. 8. 


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239 


Craignant sans doute la perte d’anciens privilèges qui 
avaient été concédés à ses prédécesseurs par la reine Jeanne 
de Naples, il en demanda la confirmation ; elle lui fut ac¬ 
cordée en 1460 par le duc de Savoie Louis I er , qui avait 
succédé à son père Araédée VIII dix ans auparavant, mais 
qui gouvernait réellement depuis l’an 1434. En effet, Amé- 
dée avait, dès cette année-là, confié les rênes de l’État à 
son fils Louis, prince de Piémont, tout en se réservant 
l’autorité souveraine; puis, ayant revêtu une robe d’ermite, 
il s’était retiré à Ripaille près du lac Léman, où il avait bâti 
un palais et fondé un couvent d’Augustins. Il y menait, 
assure-t-on, joyeuse vie, d’où l’expression proverbiale faire 
ripaille, lorsque les Pères du concile de Bâle, après avoir 
déposé le pape Eugène IV, eurent l’idée de lui offrir la 
tiare (1439) : Amédée ne fit aucune difficulté de l’accepter, 
et, changeant de nom suivant l’usage des papes, il prit celui 
de Félix V. Cependant il abdiqua dix ans après pour mettre 
fin au schisme, et reconnut Nicolas V, qu’un autre concile, 
tenu à Ferrare puis à Florence, avait donné pour successeur 
à Eugène IV. Il reçut en dédommagement le chapeau de car¬ 
dinal et le siège épiscopal de Genève, et mourut évêque de 
cette ville le 7 janvier 1451. 

Pierre de Beuil laissa quatre fils : Jacques, qui lui 
succéda; Louis, tige des seigneurs de Levens ; Jean, sei¬ 
gneur d’Ascros ; et Guillaume, qui fut abbé de Saint-Pons. 
Il eut de plus cinq filles. 


O. JACQUES 

Le 19 juillet 1473, Jacques prêta foi et hommage pour sa 
baronnie de Beuil à la duchesse Yolande, mère du jeune roi 
Philibert I er \ Cette date est très probablement celle de la 
mort de son père. 


1. Fils d'Àraédée IX, qui mourut on 1472, et petit-fils do Louis 1", mort on 1465. Phili¬ 
bert n'avait que huit ans à la mort d’Àmédée IX, il mourut à l'àge de dix-sept ans (1482). 


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— 240 — 

Déjà gouverneur de Nice en 1462, il fut aussi chambellan et 
conseiller du duc de Savoie Amédée IX. C’est à peu près 
tout ce que l’on sait de lui : ajoutons qu’il mourut en 1490, 
laissant deux fils : Georges, qui lui succéda à la baronnie de 
Beuil, et Honoré 1 er , seigneur d’Ascros, puis baron deBeuil 
à la mort de son frère. 


T. GEORGES 

A l'exemple de son bisaïeul Jean de Beuil, Georges Gri- 
maldi essaya de se soustraire à la suzeraineté de la maison 
de Savoie, avec le secours de la France alors en guerre avec 
l’Espagne dans le Milanais. Le roi Louis XII, n’ayant pu 
détacher du parti espagnol le duc de Savoie Charles III et le 
mettre dans ses intérêts, songea à lui créer des embarras 
dans le comté de Nice : Georges de Beuil et son cousin Jean, 
seigneur de Levens *, prêtèrent l’oreille aux propositions des 
émissaires du roi Louis et prirent l’engagement de lui livrer 
la ville de Nice, qu’ils espéraient enlever par surprise, et même 
le comté tout entier, après avoir forcé les troupes savoyardes 
à repasser les Alpes. De son côté.le roi de France promit 
d’agrandir leurs domaines et de reconnaître leur souverai¬ 
neté sur les fiefs qu’ils possédaient déjà. Le gouverneur du 
comté de Nice, Claude de la Palud, eut vent de cette conspi¬ 
ration et somma Georges de Beuil et Jean de Levens d’aller 
personnellement rendre compte de leur conduite au duc de 
Savoie et de lui renouveler le serment de fidélité : tous 
deux s’y réfusèrent, et, se voyant en péril, songèrent à se 
mettre en sûreté. Georges se réfugia dans son château de 
Beuil, et Jean courut en Provence chercher des secours qui 
lui furent refusés, parce que le roi de France, changeant de 
politique, espérait en ce moment faire entrer le duc de Savoie 
dans la fameuse ligue de Cambrai. En même temps arriva 
à Nice le sénateur et conseiller ducal Antoine de Salmatoris, 

1. Fila de Louis, aecond fila de Pierre de Beuil. 


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chargé par le duc de Savoie d’instruire le procès contre les 
deux rebelles. Un évènement imprévu rendit ce procès inu¬ 
tile à l’égard de Georges : le 5 janvier 1508, son valet de 
chambre Esprit Testoris, du village deBonson, lui coupa la 
gorge en lui faisant la barbe. Quant à Jean de Levens, il 
fut condamné à un bannissement perpétuel avec confiscation 
de tous ses biens. 

Honoré Bouche et quelques autres auteurs d'écrits sur la 
Provence ont prétendu que l’assassin de Georges avait été 
soudoyé par le gouverneur de Nice, pour s’épargner la peine 
et l’ennui d’un long siège, s’il eût fallu employer la force 
contre le baron de Beuil. Cela n’est guère probable : Georges 
Grimaldi, abandonné par la France, n’aurait pu tenir long¬ 
temps dans son château : on doit croire, avec plus de raison, 
que le crime du valet de chambre Esprit Testoris ne fut 
qu’un acte de vengeance personnelle. 


m. HONORÉ I" 

D’abord seigneur d’Ascros, il fut du vivant de son père 
chambellan du duc de Savoie Charles I er ; et pendant la 
guerre que ce prince eut à soutenir contre le marquis de 
Saluces, il signala son courage par la prise de la petite ville 
de Malazzano, qui depuis longtemps résistait à tous les 
efforts des assiégeants. En récompense de ce fait d’armes, 
le duc, par lettres patentes du 23 avril 1487, lui donna cette 
place à titre de fief; mais à la paix, signée peu de temps 
après, elle fut rendue au marquis de Saluces. 

Nommé dans la suite gouverneur du comté de Nice et 
lieutenant général du duc de Savoie, Honoré Grimaldi fut 
l’un des ambassadeurs envoyés par le duc Philibert II le 
Beau auprès de l’empereur Maximilien, pour négocier son 
mariage avec la célèbre Marguerite d’Autriche 1 (1501), et 

1. Fille de l’empereur Maximilien et de Marie, héritière de la Bourgogne. Née le 10 
janvier 1480, fiancée d'abord au dauphin de France (Charles VIII), puis à l'infant 
d'Espagne, flls de Ferdinand et d’Isabelle la Catholique, lequel mourut au bout de quel- * 
ques mois, elle épousa enfin en 1501, Philibert II, qu’elle perdit trois ans après (1504). 
Maximilien la nomma gouvernante des Pays-Bas; elle dirigea très habilement les affaires 
de cette province et mourut à Bruxelles en 1530. 


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242 


acquit la charge de majordome de cette princesse en jan¬ 
vier 1502. 

Devenu, six ans après, baron de Bouil par la mort de son 
frère Georges, il reçut du duc Charles III la délicate mission 
d'aller à Paris traiter une affaire très importante avec le 
roi François I er , qui avait demandé la restitution du comté 
de Nice et de la place de Verceil. Honoré fut assez habile 
pour obtenir du roi qu’il renonçât à ses prétentions. A son 
retour de Paris, il fut créé chambellan et conseiller du duc 
Charles (1518). 

Dans les dernières années de sa longue existence, Ho¬ 
noré I er eut la douleur de voir condamner aux peines les 
plus graves ses deux fds René, seigneur de Massoins et 
Jean-Baptiste, seigneur d’Ascros, pour des actes de violence 
et de rébellion, qu'il fut soupçonné, bien à tort, d'avoir 


lui-même encouragés. 

Un seigneur du village des Ferres, nommé aussi Honoré, 
les avait accusés hautement d’avoir pratiqué de secrètes 
intelligences pour surprendre le château de Nice et le livrer 
au roi François P r (1520). René et son frère ne se bornèrent 
pas à protester contre cette accusation : ils prirent les 
armes de leur propre autorité ; et à la tète de nombreux 
partisans, ils dévastèrent les domaines du seigneur des 
Ferres, puis l’assiégèrent dans le château de Gilette, où il 
s’était enfermé: ils prirent ce château, mais Honoré des 
Ferres avait trouvé moven d’en sortir déguisé en mendiant l . 

t. O 

Cette affaire pouvait avoir des conséquences dangereuses 
pour la tranquillité du pays: par les ordres du duc Charles III, 
le gouverneur de Nice, Louis de Malingre, se mit en cam¬ 
pagne pour reprendre le château de Gilette, que les frères 
Grimaldi prétendaient garder par droit de conquête : il ne 
put s’en rendre maître qu’après deux mois de siège. René 
et son frère Jean-Baptiste prirent la fuite; le premier se 
réfugia à la cour du roi de France, l’autre auprès du seigneur 
• de Cagnes Ludovic Grimaldi *. Le vieux baron de Beuil, 


1. Durante, Hiit. de Nice , t. II, p. 530. 
?. Des Grimaldi d'Antibes. 


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— 243 


soupçonné, commo nous l’avons dit, d’avoir participé aux 
actes coupables de scs fils, n’eut pas de peine à se justifier; 
mais il ne put les soustraire à la sévérité des lois. « Le 
« principal auteur de cette révolte, dit Durante, René de 
« Massoins, déclaré coupable de haute trahison, fut pendu 
« en effigie ; et les biens que les deux frères possédaient en 
« propre dans le comté, frappés de confiscation, passèrent 
« au profit du domaine ducal » (1527). 

Deux ans après, par le traité de Cambrai dit la paix des 
dames, le duc Charles III, cédant aux sollicitations de 
François I er et de l’empereur Charles-Quint, consentit à 
rétablir René de Massoins dans tous les fiefs qui lui avaient 
appartenus et à le reconnaître héritier présomptif de la 
baronnie de Beuil. Il est à présumer, que le duc Charles 
le Bon ne fut pas moins généreux envers Jean-Baptiste 
d’Ascros, qui n’avait pas démérité autant que son frère '. 

Honoré I fr mourut en 1537 presque centenaire : outre ses 
deux fils René et Jean-Baptiste, il laissa quatre filles. 

9. HKùVÉ 

A peine entré en possession de la baronnie de Beuil, 
René Grimaldi ne songea qu’à so rendre plus puissant par 
l’acquisition de nouveaux domaines. Il acheta d’Erasme 
Galléan Doria le château d’Entrevaux situé sur le territoire 
français à une lieue et demie seulement de Puget-Thénierp, 
par conséquent limitrophe du comté de Nice, et avec la 
pensée, dit GiofTredo, d’avoir aussi pour l’un de ses fils 
l’évêché de Glandevez sur la rive droite du Var, en face 
d’Entrevaux qui est sur la rive gauche*. Le nouveau baron 

1. Durante (t. II, p. 231 et 232) dit que Jean-Baptiste d’Ascros, étant arrivé malade à 
Cagnes en 1527, « y mourut quelque temps apres abreuvé de chagrins et de dégoûts»; 
mais il se donne un démenti à lui-mème : car un peu plus loin il fait jouer à ce person¬ 
nage un rôle important au siège de Nice de 1513, c’est-à-dire seize ans après sa fuite à 
Cagnes (voir aux pages 279, 293 et 353) GiofTredo signale aussi la part que Jean-Baptiste 
d'Ascros, alors au service de la France, prit à ce siège mémorable, et enfin, il est avéré 
que ce Grimaldi périt à la bataille de Côrisoles, en 1544. 

2. Storia délié Alpi mar. t. V, p. 141. GioîTredo dit aussi que très-probablement le ch⬠
teau d'Entrevaux avait été donné à Galléan Doria par l'empereur Charles-Qnint lors de la 
guerre de Provence. 


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244 


de Beuil avait vu dans l’acquisition de ce château une affaire 
de la plus haute importance pour lui : en cas de péril pres¬ 
sant à la suite d’une lutte avec l’un de ses deux suzerains 
le roi de France et le duc de Savoie, il passait immédiate¬ 
ment la frontière et trouvait un refuge chez l’autre : il se 
rendait ainsi moins dépendant de chacun d’eux et les mettait . 
par conséquent dans la nécessité d’user de grands ménage¬ 
ments envers lui. 

Pour rendre plus assurée encore une situation qui lui 
paraissait si avantageuse, il fit travailler aux fortifications 
du château d’Entrevaux, de manière à en faire une place de 
premier ordre, et par ce fait il indisposa à la fois contre lui 
François I er , qui prétendait que ce château aurait dû lui être 
restitué, et le duc de Savoie Charles III, qui ne pouvait se 
méprendre sur les intentions du puissant baron, et avait, 
dans les circonstances où l’on se trouvait en ce moment, plus 
d’un motif de ne pas compter sur sa fidélité. 

Les circonstances en effet étaient fort graves : malgré la 
trêve de dix ans conclue à Nice en 1538 entré François I" r 
et Charles-Quint, laquelle trêve avait encore six années à 
courir, on s’apprêtait de part et d’autre à une nouvelle guerre. 
Voici à quel sujet : 

Charles-Quint, passant par Paris en 1539 pour aller sou¬ 
mettre les Gantois révoltés, avait promis à François I er l’in¬ 
vestiture du Milanais en faveur d’un fils de France : non- 
seulement il ne tint pas sa promesse, mais il la nia ; et par 
ses ordres, le marquis de Guast, son lieutenant en Lombar¬ 
die *, fit arrêter au passage du Pô et assassiner deux envoyés 
du roi : César Frégose, qui se rendait à Venise, et Antoine 
Rincon, chargé d’une mission auprès du sultan Soliman le 
Grand. François I er demanda justice d’une aussi flagrante 
violation du droit des gens; Charles-Quint refusa toute 
satisfaction et le roi de France rompit la trêve. 

Pendant que François de Bourbon, duc d’Enghien, et le 
seigneur de Grignan, lieutenant du roi en Provence, orga- 

1. Alphonse d'Avalos, marquis do Vasto (Guaat), gouverneur «iu Milanais; ra. en 154ft. 


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- 245 — 

nisaient une armée destinée à opérer dans le comté de Nice 
(1542), René de Beuil perdait la vie dans son château d’En¬ 
trevaux, assassiné par son valet de chambre, absolument 
comme son oncle Georges trente-quatre ans auparavant. 

Ce domestique, nommé Florent de Goret l , saisit le mo¬ 
ment où, tous les autres serviteurs étant absents, le baron 
s’était endormi après son dîner, un livre à la main, et d’un 
coup de barre sur la tête l’étendit par terre à moitié mort ; 
puis avec le poignard même de la victime, il lui coupa la 
gorge, s’enfuit précipitament, gagna Antibes et de là se 
rendit à Marseille,, où, si l’on en croit Gioffredo, il fut bien 
accueilli par le seigneur de Grignan, qui lui fit avoir une 
pension du roi de France, par lettres patentes datées de 
Péronne du 20 août 1542, pour avoir mis le château d’En¬ 
trevaux au pouvoir de Sa Majesté. 

Si le fait de la pension est vrai, il y a toute probabilité 
que ce château, immédiatement après le meurtre du baron 
de Beuil, fut occupé par un détachement de troupe française 
et que l’assassin se vanta d’avoir lui-même ouvert les portes 
à cette troupe. Quoi qu’il en soit, peu de temps- après, 
(toujours au dire de Gioffredo) Florent Goret fit partie de 
l’équipage des galères commandées par le baron de la 
Garde*; et celui-ci écrivit à Jean-Baptiste d’Ascros, lui pro¬ 
mettant de mettre entre ses mains l’assassin de son frère, 
s’il consentait à servir le roi de France. Jean-Baptiste 
d’Ascros demanda la charge de colonel d’un régiment d’in¬ 
fanterie italienne dans les ar/nées royales et promit de 
mettre tout en œuvre pour amener au parti du roi non-seule¬ 
ment les populations de la baronnie de Beuil, mais aussi 
celles de tout le comté de Nice. On lui accorda sa demande 
et Florent Goret, arrêté à Marseille, fut livré à la dame 
d’Ascros, Françoise délia Balmij laquelle, en l’absence de 
son mari, passé déjà au service de la France, fit mettre l’as- 

1. Il était Picard de nation : Fiorenzo di Goret, di nazio,le picardo, dit Gioffredo. 
L'abbé Tisserand, qui apparemment ne comprenait par très-bien l'italien, a traduit 
Fiorenzo par florentin : «le florentin Goret » dit-il de la cité de Nice, t. II, p. 30). 

t. Antoine Escalin Adhémar, baron de la Garde, surnommé le capitaine Paulin. 


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240 


sassin à la question et le fit pendre ensuite devant la porte 
du château de Yillars. 

Tout dans ce récit est-il bien conforme à la vérité ? Les 
preuves manquent ; mais ce qu’il y a de certain, c’est que 
Jean-Baptiste d'Ascros avait un commandement dans l’ar¬ 
mée française qui vint, avec 1<‘S Turcs du sultan Soliman le 
Grand, assiéger la ville de Nice en I.Vi3. 

René Grimaldi eut sept lils et trois filles : l'ainé des fils, 
nommé Honoré, lui succéda à la baronnie de Beuil, le second 
mourut jeune ; Louis, le troisième, fut évêque de Yence ; 
les autres ne sont guère connus que de nom. 

14». IIO.VOHÉ II 

Le nouveau baron de Beuil resta tout à fait étranger aux 
opérations des armées devant Nice et dans le comté de ce 
nom. Il n’en fut pas de même de son oncle Jean-Baptiste 
d’Ascros, qui, entré au service de la France, parcourut en 
vrai condottiere tout le pays à la tète de son régiment d’in¬ 
fanterie italienne, portant en tous lieux le fer et la flamme. 
Ainsi les villages de la Tour, Saint-Etienne et Saint-Sau¬ 
veur furent contraints par lui de reconnaître l’autorité du 
roi, sous peine d’être brûlés ; le château d’Entraunes, que 
défendaient d’excellentes fortifications, fut pris d’assaut et 
détruit par le feu ; Isola, Bonson, Odette, Coarazza, Tour- . 
rette-Revest et plusieurs autres localités se soumirent sans 
résistance pour échapper à l’incendie. 

Au retour de cette abominable expédition, Jean-Baptiste 
d’Ascros se joignit aux assiégeants de Nice ; et c’est un de 
ses hommes, Nicolin Bestent, qui, dans la nuit du 21 au 22 
août 1543, passant par une large brèche des murs, vint de sa 
part proposer aux consuls de rendre la ville au duod’En- 
ghien, seul moyen qui leur restât de se soustraire à la féro¬ 
cité de Khaïr-Eddin (Ilariadan) Barberousse et de ses Turcs. 
La ville capitula le lendemain aux conditions les plus hono¬ 
rables ; le même jour les Français en prirent possession *. 

1. Durante. Hist. de Nice, t. II, p. 302. 


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247 


L’attaque contre le château, qui tenait toujours bon, con¬ 
tinua ; l’arrivée d’une armée de secours, formée d’impériaux 
commandés par le marquis de Guast et de Savoyards sous 
les ordres de leur duc, fit lever le siège. Les Français repas¬ 
sèrent le Var le 9 septembre ; leurs galères et celles des Turcs 
quittèrent Villefranche le surlendemain, et se retirèrent aux 
îles de Lérins : l’armée allemande et savoyarde, quitta le 
pays peu de jours après, laissant du renfort à la garnison. 

A la nouvelle de ce départ, Barberousse revint le 23 et 
recommença l’attaque du château ; mais ayant échoué dans 
ses tentatives réitérées de le prendre d’assaut, il remonta 
sur ses galères et s’éloigna pour ne plus reparaître l . 

Louis Durante assure que pendant cette dernière période 
du siège, Jean-Baptiste d’Ascros repassa le Yar avec son 
régiment italien, pour seconder les opérations de Barbe¬ 
rousse ; mais qu’il fut contraint par Erasme Galléan, l’un 
des capitaines niçois, de renoncer à cette entreprise. Un an 
après Jean-Baptiste Grimaldi, seigneur d’Ascros, périt à la 
bataille de Cérisoles, gagnée par le duc d’Enghien sur les 
Impériaux du marquis de Guast, le môme qui avait fait lever 
le siège de Nice. 

Honoré II, comte de Beuil, se tint en repos durant toute 
cette guerre, restant fidèle à la maison de Savoie, aux inté¬ 
rêts de laquelle il se montra dévoué toute sa vie. Il fut 
nommé en 15G0 gouverneur de la ville et du comté de Nice 
et lieutenant général du duc Emmanuel-Philibert ; et le 26 
mai 1681, Charles-Emmanuel I er , fils d’Emmanuel-Philibert, 
voulant le récompenser de ses bons et loyaux services, éri¬ 
gea en comté la baronnie do Beuil, et en baronnie la seigneu¬ 
rie de Massoins. 

Honoré II mourut en 1590, laissant pour héritier de tous 
ses fiefs son fils unique nommé Annibal, devenu célèbre par 
sa rébellion et sa fin tragique, et qui fut le dernier de la 
dynastie des barons-comtes de Beuil. 

1. Ici se place Yartion héroïque de Catherine Ségurane, qui arracha un étendard à un 
Turc montant à Tassant. Je ne me suis pas arrêté à ce fait, parce que, de inôme que tou» 
les détails du siège de Nice en 1513, cet épisode particulier restait tout à fait en dehors 
du cadre dafcs lequel j'ai dû renfermer mon sujet. 


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248 


1 1 . AWIDAI. 

D’abord baron de la vallée de Massoins ou, comme dit 
Gioffredo, délia Va lie, que l’on a rendu en français par de 
Laçai , le fils d’Honoré II, un an avant la mort de son père, 
avait obtenu du duc de Savoie la restitution des fiefs d’Ascros, 
TodonetCadenette,qui avaient été confisqués sur son grand- 
oncle Jean-Baptiste Grimaldi. Devenu comte de Beuil, il fut 
l’année d’après nommé gouverneur de la ville et du comté de 
Nice (1591), et eut à défendre ce comté contre deux attaques 
faites par les Français, l’une en 1594, l’autre, plus sérieuse, 
à l’entrée de l’hiver de 1597. Le traité de Vervins, signé le 
*25 mars 1598, mit fin aux hostilités ; mais cette paix ne fut 
pas de longue durée. 

Depuis longtemps déjà le marquisat de Saluces était le 
sujet de graves contestations entre la France et la Savoie. 
Le duc Charles-Emmanuel, qui voulait à tout prix conserver 
ce marquisat, pensa qu’il pourrait mieux que ses ministres ob¬ 
tenir du roi Henri IV l’accomplissement de ses désirs. Il par¬ 
tit donc pour Paris avec une escorte de douze cents chevaux 
et une suite nombreuse et brillante de seigneurs richement 
équipés, parmi lesquels et en première ligne Annibal, comte 
de Beuil, qui fut l’objet d’attentions toutes particulières de 
la part du roi et du duc de Sully (novembre 1599). Charles- 
Emmanuel fit à Paris un séjour de quatre mois et revint à 
sa ville do Bourg en Bresse sans avoir rien terminé. Les 
hostilités suivirent de près : la Savoie, attaquée par Henri IV 
lui-même à la tête d’une forte armée, est soumise en partie ; 
le comté de Nice est menacé à son tour par une armée qui 
se forme en Provence. Charles-Emmanuel, par lettres du 
22 août 1600, prévient le comte de Beuil, gouvernenr de la 
ville, et le comte Valperga, commandant du château, de se 

t 

tenir sur leur garde, parce que Lesdiguières avait mis le 
siège devant Montmélian et qu’il y avait lieu de craindre 
que le château de Nice, place la plus importante dp toutes, 


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-1k fi¬ 
ne fût attaqué par les Français unis aux Turcs pour la 
seconde fois, d’autant qu’on avait vu le 27 juillet trois galio- 
tes débarquer à Cannes un ambassadeur turc, qui s’était 
immédiatement rendu à la cour de France. 

Cet avis du duc de Savoie venait fort à propos : quelques 
jours après, en effet (28 août), Annibal Grimaldi et le comte 
Valperga faisaient arrêter un capitaine porte-clefs du ch⬠
teau, nommé Louis Biglion de Luzerne, soupçonné d’avoir 
traité avec Lesdiguières pour introduire les troupes du roi 
dans la place. Mis à la torture et convaincu de trahison, le 
malheureux fut attaché à la queue d’un cheval, traîné dans 
les rues, puis pendu dans le pré aux oies 1 * 3 ; son corps fut 
coupé en quatre quartiers qui lurent disséminés à l’entrée 
d’autant de chemins, et sa tête plantée au bout d’une pique 
resta longtemps exposée sur le bastion Saint-Elme *. 

Cependant le duc de Guise, gouverneur de la Provence, 
avait passé le Var et essayé de prendre la ville par escalade 
(2 octobre 1600) ; vigoureusement repoussé, il faillit être pris 
dans une sortie que firent les assiégés. Mais, faute de muni¬ 
tions, la place ne pouvait tenir longtemps ; le gouverneur An¬ 
nibal de Beuil se vit dans la nécessité d’entrer en pourparlers 
avec l’ennemi : Guise proposa une trêve de six mois moyen¬ 
nant une indemnité de guerre de 40,000 écus, menaçant en 
cas de refus de ravager toute la contrée. Cette somme fut 
réduite à 8,700 écus, payables la moitié dans un mois et 
l’autre moitié un mois après. Le Conseil de la ville offrit de 
payer concurremment avec tout le comté, Annibal de Beuil 
s’obligea personnellement envers le duc de Guise s . 

La paix entre la France et la Savoie fut signée à Lyon 
le 17 janvier 1601 : Henri IV cédait le marquisat de Salu- 
ces ; mais il obtenait la Bresse, le Bugey, le Valromey et le 
pays de Gex. 

Cette courte guerre avec la France fut suivie de douze 
années de tranquillité pour les États de Savoie, et c’est du- 

1. Aujourd'hui place Saint-Dominique. 

3. Gioffredo, t. VI, p. 100. Durante, t. II, p. 385. 

3. Giofftede, t. VI t p. 110. 


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— do¬ 
rant ces douze années que la maison des Grimaldi de Beuil 
jeta le plus d’éclat avant de disparaître pour jamais. 

Gouverneur général de la ville ét du comté de Nice, pos¬ 
sesseur de trente terres seigneuriales dans la région al¬ 
pestre qui forme le bassin supérieur du Var entre la Tinée 

ê 

et l’Esteron, maître de plusieurs châteaux forts défendus par 
ses hommes , enfin exerçant sur ses vastes et nombreux 
domaines le droit de haute et basse justice, Annibal Gri¬ 
maldi, presque en toutes choses, agissait en véritable sou¬ 
verain. Il prétendait d’ailleurs ne relever que de l’empereur 
d’Allemagne, et se plaisait à faire entendre ces paroles qui 
exprimaient parfaitement bien ses convictions au sujet de sa 
complète indépendance dans ses possessions : Io son conte 
di Doglio y che faccio quel che voglio \ Riche et puissant à 
l’intérieur, il s’efforça de se créer de solides appuis au 
dehors. Pendant son long séjour à la cour de France, lors¬ 
qu’il accompagna le duc de Savoie à Paris, l'intérêt que lui 
témoignèrent Henri IV et Sully lui avait fait plus d’un ami 
parmi les plus grands seigneurs de cette cour ; il eut soin 
d’entretenir et d’étendre même, autant que possible, des 
relations si précieuses pour lui. 

Le duc Charles-Emmanuel, esprit défiant et rusé, avait 
l’œil ouvert sur les agissements du comte de Beuil ; et les 
nombreux envieux de celui-ci ne laissaient ignorer au maître 
aucune des paroles imprudentes de l’audacieux vassal. 

Un fâcheux évènement, qui survint à Nice le 31 octobre 
1613, fut pour le duc de Savoie l’occasion d’un nouveau sujet 
de mécontentement contre Annibal Grimaldi. Le récit qu’en 
a fait Gioffredo mérite d’être reproduit, non à cause du fait 
principal lui-même, qui n’a rien de bien important, mais 
parce que les circonstances qui l’accompagnèrent nous révè¬ 
lent dans tous ses détails un usage barbare du temps passé, 
usage qui subsiste même encore dans quelques localités des 
départements méridionaux *. 

1. Je tais comte ce Beuil, qui fais ce que je veux. 

f J’ai été moi-mAme, clans ma première jeunesse, témoin de faits semblables; et j’at- 
lesta que la scr» ne décrite par Gioffredo ne doit rien avoir d’exagéré, à l'époque surtout 
où elle a eu Heu. 


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251 


Un sieur Jean Ricordi de Peglia, secrétaire du préfet de 
Nice, s’était par divers motifs attiré la haine du peuple : 
ayant obtenu de la Chambre ducale certaines fonctions qui 
lui offraient les moyens de prendre des mesures encore plus 
vexatoires pour la population de Nice et du comté, il poussa 
les choses à l’extrême. Le Conseil général de la ville se 
réunit le 30 octobre au palais de la cité, où se trouvèrent 
aussi les députés des vigueries ; « Et, dit Gioffredo, on y 
« fit grand bruit et grand tumulte. Mais l’affaire ne se 
« termina pas ainsi ; car le nom de Ricordi étant devenu 
« publiquement odieux, le lendemain soir, dernier jour 
« d’octobre, une grande foule, composée principalement 
« de gens du peuple, se porta devant son habitation, voi- 
« sine du puits de la Pairolière, au-dessous de Saint- 
« Augustin, et fit à sa porto un charivari, (ainsi nomment 
« les Niçards ce que les Piémontais appellent chiabra). 
« A cette occasion la jeunesse accourt de tous les coins et 
« quartiers de la ville au retentissement de cornets à bou- 
« quin, de sonnettes de mulet, de chaudrons et autres 
« ustensiles en métal; et, suivant l’usage, met tout son 
« plaisir non-seulement à fatiguer la patience d’autrui par 
« des paroles licencieuses, des cris, des hurlements, des 
« chansons et des sifflets, mais aussi à briser devant la 
« porte et les fenêtres une telle quantité de marmites et 
« autres vases de terre, que qui n’aurait pas vu pareil fait 
« une première fois penserait que subitement s’est élevé un 
« mont Testaceo comme celui de Rome, et qui l’entendrait 
« raconter aurait de la peine à y croire. Sans compter que 
« bien souvent nous y avons vu apporter des poutrelles, de 
« vieilles barques de pêcheur, des choses même que nous 
« ne pouvons nommer sans dégoût, des charognes mortes *, 
« et y commettre autres semblables insolences des plus 
« répréhensibles, dépassant même les bacchanales des an- 

1. « Chi non ha veduto altra vol ta un aitnil fatto direbbe esserviai innalzato subitamente 
ua monte Teitaceo corne in Roma, e chi lo sentisse a r&ccontare cosi facilmente nol cre- 
derebbe ; oltrecchè ben apeaso vi abbiamo veduto portare travi, barche da peacare 
eaiandio cote che non posaiamo acrivere aonza atomaco, carogne morte. » 


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252 


« ciens. C’est là un usage habituel aussi bien à Nice qu’en 
« Piémont et ailleurs, lorsqu’un veuf ou une veuve convole 
« à de secondes noces. 

« Au charivari dont il s’agit, on ne se contenta pas de 
« faire une bonne partie des choses que nous venons de dire : 
« quelques individus des plus déraisonnables et des plus 
« insolents, ayant brisé avec de grosses pierres les portes 
« de Ricordi, entrèrent dans sa maison, déchirèrent ou 
« jetèrent plusieurs écritures au feu ou dans le puits voisin, 
« volèrent même de l’argent et semèrent l’épouvante à tel 
« point que Ricordi crut devoir s’enfuir par le toit dans la 
« maison d’un voisin, de peur d’être assommé, commé très 
« probablement il lui serait arrivé, si la populace en fureur 
« avait pu mettre la main sur lui. » (Storia délie Alpi 
Marittimc, t. VI, p. 195). 

A la nouvelle de ces violences exercées contre un agent de 
l’administration publique, le duc de Savoie envoya le procu 
reur fiscal Pastoris chargé de faire une enquête, qui eut pour 
résultat l’emprisonnement de plusieurs personnes et qui fit 
naître dans l’esprit du prince, déjà fortement prévenu contre 
Annibal de lieuil, le soupçon d’uno complicité morale de la 
part de celui-ci. Charles-Emmanuel ne pouvait croire qu’un 
pareil attentat eût pu impunément se produire sans le con¬ 
sentement tacite du gouverneur de la ville ; et il se proposa 
d’éclaircir le fait à Nice même, où, en prévision d’une guerre 
avec l’Espagne, maîtresse du Milanais, il avait cru devoir se 
rendre. Il franchit donc en plein hiver les Alpes couvertes 
de neige et fit son entrée à Nice le 6 janvier 1614 avec 
un millier d’hommes destinés à renforcer la garnison du 
château. 

Fort mal disposé, à son départ de Turin, envers le comte 
de Beuil, il le fut bien davantage peu de temps après son 
arrivée, dès que son oreille se fut ouverte aux rapports des 
ennemis dudit comte, et surtout lorsqu’il eut connaissance 
des paroles imprudentes prononcées par le baron de Laval, 
fils d’Annibal, dans une querelle de jeu avec un gentilhomme 
savoyard nommé La Bastide. 


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Ce gentilhomme, piqué du ton rogue avec lequel le baron 
prétendait lui imposer silence, l’invita à le prendre de moins 
haut, ajoutant qu’il y avait dans la ville un Sénat rendant la 
justice 1 , et qu’ils étaient l’un et l’autre sujets d’un prince qui 
ne souffrirait jamais qu’une personne quelconque fût injus¬ 
tement opprimée par qui que ce fût. A quoi le baron de 
Laval avait répondu : « Je ne vous fais point d’injustice ; et 
bien que serviteur de Son Altesse, je ne suis nullement son 
sujet ou son vassal : la maison à laquelle j’appartiens ne re¬ 
lève que de Dieu et de l’épée, sous le bon vouloir de l’Em¬ 
pereur. » La Bastide, coupant court à la dispute, alla de ce 
pas tout rapporter au duc de Savoie. 

Quelque irrité que fût ce prince contre Annibal de Beuil, 
il se voyait obligé néanmoins d’user de grands ménagements 
envers lui. En effet, d’après l’historien Gioffredo, un des 
principaux motifs de son voyage à Nice avait été de s’assu¬ 
rer si, comme le prétendaient quelques-uns, l’attachement 
des Niçois pour le comte était tel qu’il pût les détourner de la 
fidélité qu’ils devaient à leur prince légitime ; et en outre si, 
le cas advenant d’une information contre ledit comte, les 
habitants du comté de Nice feraient une démonstration en sa 
faveur. 

D’ailleurs, aux yeux de bien des gens qui partageaient en cela 
l’opinion dos Grimaldi, le duc de Savoie, étant, en saqualité de 
Vicaire général de l’empire, le représentant de l’empereur 
d’Allemagne, le comte de Beuil se trouvait placé sous la haute 
suzeraineté de cet empereur, qui le couvrait de sa puissante 
protection. Le prudent Charles-Emmanuel rejeta donc les 
moyens violents et eut recours à la ruse. Il fit grand accueil à 
Annibal et à son fils ; il les admit aux premières places dans 
les fêtes brillantes qu’il donna durant le carnaval de l’année 
1614 ; et il ne cessa pas de les traiter avec faveur jusqu’à la 
veille du jour où il repartit pour Turin. 

Le 14 avril le prince de Piémont Victor-Amédée, fils 
aîné du duc, arriva à Nice, venant d’Espagne ; six jours après, 


1. Ce Sénat venait d’ètre institué à Nice par lettres patentes du 8 mars 1014. 

1W 


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son frère le prince Thomas vint à son tour de Turin.Yictor- 
Amédée était allé à la rencontre du nouvel arrivant ; et sur 
le point d’entrer en ville, les deux jeunes princes reçurent 
l’ordre d'aller attendre à Yillefrancho leur père, qui y faisait 
exécuter des travaux de fortification. Charles-Emmanuel s’v 

4r 

rendit le lendemain par voie de mer, emmenant avec lui 
le comte de Beuil et le baron de Laval. 

A Villefranche le duc eut avec ses fils un long entretien 
secret; et le soir, lorsque le comte, ayant pris congé du 
prince, voulut sortir du château pour se rendre à Nice, où 
rappelaient ses devoirs de gouverneur, il trouva le pont-levis 
haussé et ne put obtenir qu’on l'abaissât devant lui : ordre 
de Son Altesse, lui répondit-on, venait d’être transmis d’in¬ 
viter le comte à passer la nuit au château. 

Le matin du 'i'.\ avril, le duc retourna â Nice par mer, prit 
avec lui le comte de Beuil et laissa le baron de Laval en¬ 
fermé dans le château de Villefranche. Il s’entretint avec le 
comte durant toute la traversée, et commença par des plain¬ 
tes contre le baron de Laval au sujet de sa façon peu res¬ 
pectueuse et trop libre de parler: il insista sur la nécessité 
de le corriger de sa légèreté, défaut du jeune âge, et de 
développer en lui les bonnes qualités qu'il lui reconnaissait, 
ajoutant qu’il se chargeait de son avenir et qu’il voulait le 
marier de sa main. Passant rapidement à un autre sujet, le 
duc lit un exposé des remontrances du Sénat nouvellement 
établi à Nice, concernant le comte de Beuil, qui empêchait 
que l’on fit appel audit Sénat des sentences rendues par les 
juges particuliers que le comte et scs prédécesseurs avaient 
établis sur leurs terres. C’était là, disait-il, un inconvénient 
des plus graves auquel il avait résolu de remédier en réunis- 

0 

saut le comté de Beuil à ses Etats, donnant en échange au 
comte et à son fils, dans le Piémont et la province d’Asti, 
d’autres terres plus vastes, plus belles, plus productives que 
celles qu’ils possédaient dans leur pays de montagnes arides 
et couvertes de neige. 

Sur le premier point Annibal Grimaldi répondit qu’il avait 
déjà des vues touchant l’établissement de son fils et qu’il se 


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255 


réservait le droit de le marier lui-même. Quant à l’échange de 
terres, il déclara franchement au duc que jamais et à aucun 
prix il ne céderait les domaines de ses ancêtres. Il termina 
en exprimant au duc le vif regret qu’il éprouvait de ne pou¬ 
voir satisfaire à ses désirs et en protestant de sa fidélité, 
bien à tort mise en doute par ses ennemis, auxquels peut- 
être Son Altesse avait malheureusement trop prêté l’oreille. 

Charles-Emmanuel n’insista pas davantage sur les propo- 
. sitions qu’il venait de faire, mais il dit qu’une occasion très 
importante se présentait au comte de donner une preuve ma¬ 
nifeste de sa fidélité : c’était d’admettre une garnison sa¬ 
voyarde dans les châteaux de Toudon et d’Ascros, situés 
sur les frontières de la Provence, garnison qui dès lors pro¬ 
tégerait de ce côté les Etats de Savoie contre les attaques 
des Français, en cas d’une guerre fort probable dans les gra¬ 
ves circonstances où l’on se trouvait. Le comte répondit à 
cette dernière demande en remettant au duc un écrit par 
lequel il ordonnait aux commandants des châteaux de Toudon 
et d’Ascros de recevoir la garnison savoyarde. Charles-Em¬ 
manuel y envoya des Suisses qu’il avait à sa solde : dès son 
arrivée à Nice, il avait déjà fait occuper Puget-Théniers par 
un régiment de cinq cents hommes. 

Le meilleur accord paraissait donc s’être établi entre le 
suzerain et son vassal. Débarqué à Nice, le duc laissa le 
comte rentrer tranquillement chez lui, au grand étonnement 
des citadins ; car le bruit avait couru de sa détention à Vil- 
lefranche, et de plus, la rumeur publique était qu’on avait 
mis en délibéré s’il fallait lui trancher la tête sur la galère 
qui le ramenait, le bourreau, toujours d’après cette rumeur, 
ayant été appelé la veille, de Nice à Villefranche. Lecomte 
de Beuil put donc, comme auparavant, circuler dans toute 
la ville, suivi cependant par des gardes du duc, qui ne le 
perdaient pas de vue \ 

Charles-Emmanuel quitta Nice le surlendemain, 2'i avril, 
et au moment de son départ, invita le comte de Beuil à le 


1. OiofTrado, t. VI, p. «3. 


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suivre immédiatement à Turin avec lo baron de Laval ; le 
comte et son fils partirent trois heures après lui. Le même 
jour fut publié- à Nice un on Ire du due nommant gouverneur 
de la ville le comte de (’artignano, lequel fit arrêter et con¬ 
duire au château les jeunes tilles du comte de Beuil, ainsi 
que leurs gouvernantes, tous ses serviteurs restés à Nice et 
un grand nombre de ses partisans. 

De pareils actes ne pouvaient laisser indifférents les amis 
que le comte avait dans le pays et au dehors ; la comtesse 
de Beuil, en sûreté dans son château de Villars, fit agir 
auprès de l'empereur son propie frère le cardinal de Trente; 
et toutes les démarches en faveur d’Annibal se firent avec 
une telle promptitude, que même avant l'arrivée de celui-ci 
à Turin, retardée par une indisposition, l'envoyé de l'empe¬ 
reur avait déclaré que son maître serait grandement offensé 
si le duc retenait prisonnier un baron du Saint-Empire, et 
qu’il se verrait obligé de punir, même par les armes, un 
pareil attentat. De sorte que, forcé d'attendre une meilleure 
occasion pour l’accomplissement de ses desseins, Charles- 
Emmanuel se remit à dissimuler avec le comte : il le reçut 
très gracieusement ainsi que le baron de Laval, leur donna 
un palais pour habitation, et les traita comme il l’avait fait 
durant son séjour à Nice avant l'excursion à Villcfranche. 

Deux mois se passent en fêtes, en divertissements : le duc 
semble éviter avec soin toute affaire sérieuse; il répond 
d’une manière évasive à toutes les demandes du comte tou¬ 
chant les questions qui avaient été l'objet de leurs débats. 
Le comte, fatigué d’être le jouet du prince et accablé de 
chagrin el d’ennui, feignit d’être malade et obtint congé du 
duc pour ><■ rendre aux bains do Vinadio sur la Stura ; mais 
arrivé à ces bains, il y laissa la voiture qui l’ava’t amené, fît 
une longue traite à cheval, franchit à pied le col de Fenestre 
couvert de neige, et toujours à pied, atteignit enfin son ch⬠
teau de Villars. Le duc lui envoya des personnes accréditées 
pour l’engager à revenir à la cour, où son fils se trouvait 
encore, et lui fit donner toutes sortes de belles promesses ; le 
comte s’excusa sur le mauvais état de sa santé et de celle de 


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— 257 — 

sa femme ; Charles-Emmanuel répondit à ce refus en adres¬ 
sant au gouverneur de Nice de nouveaux ordres pour remet¬ 
tre en prison tous les serviteurs et les amis du comte qui se 
trouvaient dans cette ville \ 

Annibal Grimaldi, décidé plus que jamais à maintenir ses 
droits de juridiction contre les prétentions du nouveau Sénat 
de Nice (ce qui à ses yeux constatait jusqu’à un certain point 
son indépendance et sa qualité de seigneur souverain dans 
ses domaines) travailla à se créer de puissants protecteurs 
au dehors. Il avait déjà dans ce but, pendant le séjour du 
duc de Savoie à Nice, entamé des négociations avec le capi¬ 
taine Pierre Saratta Olazzo, gouverneur de Monaco pour le 
roi d’Espagne, et avec Don Juan Vives, ambassadeur dudit 
roi auprès de la république de Gênes. Le 19 novembre de la 
même année 1614, il obtint du roi de France un brevet de 
protection *. 

A ce moment la guerre éclata entre la Savoie et l’Espagne 
maîtresse du Milanais 1 * 3 . Victor-Amédée, prince de Piémont 
vint à Nice en janvier 1615 pour défendre la ville et la côte 
maritime contre les galères espagnoles. Le comte et la 
comtesse de Beuil se rendirent à Nice pour y saluer le prince, 
qui leur fit le plus aimable accueil ; tout le monde espéra 
qu’un accommodement avec le duc de Savoie suivrait bien¬ 
tôt : il n’en fut rien. 

Le comte de Beuil reprit alors auprès de Don Pedro de 
Tolède, successeur du marquis de l’Innoiosa au gouverne¬ 
ment du Milanais, les négociations entamées précédemment 
avec l’Espagne, et le 16 août 1616, fut signé un traité, por¬ 
tant en substance que S. M. Catholique recevait sous sapro- 


1. K perô vero ohe subito mandô nuovo ordin* a Nizza di metterc in prigione la maggior 
parte dei domestici ç servitori del Conte, e tutti quelli rhe avevano avuto qualche parti- 
eolare aderenza alla s ia casa. (Gioflredo, t. VI, p. 231). 

Voir Documents n° 3: Relation de Malbéqui. 

3. Charles-Kmmanuel, mécontent de l'attitude que Philippe III, roi d’Kspagne et duc 
de Milan, avait gardée à son égard pendant la guerre du Montferrat avec le duc de 
Mantoue, commença sous divers prétextes les hostilités en ravageant une partie du terri¬ 
toire de Novare ; le marquis de l’Innoiosa en flt autant dans celui de Verceil. Cette petite 
guerre, où il n’y eut pas d’action remarquable, donna lieu d’abord au traité d’Asti du 
21 juin 1615 ; mais elle ne fut définitivement terminée que par le traité de Pavie du 9 octo¬ 
bre 1617. 


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258 


tection le comte de Beuil, ses successeurs, ses sujets et ses 

r 

Etats, promettait en conséquence de le défendre contre le duc 
de Savoie ou tout autre prince, et que ledit comte s’obli¬ 
geait à prendre le parti de l’Espagne contre tous ; que S. M. 
Catholique donnerait au comte quatre mille hommes et assez 
d’argent pour en lever un nombre égal : moyennant quoi le 
comte promettait de livrer aux Espagnols, dans l’espace de 
trois mois, la ville, le château et le comté de Nice, duquel 
comté lui, Annibal Grimaldi, serait seigneur absolu, hormis 
les villes de Nice, Villefranche, Sospel et deux ou trois 
autres places moins importantes, dont néanmoins ledit 
comte de Beuil et ses successeurs seraient gouverneurs à 
perpétuité ; que de plus Sa Majesté lui servirait une pension 
annuelle et perpétuelle de 20,000 écus d’or. A la suite de 
cette convention don Pedro de Tolède remit aux sieurs 
Alberto et Bruni, agents du comte, la somme de dix ou douze 
mille ducatons 

Cependant le roi d’Espagne ne mettait guère d’empresse¬ 
ment à tenir ses promesses, et le roi de France ayant eu vent 
du traité fait avec le cabinet de Madrid, fit dire au comte de 
Beuil, par le gendre de celui-ci, le sieur Magdalon de Vinti- 
mille, baron de Tourves, qu’il n’entendait pas que le dit comte 
eût recours à une autre protection que celle qu’il lui avait accor¬ 
dée en 1614 ; et un nouveau traité fut conclu avec la France 
en mars 1617 *. Mais l’assassinat du maréchal d’Ancre quel¬ 
ques jours après et la retraite de la reine mère Marie de 
Médicis, ayant privé le comte de Beuil de ses plus puissants 
appuis en France, il tourna de nouveau ses vues vers l’Espa¬ 
gne ; et au mois d’octobre de la même année 1617, il envoya 
le docteur Malbéqui auprès de l’ambassadeur espagnol don 
Juan Vivès pour lui exposer tout ce qui avait été conclu 
avec la France et lui donner l’assurance qu’il n’en persistait 
pas moins dans l'accord fait l’année précédente avec don 
Pedro de Tolède. Don Vivès ayant donné avis de tout cela 
au roi d’Espagne, S. M. Catholique répondit qu'elle ne 

1. Relation de Malbéqui. Documents , n* 3. 

2. V. le texte de re traité. Documents . n* 4. 


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trouvait point mauvais que le comte se mit sous la protec¬ 
tion de la France, pourvu qu’il ne se départit point de son 
service. 

Le traité de Pavie du 9 octobre 1017 avait mis fin à la 
guerre du Montferrat entre la Savoie et l’Espagne : Annibal 
de Beuil voulut s’assurer davantage l’appui de cette dernière 
puissance ; il envoya donc au mois de mai 1618, le docteur 
Malbéqui à don Juan Yivès pour le prévenir que le duc de 
Mayenne 1 2 voulait vendre le château de Villeneuve-sur-Loup, 
et lui faire entendre que l’acquisition de ce lieu serait fort 
avantageuse pour le service de S. M. Catholique, autant 
contre le duc de Savoie que contre la France elle-même : 
car, disait-il, maître de cette place, avec l'aide de ses par¬ 
tisans et en particulier de son cousin le commandeur de 
Villaplana, gouverneur de la place de Saint-Paul, il pour¬ 
rait , en cas de guerre, facilement introduire en Provence 
une armée espagnole ; il le priait en conséquence de lui faire 
donner ou prêter l’argent nécessaire à cet achat. Don Juan 
Vivès répondit qu’il ferait part de cette proposition au roi 
d’Espagne, auquel il l’exhortait de rester toujours fidèle et 
entièrement dévoue. Cotte affaire heureusement n’eut pas de 
suites *. 

Toutes ces coupables menées du comte de Beuil n étaient 
pas complètement ignorées du duc de Savoie, et dès l’année 
1017, il avait déjà ordonné au Sénat de Nice de faire contre 
lui des informations qui furent suspendues à cause des évé¬ 
nements de la guerre de Montferrat. Il ne pensait pas ce¬ 
pendant que le moment fût arrivé de les reprendre : il voulut 
auparavant s’assurer de l’amitié de la France, dont le con¬ 
cours pouvait lui être nécessaire pour sa propre sûreté, dans 
les graves circonstances où il se trouvait. En effet, l’Espa¬ 
gne, non contente d’avoir le Milanais, tendait constamment 


1. Henri de Lorraii.e, dur de Mayenne, (ils de Charles de Lorraine, dur de Mayenne, qui 
fut l'un des principaux chefs de la Ligue. Grand ehambel'an de Trance et gouverneur de la 
Guyenne, Henri de Lorraine fut tué d’un coup de mousquet au siège de Montauban où il 
avait un commandement dans l'armée du roi. le 17 septembre 1621. à l'âge de quarante- 
trois ans, et ne laissa point de postérité. 

2. Relation de Malbéqui. Documents n* 3. 


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2fiO 


à «‘tendre ses possessions clans la haute Italie; Charles- 
Emmanuel proposa donc au roi Louis XIII une alliance 
offensive et défensive contre cette puissance. Louis s’em¬ 
pressa de conclure cette alliance, qui, le *21 février 1619, fut 
cimentée par le mariage de sa sœur Christine avec le prince 
de Piémont, Victor-Amédéo, fils aîné du duc. Deux mois 
après, le fils du comte de Deuil, André, baron de Laval, qui 
était parvenu à s’évader de Turin, épousa à Paris Anne 
de Saulx-Tavanncs, apparentée aux premières familles de 
h’rance. 

Le comte de Deuil comprit qu'il ne devait plus compter 
sur une protection armée de la part du roi de France, qu'il 
avait d’ailleurs indisposé contre lui en continuant à entre¬ 
tenir des relations avec l’Espagne, et il se livra entièrement 
à cette puissance. Au mois de mai 1619, il dépêcha de nou¬ 
veau le docteur Malbôqui à Don Juan Vives pour obtenir 
l’effet des conventions arrêtées les années précédentes et 
lui renouveler la proposition de l’achat de Villeneuve-sur- 
Loup : Vives renvoya l'affaire au duc de Féria, gouverneur 
de Milan ; et au mois d’août suivant, le docteur Malbéqui 
alla proposer à ce duc un nouveau traité en vertu duquel le 
comte et son fils s’engageaient à servir dans l’armée espa¬ 
gnole et à faire la guerre au duc de Savoie moyennant une 
subvention mensuelle de 50,000 écus. Le duc de Féria ré¬ 
pondit qu’il informerait de toutes choses le roi son maître, 
par Don Vivès, qui devait se rendre bientôt à Madrid, et 
qu’au retour de celui-ci on verrait ce qu’il conviendrait de 
faire 

Don Juan Vivès ne revint d’Espagne qu’en juin 1620 et, 
rapporta une réponse vague, qui ne permettait pas de 
rien conclure. Le duc de Féria invita le comte de Beuil à 
s’adresser directement au roi Philippe III ; le comte suivit ce 
conseil et chargea de ses intérêts auprès de ce roi, un sieur 


1. Relation de Malbéqui. Documents n m 3. 


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261 


A 


Riccat, agent en Espagne du marquis de Dogliani, gouver¬ 
neur de Nice 1 . 

En décembre 1620, cct agent se trouvait en mesure de 
terminer cette affaire importante ; mais déjà le Sénat de 
Nice avait repris les poursuites contre le comte de Beuil et 
son fils. En vain, jusqu’alors, les nombreux parents qu’ils 
avaient en France et le roi Louis XIII lui-mème, avaient 
employé tous les moyens d’arriver à un accommodement 
avec le duc de Savoie: Annibal de Beuil, comptant trop sur 
l’Espagne, s’obstinait dans toutes ses prétentions. Le Sénat 
de Nice continua le procès et condamna, par contumace, le 
comte et son fils, à la peine de mort. L’acte d’accusation 
portait : 

1° Que Annibal Grimaldi, comte de Beuil, et son fils, 
André, baron de Laval, s'étaient soustraits à l’obéissance 
due à S. A. le duc de Savoie, en se disant publique¬ 
ment souverains dans le comté de Beuil, la baronnie de la 
vallée de Massoins, les seigneuries d’Ascros, Toudon et au¬ 
tres lieux ; 

2° Que le comte de Beuil avait empêché ses sujets d’en' 
appeler à la justice de Son Altesse ; 

3° Qu’il avait illicitement fortifié plusieurs de ses ch⬠
teaux dépendant de Son Altesse, principalement celui de 
Tourrette ; 

4° Qu’il avait effacé les armoiries de Savoie dans quel¬ 
ques-uns de ses domaines ; 

5° Que durant la guerre entre la Savoie et l’Espagne, il 
avait traité avec des ministres espagnols pour s’entendre 
avec eux, envoyé de ses gens à Monaco et à Milan, reçu de 
l’argent et fait autres choses au préjudice des Etats de Son 
Altesse ; 

6° Qu’il avait, d’accord avec des agents espagnols, pris 

l. Le docteur Malbéqui déclare positivement que ce Riccat fut chargé de traiter avec 
l'Espagne par commission du comte de Beuil et du marquis de Dogliani, par l'entremise 
duquel tout cest affaire estoit manié. Voilà donc le {gouverneur de Nice qui se rend 
complice du comte de Beuil ; et c’est ce même gouverneur qui, moins d’un mois après, 
sera chargé de faire exécuter la sentence de mort prononcée contre ledit comte ! Il est 
bien difficile de ne pas croire que ce marquis de Dogliani ne prit une part si active à 
toute cette intrigue, qii’en vertu d’instructions secrètes parties de Turin. 




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part à un attentat contre la personne du prince Emmanuel- 
Philibert de Savoie ; 

7" Que sous de faux prétextes, il avait recherché et ob¬ 
tenu la protection de puissances étrangères et donné ainsi 
occasion d’en faire des ennemies du duc, son seigneur ; 

8° Qu’il ne s’était pas, dans ces mêmes temps de guerre, 
acquitté de ses devoirs envers Son Altesse bien que requis 
par lettres ; et que non-seulement il ne s’en était pas acquitté, 
mais les avait expressément refusés ; 

9° Qu’il avait tenté de surprendre les châteaux d’Ascros 
et de Toudon, dans lesquels Son Altesse avait jugé utile de 
mettre une garnison ; 

10" Qu’il avait eu dessein de faire surprendre le fort de 
Montalban avec l’aide des galères espagnoles, en y faisant 
placer François Astraudo, à qui il avait fait promettre dix 
mille écus, par l’entremise d’un certain prêtre nommé Jean 
Fernando, au su et consentement du baron de Laval, son fils, 
accusé, en outre, d’avoir traité avec le comte du Bar, ennemi 
du duc ; 

11° Que tant, le père que le fils, en maintes occasions, 
avaient parlé du duc d’une façon tout à fait irrévérencieuse ; 

12° Que le comte avait fait donner le commandement du 
château de Tourrette à Honorât Rossignuolo, quoique celui- 
ci lut sujet de Son Altesse, marié à Nice et y demeurant, 
lequel Rossignuolo avait fait publiquement divers actes 
d’hostilité contre les sujets du duc. 

Suivaient d’autres chefs d’accusation moins importants. 

La sentence de mort prononcée par le Sénat, le 2 jan¬ 
vier 1621, fut publiée le même jour; et le marquis de Dogliani 
réunit une petite armée de neuf mille hommes 1 , que l’on 

crut nécessaire pour la faire exécuter. Cette armée partit 

* 

aussitôt sous le commandement du gouverneur de Ville- 
franche, Annibal Badat, qui emmena avec lui l’avocat géné¬ 
ral Barthélemy Baldoino, le procureur fiscal Antoine Bonfils 
et deux sénateurs, Ludovico Ferrero et Jérôme Marcello. 


1. Selon DnranU, HUloire de Sice. 


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263 


Annibal Badat prit la route de Levens, et la nuit suivante 
il fit occuper tous les postes par lesquels le comte de Beuil 
aurait pu s’échapper. Il fut rejoint le lendemain par quatre 
cents Suisses sous la conduite du baron de Beu, gentil¬ 
homme savoyard, et cinq cents volontaires de Nice et de la 
banlieue qui convoyaient six petites pièces d’artillerie 
traînées par des boeufs et par deux cents galériens* ; mais 
à cause de la difficulté des chemins, cette artillerie ne put 
dépasserGilette. Elle était, d’ailleurs, devenue inutile, car 
à l’approche des troupes, le baron de Laval, chargé de 
défendre le château de Villars, s’était enfui précipitamment 
en Provence avec sa femme et sa mère ; et le comte de 
Beuil, qui aurait pu résister longtemps derrière les fortifica¬ 
tions de Tourrette-Revest, se vit contraint par ses propres 
défenseurs de se rendre aux premières sommations d’Anni¬ 
bal Badat (8 janvier 1621). 

Le malheureux comte fut saisi à l’instant même et gar¬ 
rotté. Le lendemain, Ludovic Ferrero, sénateur délégué, 
lui fit signifier sa sentence de mort, et après qu’on lui eut 
laissé le temps de se préparer t\ mourir en bon chrétien, on 
l’attacha sur un siège, puis un esclave turc l’étrangla avec 
un lacet : « afin, dit Gioffredo, que fût accompli ce qu’il 
avait présagé lui-môme, disant qu’il aimerait mieux mourir 
de la main d’un Turc que se soumettre au duc de Savoie *. » 
Son cadavre fut suspendu aux créneaux du château de 
Tourrette et, peu après, enseveli dans l’église de ce lieu. 

Ainsi mourut, à l’àge de soixante-quatre ans, Annibal 
Grimaldi, dont les ancêtres avaient donné le comté de Nice 
à la maison de Savoie. Le comté de Beuil, que sa famille 
possédait depuis plus de trois cents ans, lut confisqué avec 
toutes ses dépendances et réuni au domaine de la couronne 
ducale; et Charles-Emmaruel donna en fief la majeure 

1. « Schiavi deJle galere, » dit Gioffredo. 

?. « Accu», corne ha avvertito un moderno scrittore, ai avveraaae ciô ch'egli ai era au- 
« gurato, dicendo che araava meglio morire per man d’un Turco che sogge tarai al duca 
« di Savoia. » — Durante rejette le fait et le motif de la atrangulation par un Turc 
« Cette anecdocte, dit-il, dont aucun historien n’a fait mention, n'offre aucun caractère 
d'authenticité. » Eat-ce qu'aux yeux de Durante, Honoré Bouche, et Gioffredo après luii 
n’étaient paadea historiens? 


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partie des.terres delà famille Grimaldi à ceux qui l’avaient 
bien servi dans cette triste affaire ou en d’autres occasions *. 

Le marquis de Dogliani, gouverneur de Nice, se rendit 
au Villars, convoqua les délégués des populations du comté 
de Beuil et leur fît prêter serment d’obéissance et de fidélité 
à la maison de Savoie, après quoi il revint à Nice, rappor¬ 
tant avec lui tout le mobilier, d’une immense valeur, que 
renfermait le magnifique château de Villars. 

QuelqUes-uns de ses gens revinrent ensuite, amenant le 
reste du riche butin ramassé de partout, et avec ce butin 
une fille du baron de Laval, Agée de sept mois. On garda 
cette enfant dans le château de Villefranche ; conduite à 
Turin deux ans après, elle se fit plus tard religieuse en Bour¬ 
gogne avec une de ses sœurs. 

Quant au baron de Laval, qui s’était réfugié en Provence, 
il fut pendu en effigie, portant au dos un grand écriteau 
ainsi conçu : 

ANDREA GRIMALDO, BARONE DEI.LA VALUE, 

PER DELITTO DI REBELLIONS E FELLONIA 

Les parents en France du baron de Laval, notamment le. 
duc de Mayenne, intercédèrent en vain auprès du duc de 
Savoie pour le prier de recevoir en grâce ledit baron, qu’ils 
déclaraient innocent des actes coupables de son père, et le 
supplier de vouloir bien le rétablir dans les domaines do sa 
famille. Charles-Emmanuel no fit droit à aucune de ces 
réclamations. (Voir, aux Documents n°* 5 et G, la proposition 
du duc de Mayenne et la réponse du duc de Savoie.) 

En 1629, le baron de Laval essaya de rentrer de force en 
possession du comté de Beuil, pendant la guerre de la 
France avec la Savoie au sujet de la succession de Mantoue, 

1. Voici do quelle manière furent distribués les fiefs dont il s'agit, avec les titres de 
baronnie ou de comté : à la famille Badat, Ilonza, Kora, Pierlas, Malausséna et Roubion ; 
à Honoré Clareto, premier secrétaire et conseiller ducal ; Torre (La Tour), Lieuché ; aux 
frères Cavaglia, Beuil, Peone et Sauze ; au marquis de Dogliani, Villars et Bairols; su 
sénateur Caissotti, Rigaud, Massoins et Tournefort ; au comte Galléan, Ascros, Toudon, 
Tourrelte-Revest: enfin, le fief de Maria à Philibert Baccillotto, premier valet de chambre 
du duc. * (Note de Durante.) 


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265 


lorsque le duc de Guise, gouverneur de Provence, vint atta¬ 
quer la ville de Nice. Il entra dans le comté avec quatre 
cents hommes fournis par Annibalde Grasse, comte du Bar, 
et autres seigneurs provençaux ; une trêve entre les belli¬ 
gérants l’obligea de se retirer, et toutes les démarches 

S 

qu’il fit dans la suite restèrent sans effet. 

Annibal Grimaldi a été jugé diversement parles écrivains 
qui ont raconté sa lutte avec le duc de Savoie et sa fin tragi¬ 
que : suivant les uns on doit le considérer comme une victime 
du machiavélisme et de l’avidité de Charles-Emmanuel ; 
d’autres n’ont vu en lui qu’un ambitieux sans raison, traître 
à son prince et à son pays. 11 y a croyons-nous, du vrai et du 
faux dans chacune de ses deux opinions contraires. 

Ayant au début le bon droit de son côté,lorsqu’il entendait 
conserver les domaines de ses pères et marier lui-même son 
fils, Annibal de Beuil ne sut pas se défendre contre un 
adversaire plus fin, plus prudent et plus puissant que lui ; 
et, bien moins coupable qu’inhabile, il commit de grandes 
fautes qui le perdirent. 

• Mais, dira-t-on, il se révolta contre son seigneur et fit 
des traités avec-l’étranger .— Sans doute. Ne jugeons pas 

• cependant, avec les idées de nos jours, des actes d’un autre 
temps; n’oublions pas que le mot sacré de patrie était loin 
d’avoir jadis, à cette époque éloignée, le même sens qu’il a 
pour nous. La patrie d’un grand seigneur c'était sa terre 
et son château fort ; et Annibal de Beuil ne fut ni le premier 
ni même le dernier feudataire en guerre avec celui dont il 
était le vassal. Au moyen âge les comtes de Flandre, les 
comtes de Champagne, les ducs de Bourgogne, et bien 
d’autres encore, guerroyaient contre leurs suzerains les 
rois de France ; et plus tard, peu d’années avant et 
après Annibal Grimaldi, ne voyons-nous pas, sous le règne 
ds Henri IV, le duc d’Épernon chercher à se créer en Pro¬ 
vence, une principauté indépendante et signer même avec le 
roi d’Espagne Philippe II un traité par lequel il s’engageait 
à faire la guerre à son roi ? puis, sous le règne de Louis 
XIII, le duc de Montmorency, qui soulève le Languedoc et 


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livre bataille à l’armée royale ? et enfin, à l'époque de la 
Fronde, Condé, le grand Condé, allumant la guerre civile 
dans la Guyenne, combattant les troupes royales sous les 
murs de Paris, et quelques mois après faisant dans la Flan¬ 
dre, à la tête d’une armée espagnole, une longue campagne 
contre son pays ? 

Il faut considérer d’ailleurs qu’en sa qualité de baron du 
Saint-Empire, Annibal Grimaldi croyait ne relever aucune¬ 
ment du duc de Savoie. Son grand tort, sa grande faute, 
ce fut d’avoir voulu se créer en même temps deux puissants 
protecteurs dont les intérêts étaient opposés ; il ne comprit 
pas qu’il finirait par n’en avoir aucun. S’il se fût attaché 
uniquement à la France, à laquelle touchaient ses domaines 
et qui avait le plus grand intérêt à réunir à la Provence 
des pays que le traité de 1388, en avait* détachés, nul doute 
qu’il n’eût triomphé. On l’eût glorifié alors ; et la famille 
des Grimaldi de Beuil aurait pu jouir encore d’une longue 
prospérité, comme la lamille des Grimaldi de Monaco, qui, 
vingt ans après, se mit sous la protection armée de la 
Franco, dès que le prince Honoré II eut chassé de ses mi* 
nuscules Etats, les Espagnols, ses oppresseurs. 


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DOCUMENTS’ 


i 


Lettre de Jean de Beuil et de son frère Louis de Massoins aux consuls de 


la ville de Aice. du 16 mai 1397. 


Cars amies tant coma f ray res nostres, 

Honorables e cars amies e f ray res. Plasa vos a saber que hyer a 
vespre nos apliquem en lo luec de Menton sans e alegres, lo Dieu 
mercy ; e disapte partiin de Jenoa en la bonna licencia de mons. lo 
conte de Sant-Pol, loqual nos a fayt très graut aculhiment e mes 
final conclusion en nostra delieurenssa. — Item quar nos auriam très 
graut désir de parlai - ambe alcuns nostres cicutadins, nos scrivem 
a la Corna de Regimout que sa nos voulgues mandar un sien 
fftnbe alcuns de vos. E per so vos pregam carament que vos pla- 
gues de far sa venir un o dos dels nostres ambe cels que la Corna 
sa volra far venir, quar nos lur direm cosa que sera profiech e honor 
ile nostre très redoutât senhor Monsegnor de Savoya e de cels 
del pays. — Item aven ausit coma Valantin, servidor nostre, es 
arrestat a Nisa en preyson ; de que avem graut meravilha. Perque 
vos pregam carament que vos plasa de far lo relaxar. Autre non 
vos scrivem mas que si ren podem far en plazer vostre, scrives nos 
o, quar o farem de très bon cuer. Lo Sant Esprit vos ayaensa 
garda. 

Scrieha a Menton lo lü jorn de may. 

Lo Seynhor de Buelh 

e Loys de Grima ut f frayres. 


TRADUCTION LITTÉRALE : 

Chers amis autant que frères nôtres, 

Honorables et chers amis et frères. Vous plaise à savoir que 
hier au soir nous abordâmes au lieu de Menton sains et alégres, le 
Dieu merci (grâce à Dieu) ; et samedi partîmes de Gènes avec la 


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bonne licence Cia gracieuse permission; de mons. le comte de 
Saint-Pol, le<juel nous a fait grand accueil et mis finale conclusion 
à notre délivrance. — Item car (comme; nous aurions très grand 
désir de causer avec quelques-uns de nos concitoyens, nous écri- 



siens avec quelques-uns de vous autres. Et pour ce vous prions 
chèrement qu'il vous plaise de faire ici venir un ou deux des nôtres 
avec ceux que la Corna ici voudra faire venir, car nous leur dirons 
chose qui sera à prolit et honneur de notre très redouté seigneur 
Monseigneur de Savoie et de ceux du pays. — Item avons ouï 
comme quoi Valentin, notre serviteur, est arrêté <\ Nice en prison; 
de quoi avons grande merveille (grand étonnement;. C’est pour¬ 
quoi vous prions chèrement qu’il vous plaise de le faire relaxer. 
Autre chose ne vous écrivons,mais que (si non que; si rien pouvons 
faire en votre plaisir, écrivez-nous le, car nous le ferons de très 
l)on cœur. Le Saint-Esprit vous ait en sa garde. 

Ecrite à Menton, le 10 jour de mai. 

Le Seigneur de Deuil 
ot Loin* dt» a rima u l (Grimahii), frères. 



Requête (le Jeun de licui! et de son ferre Louis présentée au comte de 
Savoir A oiedre VIII et nu Conseil tir ertirnce. — (Janvier i 398) 


Al très aut e très poyssant Prince lu Conte de Savoy a, mon très 
redouptat Senhor. 

Aysso son las raneuras dels aut rages, ontas, vergonhas e des- 
piechs e dapuages, faeli, trattatz e olnatz per monsur Oddo de 
Villas (sic), governador e regidor de l’ilustre e troque poissant 
Prince e excellent mon Senhor lo Comte de Savoya, e per los offi¬ 
ciais mandat'/, per lo dich monsur Oddo de Villas as aquestas parti- 
das de Prohensa a governar lo dich pays de monsenhor de Savoya, 
coma luectenentz del dich monsur Oddo ; losquals monsur Oddo 
de Villas et desotz officiais, luectenentz syeus, an fach enjuriosa- 
ment, enragionablament, contra drech e justitia, contra lo senhor 
de Buelh e sos frayres monsur Loys e monsur Andaro, e contra la 
dama de Buelh et sos frayres e sos enfans, pareus, amies e servi- 
dors, estant près lo senhor de Buelh e son frayre monsur Loys 


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entre las mans e en preyson de mesier Antonioto Adorno, Duze 
q’era adonc de la ciptat de Jenoa, e tantost quant lo senhor de 
Buelh e son frayre foron en preyson dedins lo castel de Vente- 
milia preysoniers. 

Nota. — Gioffredo n’a publié que ce préambule du texte origi¬ 
nal, sans dire d’où il avait tiré la pièce entière : je l’ai cherchée 
vainement et je ne puis par conséquent donner le texte complet. 


TRADUCTION LITTÉRAL* 


Au très haut et très puissant Prince le Comte de Savoie, mon 
très redouté Seigneur. 

Ce sont ici les plaintes des outrages, insultes, vilainies et vexa¬ 
tions faites, pratiquées et commises par monsieur Oddon de Villars, 
gouverneur et intendant 1 2 de l’illustre et très puissant et excellent 
Prince Monseigneur le comte de Savoie, et par les officiers envoyés 
par ledit monsieur Oddon de Villars en ces parties de la Provence 
pour gouverner ledit pays de monseigneur de Savoie, comme lieu¬ 
tenant dudit Monsieur Oddon ; lesquels (actes) monsieur Oddon de 
Villars et les susdits officiers, ses lieutenants, ont faits injustement 
et déraisonnablement, contrairement à droit et justice, contre le 
seigneur de Beuil et ses frères monsieur Louis et monsieur Anda- 
ron, et contre la dame de Beuil et ses frères et ses enfants, parents, 
amis et serviteurs, étant pris le Reigneur de Beuil et son frère 
monsieur Louis entre les mains et en prison de messire Antonioto 
Adorno, qui.lors était Doge de la cité de Gènes, et aussitôt que le 
seigneur de Beuil et son frère furent prisonniers dans le ch&teau 
de Vintimille. 


3 

Relation de ce que le docteur Honorât Malbequy a déclaré concernant les 
négociations que le feu comte de Bueil a eues avec les Ministres du Roy 
d’Espagne . 

En l’année mil six cents quatorze durant le séjour de son Altesse 
à Nisse, qui fut le commencement des menées qui s’en sontensui- 
uies. Annibal Grirmaldi, Comte de Bueil, par l’entremise des 

1. Gouverneur et intendant de la province de Nice au nom du comte de Savoie 

2. Mêrêure ftançoit , t. VII, année 1021. 

20 


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270 


sieurs Alexandre Ledouolpe et de Philippe de Lyone, son gendre, 
commença à traicter avec le Capitaine Pierre Saratta Olazzo, 
Gouuerneur de Monaco, pour sa Majesté Catholique, et auec 
Don Iean Viues, Ambassadeur à Gennes pour sadite Majesté. 

En ce mesme temps ledit Comte obtint vn bref de protection du 
Roy de France. 

Depuis par lt- moyen des susdits sieurs et du marquis de Do- 
gliany, le Marquis de l’Innojosa, Gouuerneur de Milan, en eut 
communication, auec lequel néantmoins on ne résolut rien.. 

Succédant «n apres audit Gouuernement Don Pedro de Tolede, 
le traicté fut continué auec luy par la voye des susdits, et de 
Berthelemy Albert de Nisse, et de Pierre Bruny, Médecin ; Et en 
l’année mil six cents seize au mois d’Aoust, furent accordez et 
signez certaines articles par ledit Comte et par ledit Saratta, les¬ 
quels depuis furent confirmez par ledit D. Pedro, le sens desquels 
est tel. 

Que sa Majesté Catholique reçoit soubs sa protection le Comte 
de Bueil, ses successeurs, ses subjects, et ses Estats, et promet de 
les defiendre contre les Serenissimes Ducs de Sauoye et contre 
tous autres potentats sans exception : et ledit Comte s’oblige de 
de suiure le party d’Espagne enuers tous et contre tous. 

Que sa Majesté Catholique donnera audict Comte quatre mille 
hommes et de l’argent pour en leuer autre quatre mille : Et 
moyennant ce il promet de luy mettre és mains dans trois mois la 
Cité, le Chasteau, et le Comte de Nisse, et sadicte Majesté laissera 
Seigneur absolu ledict Comte de toutes les terres et subjects dudit 
Comté de Nisse, reserué les villes de Nisse, Ville-franche, Sos- 
pello *, et deux ou trois autres places, desquelles néantmoins ledit 
Comte et ses successeurs demeureront Gouuerneurs à perpétuité, 

Que sa Majesté Catholique fera payer audict Comte vne pension 
annuelle et perpétuelle de vingt mille escus d’or. 

Ces articles accordez et arrestez, ledict Comte envoya les susdits 
Alberto de Bruny 1 2 à Milan ausquels furent deliurez dix ou douze 
mille ducatons an nom dudit Comte. 

Cela estant venu à la cognoissance du Roy de France, il luy de- 
pescha le baron de Torues pour lui faire entendre qu’il ne vouloit 
pas qu’il se jettast en d’autre protection qu’à celle qu’il luy auoit. 
accordée en l’année mil six cents quatorze, sur quoy au mois d’a- 
uril 1617 3 ledit Comte receut l’Edict de protection du Roy, il 
renuoya ledit Baron de Torues et Barville en France au mois de 

1. Le Mercure françoit dit par erreur Soepetto. 

2. Sic : mai* U faut lire évidemment Alberto et Brun)'. 

3. Y. Document n* 4 «et édit de protection, qui est daté du raoie de mars 


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Iuin, et mesme vouloit depescher Honorât Malbequy en ceste 
Court pour traicter auec l’Ambassadeur du Roy d’Espagne. 

Nonobstant cela au mois d’Octobre ledict Comte enuoya ledict 
Docteur Malbequy à D. Iean Viues pour luy faire entendre ce qui 
s’estoit passé auec le Roy de France; luy donnant asseurance qu’il 
persistoit au traicté et articles accordez auec D. Pedro, de quoy 
ledit D. Iean donne aduis à sa Majesté Catholique, laquelle ap- 
prouue ce qui s’estoit passé, et ne trouue pas mauuais que ledit 
Comte se tienne en la protection de la France ponrueu qu’il ne se 
distraye point de son seruice. 

En l’année 1618, au mois de May, ledit Comte enuoye ledit Malbe¬ 
quy à D. Iean Vives, et luy propose que Monsieur le Duc de Mayenne 
vouloit vendre Ville-neufue qui accommoderoit fort le seruice de 
sa Majesté Catholique, tant contre le Serenissime Duc de Sauoye, 
que contre la France, car auec ceste place, et l’assistance de ses 
adhérants et encores par le moyen du Gouuernement de S. Paul 
tenu par le Commandeur de Ville-plaine son cousin, il pourroit 
introduire asseureraent les gens de guerre de sa dite Majesté dans 
la Prouence. Et pourtant qu’il luy donnast ou bien prestat argent 
pour l’acheter : A quoy D. Iean Vives fit response qu’il en aduertiroit 
son maistre : et que cependant il maintint son traicté, et qu’il en¬ 
tretint ses adhérants à la deuotion de sa Majesté Catholique. 

L’année 1619 du mois de May ledit Comte depescha derechef 
ledit Malbequi (sic) à D. Ian Vives pour obtenir l’effect de la ca¬ 
pitulation susdite accordée, lequel dit, Qu’il falloit traicter de cest 
affaire auec le Duc de Feria : En suitte de quoy au mois d’Aoust 
de ladite année ledit Comte enuoya Malbequy au Duc de Feria, 
auec procure en bonne forme et mémoires particuliers bien signez 
pour luy proposer ce qui s’ensuit. 

Qu’il plaise à sa Majesté Catholique receuoir ouuertement sous 
sa protection le Comte de Bueil, ses successeurs, ses subjects et 
ses Estats et de le deffendre et eux aussi indifféremment contre 
tous Potentats sans reserue d’aucun, et ledit Comte seruira sa dite 
Majesté en toutes occasions. 

Et si sa Majesté Catholique n’a pas aggreable de déclarer ou¬ 
uertement sa dite protection, au moins qu’il luy plaise l’y receuoir 
tacitement et luy donner moyen pour faire la guerre au Duc de 
Sauoye. 

Et si sa Majesté ne trou voit pas ben qu’il fit la guerre, qu’il luy 
plaise de luy entretenir mille hommes de pied pour se deffendre 
contre les attaques que luy pourroit donner son Altesse de 
Sauoye. 

Qu’il luy plaise aussi luy faire toucher argent pour acheter 


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272 


Villeneufue, comme aussi commander qu’il soit payé de la pen¬ 
sion de vingt mil escus à luy accordée. 

Que pour asseurance de sa Majesté Catholique, ledit comte, ou 
le baron son fils, iront seruir dans la Duché de Milan, ou bien là 
où sa dite Majesté commandera, et luy remettra de ses places dans 
lesquelles il receura ses garnisons. 

Que moyennant cinquante mil escus le mois, il entreprendroit 
la guerre contre le duc de Sauoye en la Comté de Nisse et dans la 
Sauoye. 

En suitte de ce le Duc de Feria fit visiter le pays et mesmement 
Ville-neufue par les sieurs Ioseph Monpacon Espagnol, et Greeri 
de Larena Florentin, Ingénieurs, ausquels le comte de Bueil fait 
de nouveau les propositions susdites, et sur la relation par eux 
faicte, le duc de Feria respoudit qu’il donnerait aduis du tout à sa 
Majesté, qui en serait plus amplement informée par D. loan (tic) 
Vives qui s’en alloit en ceste Court là, et qu’à son retour on résou¬ 
drait l’affaire. 

Au retour de D. Ioan Vives en l’an mil six cents vingt du mois 
de luin, le Comte de Bueil renuoya ledit de Malbequi (sic) au duc 
de Feria, lequel au mois d’Aoust, fit response que sa Majesté auoit 
tesmoigné par des lettres d’auoir fort aggréable sa négotiation, et 
qu’il entretint ledict Comte ; mais qu’il ne luy estoit pas enjoinet 
de résoudre aucune chose : et par ainsi qu’il estoit necessaire 
que ledit Comte eust recours en Espagne, et qu’il en escriroit à sa 
Majesté, ce qu’il fit et aussi D. Hierosme Pimentel general de la 
Cavalerie, et le Marquis de Valdefointes. 

En après par commission dudict Comte et du Marquis de 
Dogliani, par l’entremise duquel tout cest affaire estoit manié, 
furent enuoyées par la voye dudict Malbequi des instructions 
particulières au sieur Riccat agent pour ledict Marquis en Espa¬ 
gne, une copie des mémoires susdits, capitulations, articles et 
lettres susmentionnées : Et aussi par la voye dudit Philippe de 
Lione, le mesme fut enuoyé au pere Lazare Ledouolpe. 

Au mois de Décembre 1620 ledit Comte receut lettre dudit Rin¬ 
çât (sic) par laquelle il luy deinaudoit vne lettre de creance vers 
sa Majesté pour pouuoir traicter sur ce, suiuant quoy ledit Comte 
escriuit audit Philippe de Lione, au pere Lazare et à Riccat, et fit 
aussi que ledit Malbequi leur escriuit pour les informer, et enuoya 
vn blanc signé pour dresser la lettre de creance qu'il désirait vers 
sa Majesté. 

Le contenu en ceste relation se vérifié par plusieurs lettres de 
D. Pedro de Tholede addressees au Comte de Bueil : et par l’original 
du traicté faict par luy auec D. Pedro qu’il a signé de sa main : 


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273 


par plusieurs lettres de D. Ioan Vives Ambassadeurs à Gennes 
pour sa Majesté Catholique : et par vn grand nombre du Gouver¬ 
neur de Monaco enuoyées audit Comte et aussi par diuerses lettres 
escrites par ledit Comte, par ses blancs signez, par lettres dudit 
Malbequi qui furent surprinses en ce temps là de quoy on rap¬ 
porte les originaux, 

I’ay Honnorat de Malbequi rapporte et atteste tout ce que des¬ 
sus estre véritable, et l’auoir sceu par le récit du feu Comte et 
escritures, et en partie pour l’auoir traicté et negotié moymesme. 
Signé Malbequi. 


4 

Lettres de protection accordées au comtede Beuil partie roi Louis XIII 1 

lo vis, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre, Comte 
de Prouence, Forcalquier et terres adjacentes. 

A tou s presens et aduenir Salut. 

Nostre très cher et bien aymé Annibal de Grimaldi, Baron de 
Bueil, Seigneur do ia vallée de Massoins, d’Ascros, de Thodon, de 
la Tourrette, et du Reuest, et autres lieux, nous ayant en diuerses 
occasions faict paroistre l’inclination naturelle et particulière qu’il 
a enuere nous, et au bien et grandeur de ceste Couronne, au ser- 
xiice de laquelle ses père, ayeul et bisayeul, oncles et autres de 
son nom et maison, ont tenu et excercé de grandes et honorables 
charges et dignitez ; mesmes plusieurs d’entre eux y ont finy 
leurs iours : Ce qui luy auroit faict désirer ardamment de se met¬ 
tre auec sa femme,famille, biens, terres et pays en la protection de 
nous et nostre dite Couronne, et se départir de toutes autres pro¬ 
tections, alliances, associations et deuoirs qu’il pourroit auoir 
auec-'quelques autres Princes que ce puisse estre, et pour cest 
effect auroit enuoyé vers nous à diuerses fois plusieurs notables 
personnages pour nous en faire la supplication et instance, et 
ueantmoins d’autant que nous aurions différé quelque temps sans 
luy en donner les asseurances telles qu’il les désiroit, se trouvant 
pressé de sa sèureté et conseruation, il se seroit addressé aux Mi¬ 
nistres et Agents du Roy d’Espagne, nostre très cher frère et 
beau-père, et seroit entré en quelque pourparler et traicté avec eux 
sur cesubject: Mais luy ayant depuis faict sçavoir l’intention que nous 


!• Mereur$ françois , t. Vil année I(ttl. 


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274 


auions de luy octroyer nostre protection, et que nous ne pouuions 
agreer qu’il la recherchast d’ailleurs, veu la proximité de ses terres 
auec nos frontières, et que mesmes s'estant j’à cy-devantaddressé à 
nous pour ce subject, nous luy aurions dès le dix-neufiesme de 
Nouembre 1614, faict déliurer notre Breuet, portant asseurance de 
nostre volonté pour ce regard, il nousauroit renuoyé pour la se¬ 
conde fois le sieur baron de Tournes son gendre, chargé de procu¬ 
ration spéciale pour traicter et conuenir auec nous des moyens et 
conditions conueuables pour y pouuoir paruenir. Surquoy ayans 
recogneu et considéré le zele, deuotion et bonne volonté que ledit 
sieur baron de Bueila enuers nous et ceste Couronne, et desirans 
pareillement luy faire cognoistre combien nous estimions la reso- 
lufion qu’il a prise de s’y attacher entièrement, eu esgard aussi au 
pouuoir qu’il a d’y servir vtilement , veu la qualité de sa personne 
et les bonnes conditions dont il est doüé, Nous auons volontiers 
entendu aux instances, propositions et supplications qui nous en 
ont esté sur ce faictes de sa part. 

Povr ces cavses, et autres bonnes et grandes considérations à ce 
nous mouuans, et après avoir sur ce pris l’aduis de la Royne nos¬ 
tre très honnoree dame et mere, et d’aucuns Princes, Ducs, Pairs, 
Officiers de nostre Couronne,et principaux de nostre Conseil,estans 
près nostre personne, Nous avons dictet déclaré, et par cestuy nostre 
Edict perpétuel et irreuocable, disons et déclarons que nous auons 
pris, mis et receu, prenons, mettons et receuons en nostre protection, 
et de nos successeurs Roys et Couronne de France dès maintenant et 
à perpétuité ledit sieur Baron de Bueil, auec sa femme, famille et 
ses descendans et successeurs, biens, terres, Seigneuries, villes et 
places fortes, dépendans de ladite Baronnie et seigneuries à luy 
appartenans, droicts, noms, raisons et actions : Ensemble cessub- 
jects et habitans desdits lieux. Promettons en foy et parole de 
Roy de les maintenir et eonseruer de tous nos pouuoirs et 
moyens soubs nostre dite protection et de nos dits Successeurs et 
Couronne de France à perpétuité en tous leurs dits biens, droicts 
de souveraineté, dignitez, honneurs, prerogatiues et priuilèges 
quelconques, et les garder et deffendre de toutes iniures, oppres¬ 
sions et actes d’hostilité enuers tous et contre tous sans nuis 
excepter. Voulons et entendons que pour la conseruatiou de 
ses dits droicts et prétentions, il puisse agir et procedder 
en nostre Cour de Parlement de Prouence, ou en telles de nos 
autres Cours de Parlement que bon luy semblera, et y faire conue¬ 
nir et appeller les détempteurs et vsurpateurs d’iceux. Et par ce 
qu’il y a aucunes de ses terres et forteresses occupées par quelques 
Princes, Nous luy promettons d’intercéder et nous entremettre, 


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275 


soit par la voye de nos Ministres et Ambassadeurs, ou par aucto- 
rité et voye de faict, si besoing est, pour les luy faire remettre entre 
ses mains sous nostre protection et ceste dite Couronne comme les 
autres. Et pour cest effect, et mesme afin qu’il ait moyen de sous- 
tenir la dépense qui luy conviendra faire pour la garde et conser- 
uation des places fortes qni sont dans l’estendue de sadite Baron¬ 
nie, terres et seigneuries, Nous auons promis, et promettons pour 
nous et nos dits successeurs Roys de faire payer et deliurer audit 
sieur Baron de Bueil la somme de vingt mil liures par chacun 
an par forme de pension, et par aduance de quartier en quartier 
par les Trésoriers de nostre Espargne presens et à venir : Et outre 
auons permis et permettons audit sieur Baron de Bueil de pouuoir 
prendre et achepter dans nostre pays et Comté de Provence le sel 
qui luy sera necessaire pour la nourriture et prouision de luy 
etdeses subjects jusques à la quantité de quinze à seize cens 
mines par chacun an, si tant il en a besoing, en payant le 
prix que nos fermiers en payent seulement, et iceluy sel faire me¬ 
ner et conduit franchement et quitement en ladite Baronnie 
de Beuil et terres en dependans, et imposer sur iceluy ce qu’il 
verra estre à propos : sans neantmoins en abuser ne preiudicier 
à nos droicts et fermes : comme pareillement nous luy accordons 
pour luy et ses successeurs chefs et Seigneurs de ladite Baronnie 
de Bueil, le titre de Capitaine de cinquante hommes d’armes 
de nos ordonnances, auec volonté de nous seruir de la compagnie 
qui en dressée aux occasions qui s’en offriront. 

Promettons aussi que nos Ambassadeurs et ceux de nos succes¬ 
seurs Roys et autres nos Ministres, tant en la Cour de Rome, celle 
de l’Empereur, que autres Roys et Princes de la Chrestienté, sous- 
tiendront, protégeront et deffendront de nostre part, les personnes, 
affaires et causes dudit sieur Baron de Bueil et de ses successeurs, 
comme celles des propres subjects de nostre Couronne de France. 
Que toutes personnes de quelques estât et condition qu’elles 
soient, nez et à naistre en sesdites villes, terres et Baronnie, pour¬ 
ront venir habiter et demeurer en tous lieux et endroicts de nostre 
Royaume, et jouyr des mesmes droicts et priuileges que iouissent 
les naturels originaires d’iceluy, sans qu’ils soient tenus prendre 
lettres de naturalité ny en payer aucune indemnité. En quoy fai¬ 
sant nous entendons aussi que toutes les fois que pour le bien de 
nos affaires et service, ou pour la deffense et conseruation de ses 
villes, bourgs et forteresses estans en l’estenduë de sesdites 
Baronnies et Seigneuries, nous voudrions y envoyer, et loger 
des trouppes de gens de guerre, ledit sieur Baron de Bueil et ceux 
qui commanderont es dites places de sa part, seront tenus de les 


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receuoir, loger et accommoder en tel nombre qu’il nous plaira, et 
les y souffrir tant et si longuement que nous le iugerons à propos, 
en pouruoyant par nous à la solde, et eutrtenement d’icelles troup- 
pes pour le temps qu’elles y demeureront. Et encores que ledit 
sieur Baron deTourues ayant charge et procuration spéciale dudit 
sieur Baron de Bueil, ait desia en vertu d’icelle, et sous les protes¬ 
tations y contenues, accepté de sa part et tant pour iccluy sieur 
Baron de Bueil que pour ses successeurs, toutes les choses susdites, 
Nons entendons neantmoins que ledit sieur Baron de Bueil en face 
(sic) encores particulière déclaration auteutique (sic) sous son 
seing et seel [sic), par laquelle il déclarera que luy et ses succes¬ 
seurs ausdites Baronnies et seigneuries susnommées, nous reco- 
gnoistront et les Roys de France qui nous succéderont pour leurs 
Seigneurs protecteurs ; et nous promettra et jurera tant pour luy, 
sa femme et enfans que pour tous ses subjects et habitans des 
villes, bourgs, et villages, despendans desdites Baronnies et sei¬ 
gneuries, et des autres terres libres, qui luy peuvent appartenir, 
ensemble pour ses successeurs, foy, loyauté et seruîce enuers tous 
et contre tous, pour demeurer perpétuellement ioinct et uny sous 
ledit nom de protection auec la Couronne de France, sans iamais 
s’en départir, ny faire aucun traicté ny autre acte au preiudice des 
présentes, et sans le consentement de nous, et de nos dits succes¬ 
seurs Roys, ainsi ayder et procurer de leur pouuoir, le bien et 
aduancement de nos affaires, et de ce Royaume, dont il fera désor¬ 
mais déclaration et profession ouuerte, laquelle ledit sieur Baron de 
Bueil enuoyera par quelque personnage de sa part en nostre Cour 
de Parlement d’Aix, pour y estre registree auec les présentes dans 
six sepmaines après l’expédition d’icelles, et en outre en prestera 
serment entre les maius de celuy que nous envoyerons vers 
luy pour cet effect ; si ce n’est qu’il vint en personne le prester en 
uos mains ou en celles du Gouverneur ou de nostre Lieutenant 
general en nostre Comté de Prouence ; lequel serment sera re- 
nouvellé pour ses successeurs Seigneurs et Barons de Bueil en la 
forme que dessus. 

Si donnons en mandement à nos amez et féaux les gens tenans 
nos Cours de. Parlement, des Comptes, Aydes et finances en 
Prouence, Presidents et Thresoriers generaux de France, audit 
pays, et à tous autres nos Iusticiers, et Officiers qu’il appartiendra, 
que ces présentes ils facent lire, publier et enregistrer, et le con¬ 
tenu en icelles garder, obseruer et entretenir inuiolablement ores 
et à l’advenir, sans aller ny venir directement ou indirectement au 
contraire. Mandons en outre à tous nos Lieutenans generaux, 
Gouverneurs de nos Prouinces, Mareschaux de France, Colonnels, 


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Mareschaux, Maistre3 de Camp et autres chefs et conducteurs de 
nos gens de guerre, et à tous autres qu’il appartiendra, que ces 
dites présentes ils obseruent et entretiennent, facent obseruer et 
entretenir dhacun endroict soy, selon leur forme teneur, sans y 
contreuenir ny souffrir estre contreuenu en aucune maniéré, Car 
tel est nostre plaisir, nonobstant toutes ordonnances sur le fait des 
traictez, mandement, deffences et lettres à ce contraires, ausquelles 
pour ce regard seulement, et sans tirer à conséquence, nous auons 
desrogé et desrogeons par ces dites préseutes. Et afin que ce soit 
chose ferme et stable à tousiours, nous y auons faict mettre et 
apposer nostre seel. Donné à Paris au mois de Mars, l’an de grâce 
mil six cens dix-sept, et de nostre régné le septiesme. Ainsi signé, 
Lovys. Et plus bas. Visa. Et au dessous : Par le Roy Comte de 
Prouence, estant en son Conseil, Signé Philipeaux. 


o 

La proposition du Duc de Mayenne à son A. de Sauoye sur le particulier 
du Comte de Bueil d'd présent *. 


I. Monsieur le Duc de Mayenne ioint à tons les Princes, Sei¬ 
gneurs, alliez et parents du Comte du Bueil, supplient vostre A. 
de vous représenter l’amitié et seruice bien humble que vous 
pouuez tirer et receuoir déux, les obligeant à la feruente et affec¬ 
tionnée priere qu’il vous font de restablir le sieur Comte de Beuil 
d’à présent aux biens qui ont appartenu depuis six cents ans à sa 
maison possédez de pere en fils, Vostre A. se resouuenant qu’il a 
tiré de bons seruices d’eux lesquels excédent en toute façon ce que 
le feu Comte de Bueil pouuoit auoir faict d’offense. 

II. Que le Comte d’à présent n’a iamais adhéré ne trempé en 
aorte que ce soit aux resolutions, escrits et actions de feu son pere, 
lesquelles il a entièrement rejettées et contrariées, iusques à se 
séparer de luy ; ayant continuellement eu de l’affection de faire 
seruice à Monseigneur le Prince Major *, auec lequel vostre A. l’a 
faict demeurer cinq ans durant. 


1. Mercure françoie, t. VIT, année 1621. Cette pièce et la réponse dn doc de Savoie 
sont données par GiofTredo, placées en regard article par article, page 315 dn Tome VI 
mais l’one et l'antre avec asses d'inexactitudes. 

2. Le prinee de Piémont Victor-Amédée, héritier présomptif. 


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III. Qu’il n’est iuste ny raisonnable que les enfans soient punis 
pour la faute des peres, et encores moins que leurs biens en pâtis¬ 
sent, veu qu’ils n'en tiennent aucuns du dernier possesseur, tombé 
en l’indignation de V. A. ains des prédécesseurs qui ont plusieurs 
fois substitué le bien, et desquels le Comte d’à présent est vrayment 
heritier, estant les fautes personnelles ef non héréditaires. 

IV. Et quand bien V. A. qui ne se soucie de si peu de choses en 
auroit gratifié quelques vns (ce qui n’est pas croyable) iceux quand 
leur postérité durerait trois cents ans n’y peuvent auoir aucun 
droict, duquel ils decherront par la grande iustice et équité, qui 
s’est tousiours monstrée et esperée de vostre illustre Maison. 

V. Que les grands Roys et souuerains apres auoir faict mourir 
ceux qui les auoient offensez, et qui estaient criminels de leze 
Majesté, u’ont iamais retenu leurs biens, et sont innombrables 
ceux de la France qui sont rentrez en iceux apres la punition de 
leurs peres. A peine s’en trouue-il qu’il n’ait receu ceste gratifi¬ 
cation des Roys en don, auec telle obligation qu’ils ont depuis 
seruy auec toute fidelité leurs Majestèz. Tels Messieurs :::::: 
de : : : : : et de : : : : et geueralement mille particuliers, tant 
Seigneurs que Gentils-hommes de la France. C’est ceste obligation 
qui faict renaistre dans les cœurs ceste affection, de faire seruice, 
qui pourroit auoir esté altérée aucunement par la mort de leurs 
peres ; laquelle tous ces Princes et Seigneurs font foy et s’establi- 
ront caution que obligeant ledit sieur Comte de Bueil d’à présent 
en luy rendant son bien, qu’à tous jours il fera seruice auec toute 
fidelité à vous et aux vostres : et s’il est besoin le mettront par 
escrit et le signeront. 

VI. Les Princes sont de Bourbon, de Lorraine et de Cleves, et ne 
se trouuera vn seul d’iceux qui n’attouche de parentage ou d’al¬ 
liance à la femme du sieur Comte de Bueil d’à présent, et que V. A. 
se souuienne que le nom de sa grand’Mère Madame la Duchesse 
de Mayenne, estoit de Savoye, sortie de Monsieur le Grand Maistre 
de France, et ayant cet honneur d’estre issuë de vostre tres-illustre 
Maison, cela mérité et doit exciter vostre clemence et bonté de 
restituer les biens à leur postérité. Biens qui sont affectez et char¬ 
gez de grandes debtes envers les enfans, parents du deffunt et 
créanciers. Et mesmes affectez au mariage , deniers receus et 
douaire de la Comtesse de Bueil d'à présent, montant ledit mariage 
à prez de trois cents mille liures, assigné sur tous les biens de la 
maison de Bueil, la moitié desquels ont esté donnez par le Comte 
d’à présent lors Baron de Laval, fondé de procuration vallable de 
son père, à la Dame sa femme, à laquelle la dicte moitié revient 
de plain droict : ce qui apparoist par le contract de mariage et la 


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279 


susdite procuration : que quand bien il seroit la moitié vendu, il 
il ne sçauroit satisfaire à ses debtes. Et qu’il vous plaise annuller 
les sentences diffamatoires qui pourroient auoir esté données contre 
ledit sieur - *Comte de Bueil, C3 qui est très grandement iuste, par 
ce qu’il ne se sçauroit trouuer vn seul tesmoignage, qu’il ait en 
sorte que ce soit offensé V. A. Au contraire se preuvera facilement 
qu’il s’estoit séparé d’auec son pere, l’ayant abandonné ne le voyant 
porté d’affection à votre seruice. 

VII. Il ne se trouuera Prouince en la France qu’il n’y ait des 
Principaux Seigneurs qui sont intéressez en ceste alliance, et 
nommeront celles qui vous sont les plus proches, comme la Bour¬ 
gogne, Bresse, Dauphiné et Prouence, de là où, outre les plus ap¬ 
parents de ces Prouinces, quasi tous les particuliers Gentils-hom¬ 
mes ressentiront ce bien faict de V. A. desquels vous pouuez 
iournellement auoir affaire, et qui mesmes se sont portez à vous 
faire seruice aux dernieres affaires que vous auez euës : et à esté 
fauorisé le passage aux gens de guerre aux terres appartenantes 
au sieur Vicomte de Tauanfües, ce qui se feratousiours quand vous 
en aurez besoin, et que vous leur commanderez. Semble que le 
temps, est que vostre A. doit conseruer les affections et volontez 
de ceux qui vous peuuent faire seruice : Et quoy qu’il soit advenu, 
tous ceux qui appartiennent au sieur Comte de Bueil, se sont tous 
tenus auec tel respect iusques à maintenant, qu’ils n’ont point parlé 
au Conseil du Roy, ny en lieuque ce soit, qu’auec tous les respects et 
honneurs qui sont deus à votre A. laquelle est suppliée très hum¬ 
blement de nous donner vne favorable expédition et response, et 
nous prescrire les conditions à quoy .il plaist à sadicte Altesse, que 
le sieur de Bueil la serue à aduenir. 


6 

Response de son Altesse de Sauoye à la proposition du duc de Mayenen. 

I. Son Altesse ne desire rien tant que de seruir ces Princes et 
Seigneurs et leur tesmoigner combien il est prest de leur donner 
eneffect des preuuesde ceste bonne volonté en toutes les occasions 
où ils le voudroient employer ; et est marry que pour les raisons 
qu’icy bas se diront, il ne soit en son pouuoir de leur complaire 
maintenant, puis que le feu Comte de Bueil et son fils, au lieu de 
recoignoistre les honneurs et biens faicts que leurs Altesses ont 


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faict, et tascher d’en mériter la continuation, ils se soient parleurs 
actions non seulement rendus incapables d’en ressentir le fruict 
des mérités de leurs Ancestres, mais qu’ils ayent - obligé Son 
Altesse apres vne si longue attente et patience, et tant de moyens 
vsez pour les ramener à leur deuoir, de permettre enfin le cours de 
de la Iustice contr’eux. 

II. Le procez qui luy a esté formé contre par le Sénat de Nisse, 
et la sentence qui les a condamnez tous deux à mort, comme cri¬ 
minels de leze Majesté, montre tout le contraire. Et le fils du feu 
Comte mesmes sçait bien comme les affaires se sont passées, et 
combien il s’est mal porté enuers Monseigneur le Prince de Pied- 
mont, qui l'aimoit et cherissoit, abandonnant son seruice, lors que 
ses plus fidelles seruiteurs, et tant de Seigneurs étrangers, cher- 
choientà l’envy l’vn l’autre d’estre auprez de luy pour se signaler 
à Verceil, et qu’il croyoit que les Espagnols deussent engloutir 
ses Estats ; et aussi pendant sa demeure à la Cour (de France)tant 
en ses actions qu’en ses discours mal à propos, lesquels ont ésté 
dissimulez pour le respect qu’on deuoit à Sa Majesté Tres-Chres- 
tienne. 

III. C’est chose fort notoire que les crimes de leze Majesté 
punissent aussi les descendans, et en cecy le Sénat a considéré 
non seulement ceux de son père qui ont esté trop grands, comme le 
Roy en a veu les iustifications originales ; mais aussi les propres 
et particuliers de son fils, lequel ne se peut excuser d’auoir trempé 
aux traictez du père, puisqu’il en est conuaincu par des tesmoins 
et escritures : Comme s’ils auront aggreable le Marquis de Caluze 
leur fera voir les mesmes pièces originales. 

VI. Son Altesse a ordonné une bonne recompense sur ces biens 
à ces Messieurs de Grimaldi qui l’ont bien seruy, et qui sont de 
la mesme maison de Bueil, et ausquels seroient venus les biens, 
si par le mime dudit Comte son fils >, ils ne fussent retournez au 
Souverain : il en a donné aussi à beaucoup d’autres : et il ne faut 
nullement douter que les dons ne soient valables, puis que la 
confiscation en a esté si iuste. 

V. Les grands Roys peuuent faire des choses qui ne réussis¬ 
sent pas à des Princes de la qualité de son Altesse, encores que 
beaucoup de fois l’on voit que leur seruice n’en est pas mieux 
faict pour cela. Ce seroit vn trop grand danger auquel son 
Altesse soumettroit l’asseurance et repos de son Estât, s’il laissoit 
ces exemples de rébellion et felonnie impunis. Toutesfois plusieurs 
Seigneurs en France pourroient bien dire que tous les biens 


1. Sic.\ mai* il faut lire probablement : « dudit Comte et de son fils. » 


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confisquez au Roy n’ont pas esté rendus aux heritiers. Et les 
descendans de Monsieur d’Escros 1 qui sont de la mesme Maison 
de Grimaldi, ont bien veu qu’ils n’ont iamais esté restablis aux 
biens de leurs peres, les ayant au contraire son Altesse donnez 
au comte de Bueil, lequel s’en est monstré fort ingrat, comme de 
tant d’autres biens faicts et honneurs qu’il a receus de sa main 
liberale. 

VI. La plus grande partie de ces Princes et Seigneurs se sou- 
uiendront des Remonstrances que mondit Seigneur le Prince et 
plusieurs Ministres de son Altesse estans à Paris, leur ont faictes, 
pour les retirer du traicté de ceste alliance, et des protestations 
qu’on leur faisoit, que son Altesse ne pourroit de moins vn jour 
se voyant tiré par les cheueux de venir auec ledit Comte et son 
fils aux termes passez, voyant mesme leur cœur si obstiné, et 
qu’ils donnoient tous les iours plus de subject à son A. de les 
faire chastier, par les Traictez qu’ils faisoient contre son seruice 
et son Estât, ainsi que l’on a veu depuis par les papiers que l’on 
a recouurez. Et pleust à Dieu que Madame de Mayenne fust esté 
en vie, qu’elle n’auroit iamais consenty qu’on eust faict vne telle 
alliance, mesme estant de ceste Maison et si bonne Sauoisienne : 
Et tou s lesdits Seigneurs en deuoient faire de mesmes ; puisque 
son Altesse satisfaisant au deuoir d’amitié et de parentage, les 
auoit fait advertir et prier en temps, de n’y entendre pour les 
raisons susdites : estant tres-marrie qu’elle n’ait eu assez de 
crédit pour les en diuertir. Et pour ce qui regarde l’interest de ceste 
Dame, son Altesse croit que ces Seigneurs auront sceu de son 
Ambassadeur combien il est disposé de la contenter en tout ce 
qui sera raisonnable, quand ce seroit mesmes auec son interest 
propre. 

VU. Ce sont les considérations aussi qui ont retenu tant de 
temps son Altesse de ne faire chastier ledit Comte et son fils, en 
attendant qu’ils se readuisassent *, et donnant tant de loisir non 
seulement au Roy d’y entremettre son authorité, comme sa Ma¬ 
jesté a faict en enuoyant audit Comte deux de ces Ministres sans 
aucun fruict, mais aussi à ses parents et amis, qui ont inutile¬ 
ment trauaillé pour le ramener à son deuoir de Vassalige enuers 
son Prince souuerain. Estant aussi son Altesse marrie que le Roy 
et son Conseil ayant eu occasion de voir par des capitulations 
et lettres originales que les susdicts de Bueil parmy leurs Traictez, 
n’ont pas pardonné au mesme Roy qui les auoit tant obligé (sic). 


1. Les descendants de Jean-Baptiste seigneur d'Ascro8,qui passa au serrioe delà 
Francs. Voir cf-deesus article 9. Rsxfi. 
t. Réavissent. 


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traictant contre ses places, et contre le repos et seruice de son 
Royaume : ce qui les rend tant plus indignes et incapables de 
l’assistance de ses faueurs Royales, et de ceux qui sçnt bons 
seruiteurs de sa Majesté, comme sont tous les susdits Princes et 
Seigneurs, qui sont de plus parents et amis de son Altesse, ce qui 
les doit obliger aussi à auoir esgard aux raisons qui sont dites 
cy-dessus. 


A. L. Sardou. 


V I X 


0 


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' NOTICE SUR LES THÉÂTRES ANTIQUES 

DE LA CONTRÉE 


LeB premiers théâtres furent les versants des collines sur 
lesquels se groupaient les spectateurs des luttes ou des dan¬ 
ses rustiques. 

On creusa plus tard des fossés dont les bords présentaient 
une sorte de siège *. Aux antiques théâtres de gazon succé¬ 
dèrent les théâtres en bois, ce qui permit de les établir même 
en plaine, et ce mode de construction fut adopté jusqu’à 
l’écroulement du théâtre d’Athènes, qui eut lieu dans la 
soixante-dixième olympiade, pendant qu’on jouait une pièce 
de Pratinas, l’inventeur du drame satyrique. 

C’est à cette époque des théâtres en charpente qu’Eschyle 
imagina le masque, la longue robe et le cothurne. 

Post hurtCy personæ pallæque repertor honestæ 
Æschylus, et modicis instramt pulpita tignis, 

Et docuit magnumque loqui nitique cothurno. 

(Hobàcb, Art poétique , v. 278). 

L’an 479 avant J.-C., Thémistocle fit construire le premier 
théâtre de pierre qui ait été élevé en Grèce. Il y en avait déjà 
dans les colonies, en Sicile, en Asie Mineure, dans les pays 
occupés par les Etrusques. 

1. Il y a bientôt cinquante ans, je fus témoin, en Bretagne, d'une fête de ce genre, à 
l'occasion d'un mariage. Les invités avaient pris place autour d'un vaste cercle de gazon, 
sur une colline qui domine la petite ville d'Hennebon. On avait creusé un fossé dont l’un 
des borda servait de siège. Après le festin, les jeux et les danses commencèrent sur le sol 
même qui avait servi de table. 


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— 284 — 

Les premiers théâtres latins ne remontent guère au-delà 
de la fin du IV e siècle de la fondation de Rome ; on y repré¬ 
tait les jeux étrusques, des danses muettes. Le VI e siècle 
fut la belle époque de l’art dramatique romain. 

Dès les premières années de la conquête des Gaules, les 
vainqueurs s’empressèrent d’imposer leurs institutions et 
leurs mœurs aux peuples soumis, et la construction des 
théâtres précéda celle de tous les autres monuments. 

Parmi les nombreuses ruines romaines de la contrée, nous 
comptons trois théâtres et deux amphithéâtres : les théâtres 
de Fréjus, d’Antibes et de Vintimille ; les amphithéâtres 
de Fréjus et de Cimiez, qu’il ne faut pas confondre avec ce 
que les anciens appelaient des cirques, ces dernières en¬ 
ceintes n’étant destinées qu’aux courses de chars et de che¬ 
vaux et leur construction oblongue, divisée par la spina, 
différant absolument de celle des amphithéâtres. 

Nous ne parlerons aujourd’hui que des théâtres propre- 
ments dits. 

Le théâtre de Fréjus était construit en dehors des murs 
de la ville, sur une colline faisant face au S.-E. — Il affectait 
la forme d’un vaste demi-cercle de 72 mètres de diamètre 
circonscrivant une cavea d’environ vingt gradins. Le dia¬ 
mètre de Yorchestra, était de 30 mètres. Sous les gradins le 
massif de maçonnerie était percé, normalement à son mur 
d’enceinte, de dix-sept voûtes tronc-coniques au-dessus des¬ 
quelles étaient disposés les gradini. 

D’après mes calculs approximatifs, trois mille spectateurs 
pouvaient prendre place sur les gradins de ce monument. 

La construction est faite en moellons de petit appareil un 
peu plus longs que hauts sur les parements, et intérieure¬ 
ment, en blocages de petits matériaux noyés dans un excel¬ 
lent mortier. 

On ne trouve aucun vestige de décoration architecturale. 

Le plan semblerait indiquer l’existence d’au moins une 
précinction ; les premiers rangs de gradins auraient été ré¬ 
servés aux membres de la curie, aux prêtres, aux fonction¬ 
naires et aux chevaliers. 


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— »5 — 

D’après ce qui reste de ce théâtre, nous pouvons rétablir 
quelques-unes des dimensions des parties détruites : le pro¬ 
scenium qui, d’après les règles établies, était de deux fois 
le diamètre de Y orchestra, devait avoir 60 mètres de longueur 
et sa profondeur devait être de 15 mètres. 

La scena ou mur de fond, devait être établie, très proba¬ 
blement, comme celle des autres théâtres romains, avec une 
courbure vers le milieu. 

Ce mur de fond, représentant ordinairement la façade 
d’un riche palais, était percé de trois portes, les deux hos- 
pitales et, au milieu, l’auia regia. 

Les deux murs en retour ou versuræ *, qui fermaient les 
deux extrémités du proscenium , étaient percés chacun d'une 
porte. 

On sait que l’auia regia était destinée au passage des pre¬ 
miers rôles et les hospitales à celui des personnages secon- 
daires. Les figurants, dont l’action n’était qu’accessoire, 
entraient et sortaient par les portes des versuræ. 

Remarquons que dans toutes les constructions de leurs 
théâtres, les anciens ont observé, pour règle constante, d’ap¬ 
puyer sur une ligne parfaitement droite tous les angles sail¬ 
lants des gradins et des murs intérieurs formant la cavea 
ou le visorium du théâtre. 

Chez les Romains, le dernier gradin de la cavea , le plus 
rapproché de Yorchestra t n’était qu’à une faible hauteur au- 
dessus du sol de cette partie du théâtre que les Grecs dési¬ 
gnaient sous le nom de Xovfcrpa. Ce mot, sauf erreur de ma 
part, n’indiquait pas une partie distincte de l’àpxMTpa mais 
simplement le sol, la partie basse du théâtre, du mot Xovt; 
(sable). 

Souvent, comme on le voit encore au théâtre d’Arles, le 
gradin inférieur était précédé d’un demi-gradin servant de 
marchepied. 

Devant ce gradin s’élevait une balustrade ou, quelquefois, 
un petit mur qui le séparait de l’orchestre, de telle sorte qu’il 

1. Le côté cour et le côté jardin de nos théâtre* modernes. 

il 


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restait entre ce mur et le gradin un passage nommé plate a *, 
qui servait à la circulation pour gagner les places des sièges 
réservés. Au théâtre d’Orange, les trois premiers gradins 
étaient destinés aux chevaliers, ainsi qu’en (ait foi l’inscription 
encore existante : E. Q. G. III. A Rome, ils occupaient dans 
les théâtres les quatorze premiers gradins, en vertu de la loi 
Roscia. 

Je dis dans les théâtres, parce qu’il n’en était pas de même 
dans les cirques ou dans les amphithéâtres. Néron, comme 
nous l’apprend Pline*, fut obligé, pour pouvoir réserver des 
places à l’ordre équestre, de faire couvrir les euripes ou 
fossés de protection. 

Ces distinctions de places dans les théâtres furent réglées 
d’une manière sévère sous Auguste, qui désigna l'ordre dans 
lequel devaient se placer les spectateurs, les places les plus 
honorables étant celles de Y orchestra et des gradins infé¬ 
rieurs. 

Ces détails, qui peuvent paraître superflus, sont cependant 
nécessaires à l’établissement, dans la suite de ce mémoire, 
d’une discussion sur l’âge des monuments que nous allons 
étudier. Permettez-moi donc de leur donner quelque déve¬ 
loppement. 

Comme je l’ai dit plus haut, la loi Roscia portée par Lu¬ 
cius Roscius l’an de Rome G85 (68 ans avant notre ère,, 
exigea qu’on eût 400,000 sesterces de bien 8 pour s’asseoir 
sur les quatorze premiers gradins du théâtre. Classification 
qui ne fut pas facilement admise par le peuple, mais qu’il 
finit par accepter. Auguste, et plus tard Domitien, renou¬ 
velèrent ces prescriptions et en ajoutèrent de nouvelles. 

Souvent des parvenus, des affranchis, cherchaient à s’in¬ 
troduire sur les bancs réservés, témoin ce Ménas dont parle 
Horace, Epode IV e . 

Sedilibusque magnus in primis eques 
Othone contempto, sedet! 

.. La langue italienne a conservé ce mot pour désigner le pnriwe. 

Hi$t. Nat. iib. VIII, c. Vlï. 

80,000 fr. environ de notre monnaie 


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287 


Un certain inspecteur des théâtres, du nom d’Océanus, 
avait un tact particulier pour découvrir les intrus et les faire 
déguerpir au milieu des huées du public. 

Sous Auguste, l’orchestre, formant le demi-cercle horizon¬ 
tal entre les gradins et le pulpitum 1 au-devant de la scène, 
était occupé par les hauts dignitaires, les pontifes, les chefs 
militaires et les sénateurs. 

Les premiers gradins étaient occupés par l’ordre éques¬ 
tre ; puis venaient les petits fonctionnaires, les soldats, les 
bourgeois, les enfants en prétexte avec leurs pédagogues. 
Tout en haut la populace, les esclaves, et, au sommet, sous le 
cercis de l’édifice, les femmes qui, antérieurement, assis¬ 
taient au spectacle confondues avec les hommes. Les vesta¬ 
les avaient une place séparée à l’orchestre. 

Les prodigues étaient relégués avec le bas peuple et les 
esclaves dans les gradins supérieurs. 

Quand on disait d’un homme: de summa cavea spectat , 
cela équivalait à notre expression : « c’est un homme de 
rien. » 

L’expression de Sénèque : Verba ad summam caveam 
spectantia , ne pourrait, malgré toute la trivialité de la 
phrase, être mieux traduite que par ces mots : Propos du 
poulailler. 

Il y avait encore d’autres classifications dont on trouve la 
preuve au théâtre d’Arles où existent encore les inscriptions 
suivantes : 


CYNEVS COELEBVM 
CVNEVS OVALIi>. 

Il est parfaitement établi, que, chez les Romains, l’or¬ 
chestre étaif occupé par les spectateurs. Il n’en était pas 
ainsi dans les théâtres grecs où l’àpxi<rrpa était une dépendance 
du Xoystov et où se trouvait la 6up&i) ou autel consacré à 
Bacchus. 

1. Le pulpitum était, très probablement, la ligne de démai cation entre la scène et 
l'orchestre, ce que nous appelons aujourd'hui la rampe. 


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288 


Cette différence doit être notée particulièrement car, chez 
les Romains, elle obligea à abaisser le niveau de la scène qui 
fut réduit à l ra ,50 au-dessus du sol de l’orchestre, tandis que 
chez les Grecs il atteignait 2 ,n ,70 environ. 

Derrière la scæna se trouvaient les postscenia compre¬ 
nant les loges des artistes, les magasins de décorset d'acces¬ 
soires et, en un mot, toutes les dépendances nécessaires au 
service de la scène. 

Dans certaines villes, à Orange par exemple, la partie 
postérieure de l’édifice était ornée d’un portique. Tel n’était 
probablement par le cas à Fréjus. 

On ne retrouve aucune trace du portique supérieur ou 
cercis qui était d’invention romaine et couronnait les der¬ 
niers gradins des grands théâtres. 

Comparé aux théâtres de Rome, il est évident que celui 
de Fréjus est de peu d’importance ; il n’est même pas com¬ 
parable à celui d’Arles, sur les gradins duquel on comptait 
plusieurs rangs de galeries superposées, larges, spacieuses, 
pouvant abriter tous les spectateurs en cas de pluie et don¬ 
nant accès, par des escaliers intérieurs, à toutes les places de 
la cauea. Cependant, si l'on ne s’en rapportait qu’aux dimen¬ 
sions de l’orchestre, il y aurait peu de différence entre ces 
monuments : le diamètre de l’orchestre d’Orange est de 
29 mètres, celui de l'orchestre d’Arles est de 56 mètres. Celui 
de Fréjus est d’environ 30 mètres. La grande différence git 
dans la hauteur de la cave a qui n’est que de quelques mètres 
(huit environ) à Fréjus, tandis qu’elle atteint 30 mètres à 
Arles ainsi qu'à Orange. 

Dans cette dernière localité, le mur de la scæna mesure 
36 mètres de hauteur sur 60 mètres de longueur. ■ 

Le théâtre d’Antibes, dont il ne rosie que quelques traces 
dans le jardin du bureau du génie militaire, près des rem¬ 
parts et à l’angle d’une rue, a été décrit au commencement 
du siècle dernier par Arazi h Son grand diamètre était d’en¬ 
viron 72 mètres, comme à Fréjus, et, quoique le mur demi- 

I. Voir page 44 de ce volume et planche 1. 


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289 


circulaire intérieur du plan d’Arazi soit tracé avec un rayon 
de 20 mètres, il est possible que l’orchestre ait été d’une 
dimension moindre, à cause de la largeur de la platea et de 
l’espace occupé par les premiers sièges. Nous pensons donc 
que le théâtre d'Antibes devait, à peu de chose près, être 
semblable à celui de Fréjus : une simple cauea sans cercis, 
probablement deux mœniana, une vingtaine de gradini , ce 
qui semblerait indiquer une population à peu près égale à 
celle de Fréjus. Nous n’avons, pour ce théâtre, aucune 
indication touchant la scène. 

Il nous reste à décrire le théâtre antique découvert à 
Vintimille par M. Rossi. Cette description a été l’objet d’un 
travail complet lu par nous à la Sorbonne en 1879, et dont 
nous nous bornerons à donner ici le résumé publié dans le 
tome premier du compte rendu de la 44® e session du Congrès 
scientifique de France, qui a eu lieu à Nice en 1878 *. 

« Le théâtre antique, découvert par M. Rossi, est dans 
un état remarquable de conservation. Il forma un demi- 
cercle très légèrement aplati, et dont le diamètre, parallèle 
à la scène, est de 31 m , 15 au gradin supérieur, et de 19®, 15 
au niveau du gradin inférieur. 

« La partie de la cauea découverte se compose de neuf 
rangs de gradins reliés entre eux par deux scalæ. Ces gra¬ 
dins ne forment qu’une seule précinction; ils sont en pierre 
de taille de la Turbie, et leurs dimensions sont : pour le gra¬ 
din supérieur: hauteur 0®,40, largeur 2 mèl res; pour les sept 
gradins suivants : hauteur 0®,40, largeur 0®,70 et, pour le 
gradin inférieur : largeur 0®,70, hauteur 0®,90. 

« A partir du balteus, de 0®,80, auquel est adossé le gradin 
supérieur, se trouve un massif de maçonnerie de 8™, 10 de lar¬ 
geur qui supportait probablement le portique couronnant 
l’édifice. 

« D'après cela on voit que le théâtre pouvait contenir en¬ 
viron sept cents spectateurs assis et un grand nombre d’au¬ 
tres debout sous le portique. 


1 Excursion a Vintimille. — Rapport au Congrès Scientifique, par F. Brun. 


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« On n’a, jusqu’à ce jour, découvert qu’un vomitorium e t 
deux scalæ ; ces derniers sont formés par des entailles à 
mi-hauteur et mi-largeur des gradins, ce qui fait deux mar¬ 
ches pour un gradin. La dernière marche de l’un de ces es¬ 
caliers, le plus rapproché du vomitorium découvert à ce 
jour, n’est pas entièrement taillée, l’ouvrier n’y adonné que 
quelques coups de ciseau. 

« Le vomitorium n’est pas voûté: il est appareillé en 
plate-bande et formé de larges dalles correspondant aux 
quatre gradins supérieurs. 

« Le plafond forme trois redans de l'épaisseur d’un gra¬ 
din ; et, entre le dessous du gradin supérieur et le d?ssus 
du troisième gradin de la cavca, on a ménagé dans ce pla¬ 
fond un large vide vertical rectangulaire de 0 m ,40 de hauteur 
éclairant le vomitorium. La hauleur de ce passage varie 
donc et se trouve être successivement: sur les deux premiers 
mètres, de 3 m ,55; de 2 ,n ,0() sur l m ,40, et de 2 m ,45 sur la 
longueur de la dernière dalle correspondant au quatrième 
gradin à partir du haut. 

« Sous ces dalles se trouvent des moulures très régulières 
et assez élégantes, formant une espèce d’encorbellement, elles 
sont bien traitées et d’un bon stvle l . 

« Entre la route provinciale et le vomitorium, on a dé¬ 
couvert une muraille et l’extrémité du linteau d’une des 
portes latérales de la scène, qu’il ne faut pas confondre avec 
les trois a ulæ pratiquées dans le mur de fond ou scena {Yaula 
regia et les hospitales). 

« Il est regrettable qu’une maison, de peu de valeur du 
reste, soit construite à l’emplacement même de la scène. 
Nous faisons des vœux pour que les démarches relatives à 
l’expropriation du sol aboutissent et permettent de déblayer 
entièrement ce monument remarquable. 

« La hauteur totale depuis la plate-forme, qui se trouve à 


I. Les filets sont plus larges que dans les moulures grecques dont celles-ci n'ont ni la 
rtuesse ni l'élégance. Ce sont des moulures romaines rappelant un peu l'art étrusque et 
qui doivent dater du sixicmo siècle de Rome. (Voir aux planche»*). 


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0“,80 au-dessus du dernier gradin, jusqu’au niveau de l'or¬ 
chestre, est de 4 m ,90. 

« Le sol de l’orchestre est à 3™,90 en contre-bas de la 
route provinciale voisine. 

« L’ancienne voie romaine, qui a été découverte à 200 mè¬ 
tres au levant sur le bord de la route provinciale, esta l m ,20 
au-dessus de l’orchestre, qui, lui-même, se trouve à 2 ra ,65, 
plus élevé que le niveau de la mer. 

« Ce théâtre était entièrement recouvert d’une épaisse • 
couche de sable fin, qui dépassait de plus 3 mètres les ma¬ 
çonneries les plus élevées ; il était donc impossible d’attri¬ 
buer cet ensablement à la mer. — Quelques personnes 
avaient cru que les deux rivières voisines, la Roya et la 
Nervia, pouvaient avoir produit cet ensevelissement de l’an¬ 
tique cité ; mais l’examen attentif des sables, d’une ténuité 
extrême et absolument semblables à ceux de toutes les 
dunes du littoral, la classification des coquilles terrestres 
qu’ils contiennent et parmi lesquelles M. Doumet Adanson 
a reconnu les mollusques modernes qui vivent sur les sables, 
ne laissent plus aucun doute sur l’origine de ces accumula¬ 
tions formées par les vents. 

Les principales coquilles reconnues par M. Doumet, et 
que nous avons retrouvées dans d’autres dunes plus voisines 
de la mer, sont: la Cyclostoma elegans , Y Hélix variabilis y 
le Bulinus acutus , Y Hélix pisana, YHélix maritima y 
YHélix pyramidata , la Pupa cinerea et Y Hélix vermi- 
cAtlata. 

« Ces coquilles n’ont pas été transportées avec le sable, 
elles proviennent de mollusques nés à la surface des dépôts 
successifs. 

« Parmi les objets remarquables trouvés dans les fouilles, 
M. Rossi nous a présenté une pierre percée de deux trous 
demi-sphériques, dont l’un d’environ 0 m , 15 de diamètre et 
l’autre à peu près du double. On pense quo cette pierre for¬ 
mait le dessus d’un autel antique, probablement la thymèle, 
petit autel qui était placé vers le milieu de l’orchestre et sur 
lequel on sacrifiait à Bacchus au commencement, des spec- 


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tacles, — usage grec, quelquefois conservé dans les colo¬ 
nies, ainsi que le prouve la thymèle trouvée au grand 
théâtre de Pompeï, mais qui n’était pas ordinairement 
adopté par les Romains, l’orchestre ayant chez eux la même 
destination que le parterre des théâtres modernes. 

« Mi Rossi nous a dit qu’il avait également trouvé, en 
faisant les fouilles, une pierre portant les deux lettres ro¬ 
maines S 1 C., un débris de colonne en marbre statuaire ; 
•une amphore contenant les ossements d’un enfant, et le 
squelette d’un homme, trouvé à la hauteur du gradin supé¬ 
rieur. — M. Rossi croit que cette dernière sépulture re¬ 
monte au sixième siècle de notre ère. 

« Dans le voisinage se trouvent, sous le sable, de nom¬ 
breuses substructions d'édifices antiques ; il y a quelques 
années, on a découvert une belle mosaïque représentant 
Amphion sur un dauphin. Tout indique qu’en ce lieu existait 
une ville importante. » 

Comme on le voit par la description qui précède, le 
théâtre dit de Vintimille diffère essentiellement de ceux dont 
nous avons donné la description plus haut. II.ne présente 
nulle part la voûte plein cintre qui caractérise essentiellement 
tous les théâtres romains; le premier gradin de la cauea se 
trouve sur une plate-forme distante de 0®,90 du soi dé l’of- 
chestre; le dessus de ce premier gradin est donc à 1",3Ô 
au-dessus de ce niveau, ce qui est presque la dimension 
adoptée dans les théâtres grecs. Il n'y a pas de précinctidû, 
ce qui indique que les spectateurs devaient être placés sané 
distinction de rang ; il est de construction plus soignée que 
ceux de Fréjus et d’Antibes ; de plus, on y a trouvé les dé¬ 
bris d’une fofx&T), ce qui indiquerait que l’orchestre avait la 
même destination que dans les théâtres grecs. 

Quelle était la ville où ce théâtre était construit ? Est-ce 
bien l’Album Intimelium de Pline? 

La racine Alb ou Alp n’indiquerait-elle pas que la ville 
rémaine était située sur la hauteur, à l’emplacement de la 

1. Là B pàkfcit fttte la fin fl’nn itaèt ét n*n l’iditimU d** moto S+Aatu C&nAuUô. 


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— 293 — 

ville actuelle? La cathédrale n’est-elle pas construite sur les 
ruines d’un ancien temple? 

Quelle était cette cité de la plaine ? Les belles mosaïques, 
les ruines nombreuses et les inscriptions qu’on a retrouvées 
dans le voisinage du théâtre, tout indique l’existence en ce 
lieu d’une importante cité. Il peut se faire qu’à une certaine 
époque la ville haute, Yacropolis, ait été abandonnée par les 
riches habitants qui seraient venus fonder un établissement 
dans la plaine. 

Un point important reste à déterminer et les fouilles du 
théâtre peuvent nous éclairer à ce sujet. Quel était le niveau 
exact du proscenium par rapport à l’orchestre ? 

Si ce niveau dépasse la hauteur de cinq pieds et s'appro¬ 
che de celle de neuf, il y aura là un indication certaine sur 
l’usage de Y orchestra, indication que peuvent compléter les 
communications qu’on reconnaîtra entre cette partie du 
théâtre et la scène. 

S’il est reconnu que, de l’orchestre, les spectateurs assis 
ne pouvaient voir sur la scène, c’est que l’on y donnait des 
représentations à la mode grecque, contrairement à ce qui 
se passait dans les autres théâtres que nous avons étudiés. 

Ce qui me porte à croire que les représentations au thé⬠
tre de Vintimille devaient être d’un ordre plus relevé que 
celles des autres théâtres de la contrée, ce sont ses petites 
dimensions et le soin apporté à sa construction. 

L’avenir nous révélera probablement quelque chose sur 
l’origine de ce remarquable monument ; aujourd’hui que les 
fouilles sont à peine ébauchées, nous ne pouvons que faire 
des suppositions plus ou moins fondées. 

A mon avis, le théâtre de Vintimille est le plus ancien de 
la contrée ; sa construction a précédé celle des théâtres dont 
nous avons parlé : on devait y représenter de véritables œuvres 
dramatiques empruntées, selon toute probabilité, au réper¬ 
toire grec, ou aux traductions de Livius Andronicus. Quant 
aux autres monuments de ce genre dont nous venons de parler, 
comment pouvons-nous admettre qu'ils aient été véritable¬ 
ment consacrés à l’art dramatique proprement dit ? Ce sont 


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— *J4 — 

ries constructions qui remontent aux premiers siècles de 
l’empire sans qu’on puisse leur assigner de date certaine ; 
mais on sait combien, à cette époque, les comédiens vérita¬ 
bles étaient recherchés à Rome : on sait à quel prix fabuleux 
ils se faisaient payer. Roscius, d’après Macrobe, recevait 
par an la valeur de plus de 31*4,000 francs de notre mon¬ 
naie. Chacun connaît la prodigieuse fortune amassée par 
Esopus, rendu célèbre par les monstrueuses prodigalités de 
son fils Clodius, l’avaleur de perles, le mangeur d’oiseaux 
savants *. 

Les petites villes de province éloignées de Rome avaient 
toutes les peines imaginables pour se procurer des artistes 
pouvant interpréter les chefs-d’œuvre de l'art dramatique. 

Les chanteurs étaient encore plus rares. 

On sait, d’après Suétone, à quel entrainement singulier 
on soumettait ces artistes à Rome. Leur régime alimentaire 
les avait tait surnommer les fabarii. Ils dormaient avec des 
poids pesants sur la poitrine, ils répétaient leurs rôles cou¬ 
chés sur le dos, heureux quand on ne les soumettait pas à 
des mutilations dont on a trop longtemps, et jusqu’à nos 
jours, conservé à Rome l’infâme coutume, ut suavius 
canerent. 

A quel prix n’estimait-on pas de pareils sujets ? 

On sait aussi combien le grand Auguste, le célèbre ami 
des lettres, était peu partisan du théâtre grec ; il craignait 
évidemment que les sentiments d’indépendance si souvent 
manifestés par les poètes ne vinssent réveiller chez les spec¬ 
tateurs des idées de liberté. Il préférait de beaucoup les mi¬ 
mes, partageant en cela le goût général du peuple romain 
qui, naturellement ami des exercices de force et d’adresse 
se complaisait à voir les luttes des gladiateurs, des équili¬ 
brâtes, et les exercices des danseurs et des bouffons. 

Le théâtre de Marcellus, la première scène du pays latin, 
était abandonné pour le théâtre de Pompée où l’on ne jouait 
que la pantomime. Alors les théâtres s’agrandirent ; l'action 

1. Ce singulier personnage faisait clever des oiseaux et quand ils savaient parler, il 
s en faisait rôtir une brochette. 


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— £)5 — 

n'étant plus parlée mais jouée, il n’y eut plus aucun incon¬ 
vénient à éloigner les spectateurs de la scène. 

Ce goût se répandit rapidement dans les provinces comme 
à Rome, chaque ville eut son théâtre, son amphithéâtre pour 
les luttes ou son cirque pour les courses de chars et de che¬ 
vaux. La plus grande punition que le gouvernement pût 
infliger à une ville était de fermer ses théâtres. Après la 
fameuse échauflourée de Pompéi où les Nucériens furent si 
peu hospitalièrement traités, Néron interdit pour dix ans à 
cette ville les jeux de l’amphithéâtre. Marc-Aurèle priva de 
spectacle la ville d’Antioche qui avait pris parti contre lui 
pour Avidius Cassius. 

Les théâtres s’élevèrent non-seulement dans les pays où 
les langues grecque et latine étaient en usage, mais même 
dans les contrées nouvellement soumises aux Romains et où 
cos langues n’étaient que peu on pas comprises par le peuple. 

Où trouver pour toutes ces scènes des acteurs de talent? 
Il était bien plus facile et bien plus simple de remplacer la 
parole par le geste et c’est ce qui eut lieu presque partout. 

Nos théâtres de Fréjus et d’Antibes ne furent, sans doute, 
pas souvent favorisés de spectacles littéraires ; mais, en 
revanche, c’était à qui mériterait, par ses tours de force et 
par la grâce de ses gestes ou de sa danse, les faveurs du 
public. 

La remarquable inscription d’Antibes est là pour appuyer 
notre assertion : 

D CS M 

PVERI SEPTENR1 
ONIS - ANNORUM XII QVI 
ANTIPOLI - IN THEATRO 
BIDVO SALTAVIT. PLA 

cvrr 

Il est curieux de rapprocher la manière d’être du public 
romain dans les théâtres de celle de notre public moderne. 

Le Romain était généralement dur pour les artistes ; il 
sifflait impitoyablement ceux qui lui déplaisaient et ne laissait 
passer aucune négligence de costume on de tenue. 


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Primitivement, du temps de la République, on applaudis¬ 
sait les artistes en agitant en l'air un pan de sa toge. 

Plus tard, on inventa diverses sortes d’applaudissements: 
les imbrices imitant le bruit de la grêle tombant sur un toit 
et que l’on produisait en frappant l’une contre l’autre les 
mains allongées k plat ; le bomhus ou bourdonnement, pro¬ 
duit par le choc des mains disposées en creux, et enfin le 
testus imitant le bruit de la vaisselle qu’on brise et qui se 
produisait en frappant le dedans de la main gauche avec les 
doigts de la droite. 

Une manière de manifester son allégresse pour l’entrée 
d’un personnage illustre dans un théâtre, était d’agiter des 
bandelettes d’étoffe de différentes couleurs, procédé que 
nous recommandons â messieurs les organisateurs des fêtes 
officielles dans nos immenses salles d’exhibition. 

Les jeux donnés par les particuliers, les candidats, les 
gens qui voulaient assurer leur popularité, étaient gratuits. 
C'étaient les ras te ls de l’époque. Les entrepreneurs de jeux 
publics faisaient bel et bien payer les places, comme nos 
directeurs modernes, et c’était fort juste; seulement,à cause 
de la rusticité des mœurs de l’époque, il leur arrivait plus 
souvent que de nos jours de faire four (facerc foras) autre¬ 
ment dit, de rendre l’argent à la porte. 


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TRENTE ANS D’ÉTUDES 

MÉTÉOROLOGIQUES ET CLIMATOLOGIQUES 

A MCE 


La vieille renommée de Nice comme station d’hiver donne 
un intérêt tout particulier aux études climatologiques faites 
dans ce pays. Peu de villes en France peuvent présenter, 
comme la nôtre, des séries d’observations météorologiques 
i, réunies, embrassent plus de soixante-trois ans, et s’il 
est un climat assidûment et scrupuleusement étudié, c’est, à 
coup sûr, celui du chef-lieu desAlpes-Maritimes. 

Je vais passer rapidement en revue les travaux des météo¬ 
rologistes qui m’ont précédé. 


qu-, 


HISTORIQUE 


SMOLLETT 

Les premières observations thermométriques faites à Nice 
remontent aux années 1764 et 1765, et sont dues à un écrivain 
anglais, T. Smollett, docteur-médecin, poète, romancier, jour¬ 
naliste et voyageur qui a joui, en son temps, d’une certaine 
renommée. 

Souffrant d’une maladie de poitrine, il voulut essayer de la 
guérir en changeant momentanément de climat. Il quitta son 
pays en 1763, traversa la France du nord au sud, se dirigeant 
vers l'Italie, et s’arrêta à Nice où il séjourna environ dix-huit mois 
captivé par la douceur de son climat et par les beautés naturelles 
de ses environs. Il commença, le 25 février 1764, une série d’ob- 


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servations quotidiennes comprenant le thermomètre, l’état du ciel, 
la direction du vent, les jours de pluie, les orages, et quelques 
notes agricoles. Il continua cet intéressant travail jusqu’au 31 mars 
1765, et le publia en entier, l'année suivante, dans son ouvrage en 
deux volumes intitulé : Travels throngh France and Italy. J’ai 
fait de ces observations, curieuses par leur ancienneté, un résumé 
que je mettrai tout à l’heure sous les yeux du lecteur. Smollett 
commence par donner une description des deux thermomètres 
qu’il observait simultanément ; l’un était au mercure, l’autre à 
l’alcool, et ils étaient tous les deux gradués d’après l’échelle de 
Réaumur. Mais il avait installé ces instruments de la manière la 
plus singulière : « Ils étaient, dit-il, placés l’ombre dans une 
« chambre sans feu exposée au midi, et les observations étaient 
« faites entre 10 et 11 heures dans la matinée. » Il faut ajouter, 
pour compléter ce renseignement, que Smollett habitait le rez-de- 
chaussée d’une maison entourée, de trois côtés, par un jardin. 

Voyons quels résultats ont donnés les observations de ces ther¬ 
momètres ainsi placés. Une remarque que l’on fait tout d’abord, 
en jetant les yeux sur le registre de Smollett, c’est que ses deux 
thermomètres n’étaient pas d’accord : quand le thermomètre à 
alcool marquait 0“,0, ce qui est arrivé deux fois en février 1765, 
le thermomètre à mercure marquait — 3°,(> ; fi mesure que latein- 
pérature s’élevait, cette énorme différence diminuait, et vers + 14’ 
les deux instruments donnaient des lectures à peu près identiques; 
quelques degrés plus haut, une différence en sens inverse se 
manifestait, et vers + 23 0 le thermomètre à mercure était plus 
haut que l’autre de 1 ° environ. — Il est donc évident que la gra¬ 
duation de l’un des deux, peut-être même de tous les deux, était 
mauvaise. Mais lequel était le moins inexact ? Le thermomètre 
à alcool, sans aucun doute, et voici pourquoi : j’ai dit, plus haut, 
que cet instrument avait marqué deux fois 0°,0 en février; or, cette 
température de 0°,0 entre 10 et 1! heures du matin, dans une 
chambre exposée au midi, à Nice, est si extraordinairement basse 
que l’on ne saurait l’admettre comme vraie l . Cet instrument 
trompait certainement l’observateur, nu moins dans la partie 
inférieure de son échelle ; mais le thermomètre fi mercure qui 
marquait — 3°,0 quand l’autre était à 0°.0 le trompait bien 
davantage encore ! J’ai donc accordé la préférence au thermo¬ 
mètre à alcool comme étant le moins faux des deux, et ce sont les 
indications de ce dernier que jai résumées, considérant celles de 


1. Dana mon salon exposé au midi, et où l'on ne fait jamais de feu, le thermomètre 
centigrade ne descend jamais, pendant nos plus grand froids, au-dessous de 11*,5 pen¬ 
dant le jour, ni au-dessous «Je 10*,5 pendant la nuit. 


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299 


l'autre comme non avenues. Ce qui étonne c’est que Smollett n’ait 
rien dit du défaut de concordance de ses deux thermomètres, qui 
a pourtant dû le frapper. 

Voici le résumé mensuel que j’ai fait des observations susdites, 
en les convertissant en degrés centigrades. Elles embrassent une 
année entière comprise entre le 1 er mars 1864 et le 28 février 1865 


sans aucune lacune : 






Moyenne 

Maximum 

Minimum 

1765 

Mars 

9.30 

13.75 

5.00 


Avril 

14.22 

18.75 

11.25 


Mai 

17.89 

21.87 

13.75 


Juin 

23.21 

36.87 

17.50 


Juillet 

25.23 

28.75 

22.50 


Août 

24.76 

38.75 

22.50 


Septembre 

21.88 

26.88 

12.50 


Octobre 

15.10 

18.75 

8.75 


Novembre 

9.71 

14.38 

4.38 


Décembre 

5.69 

7.50 

4.38 

1765 

Janvier 

6 51 

7.50 

5.00 


Février 

4.18 

7.50 

0.00 


Ce qui donne pour les quatre saisons : printemps, moyenne 
13%73 ; été, 24°,41 ; automne, 15",56, hiver, 5°,50 ; année entière, 
14°,85. Cette dernière moyenne est inférieure de 0*,86 à mamoyenne 
générale de trente ans (15°,71).Le maximum 38*,75 qui figure dans 
la deuxième colonne du petit tableau précédent, et qui a été noté 
par Smollett dans l'après-midi du 2 août 1765, par un temps clair 
et par un fort vent de S.-O., est excessivement élevé et je le consi¬ 
dère, quant à moi, comme très douteux. Il dépasse de plus de cinq 
degrés le maximum absolu de mes trente ans (33%7), qui est lui- 
même supérieur aux plus hautes températures constatées à Nice de- 
puisle commencement de ce siècle. Une remarque analogue doit être 
faite au sujet du second maximum noté en juin et qui est encore 
de 36*,87. 

Les observations de Smollett diffèrent donc d’une manière très 
sensible, dans leurs moyennes et dans leurs extrêmes, des tempé¬ 
ratures constatées par les observateurs modernes ; ce qui s’explique 
tout à la fois par l’imperfection des instruments qu’il employait et 
par le choix bizarre du lieu et de l’heure de ses observations. 

Voici l’état du ciel relevé du registre de Smollett : 



Beaux jour» 

Jour» nuageux 
ou couvert» 

Jour» plu» 
ou moins pluvieux 

Printemps 

55 

23 

14 

Eté 

73 

12 

7 

Automne 

49 

24 

18 

Hiver 

28 

28 

34 

Année 

205 

87 

73 


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Il n’y a rien à dire sur ces nombres qui sont, à peu près, con¬ 
formes aux moyennes constatées de nos jours. Cependant on peut 
remarquer que l’hiver n’a pas été favorisé cette année-là, puis¬ 
qu’il a compté vingt-huit beaux jours seulement et trente-quatre 
jours plus ou moins pluvieux. 

Mais la direction des vents notés par Smollett diffère considéra¬ 
blement de ce qui s’observe aujourd’hui. Voici* une comparaison 
qui fera bien ressortir cette différence (les colonnes qui portent 
mon nom contiennent les moyennes annuelles de trente ans) : 


VrnU f âlblai on modéré» V enu fort s 

8cnollrt^ ' Tryttelî*' "Smoltct^ ^ ’frÿasaïri 


N. 

68 jours 

19 jours 

3 jours 

2 jours 

N.-E. 

16 

4 

2 

9 

E. 

182 

45 

11 

35 

S.-E. 

7 

69 

0 

4 

S. 

17 

60 

7 

2 

s.-o. 

6 

45 

5 

20 , 

0 . 

15 

2 

7 

6 

N.-O. 

17 

3 

2 

3 


Que peut signifier l’énorme écart qui se remarque entre la 
plupart des nombres que je viens de placer côté à côté ? Le régime 
des vents à Nice serait-il changé, depuis cent quinze ans, au point 
que leur fréquence efitdiminuédes trois quarts et môme des quatre 
cinquièmes pour certains d’entre eux, taudis qu’elle aurait quin¬ 
tuplé, sextuplé et même décuplé pour quelques autres ? — Mon 
Dieu non 1 ce régime devait être alors exactement ce qu’il est 
aujourd’hui, rien n’étant changé dans les conditions géographi¬ 
ques, orographiques et topographiques du pays. Pour qu’il fût 
possible d’apprécier à sa juste valeur l’anémographie de Smollett 
il faudrait d’abord pouvoir répondre à ces questions : — Comment 
observait-il la direction des vents ? — A quelle heure ? — S’en 
rapportait-il à une seule girouette ? — Cette girouette était-elle 
près ou loin de la mer ? 1 — Obéissait-elle bien au vent ? — Ne 
le trompait-elle pas quelquefois ?.... (il y en a si peu de bonnes !) 
Je crois, quant à moi, que Smollett observait un peu grosso modo , 
c’est-à-dire qu’il ne distinguait pas toujours avec une suffisante 
exactitude entre deux vents voisins, entre l'E et le S -E. par exem¬ 
ple ; et ce qui me le fait supposer c’est le nombre énorme de cent 
quatre-vingt-deuxjours qu’il attribue au premier de ces deux vents, 
tandis qu’il réduit le second à sept jours, — lorsqu’il est patent et 

1. À une petite distance de la mer, un à deux kilomètres par exemple, PA constate 
souvent des courants différents de la brise marine du jour, quand cette briseest encore 
faible : e'eet seulement quand elle a pris une certaine force qu'elle se propage su loin 
vers les jAAPtagnes, et fait cesser les courants locaux et partiels. 


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301 


depuis longtemps constaté que sur la côte ligurienne de la Médi¬ 
terranée les brises diurnes les plus fréquentes sont celles du S.-E. 

B et du S. pendant les trois quarts de l’année. Il ne faut donc accepter 
la rose des vents de Smollett que sous les plus expresses réserves. 

Sraollett enregistre, dans sou année, dix orages avec tonnerre, 
deux grésils eu février, quatre brouillards sur les montagnes 
dans le même mois, treize chutes de neige sur les montagnes en 
janvier, mars, avril, septembre et novembre, deux sur les collines 
voisines en février, et deux aussi autour de la ville (in the neigh- 
bourhood) le 16 et le 17 du même mois. — Ce sont les mêmes 
météores que nous observons aujourd’hui en nombres à peu près 
égaux. 

Les quelques notes agricoles que l’on trouve, çà et là, dans le 
journal de Smollett sont intéressantes parce qu’elles prouvent, 
mieux que le thermomètre, que le climat de Nice n’a pas changé 
depuis I 765 ; voici ces notes et leurs dates : 


1763, Décembre. — Petits pois, toutes sortes de salades, œillets, 

roses, giroflées, renoncules, anémones, en fleur tout Phiver. 

1764, Janvier. — Amandiers eu fleur. 

— Avril, 20. — On récolte les oranges. 

— — 26. — Fraises mures, blé en épis, seigle de 7 à 8 pieds 

de haut (2 ra ,13 à 2 m ,44). 

— — 28. — Fraises au marché. 

— Mai 3. — Cerises mûres. 

— — 4. — Orangers et citronniers couverts de fleurs: 

— — 6. — Quelques figues mûres. 

— — 20. — Oliviers en fleur. 

— — 29. — Les vers à soie font leurs cocons. 

— Juin 2. — On mouline les cocons. 

— — 9. — Poires et prunes au marché. 

— — 12. — Les blés sont mûrs. 

— — 16. — Figues mûres et abricots. 

— Juillet 14. — Pêches et pommes mûres. 

— — 21. — Pastèques mûres venant d’Antibes. 

— Octobre 8. — La vendange est commencée. 

— — 31. — La récolte des olives commence. 


C’est bien ainsi que se passent les choses de nos jours ; seule¬ 
ment Smollett a exagéré la hauteur des seigles, et s’est trompé 
à coup sûr dans la note du 6 mai : « Quelques figues mûres * 
(Some ripe figs) ; des figues mûres à cette date ! jamais cela ne 
s’est vu. Les figues les plus hâtives ne font guère leur première 
apparition au marché que six semaines plus tard ; ce qui prouve 
l’erreur, c’est que Smollett a répété la même note un peu plus 
bas, au 16 juin, date plus vraisemblable. 


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302 


K«) UK RÉ 


Le docteur Fodéré, ancien professeur de médecine légale à la 
Faculté de Strasbourg, fut envoyé, par le gouvernement; en 
mission scientifique dans le département des Alpes-Maritimes, 
vers la fin du siècle dernier, peu d’années après l’annexion de ce 
pays à la F rance. Il résida longtemps à Nice et y fit, pendant 
plusieurs années, des observations météorologiques dont le tableau, 
joint à un Mémoire qu’il envoya au ministre de l’intérieur Chaptal, 
fut perdu. 

Voici tout ce qu’on trouve de ces observations, dans le Voyage 
aux Alpes-Maritimes que ce savant professeur publia en 1821 : 

Température 

Extrême de l’hiver. — 1*,9 centigrades 

Extrême de l’été. 31°,9 » 

Ecart annuel. 33",8 centigrades 


/ 'ressinn atmosphérique 

Néant. 


Répartition des Vents 

Printemps.S. et S-E. 

Été.S. et S-E. 

Automne.E., O., N-E. 

Hiver.N., O., E. et S. 


D’après lui, les vents soufflent : 


du Sud. 


de l’Est. 

.80 » 

du Nord. 

.52 » 

de l’Ouest. 



du Sud-Est... 
du Sud-Ouest, 
du Nord-Ouest 
Variables. 


.. .30 jours 

■”120 » 

8 à 10 » 


Pluie 

Par an : de cinquante-six à soixante jours, savoir 

Hiver.15 jours 

Printemps. 7 » 

Eté. 4 »> 

Automne.30 » 


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— 303 — 

Il a pourtant compté quatre-vingt-treize jours pluvieux en 1803. 

Neige 

En 1802.3 jours 

En 1803.1 ». 


Grêle 

Deux ou trois fois en Automne. 

Brouillards 

Année commune : vingt-deux jours, savoir : 

Hiver. 3 jours 

Printemps. 5 » 

Été.10 » 

Automne. 4 » 

Si on acceptait sans examen ce chiffre de vingt-deux brouillards 
par an, on se ferait une singulière idée du climat de Nice. Il y a ici 
évidemment une erreur de chiffres ou une confusion de mots : 
Fodéré veut parler, peut-être, de simples vapeurs, car les brouil¬ 
lards proprement dits sont très rares à Nice : deux par an, eu 
moyenne. 


RICHELMI 

S 

Le docteur Richelmi dans son livre intitulé : Essai sur les 
agréments et sur la salubrité du climat de Nice, publié en 1822, 
a donné des résumés de dix ans d’observations météorologiques 
faites par lui de 180G à 1815 ; ses instruments étaient : le baro¬ 
mètre divisé en pouces, lignes et fractions, le thermomètre de 
Réaumur et l’hygromètre de Saussure (3 ans seulement, de 1818 
à 1821 ); il a noté l’état du ciel, la direction du vent et les divers 
météores. — Il faisait trois observations par jour, le matin, à 
midi et le soir. — Le matin, le soir, c’est bien vague ! Ce défaut 
de précision dans l’indication des heures ôte toute valeur aux 
résultats obtenus, parce qu’il est impossible de les discuter en 
connaissance de cause. Quoi qu’il en soit j’en donne ici des résu¬ 
més succincts : 


Pression atmosphérique 


Moyenne générale des dix ans.750 m ,38 (27,8,023) 

Maximum absolu.769“,99 (28,5,300 ) 

Minimum » .730“,89 (27,0,000) 


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304 


Richelrai ne dit pas s'il a fait à son baromètre les corrections 
d’usage et ne fait pas connaître l’altitude de cet instrument ; mais 
il dit que son hygromètre était de iO à 12 toises au-dessus du niveau 
de la mer, et à cent cinquante pas de ses boids. — Si son baromètre 
se trouvait à la môme hauteur, ce qui semble probable, la moyenne 
ci-dessus rapportée est tout à fait inadmissible, parce qu’elle est 
par trop inférieure à la pression normale au niveau «le la mer, 
lors même qu’on lui appliquerait la <*orrection additive de 2 a ‘ n> ,35 
motivée par l’altitude de 12 toises. 


Température 


Hiver (d. j. f.) 7°.4, Réaumur, 9*.25 centigrades 

Printemps (m. a. m.) 11.5, » 14.37 


Eté (j. j. a.)- 19.1, 

Automne (s. o. n.) 13.2, 

Année 12.8, 

Eté,maximum absolu 24\ 5, 
Hiver, minimum >» 0.0, 


23.87 
16.50 
16.00 
30.60 
0.00 


)) 


» 


» 


» 


>» 


» 


Cette moyenne générale annuelle de 16°,0 centigrades est un 
peu haute ; et on peut en dire autant des quatre moyennes saison¬ 
nières. Quant au maximum absolu (30°,6) il est certainement trop 
bas, l’heure de midi n’étant pas propre à faire connaître la plus 
haute température de la journée. Le minimum absolu (0*,0) peut 
être vrai, et cependant il est assez improbable que le thermomètre 
ne soit pas descendu une seule fois, en dix ans, au-dessous du 
point de congélation. Pour être suffisamment édifié à cet égard, 
il faudrait savoir è quelle heure Richelmi faisait son observation 
du matin. 


Hi/i/rontètre 


Moyenne de 3 ans.57.1 

Maximum absolu.79.0 

Mi ni in un» » .47.0 


Kl ni du Ciel et météores divers 


Beau.220 jours par an en moyenne. 

Nuageux ou couvert. 101 — — 

Pluvieux. 34 — — 

Orages avec tonnerre 36 jours en dix ans. 

Neige. 2 fois — 

Brouillards. 6 — — 

Ni grésil, ni grêle. 


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Cette moyenne de trente-quatre jours de pluie par an parait sin¬ 
gulièrement basse si on la compare à celle des trente dernières 
années qui est de soixante-quatre jours ; même remarque poul¬ 
ies orages avec tonnerre dont le nombre moyen, d’après Richelmi, 
ne va pas à quatre par an, tandis qu’il est aujourd’hui de quatorze. 

Je ne parlerai pas de l’anémographie de cet auteur, parce qu’il 
est impossible d’y rieu comprendre : sa nomenclature se compose 
de dix-neuf vents différents, au nombre desquels il en est quatre 
portant des désignations incompréhensibles. Qu’est-ce, en effet, 
que le Sud-Nord-Est, et le Sud-Nord, et le Nord-Sud, et 
l 'Est-Sud ? Impossible de rien tirer de clair de ce chaos. 

Au surplus, cette série de dix ans d’observations faites par Ri¬ 
chelmi peut être considérée tout entière comme non avenue, sans 
aucun préjudice pour la météorologie locale, .attendu qu’elle a 
coïncidé avec la série plus longue et plus complète de Risso, dont 
je vais parler ci-après, et avec laquelle elle fait double emploi. 


Kisso 

Risso, le savant naturaliste niçois que l’Europe entière connaît, a 
donné 1 vingt ans d’observations météorologiques (de 1806 à 1825); 
mais il les a faites à des heures assez mal choisies : de 7 à 8 heu¬ 
res du matin, midi, de 8 à 9 heures du soir. 


Pression atmosphérique. 

Moyenne de 20 ans : 757‘“,2 
Maximum id. 777 ,n ,0 
Minimum id. 730 m ,0 

Cette moyenne de 757 m ,2 est évidemment trop basse ; Risso le 
sentit et soumit ses scrupules à M. de Humboldt, qui crut pouvoir 
admettre ce chiffre, en l’expliquant par l’effet dépressif des vents 
méridionaux. Mais cette explication porte complètement à faux, 
attendu que les vents méridionaux ne sont pas dépressifs le moins 
du monde dans ce pays, comme j'en donnerai plus loin la preuve. 
Il faudrait donc chercher ailleurs la cause de l’infériorité de cette 
moyenne. Proviendrait-elle de l’instrument employé ? Ou bien 
Risso, qui observait & 20 mètres au-dessus du niveau de la mer, et 
qui réduisait ses observations à zéro de température, a-t-il omis 


i. Dans le l €f vol. de son ouvrage intitulé Histoire naturelle des principales produe 
tions de l'Europe méridionale, publié on 1826. 


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— :m — 

de les réduire aussi au niveau de la nier? Il est permis de le 
croire, car il parle de la première de ces corrections et ue dit rien 
de la seconde. 


Terrifiera t»'rr. 


Moyenne de 20 ans : -|- I0%2 centigrades. 
Maximum id. -f 33°,4 id. 

Minimum id. — 9°,ti id. 


Huinboldt a contesté l'exactitude de cette moyenne de 16*,2, à 
cause des heures peu convenables où les trois observations journa¬ 
lières avaient été faites ; il a cru qu’elle devait être abaissée de 0\7 
et être réduite, par conséquent, à 15',5, chiffre qui a été adopté 
pour le classement de Nice entre les lignes isothermes de 15* et 16*. 

Le maximum (-\- 33°,4jn’a rien d’insolite, mais le minimum 
(— 9*,6), observé dans la fatale journée du 11 janvier 1820, est un 
phénomène des plus extraordinaires qui ne se renouvellera pas, 
sans doute, de bien longtemps à Nice. Ce froid rigoureux fut un 
désastre pour notre pays où presque tous les orangers périrent. 

Risso donne un tableau détaillé de la variabilité de la tempéra¬ 
ture d'un jour à l'nutrc pendant vingt ans, et pour ses trois 
observations quotidiennes. Voici un résumé mensuel de ce ta¬ 
bleau, pour les variations moyennes de midi à midi: 

Janvier.. 1 *,05 Avril... I%25 Juillet... 0“,76 Octobre .. 0°,9 i 

Février .. 1,12 Mai .... 0°,76 Août .... 0°,76 Novembre 0°,87 

Mars_ 1 ",05 Juin- 0 ,85 Septembre 0*,76 Décembre 0*,88 

Moyenne générale de, l’année : ܰ,92. 

Ce document est fort intéressant; j’ai lait moi-même un travail 
analogue pour les dix dernières années, comme on le verra plus 
loin, et je suis arrivé à un résultat qui ne diffère de celui de Risso, 
en moyenne générale, que de 3 centièmes de degré, ce qui prouve 
la parfaite stabilité du climat de Nice, puisque les variations de la 
température d'un jour à l’autre n’ont subi aucun changement de¬ 
puis le commencement du siècle. 


// yyromctrr. 

( Hygromètre de Saussure. 10 ans ; d’Holborn, 10 ans). 

Moyenne de 20 ans : 58°,5 
Maximum id. 86°,0 

Minimum id. 40*,0 


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307 


Rose des Vents. 


Nord 

42 

jours par année movenne. 

N.-E. 

48 

id. 

E. 

78 

id. 

R.-E. 

81 

id. 

R. 

53 

id. 

S.-O. 

25 

id. 

O. 

0 

id. 

x.-o. 

20 

id. 


305 


On regrette que Risso n'ait fait aucune distinction entre les 
vents faibles ou modérés et les vents forts. Sa rose est meilleure 
que celle de Smollett ; mais elle laisse aussi à désirer. Les vents de 
N., N.-E. et N.-O. y sont trop fréquents ; cent dix-neuf jours par 
an à eux trois ! Rien de pareil ne s’observe aujourd’hui et ma 
moyenne de trente ans n’est que de quarante jours pour ces trois 
vents réunis, sans distinction de force. 

Risso était probablement trompé par la girouette qu’il observait 
('celle de la Tour de l’horloge) et voici comment : la brise de terre 
ou brise de nuit, qui souffle toujours du quart nord du compas, se 
fait sentir, en hiver, assez avant dans la matinée et ne cesse guère, 
pendant les jours les plus froids, que vers 10 heures; un calme 
parfait lui succède et ce n'est souvent que vers midi que la brise 
de mer ou brise diurne commence à se former ; mais elle est très 
faible d’abord et impuissante à faire tourner la girouette très dure 
dont j’ai parlé plus haut. Cette girouette garde donc la direction 
de la brise de nuit longtemps après que cette brise a cessé, et 
Risso, qui observait à midi, pouvait très bien noter un vent qui 
n’existait plus. 


Jours de soleil. 

Moyenne de 20 ans : 175 jours par an, savoir : 

Hiver, 85 jours. 

Eté, 00 id. 


Jours de pluie. 

Moyenne de 20 ans : 52 jours par an, savoir : 

Hiver, 31 jours 1/2. 

Eté, 20 id. I '2. ’ 


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— :W8 — 

Jours d'orage. 

Moyenne fie 20 ans : H jours 1/2 par an. savoir : 

Eté, 5 jours. 

Hiver, I ici. 1,2. 

Jours de brouillard. 

% 

Risso parle des <• brouillards que l’on remarque quelquefois 
flans notre golfe ; » mais il n’en donne pus le nombre. 

Neige et grésil. 

Il ne tombe de la neige à Nice, dit-il, qu'une année sur cinq ou 
six ; même observation pour le grésil. 

ItuUHAUDl 

M. Roubaudy a donné treize années d’observations météorologi¬ 
ques (de 1830 à 1842), dans son ouvrage intitulé : Nice et ses en¬ 
virons. — Les heures qu’il avait choisies : lever du soleil, 2 heures, 
9 heures du soir, étaient meilleures que celles de Risso et plus pro¬ 
pres à donnei 1 une moyenne thermométrique acceptable. 

Pression atmosphérique. 

Moyenne de 13 ans : 757“”,5 
Maximum absolu : 771““,5 
Minimum id. 732““,7 

Cette moyenne n'est supérieure que de 3 dixièmes de millimè¬ 
tres à celle de Risso ; elle doit donc être considérée aussi comme 
trop basse. M. Roubaudy ne dit rien de l'instrument dont il s’est 
servi ; il ne dit pas non plus s’il a fait subir à ses observations les 
corrections d’usage. On serait porté à croire que, comme Risso, il 
les a réduites à zéro de température, sans les réduire au niveau de 
la mer ; mais comme il ne fait pas connaître à quelle hauteur était 
placé son observatoire, on ne peut pas déterminer exactement la 
valeur de cette dernière correction. 

•Son minimum (732“ m ,7) accuse, comme celui de Risso, une dé¬ 
pression extraordinaire, ainsi que M. Roubaudy lui-même le fait 
remarquer. 


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Tnapérature. 

Moyenne de 13 ans : -p 15*,9 
Maximum absolu : -j- 31\8 

Minimum id. — 2*,5 

Hi/t/romrtrie. 

(Hygromètre de Saussure). 
Moyenne de 13 ans • 58*,2 
Maximum absolu : 90°,0 

Minimum id. 15°,0 


Il n’y a pas d’observation à faire sur cette moyenne hygromé¬ 
trique, qui s’accorde avec celle de Risso; mais le maximum est 
fort élevé ; c’est un degré d’humidité que l’hygromètre de Saus¬ 
sure accuse rarement à Nice ; on peut en dire autautdu minimum 
qui est très bas. 


Pluviomètre. 

M. Roubaudy a donné huit ans d’observations pluvioinétriques. 
les premières qui aient été faites à Nice : 

Moyenne des 8 ans : 0 m ,698 
Maximum id. l“,198 (1829) 

Minimum id. 0 m ,432 (1831) 


Jours de soleil. 


Moyenne des 13 ans : 180 jours par an, savoir : 


Printemps \\ 
Eté 50 


Automne 

Hiver 


U) 

U) 


Jours p/uvievj'. 

Moyenne : 00 jours par an. 

Maximum : 75 id. 

Minimum : 42 id. 


Jours i>tus ou moins nuiujeux. 


Moyenne : 125 jours par an. 


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0 / 7 '//** 

M. Roulmudy en a compté de deux à six par an. 

Brouillards. — Il ne donne pas de chiffres, et se borne à dire : 
.« Généralement, les brouillards sont fort rares à Nice. » 

Neige .— Roubaudy n’a vu de la neige qu’une année sur quatre 
ou cinq. Cependant il en est tombé, dit-il, jusqu’à 16 centimètres 
en un seuljour, eu 1837. 

Grêle. — Il dit que la grêle est rare dans ce pays, et qu’elle est 
presque toujours accompagnée de pluie. Cependant il a\u, le 
14 septembre 1830, jour mémorable pour les Niçois, tomber une 
grande quantité de grêle. « Jamais orage, dit-il, n’avait vomi, 
avec des torrents de pluie, de plus énormes grêlons ; il y en avait 
qui pesaient jusqu’à une livre. » 

Grésil. — M. Roulmudy a vu tomber quelquefois du grésil, 
qu'on appelle dans le pays neige de Corse , on ne sait trop pourquoi. 

Un savant distingué, M. Banet-Rivet docteur ès sciences, qui 
était, il y a vingt à vingt-cinq ans, professeur à l’Ecole de com¬ 
merce alors existanteàNice, à fait, pendant deux ans, d'excellentes 
observations météorologiques qui étaient publiées quotidiennement 
dans Y Avenir de Nice. Mais elles n'ont jamais été résumées, et 
sont demeurées éparses dans les collections de ce journal. 

M. A Vkrany, l’habile et savant chimiste niçois qu’une mort 
prématurée enleva, il y a une quinzaine d’années, à la science et 
a l’affection de ses concitoyens, fut chargé, en 1862, par la Préfec¬ 
ture, en sa qualité de professeur des sciences physiques au Lycée, 
de faire des observations météorologiques qui étaient transmises 
tous les jours, par le télégraphe, à l’Observatoire de Paris. Il a 
publié aussi, pendant trois ans, ses observations dans le Journal 
de Nice ; mais la mort ne lui a pas permis d’en donner les 
résumés. 

Un observatoire météorologique officiel fut créé, en 1861, à 
l'hôpital militaire de Nice, et placé sous l’habile direction du 
docteur Cabroe, médecin, principal chef de cet établissement 
sanitaire. On faisait là, avec des instruments excellents, des 
observations très complètes, très exactes, et d’autant plus inté¬ 
ressantes qu'elles étaient toujours accompagnées d’une étude 
assidue de la constitution médicale du moment. Tous les dix jours, 
le savant docteur résumait son travail et celui des jeunes prati- 


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— 311 — 

riens placés sous ses ordres, et publiait, dans le Journal de Nice, 
un bulletin très détaillé et très lucide qu’on attendait avec 
impatience et qu’on lisait toujours avec un vif intérêt. — Malheu¬ 
reusement quand le docteur Cabrol fut appelé à Paris on lui donna 
pour successeur à Nice un médecin qui faisait très peu de cas 
des études météorologiques.... et bientôt après on ne parla plus de 
cet observatoire. 

Je ne dois pas omettre, en terminant ce préambule, de dire que 
des observations météorologiques sont faites à TÉcole Normale 
de Nice par les élèves de cet établissement ; mais les registres où 
elles sont inscrites sont envoyés purement et simplement au 
ministère de l’Instruction publique, et aucun résumé n’en a jamais 
été publié il Nice, ôe qui fait perdre à ces observations une partie 
au moins de leur utilité. 

Je vais maintenant entamer le chapitre de mes propres 
observations, espérant que ce long travail sera jugé digne 
de figurer à côté de ceux de mes honorables devanciers. 




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MES INSTRUMENTS 

«•» leur situation 


Les observations dont le tableau ci-après donne le résumé 
ont été faites au quatrième étage de ma maison, rueCroix-de- 
Marbre, 2 ; — hauteur au-dessus du sol 16 mètres, au-des¬ 
sus du niveau de la mer 21 mètres; elles ont eu lieu trois 
fois par jour : au lever du soleil, à 2 heures, au coucher du 
soleil. — Les thermomètres et l’hygromètre de Saussure 
étaient placés à une fenêtre faisant face au N.-N.-E., à une 
distance moyenne de îO mètres des maisons voisines, au- 
dessus d’un espace occupé par une cour, quelques maisons 
basses et des jardins; on peut voir de cette fenêtre les som¬ 
mets de presque toutes les montagnes environnantes ; ces 
instruments étaient donc exposés à l’influence des vents de 
la moitié nord du compas. — Mon baromètre (système Gay- 
Lussac, monture en cuivre, 2 verniers), a été réduit à zéro 
de température et au niveau de la mer. 

Au commencement de cette série de trente années, je 
n’observais que le thermomètre, la direction et la force des 
vents, l’état du ciel et les météores divers. J’ai commencé à 
observer le baromètre en 1852 et l’hygromètre de Saussure, 
ainsi que le thermomètre à minima de Rutherford^ en 1858. 

En mai 1868, M. E. Renou, un des membres fondateurs 
de la Société météorologique de France, délégué par le 
ministre de l’Instruction publique pour inspecter tous les 
observatoires météorologiques de la province, étant venu 
remplir sa mission à Nice, m’a fait sa visite et a contrôlé 
mes instruments. Il a trouvé mon baromètre juste, à quel¬ 
ques centièmes de millimètre près, et mes thermomètres 
trop hauts ou trop bas de quelques dixièmes de degré : mes 
résumés ont été corrigés en conséquence. 

En 1869, j’ai renouvelé mes thermomètres et je me suis 
borné à observer le thermomètre à minima de Rutherford 


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313 


et le thermomètre à maxima à bulle d’air. Ces instruments, 
construits par Baudin, ont été choisis par M. E. Renou qui 
a eu l’obligeance de les contrôler lui-même avec le soin mi¬ 
nutieux qu’il sait mettre dans ces sortes d’opérations. A la 
même époque, j’ai remplacé l’hygromètre de Saussure par le 
psychromètre d’August dont j’ai noté les indications une 
fois par jour, à 2 heures, en même temps que celles 
du baromètre. 

Je dois enfin faire remarquer que, pendant deux ans et 
quelques mois, (du 15 mai 1869 au 30 septembre 1871), j’ai 
dû, pour cause de santé, habiter ma campagne de Saint- 
Philippe, près de Nice, où mon observatoire fut transféré. 
Installés sur une plate-forme ménagée ad hoc sur la toiture 
de mon chalet, et couverts d’un double abri en zinc, sys¬ 
tème Montsouris, mes thermomètres se trouvaient dans de 
meilleures conditions qu’à ma fenêtre en ville.: ils étaient 
tout à fait isolés et exposés à tous les vents du compas, à 
13 mètres au-dessus du sol. 


PREMION ATMOSPHÉRIQUE 

La pression atmosphérique à Nice est régulière et pou 
sujette à de grandes et brusques variations. 

La moyenne générale barométrique des vingt-sept der¬ 
nières années a été de 761—,065 et les moyennes annuelles 
ont oscillé entre ces deux limites : 759 ,nra ,07 (1855) et 
762™,45 (1873). ( Voir tableau A.) 

La marche du baromètre, pendant une année moyenne, est 
celle-ci : en janvier, il est à son maximum; puis il baisse 
rapidement jusqu’en mars qui donne le minimum. Il se relève 
ensuite, et, après quelques légères fluctuations dans les 
mois d’été, il éprouve un second maximum en septembre, 
baisse encore jusqu’en novembre, et remonte en décembre 
sans atteindre la hauteur de janvier. Ce régime annuel de la 
pression de l’air constitue, d’ailleurs, une loi générale pour 


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— 314 — 

les latitudes moyennes, loi qui a été mise en évidence par de 
longues séries d’observations. (Tableau B.) 

Le maximumet le minimum absolus pour ces vingt-sept 
ans, se trouvent réunis en janvier, mais à deux années d’in¬ 
tervalle; le premier étant de 779 mra ,3 (1859), le second de 
735 m ,3 (1857), il en résulte que le niveau barométrique a 
parcouru, pendant cette période, une échelle de 44 milli¬ 
mètres ; l’écart annuel a oscillé entre 26 rarn ,4 (1871) et 38 rara ,9 
(1875) ; il a été en moyenne de 34 mm ,7. 

L’oscillation diurne moyenne (du lever au coucher du 
soleil) a été de 1 fnn, ,51, elle a varié de i mm ,28 à 2 rafn ,02; l’os¬ 
cillation diurne la plus forte a été de 12 mm ,0 ; elle s’est pro¬ 
duite en 1862, le 19 décembre, et a précédé de vingt-quatre 
heures un fort coup de mistral.—Si l’on suit l 'oscillation diurne 
moyenne de mois en mois, on trouve qu’elle a son minimum 
en mai : l mm ,l 1 ; qu’elle va en augmentant régulièrement jus¬ 
qu’en décembre : i mm ,83 ; qu’elle baisse ensuite jusqu’en 
février: i mm ,64 ; qu’elle s’élève assez brusquement en mars 
à l mm ,93, qui est son maximum, et quelle descend ensuite 
rapidement jusqu’en mai. Le peu d’étendue de ces mouve¬ 
ments diurnes du niveau barométrique est un des signes 
caractéristiques du climat. Le colonel Sykes, savant anglais, 
qui a publié, en 1855, une petite brochure intitulée : Statis- 
tics ofNice Maritime , dit à ce sujet : « The range of pres- 
« sure of the atmosphère at Nice, like the range of tempe- 
« rature, partakes of a tropical character in the comparative 
« steadiness of movement and absence of violent aber- 
« rations. »» 

Mes trois observations journalières n’étaient pas suffi¬ 
santes pour constater dans quelle mesure le baromètre subit 
à Nice la loi des heures tropiques, découverte par M. de 
Humboldt, loi fortement accusée dans les régions voisines 
de l’équateur et qui devient de moins en moins sensible à 
mesure que la latitude augmente ; — elles m’ont permis 
néanmoins de découvrir des traces de la vague atmosphé¬ 
rique révélée par cette loi : ainsi, j’ai très-fréquemment 
trouvé la colonne barométrique plus élevée le matin qu’à 


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2 heures et au coucher du soleil, et voici les nombres 
que j’ai obtenus pour seize ans : moyenne au lever du 
soleil, 761““,0 : à 2 heures, 760 mm ,8 ; au coucher du soleil, 
760 mra ,7. —Pendant une année seulement (1853) j’ai fait une 
quatrième observation entre 9 et 10 heures du soir, laquelle 
m’a donné une moyenne annuelle plus élevée de 2 dixièmes 
de millimètre que la plus haute des trois autres moyennes. 
C’est que cette quatrième observation coïncidait exactement 
avec l’heure du maximum nocturne du baromètre ; ce qui 
fait présumer que si l’on faisait à Nice une série suffisam¬ 
ment longue d’observations bihoraires ou môme trihoraires, 
on obtiendrait, pour les vingt-quatre heures, une courbe 
régulière accusant nettement les deux maximum, les deux 
minimum et les quatre moyennes. 

Enfin, la moyenne barométrique générale, tirée de mes 
trois observations par jour pendant les dix-sept premières 
années (1852 à 1868), est de 760 ram ,85, tandis que la 
moyenne, déduite d’une seule observation par jour (à 2 
heures), pendantles dix années suivantes, s’élève à 76l“ m ,52; 
elle est donc supérieure à la première de 67 centièmes de 
millimètre; — enfin, si l’on réunit les deux séries (27 ans), 
et que l’on en extraie une moyenne générale, on obtient 
761““,065. (Tableau A.) 

J’ai compté, en vingt-six ans, cent soixante-une ascensions 
et dépressions barométriques ayant atteint ou dépassé 
10 millimètres en vingt-quatre heures ; les voici réparties 
dans les mois où elles se sont manifestées : 


Janvier. 

. 23 

Juillet. 

. 0 

Février. 

. 26 

Août. 

. 1 

Mars. 

. 36 

Septembre. 

. 3 

Avril. 


Octobre. 

. 13 

Mai. 


Novembre. 

. 24 

Juin. 

. 0 

Décembre.. 

. 28 


C’est donc en mars, c’est-à-dire à l'équinoxe du printemps, 
que l’équilibre aérien est le plus fortement troublé, et en 
juin et juillet, c’est-à-dire au solstice d’été qu’il est le plus 
stable ; mais l'équinoxe d’automne et le solstice d’hiver pré- 


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31*5 


sentent un ordre de choses inverse, puisque septembre n'a 
eu, pendant ces vingt-six ans, que trois fortes oscillations, 
tandis que décembre et janvier en ont eu vingt-huit et 
vingt-trois. 

Il est intéressant de savoir de quels phénomènes atmos¬ 
phériques ont été précédés et suivis ces rapides déplace¬ 
ments du niveau barométrique. J’ai dressé, afin de pouvoir 
en rendre compte, des tableaux détaillés, dont je vais don¬ 
ner ici les résultats condensés. 

Le nombre des fortes dépressions a été de 90 ; elles ont 
varié de 10 à ‘22 millimètres en vingt-quatre heures; les 
hauteurs barométriques après les dépressions, sont com¬ 
prises entre 735 mm ,3et 761 mm ,0. 

Etat otmosphé ique avant ri apres les fortes dépressions baroni/tnquex 


beau et vent modéré. 

Avant 

.. 28 fois 

Aprè* 

9 fois 

Id. et vent fort. 

. 8 

27 

Nuageux et vent modéré_ 

. 20 

O 

Id. et vent fort. 

. 3 

iü 

('ouvert et vent modéré. 

• t 

•) 

Id. et vent fort. 

. 3 

3 

Pluie et vent modéré. 

. 15 

13 

Id. et vent fort. 

. 6 

21 


En condensant davantage on trouve qu’il y a eu avant : 
vingt-une pluies et vingt vents forts, et après : trente-quatre 
pluies et soixante-un vents forts; donc les fortes dépres¬ 
sions annoncent plus fréquemment le vent que la pluie. 
— Au surplus, elles ne sont presque jamais suivies de 
phénomènes météoriques proportionnés à leur amplitude. 

En voici un exemple très-remarquable : le 12 décem¬ 
bre 1867, au lever du soleil, le baromètre marquait 770““*,0 
par un temps calme et par un ciel peu nuageux ; au coucher 
du soleil il était déjà descendu à 763 mm ,0, et le temps était 
devenu pluvieux avec vent modéré du N.; le lendemain ma¬ 
tin, après une nuit de pluie calme et continue, le niveau ba¬ 
rométrique avait encore baissé et se trouvait à 754 mm ,2 ; le 
vent commença alors à souffler fort du S.-O. par un ciel 
couvert, et passa à 10. fort dans l’après-midi, chassant près- 


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'317 


que complètement les nuages ; cependant le baromètre avait 
continué de baisser, et à 2 heures il n’était plus qu’à 
749 mm ,0 ; la dépression s’arrêta enfin à 748 mm ,0 au coucher 
du soleil, par un temps nuageux. — Ainsi donc, depuis la 
veille au matin, la colonne barométrique avait baissé de 
22 millimètres ! Certes, une si énorme dépression avait 
quelque chose de menaçant. — Eh bien ! l’effet ne fut pas 
adéquat à la menace, car la nuit fut tranquille, et il tomba 
purement et simplement quelques centimètres de neige 
mêlée de grésil, par un vent de N.-E. peu prononcé, après 
quoi le baromètre commença à remonter. 

J’ai, par contre, observé de très-intenses perturbations 
atmosphériques annoncées par des dépressions barométri¬ 
ques fort peu étendues ; — ainsi trente-six coups de vent 
violents, que j’ai enregistrés de 1853 à 1878, (et dont 21 ont 
mérité le nom de tempêtes ), n’ont été précédés ou accom¬ 
pagnés que de dépressions variant de l u,ra ,0 à 8 mm ,3, et en 
moyenne de 3 mm ,9 ; il en est même quelques-uns, et des 
plus impétueux, qui ont coïncidé avec des ascensions de 2 et 
même de 5 millimètres, —comme par exemple le coup de 
vent de S.-O. du 8 mai 1853, et la tempête de N.-E. du 13 

0 

novembre 18G3. 

Passons maintenant aux fortes ascensions : j’en ai compté 
soixante et onze en vingt-six ans, allant de 10 à 17 millimè¬ 
tres en vingt-quatre heures ; les hauteurs barométriques 
qu’elles ont produites sont comprises entre 750 mm ,7 et 
774 mm ,0. Cela posé, voyons quels états atmosphériques les 
ont précédées et suivies : 


Etat atmosphérique avant et après les fortes ascensions barométriques. 



Avant 

Aprèt 

Beau et vent modéré. 

,. 24 fois 

4G fois 

id. et vent fort. 

. 24 

8 

Nuageux et vent modéré.... 

.. 8 

12 

id. et vent fort. 

»> 

> • ^ 

0 

Pluie et vent modéré. 

.. 8 

:i 

id. et vent fort. 

.. 4 

i 

U 

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V 


— 318 — 

Ainsi donc le retour du beau temps, après les fortes 
ascensions du niveau barométrique, est bien une règle géné¬ 
rale, mais seulement dans le rapport de 46 sur 71, (ou de 
65 sur 100), comme le montre le tableau qui précède ; cette 
règle souffre donc de nombreuses exceptions. J’en cite ici 
quatre, dont une est digne de remarque : 

Le 5 mars 1862; baromètre 748““,0, ascension de 12 mm ; 

— avant : beau, vent modéré ; — après : beau, N.-O. fort. 

Le 23 mars 1866, baromètre 748 ram ,0, ascension 13' nm ;— 

avant : beau; vent modéré; — après ; pluie, grêle, ton¬ 
nelle, E. fort. 

Le 9 décembre 1866, — baromètre. 764 mm ,2, ascension 
de ll mm ,2 ; avant : nuages épars, vent modéré ; — après : 
beau, E. fort. 

Le 7 novembre 1867, baromètre 76l mm ,l, ascension 10 mm ,8; 

— avant : beau, vent modéré ; — après : beau, N.-E. fort. 

Ainsi, voilà de fortes ascensions barométriques qui ont 

eu des effets pareils à ceux qu’annoncent d’ordinaire les 
fortes dépressions; l’ascension de 13 ram du 23 mars 1866 no- 
tamment a été suivie d’une véritable tempête. 

On doit forcément conclure de tout ce qui précède : 

l u Que les fortes dépressions n’annoncent pas nécessai¬ 
rement des perturbations atmosphériques adéquates à leurs 
amplitudes ; 

2° Que les états météoriques les plus violents peuvent se 
produire sans que le baromètre en ait averti autrement que 
par de très-légères dépressions, et même coïncider avec des 
pressions ascendantes ; 

3° Que les fortes ascensions ne sont pas un indice certain 
du retour du beau temps,et qu’elles n’excluent pas la possi¬ 
bilité de troubles météoriques très accentués. 

On peut, à ce propos, faire remarquer, en passant, le peu 
de certitude que présentent les indications inscrites sur les 
baromètres du commerce : beau, beau fixe, pluie, pluie ou 
vent, etc. — Ce ne sont là que des inductions secondaires 
et des probabilités ; —et voilà pourquoi le baromètre est 
souvent accusé de mensonge. 


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319 


Le baromètre, quand il est bien construit, est l'instru¬ 
ment de physique le plus parfait qui existe ; mais sa fonc¬ 
tion directe est purement et simplement d’indiquer le poids 
actuel de la colonne d’air qu’il supporte, et s’il semble men¬ 
tir quelquefois, c’est que les fabricants veulent lui faire 
parler un langage qui n’est pas rigoureusement le sien. — 
Pour corroborer encore ce que je viens de dire, j’ajouterai 
que j’ai vu pleuvoir à Nice par tous les états barométriques 
compris entre grande pluie et beau fixe , et que j’ai même 
observé des pluies abondantes et de longue durée par des 
pressions très-élevées, comme par exemple en février 1867, 
où j’ai compté, du 13 au 28, six jours et deux nuits de très 
fortes pluies par des vents violents d’E. et de N.-E., tandis 

que le baromètre marquait de 768 mm ,8 à 774 mm ,4, avec mar- 

* 

che constamment ascendante, malgré cet affreux temps. 

On n’a jamais, à ma connaissance, étudié à Nice l’influence 
des différents vents sur la hauteur de la colonne barométri¬ 
que ; j’ai fait cette étude et je vais en donner le résumé ; 
elle porte sur vingt-quatre ans (1855-78). 



On voit que les moyennes les plus élevées sont dues aux 
vents méridionaux du S.-E. et du S., et les plus basses aux 
vents continentaux du N. et du N.-O.; il y a quelque chose 
d’inattendu dans ce résultat, qui est l’inverse de ce qui se 
passe dans beaucoup de pays. En effet, je trouve dans 
Kaemtz 1 les roses des vents barométriques de quinze points 

1. Cours complet de Météorologie , traduction de Ch. Karting. 


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à 










320 


importants de l’Europe : Londres, Paris, Berlin, Vienne, 
Copenhague, Saint-Pétersbourg, etc., etc., et dans toutes 
ces villes, la dernière exceptée, c’est aux vents de S.-E., S., 
S.-O., que sont dues les plus basses pressions, tandis que 
les plus élevées sont produites par le N., le N.-E. et le 
N -O. — A Saint-Pétersbourg seulement, les choses se pas¬ 
sent à peu près comme à Nice. Là, comme ici, c’est le S.-E. 
qui donne les plus fortes moyennes barométriques, et le 
N.-O. les plus faibles. Ce point de ressemblance entre deux 
régions si différentes au point de vue géographique et cli¬ 
matologique est assez singulier. 


TEMPÉRATURE 

La moyenne générale de la température à Nice, d’après 
les vingt premières années de mes observations thermomé¬ 
triques faites trois fois par jour, a été de 15°,78; celle des 
dix dernières années, déduite des minima nocturnes et des 
maxima diurnes, est do el les deux réunies donnent 

15°,71 (voir Tableau A). — Ainsi l’adjonction des dix derniè¬ 
res années d’observations nycthémérales a eu pour effet do 
faire baisser la moyenne générale de 7 centièmes de degré. 

On a vu dans l'historique que la moyenne de Risso (20 
ans), corrigée par Ilumboldt, est de 15°,5, et que celle de 
Roubaudy (13 ans) est de 15°,9 ; ma moyenne de trente ans 
se place donc entre les deux et à égale distance de l’une et 
de l’autre. 

Voici quelles sont, pour trente ans, les moyennes géné¬ 
rales mensuelles : 


Décembre. 

.... 8%99 

Juin. 

.... 21%48 

Janvier. 

.... 8°,40 

Juillet. 

.... 23',91 

Février. 

.... 9",31 

Août. 

.... 23",77 

Mars. 

.... 10", 40 

Septembre. 

.... 20",69 

Avril. 

.... 14",33 

Octobre. 

.... 16,"85 

Mai. 

.... I7",7à 

Novembre. 

.... 11%99 


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Si l’on établit la différence entre les moyennes des mois 
successifs, on trouve les nombres suivants : 


De janvier à février, différence en 

plus 

& 

U",85 

De lévrier à mars 

id. 


1*,09 

De mars à avril 

id. 


3*.93 

D’avril à mai 

id. 


3",42 

De mai à juin 

id. 


3*,73 

De juin à juillet 

id. 


2*,43 

De juillet à août différence en 

moins 

U°,14 

D’août à septembre 

id. 


3°,08 

De septembre à octobre 

id. 


3*,84 

D’octobre à novembre 

id. 


4*,86 

De novembre h décembre 

id. 


3° ,00 

De décembre à janvier 

id. 

è 

0*,53 


La faible amplitude de ces différences montre que la tem¬ 
pérature à Nice croit et décroit, de mois en mois, sans 
éprouver les écarts considérables qui se remarquent dans 
d’autres pays. Cependant la décroissance d’octobre à novem¬ 
bre est assez fortement accusée (voir Tableau F). 

Mais les moyennes mensuelles ont varié , en trente ans, 
entre certaines limites dont il est utile de constater l’écart. 
C’est le moyen de connaître la plus grande variation que la 
température a subie, pour chaque mois, pendant ladite pé ¬ 
riode. Ainsi, par exemple, décembre dont la moyenne géné¬ 
rale a été de 8°,99, .comme nous venons de le voir, a eu pour 
moyennes extrêmes 6°, 13 (1849) et 11°,99 (1868) ; la différence 
entre ces deux nombres, 5°,86, nous montre jusqu’où peut 
s’étendre, d’une année à l’autre, la variabilité de la tempé¬ 
rature de ce mois ; le même calcul, fait pour tous les mois, 
donne douze nombres comparables que l’on peut ranger 
comme suit dans un petit tableau synoptique. 


Différence entre In plus faible 




Décembre. 5* ,86 

Janvier. 4",83 

Février. 6* ,05 

Mars. 5 # ,68 

Avril. 4-,33 

Mai. 4% 17 


Juin. fi*, 15 

Juillet. 3" 41 

Août. 4°,49 

Septembre. 4*,28 

Octobre. 3* ,95 

Novembre. 5" ,92 


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322 


(Voir au tableau B les variantes extrêmes des moyennes 
mensuelles.) 

Ainsi les mois les plus variables, d’une année à l’autre, 
sont: juin, février, novembre, décembre, mars et janvier; et 
les moins variables, juillet, octobre, mai, septembre, avril 
et août. 

Je reviens maintenant aux moyennes générales mensuelles 
pour en déduire les moyennes saisonnières, qui sont : 


Hiver (décembre, janvier, février). 8°,92 

Printemps (mars, avril, mai).. 14°,16 

Eté (juin, juillet, août). 23 # ,05 


Automne (septembre, octobre, novembre) 16°,51 

Si nous faisons pour les quatre saisons ce que nous avons 
fait tout à l’heure pour les douze mois, c’est-à-dire, si nous 
calculons la différence entre les moyennes extrêmes que 
chacune d’elles a fournies en trente ans, nous obtenons le 

t * 

petit tableau suivant : 

Moyenne Moyenne 

la plus haute la plus basse Différence 


Hiver.-. 10*,28 (1866) 7“,08 (1850) 3*,20 

Printemps. 15*,82 (1862) 13%14 (1849) 2%68 

Eté. 24°,43 (1868) 2l»,0l)(1871) 3%34 

Automne. 17%98 (1857) 14%74 (1851) 3°,24 


C’est donc le printemps et l’hiver qui ont éprouvé les plus 
faibles variations d’une année à l’autre ; mais les différences 
sont petites, et la variabilité est à peu près égale pour les 
quatre saisons. 

L’oscillation nycthémérale de la température, c’est-à-dire 
l’écart entre la plus basse température de la nuit et la plus 
haute température du jour (vu^uipot) est à Nice, de 8°, 12 
d’après une moyenne générale de dix ans (1869 à 1878). Ses 
variations mensuelles vont de 6°,84 (décembre) à 8°,95 (avril). 
— (Tableau E.) — Cette oscillation est plus grande dans les 
régions plus septentrionales et situées loin des côtes mari¬ 
times; même dans le midi de la France, sitôt que l’on 
s’éloigne de notre région vers l’ouest, on trouve que le ther- 


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323 


momètre parcourt en vingt-quatre heures une échelle nota¬ 
blement plus étendue qu’à Nice. Ainsi, pour ne citer qu’un 
exemple, je vois dans une très importante étude sur la tem¬ 
pérature, récemment publiée par M. Ch. Martins, l’éminent 
professeur d’histoire naturelle à l’Ecole de médecine de 
Montpellier *, je vois, dis-je, que dans cette ville l’oscillation 
diurne est, en moyenne annuelle, de 13°,24 et qu’elle varie 
de 9°,54 (décembre) à 17°, 18 (juin). Si nous comparons ces 
trois nombres à ceux que j’ai donnés plus haut pour Nice, 
nous trouvons les différences suivantes en faveur de notre 
ville : 


Montpellier. 

13°,24 

9* ,54 

17* 

,18 

Nice. 

8% 12 

G',84 

8* 

,95 

Différences... 

5% 12 

2\70 

1F 



Ainsi l’oscillation diurne moyenne est, à Montpellier, de 
plus de 5° plus forte qu’à Nice ; le rapport est moins grand 
en décembre, mais vers la fin du printemps, il va du simple 
au double ! Et pourtant ces deux villes sont placées presque 
sur le même parallèle. On voit combien est avantageuse la 
situation de Nice, combien est grande l’influence des abris 
puissants dont la nature l’a dotée. 

L’amplitude du mouvement ascendant et descendant du 
thermomètre, depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, 
intéresse, plus encore que l’oscillation nycthémérale, les ma¬ 
lades, les convalescents et les valétudinaires qui n’ont pas à 
compter avec la température de la nuit. J’ai calculé ces deux 
mouvements d’après seize ans d’observations, et j’ai trouvé 
que le mouvement moyen annuel ascendant du thermomètre, 
depuis le lever du soleil jusqu’à 2 heures, est de 5°,79 ; il est 
à son minimum en décembre (4°,97) et à son maximum en 
avril (6°,49). Quant au mouvement descendant, c’est-à-dire à 
la décroissance de la température jusqu’au coucher du soleil, 
il est, en moyenne générale, de2°,23 ; c’est janvier qui a le 
minimum (i°,81), et c’est encore avril qui a le maximum 

1. Températures de l'air, de la tei-re et de Veau au jardin des plantes de Montpellier . 


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324 


(2°,49). (Voir tableaux D et F). Les mouvements diurnes du 
thermomètre sont donc ici très peu étendus, et les hygié¬ 
nistes doivent apprécier à sa juste valeur l’uniformité de la 
température révélée par ces faibles oscillations. 

Risso, voulant donner, d’une autre manière, une idée pré¬ 
cise de cette uniformité, a extrait de ses vingt ans d’obser¬ 
vations un tableau de la variabilité de la température d'un 
jourk l'autre , ainsi que je l’ai rapporté dans l’historique. 

J’ai fait moi-même un travail analogue, c’est-à-dire j’ai 
calculé les différences entre les moyennes nycthémérales des 
jours successifs, pondant les dix dernières années. — Voici 
le résultat condensé de ce travail, par mois : 


Janvier.... 

1 -oo 

Mai. 

. 0-99 

Septembre.. 

0*86 

Février.... 

0*93 

Juin. 

. U "97 

Octobre.... 

0*96 

Mars. 

1°()G 

Juillet..., 

,. (i"78 

Novembre . 

1-06 

Avril. 

0°99 

Août.. .., 

.. 0 74 

Décembre.. 

1*12 


Moyenne générale des dix ans — 0°,95 (Risso a trouvé 
0°,92 pour les variations moyennes de midi à midi de ses 
vingt ans). 

Ainsi donc, pendant huit mois de l’année, la différence 
moyenne de la température d’un jour à l’autre ne va pas à 
1°, et elle dépasse à peine ce nombre pendant les quatre au¬ 
tres mois (tableau G). Mais, pour être juste, il faut convenir 
que parfois, en automne et surtout au printemps, on éprouve 
ici, par l’effet d’un brusque changement de vent, d’assez 
fortes variations de température d’un jour à l’autre et même 
du matin au soir. La plus extraordinaire que j’aie observée 
en trente ans a eu lieu du 2 au 3 décembre 18G7 : le 2, à 2 
heures, le thermomètre marquait 14°, 1 par un temps nua¬ 
geux et par un fort vent de S.-O.; le lendemain, à la même 
heure, sous l’influence du vent de N.-E. et par un temps de 
neige, il ne marquait plus que -f i°,t; c’était donc 13° de 
moins que la veille. Je cite ce fait comme un phénomène 
très exceptionnel. 

Les extrêmes de la température et leurs différences cons¬ 
tituent aussi un des caractères importants du climat et 
méritent notre attention. 


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325 


Le lecteur n’a qu’à étudier un peu le tableau C, pour se 
renseigner complètement sur tout ce qui concerne ces extrê¬ 
mes et les écarts de la température à Nice pendant les trente 
années de la période. 

Il verra qu’éh décembre, par exemple, la moyenne des 
maxima journaliers étant de 11°,69 et celle des minima de 
5°, 15, l’écart diurne moyen est de 6°,54 ; que la moyenne 
des maxima mensuels de trente ans, pour ce même mois, 
étant de 15°,52 et celle des minima de + 0°,51, l’écart men¬ 
suel est de 15°01 ; qu’enfin le plus haut maxima de trente 
ans (toujours pour décembre) ayant été de 18°,5 (en 1872), 
et le plus bas minima de — 2°,7 (en 1870), l’écart absolu, 
c’est-à-dire la plus longue excursion, en ce mois, du ther¬ 
momètre pendant la dite période, a été de 21°,2, mais à deux 
ans d’intervalle. Il verra aussi que la moyenne des maxima 
mensuels les plus bas a été de 6°,96; que le maxima absolu 
le plus bas, c’est-à-dire la plus basse température notée au 
milieu du jour a été de + 1°, 1 (1867) ; etc., etc. 

L’écart annuel (moyen, minimum , maximum et absolu) 
est détaillé dans le même tableau. 

L’écart annuel moyen est de 31°,60 ; il a été, au minimum, 
de 27°,0 (1850) et, au maximum, de 35°,5 (1869) ; l’écart ab¬ 
solu des trente ans, compris entre les extrêmes — 3°,5 (1864) 
et-f-33°,7 (1865), n’a pas dépassé 37°,2.— On trouvera ces 
chiffres peu élevés si on les compare aux écarts annuels qui 
s’observent dans d’autres villes plus septentrionales. — 
Ainsi, ceux de Paris, Londres, Bruxelles, Berlin, etc., sont 
de plus de 50° ; celui de Saint-Pétersbourg atteint o\ dépasse 
même 60°. A Montpellier, ville de même latitude que Nice, 
l’écart annuel moyen est compris, pour treize ans, entre les 
extrêmes -f 37°,33 et — 9°,20 1 ; il est donc encore de 46°,53 
et dépasse^ de 14°,93 l’écart annuel moyen de Nice qui 
n’est, comme on vient de le voir, que de 31°,60. 

Cela veut dire qu’à Nice les extrêmes de la température 
se rapprochent, non pas seulement en raison de la latitude, 

1 M. Martini, ouvrage déjà cité. 


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326 


mais aussi et surtout grâce à l'admirable situation de la ville 

% 

si bien protégée contre les vents froids par le grand relief 
des Alpes et par le demi-cercle de hautes collines qui, l'en¬ 
tourant à une petite distance, fait de son bassin comme une 
sorte de serre tempérée. * 

Quels sont les plus grands froids à Nice. ? Les tableaux A 
etC répondent à cette question. —On trouve dans le pre¬ 
mier la série des plus bas minima annuels do trente ans; 
ces minima ont varié de -f 2°, ï à — 3°,5 et leur moyenne 
est.de — 0°,81. Pendant ces trente hivers, le thermomètre 
est descendu quatre-vingt-quinze fois à 0" ou au dessous, 
dans la nuit, à ma fenêtre ; c'est en moyenne un peu plus 
de trois fois par an '. Sept hivers sur trente n’ont pas eu 
de gelée du tout ; jamais je n’ai vu le thermomètre rester 
toute une journée à 0° ou au dessous ; en d’autres termes, 
il n’a pas gelé une seule fois en trente ans à Nice pendant, 
le jour. Le peu de glace que l’on voit persister quelquefois 
toute une journée et même deux jours de suite, dans certains 
ruisseaux à l’ombre, est toujours l'etlet d’une petite gelée 
nocturne, et si cette glace ne fond pas le jour même, ce 
n’est pas que le thermomètre se tienne au-dessous de 0°, 
c'est qu’elle fond trop lentement pour disparaître avant l'ar¬ 
rivée de la nuit. 

La plus basse température pendant le jour s’est réalisée 
en 18(57, le 3 décembre, par un temps de neige et sous l’in¬ 
fluence du vent de N.-E., comme je l’ai déjà dit. Ce jour^ 
là, en effet, le thermomètre ne marquait, à 2 heures, 
(jue + 1°. 1. C’a été le jour le plus froid de cette longue série 
de trente hivers. Ce qui prouve que c'est là un abaissement 
de température très exceptionnel à Nice, c'est la moyenne 
des maxima journaliers des mois d'hiver. — Je comprends 
ici, sous cette dénomination de mois d’hiver, tous les mois 
où le thermomètre est descendu, ne fût-ce qu’une fois en 

1. Il n’est pas hors de propos de fuiro observer i*-i qu’un thermomètre placé à une fenê¬ 
tre dans l’intérieur d’une ville se tient toujours 2 à 3* plus haut que s'il était exposé en 
rase campagne. Ainsi, j'ai constaté plusieurs fois que quand mon thermomètre à minims 
marquait 1 # ,0 et même . \\\ il y avait, le matin, do la glace dans les jardin» et quel¬ 
quefois aussi dans les ruisseaux de nos promenades exposées au nord. 


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327 


trente ans, à 0° ou au dessous, pendant la nuit. — Eh bien ! 
pour ces mois-là, les maxima moyens sont les suivants, 
comme on peut le voir au tableau C : 


Novembre. 14°8ü 

Décembre. ll°69 

Janvier. 11°19 

Février. l'2°36 


Mars. 14°33 


On voit quel écart considérable il y a entre ces nombres 
qui représentent la température moyenne au milieu du jour 
et le froid insolite du 3 décembre 1867 *. 

J’ai dit tout à l’heure que le plus bas minima de mes 
trente hivers a été de — 3°,5; il s’est réalisé dans la nuit 
du 8 février 1864, après deux jours d’intempéries où il avait 
neigé sur les montagnes et même sur les collines environ¬ 
nantes. Mais pour faire voir combien est forte l’insolation 
dans ce pays, j'ajouterai que, le jour môme de ce minima 
extrême, un thermomètre placé au soleil sur ma fenêtre, au 
sud, s’est élevé, vers 3 heures, à +25*,0; au même ins¬ 
tant le thermomètre au nord et à l’ombre marquait + 6°,0. 

Après avoir traité de la température en hiver, voyons ce 
qu’elle devient dans la saison opposée. — Les personnes 
qui n’ont jamais séjourné à Nice que depuis le mois de no¬ 
vembre jusqu’au mois d’avril, se figurent, en raison de l’élé¬ 
vation du thermomètre pendant ces six mois, que l’été doit 
être ici extraordinairement chaud. C’est une erreur, et on 
peut dire que les étés de Nice sont aussi remarquables par 
l’absence de chaleurs excessives, que ses hivers le sont par 
l’absence de grands froids. Je n’ai, pour le prouver, qu’à 
rapporter ici, pour les quatre mois les plus chauds, les 


1. Ainsi que je l'ai rappelé dans l’historique, Risso a vu. dans l’après-midi du 11 janvier 
1820, son thermomètre descendre jusqu’à — 7%7 Réauraur = — 9*,G3 centigrade, ce qui 
comporte —12* à 13° en rase campagne. Ce futun froid désastreux pour nos jardins, où pres¬ 
que tous les orangers furent gelés jusqu’au collet. Un vieux cultivateur niçois avec lequel 
je m’entretenais un jour de cet événement, me dit qu’il se produisit sous l’influence du 
vent de N.-E. (nommé grrgaf dans le pays) circonstance que Risso n’a pas fait connaître. 




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moyennes de trente ans des maxima journaliers , extrai¬ 
tes du tableau C. : 


Juin. *24*53 

Juillet. 27*47 

Août. 26*90 

Septembre. 23*83 


On voit qu'il n’y a là rien d’excessif. 

Ce qui fatigue certaines personnes non encore acclima¬ 
tées, ce n’est pas l'excès, c’est la constance de la chaleur qui 
revient presque tous les jours la même, depuis le 15 juin 
jusqu’au 15 septembre ; c’est la sérénité à peu près continue 
du ciel; c’est l’intensité de la lumière qui vous enveloppe 
partout de son éclat éblouissant; c’est aussi la sécheresse 
et la poussière, car il ne pleut presque pas à Nice pendant 
l’été ; mais à tous ces inconvénients, il est un correctif puis¬ 
sant : la brise de mer. 

La brise de mer est une vraie bénédiction I Elle com¬ 
mence à souffler une heure ou deux après le lever du soleil 
et ne cesse qu'un peu avant son coucher ; elle tempère no¬ 
tablement les ardeurs de l’été dans le bassin niçois qui lui 
est largement ouvert, et il n’y a guère que les jours très 
rares où elle fait défaut, ou bien ceux plus rares encore où le 
siroco africain arrive jusqu’à nos côtes, que l’on puisse vé¬ 
ritablement appeler des jours de grande chaleur. Ces jours- 
là, le thermomètre atteint et dépasse 30°. Cela est arrivé 
deux cent soixante-cinq fois en trente étés : 


En juin. 15 fois 

En juillet. 144 fois 

En août. 99 fois 

En septembre. 6 fois 

En octobre. 1 fois 


265 


C’est, en moyenne, un peu moins de neuf fois par été. 


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329 


Quant aux maxima extrêmes des trente ans, les voici dans 
leurs mois respectifs : 

Le 11 juin 1877 . 31*6 (pas de brise) 

Le 10 juillet 1865.... 33*7 (siroco) 

Le 10 août 1869. 33*2 (fort siroco) 

Le 3 septembre 1853. 32°9 (fort siroco) 

Mais ces hautes températu es sont des phénomènes isolés 
• et rares, puisque chacune d’elles ne s’est réalisée qu’une fois 
en trente ans. — Nous avons vu, dans Y historique, que les 
maxima extrêmes enregistrés par mes devanciers ont été 
les suivants : 

Fodéré. 31-9 

Risso. 33*4 

Roubaudy .. 31°8 

Or, tous ces maxima, les miens compris, embrassant une 
période de près de soixante-dix ans, font ressortir l’impro¬ 
babilité du maximum exorbitant (38 u ,75) noté parSmollettle 
2 août 1765. 

Les météorologistes estiment que la température moyenne 
des eaux des puits doit approcher beaucoup de la moyenne 
annuelle de la température de l’air. 

Voulant voir par moi-même ce qu’il pouvait y avoir de 
vrai dans cette assertion, j’ai noté, pendant douze mois 
(1870-71), la température de l’eau du puits de mon chalet, à 
Saint-Philippe, où j’habitais alors, et je vais faire connaître 
le résultat de mes observations. 

Afin de bien préciser la valeur de la comparaison qui va 
suivre, je dois rappeler qu’en 1870-71, époque où elle a eu 
lieu, mes thermomètres étaient placés, non pas à ma fenêtre 
en ville, mais sur la plate-forme de mon chalet, sous double 
abri en zinc, et non loin du puits dont il s’agit. 

La profondeur de ce puits, margelle non comprise, est de 
8®,90 ; le diamètre de l’orifice (resté constamment ouvert) 
est de 1 ra. 10 et la hauteur de la nappe d’eau a varié de 


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330 


2™, 19 (mars et avril) à l m ,09 (septembre). — Cela posé, 
voici la température du puits à la fin de chaque mois, com¬ 
parée à la moyenne température de l’air pour ces mêmes 
mois : 


1870 


1871 



Fuit» 

Air 

Mai. 

14°,7 

17°,7.*> 

Juin. 

I.V,0 

*21 ",05 

Juillet. 

i.y,5 

23°,91 

Août. 

15°.5 

21",67 

Septembre. 

15°, 7 

19°.46 

Octobre. 

1.7,4 

16°,7 6 

Novembre. 

13",7 

11°, 92 

Décembre. 

I3\0 

7°,06 

Janvier. 

13",U 

6°,93 

Février. 

13 ',4 

10°,05 

Mars. 

13°,4 

11 ,57 

Avril. 

14",3 

14°, 16 

Moyennes 

14%38 

15°, 19 


Il résulte, comme on voit, de cette comparaison, que la 
température moyenne de l’air, pendant ces douze mois, a dé¬ 
passé de 0°,81 celle du puits. — Il est. donc bien vrai de dire 
que la température des puits approche de la température 
moyenne de l’air ; mais on est fondé à ajouter qu’elle n’en 
approche qu’à 0 U ,8 près, au moins dans le bassin niçois. 

On objectera peut-être qu’on ne peut guère tirer une 
conclusion définitive d’une seule année d’expériefices. Je 
conviens que cette conclusion aurait plus de valeur si elle 
étaitbasée sur des observations continuées pendantplusieurs 
années. Mais ce qui m’autorise à croire que le résultat 
auquel je suis arrivé n’est pas loin de la vérité, c’est que M. 
Ch. Martins, le savant professeur que j’ai déjà plusieurs 
fois cité, ayant fait pendant sept ans (1870-76), au jardin des 
plantes de Montpellier, la comparaison de la térapérature 
moyenne d'un puits de 11'",70 de profondeur, et de la tem¬ 
pérature moyenne de l’air, a trouvé, en faveur de cette der¬ 
nière, des différences annuelles qui ont varié de 1°,21 à 
0°,44, et dont la moyenne générale est de 0°,85. Or, on a vu 
que la différence trouvée par moi est de 0*,8i; il n’v a donc 
entre l’une et l’autre, qu’un écart insignifiant de 4 centiè¬ 
mes de degré. 


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331 


Au surplus il n’y a rien d’absolu ni de fixe dans l’égalité 
approchée des températures moyennes des puits et de l’air, 
et ce qui est vrai à Nice et à Montpellier, peut très-bien ne 
l’être pas dans d’autres pays où le régime des pluies est dif¬ 
férent; ainsi, par exemple à Strasbourg, où il pleut davan¬ 
tage en été qu’en hiver, et où par conséquent il tombe plus 
de pluies chaudes que de pluies froides, la température d’un 
puits de 5 mètres de profondeur, observée pendant dix-huit 
ans par Herrenschneider, s’est trouvée égale et même légè- 
rementsupérieureàla moyenne de l’air (puits 9°,84, ak* 9°,80 

Il y a donc, sous ce rapport pour chaque pays, des condi¬ 
tions particulières qui interdisent les généralités et les af¬ 
firmations à priori. 

Mais le petit tableau qui précède peut encore donner lieu 
à quelques autres remarques qui ne manquent pas d’intérêt. 

Celle qui saute aux yeux tout d’abord c’est la faible am¬ 
plitude de l’oscillation annuelle de la température du puits : 
ainsi le minimum étant de 13°, (décembre et janvier) et le 
maximum de 15°,7 (septembre) cette oscillation n’a été que 
de 2°,7 pour l’année, tandis que celle de la température 
moyenne de l’air, comprise entre G 0 ,93 (janvier, et 23°,91 (juil¬ 
let), aétéde 16°,98. — Une nappe d’eau souterraine ne su¬ 
bit donc que dans de très-faibles proportions les fluctua¬ 
tions de la température de l’air. 

On remarquera aussi que cette dernière température est 
arrivée à son maximum en juillet, tandis que celle du puits 
n’a atteint le sien qu’en septembre, c’est-à-dire avec un re¬ 
tard de deux mois; cela prouve que la chaleur de l’air ne 
pénètre que très-lentement jusqu’aux eaux souterraines.— 
Mais, chose singulière, si réchauffement de ces eaux a été 
lent, leur refroidissement s’est produit, cette annéc-là, d’une 
manière très-rapide, puisque le minimum de la température 
du puits et celui de la température do l’air ont coïncidé dans 
le même mois (janvier) ; ce prompt refroidissement a pu 
avoir pour cause l’abondance des pluies froides de novembre, 
décembre et janvier dont la somme c’est élevée à 417 m,n 3. 
On peut remarquer enfin qne l’eau du puits est plus froide 
que l’air pendant six mois et demi (du commencement do 

1. Ch. Martine, ouvrage déjà cité. 


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332 


mai à la mi-novembre; et plus chaude que lui pendant les 
cinq mois et demi restants (du 15 novembre à la fin d’avril) ; 
vers ces deux époques la température de l’eau souterraine et 
la moyenne température de l’air demeurent sensiblement 
égales pendant un certain nombre de jours. 

On est frappé, dans ce pays, plus encore en hiver qu’en 
été, de la forte chaleur que l'on ressent lorsqu’on est exposé 
aux rayons directs du soleil ; aussi les étrangers, et môme 
beaucoup d’habitants du pays, adoptent-ils l’usage de l’om¬ 
brelle en toile blanche ou grise, doublée de vert ou de bleu; 
c’est une précaution fort sage et que lesmédecins ne doivent 
point négliger de recommander à leurs clients nouveau 
venus. Pour donner une idée précise de l’énorme différence 
de température que l’on éprouve en passant du soleil à 
l’ombre, et réciproquement, je vais rapporter ici les obser¬ 
vations comparatives que j’ai faites pendant un an — (1868). 
— J’ai placé plusieurs fois dans chaque mois, de midi à *2 
heures, sur le bord de ma fenêtre et en plein soleil, un ther¬ 
momètre à mercure, dont j’avais préalablement enveloppé la 
boule d’un tissu de laine noire, afin d’éliminer l’effet du rayon¬ 
nement et d’empêcher la dispersion du calorique ce ther¬ 
momètre se trouvait donc dans les mêmes conditions qu’une 
personne vêtue de drap noir; j’ai noté avec soin les indi¬ 
cations de cet instrument et celles que me donnait au même 
instant mon thermomètre placé au nord et à l’ombre, et 
voici à quels résultats jesuis arrivé : 


Au soleil. A l'ombre. Différence. 


L. 

c 

> 

' Moyenne. 

36*9 

13 3 

23*6 

SS 

Maximum (février).. 

43*5 

13*5 

30*0 

• 

, Minimum (janvier).. 

29*0 

12*0 

17*0 

E 

^ 1 

Moyenne. 

45*6 

19*8 

25*8 

s 

a 

Maximum (mai).... 

5 PO 

280 

25*4 

Cm i 

Minimum (avril)_ 

40*5 

16*2 

24*3 

—> 

[ Moyenne . 

51*6 

28*3 

23*3 

W 

l 

Maximum (juillet) .. 

57*5 

29*3 

28*2 

V 

[ Minimum (juin) .... 

44*5 

29*9 

14*6 

C 

S | 

Moyenne . 

42*1 

18*1 

24*0 

O 

3 < 

Maximum (septemb.) 

51*5 

25*0 

26*5 

< | 

Minimum (novemb.). 

37*0 

13*8 

23*2 


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333 


On voit à quelle hauteur considérable le thermomètre au 
soleil monte dans ce pays, môme en plein hiver ; on voit 
aussi quel écart il y a entre la température au soleil et la 
température à l’ombre, écart qui s’est élevé, en février, 
jusqu’à 30°,0. Remarquez aussi que le minimum de la diffé¬ 
rence se trouve en été, tandis que le maximum est en hiver. 
— Si on calcule les moyennes respectives de ces différences 
pour les saisons d’été et d’hiver, on trouve pour la première 
22°,0 et pour la seconde 23°,5 ; il est donc vrai de dire que, 
sous le ciel de Nice, l’écart de la température entre le soleil 
et l’ombre est plus prononcé en hiver qu’en été. — Il est 
en moyenne de 24° pour l’année entière. 


HYGROMÉTRIE 

L'hygromètre de Saussure m’a donné, pour onze ans 
(1858-1868), les moyennes suivantes : 

Au lever Au coucher Moyennes 

du soleil. A 2 heures, du soleil, saisonnières. 

Hiver (déc. janv. févr.).... 59*,6 58°,2 59*,5 59*,1 

Printemps (mars, avr., mai) 60*,6 58*,5 59*,9 59*,7 

Eté (juin, juillet, août).... 63*,0 61*,1 62*,1 62*,0 

Automne (sept., oct., nov.). 63*,1 61*,2 62*,5 62°,2 

Moyennes générales... 61°,6 59°,7 61*,0 60*,7 

La moyenne générale annuelle, résultant de ces onze ans 
d’observations, est donc de 60°,7 ; elle a varié de 57°, 1 (1858) 
à 63°,7 (1868), comme on peut le voir au tableau A où se 
trouvent aussi les extrêmes annuels. Quant aux moyennes et 
aux extrêmes mensuels, le lecteur les trouvera au tableau B. 

On vient de voir, par le petit tableau qui précède, que 
l’humidité de l’air n’est sujette habituellement, à Nice, qu’à 
de faibles variations diurnes, puisqu’il n'y a, entre les 
moyennes générales au lever du soleil (61°,6) et à 2 heu¬ 
res (59°,7), qu’une différence de 0°,9 ; l’écart est encore 

84 


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— 334 — 

moindre entre cette dernière moyenne et celle du coucher du 
soleil (61°,0), qui ne la dépasse que de 0°,3. 

Mais il est des cas exceptionnels et assez rares où l’oscil¬ 
lation diurne de l’hygromètre devient très grande, sous l’in¬ 
fluence de certains vents et il importe de faire connaître 
ces brusques variations pour donner une idée complète du 
régime hygrométrique de notre climat. Afin d’arriver à 
ce but, j’ai pris, dans chaque mois des onze années de la 
période, l’oscillation diurne la plus forte, j’ai réuni tous ces 
nombres et j’en ai déduit, pour chaque mois, la plus forte 
oscillation moyenne, en faisant ressortir, pour chacun d’eux, 
dans une colonne à part, l'oscillation maxima qui lui est 
afférente. De ce travail, j’ai extrait le petit tableau par sai¬ 
sons que je vais donner ci-dessous. 

Le nombre des plus fortes oscillations diurnes (à une par 
mois) devrait être de cent trente-deux, comme le nombre de 
mois de la période; mais il n’est que de cent vingt-sept., 
parce qu’il y a une lacune de cinq mois non observés (trois 
mois de juillet et deux mois d’août). Une remarque à faire, 
tout d’abord, c’est que sur ces cent ving-sept fortes oscilla¬ 
tions, il en est cent de descendantes (c’est-à-dire allant de 
l’humide au sec) et seulement vingt-sept d ascendantes 
(allant du sec à l’humide), ce qui est déjà caractéristique. 
Les cent fortes oscillations descendantes vont de 5° à 33°. 
En voici les moyennes saisonnières et les maximums 
absolus : 


Nombre d'oscillation» 
descendantes 

Oscillations 

moyenne» 

Oscillations 

maxima 

Hiver, .(d. j. f.) — 

25 

14°,4 

30°,0 (janvier 1858) 

Priât., .(m. a. m.) — 

30 

15°,2 

26°,0 (mars 1868) 

Eté... .(j. j. a:) — 

21 

13°, G 

33°,0 (juillet 1863) 

Autom.(s. o. u.) — 

24 

11°,8 

29°,0 (novembre 1859) 


On voit, en premier lieu, que le printemps a le plus grand 
nombre de fortes oscillations et l’été le plus petit, et que 
l’hiver et l’automne en ont une part à peu près égale. On 
voit ensuite que le printemps a la plus forte oscillation 
moyenne et l’automne la plus faible. C’est donc pendant la 


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335 


première de ces deux saisons que l’aiguille hygrométrique 
subit tout à la fois les plus fréquents et les plus grands écarts, 
et c’est pendant la seconde que ces écarts sont le moins ac¬ 
centués. Quant à l’été et à l’hiver, ils se placent entre les 
deux autres saisons et diffèrent peu entre eux, puisque l’os¬ 
cillation moyenne du dernier n’est supérieure que de 0°,8 à 
celle du premier. 

Tel est, à Nice, le régime régulier des fortes oscillations 
diurnes descendantes de l’hygromètre. Quant aux oscilla¬ 
tions maxima absolues, qui ne sont que de simples accidents, 
elles n’ont pas suivi l’ordre des moyennes, puisque c’est 
l’été qui a la plus forte et le printemps la plus faible. Ces 
maximums de l’oscillation diurne descendante sont très éle¬ 
vés ; nous verrons tout à l'heure à quels vents ils sont dus. 

Voici maintenant les vingt-sept fortes oscillations ascen¬ 
dantes distribuées par saisons ; leur amplitude va de 3° à 19° ; 
elle est donc moindre que celle des fortes oscillations 
descendantes. 

Nombre d'oscillations Oscillations Oscillations 

ascendantes moyennes maxima 


Hiver. 8 11%7 19 

Printemps... 3 11*,6 16 

Eté. 7 7*.6 17 

Automne_ 9 10*, 3 14 


C’est, comme on pouvait s’y attendre, le printemps qui a 
le plus petit nombre de ces oscillations et c’est l’automne 
qui en a le plus grand nombre. Au surplus, ces brusques 
changements de l’état hygrométrique dans le sens du sec 
à l'humide, sont si rares (un peu plus de deux par an, en 
moyenne), qu’ils n’ont guère d’importance et sont impuis¬ 
sants à imprimer au climat, comme les fortes oscillations 
dans l’autre sens, un caractère spécial. 

Nous allons voir maintenant à quels vents sont dues les 
rapides variations diurnes de l’hygromètre, dans le sens 
de l’humide au sec. Nous savons déjà que j’en ai compté 
cent en onze ans ; sur ce nombre, soixante-seize ont été 
produites par des vents forts ou violents, et vingt-quatre par 


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—'’ 336 


des vents faibles ou modérés. — Voici les unes et les autres 
distribuées selon leurs vents respectifs. 

Nombre d’oscillations Oscillations Oscillations 

descendantes moyennes xnaxima 


N. 7 14", 1 25*,0 

N.-E. Il 12*,9 17-,0 

E. 27 11\2 22*.0 

S.-E. 5 11Y2 18*, 0 

S. G 8\3 12*,0 

S.-0. 15 19%6 33-,0 

O. IG 15°,9 25-.0 

N.-O. 12 20",9 30*,0 

Nul. 1 » ,»• 18° ,ü 


Ce n’est pas le nombre des fortes oscillations, mais bien 
leur a mplitudc qui donne aux vents le caractère de siccité 
qui leur est propre. Ainsi le vent d’est, qui compte vingt-sept 
oscillations n’a qu’une moyenne de 11°,2 et un maximum 
de 22°, tandis que le N.-O., le S.-O. et l’O., qui ne comptent 
que douze, quinze et seize oscillations, ont pour leurs 
moyennes respectives 20 u ,9, 19°,G et 15°,9, et pour leurs maxi¬ 
mums les nombres exceptionnellement forts de 30°, 33° et 25*. 
Ce sont donc là les trois vents les plus secs de notre région : 
le premier, connu sous le nom de mistral , est le plus sec de 
tous, puisqu’il a la plus forte oscillation moyenne ; mais il y 
a une réserve à faire en ce qui concerne le S.-O. Ce vent, en 
effet, n’est pas aussi constamment sec que les deux autres; 
quand il est sec, ce n’est qu’un mistral détourné, c’est-à-dire 
un mistral qui, n'occupant pas une assez grande hauteur au- 
dessus du niveau des plaines, ne peut franchir les montagnes 
de la Provence et nous arriver sous sa vraie direction ; rejeté 
vers la mer, il y subit une déviation qu’explique la différence 
de sa température, toujours relativement basse, avec celle 
de la région littorale sensiblement plus élevée, surtout en- 
deçà des monts des Maures et de l’Estérel ; il se précipite 
alors vers les golfes de Cannes, de Nice, etc., où il arrive 
sous la direction S.-O.; mais on reconnaît tout de suite sa 
véritable origine en observant le mouvement de baisse rapide 
que subissent, sous son influence, le baromètre, le thermo¬ 
mètre et l’hygromètre ; quand ces deux derniers instruments 
montent et se tiennent au-dessus de la moyenne pendant que 
le vent de S.-O. souffle avec force, c’est que ce vent a bien 


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337 


réellement alors une origine maritime et même océanienne. 
Dans ce cas il nous apporte assez souvent la pluie et les orages. 

Quant aux vents du S. et du S.-E., qui ont donné tout à 
la fois le plus petit nombre de fortes oscillations descendantes 
et les moins grandes de ces oscillations, ce sont les vents les 
plus humides de notre rose, comme je le ferai voir tout à 
l’heure par une démonstration encore plus probante. 

Les vingt-sept fortes oscillations dans le sens du sec à 
l’humide se sont produites, en majeure partie, par des temps 
de pluie ; vingt sont dues à des vents modérés ou faibles 
du N., de l’E., du S.-E. et du S., et sept à des vents plus ou 
moins forts du N.-E., de l’E. et du S.-O. ; — le N.-O. 
même, par une anomalie singulière que je n’ai pu m’expli¬ 
quer, a produit, le 2 février 1865, une de ces fortes oscillations 
ascendantes s’élevant à 18°, lui qui est toujours d’une si 
grande siccité ! 

Nous venons de juger du caractère hygrométrique des 
vents par les fortes oscillations qu’ils ont produites ; mais il 
est une manière plus sûre encore, et plus complète, d’appré¬ 
cier ce caractère : c’est de rapporter, pendant un temps 
suffisamment long, l’état hygrométrique de chaque jour au 
vent sous l’influence duquel il s’est produit, et de faire 
ensuite une récapitulation générale qui permette de dégager 
la moyenne hygrométrique de chaque vent, ainsi que le 
maximum et le minimum absolus qu’il a produits ; — c’est- 
à-dire, en un mot, de construire la rose hygrométrique des 
vents de la région. J’ai fait ce travail pendant onze ans, 
et j’en donne ici le résultat pour chacun des huit vents 
principaux : 


Rose hygrométrique des Vents. 

(par l’hygromètre de Saussure). 



Moyenne 

Maximum 

Minimum 

N.... 

.. 62”,2 

75* 

23” 

N.-E 

.; 58% 1 

72” 

30” 

E.... 

.59”,6 

77” 

38” 

S.-E. 

.. 62°,7 

71* 

41” 

S .... 

.. -6t”,8 

74” 

47” 

S.-O. 

.. 59”,7 

75” 

40" 

0 .... 

.. 50",2 

70" 

32” 

N.-O. 

.. 40%5 

53' 

30” 

Nul.. 

.. 60%8 

74* 

48” 


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338 


Ainsi les vents les plus humides sont les vents marins 
du S.-E. et du S., et le vent continental du N. ; mais leur 
état hygrométrique n’a rien d’excessif, puisque leurs moyen¬ 
nes ne dépassent que de 1°,1 à 2°,0 la moyenne générale 
annuelle, qui est, comme nous l’avons vu, de 60°,7. 

Les vents de N.-E., d’E. et de S.-O. sont légèrement au- 
dessous de cette moyenne, et différent peu entre eux. Quant 
aux deux vents d’O. et de N.-O., ils sont franchement et 
remarquablement secs, le dernier surtout, puisque leurs 
moyennes respectives sont inférieures de 10%5 et de 20%2 à 
la moyenne générale annuelle. — On voit enfin, par la der¬ 
nière ligne de la rose, que les jours où il y a absence complète 
de tout vent, ce qui est arrivé, en moyenne, vingt fois par an, 
l’état hygrométrique de l’air est, à fort peu près, égal à la 
moyenne générale. 

Voilà donc le caractère hygrométrique des vents à Nice 
complètement établi. 

Ainsi que je l’ai déjà dit, j’ai remplacé, en 1869, l’hygro¬ 
mètre de Saussure par le psychromètre d’August générale¬ 
ment préféré aujourd’hui dans les observatoires, parce qu’il 
donne des résultats plus scientifiques et plus comparables 
que l’autre instrument. 

Voici les moyennes, les maximums et les minimums qu’il 
m’a donnés pour dix ans (1869 à 1878), et pour une seule 
observation par jour faite à 2 heures : 

Humidité relative de l'air , 


(la saturation étant : 

= 100). 


Moyenne 

Maximum 

Minimum 

Hiver (d. j. f.j. 61,% 5 

97,% 0 

8,% 0 

Printemps(m. a. m.). 58, 8 

93, 0 

6, 0 

Été (j. j. a.) . 62, 1 

91, 0 

. ‘25, U 

Automne (s. o. n.)... 62, 0 

98, 0 

10, ü 


- " ■■■■■' • 
Moyenne générale. 61 ,°/ c 1 


Ainsi la moyenne annuelle de l’humidité relative de l'air, 
à 2 heures, est de 61,% L d’après le psychiomètre d’August. 


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339 


Elle n’est que de 59°,7, pour la même heure, d’après l’hygro¬ 
mètre de Saussure : la différence n’est que de 1°,4 ; elle n’est 
donc pas grande, et les deux instruments sont suffisamment 
concordants en ce qui concerne la moyenne générale ; mais 
il n’en est pas de même, tant s’en faut, pour les extrêmes 
mensuels et annuels. Les maximums sont beaucoup plus 
élevés et les minimums beaucoup plus bas pour le psychro- 
mètre que pour l’hygromètre, comme on peut le voir aux 
tableaux A et B. En effet, ce dernier instrument a donné, 
en onze ans, pour extrêmes absolus, 23° et 77°, tandis qu’en 
dix ans le psychromètre a donné 6 % et 98 %• Le premier 
n’a donc fourni qu’un écart absolu de 54°, tandis que celui du 
second s’élève à 92°. L’hygromètre parait donc être beaucoup 
moins sensible que le psychromètre, et moins apte que lui à 
exprimer les grands et rapides écarts de sécheresse et 
d’humidité. 

Mais les deux extrêmes absolus du psychromètre, 6 % et 
98 °/ 0 , sont des nombres remarquables (le premier surtout), 
et qui méritent d’arrêter un instant noire attention. En effet, 
6 °/ 0 d’humidité relative représentent un état de siccité 
extraordinaire et qui se réalise bien rarement ; il est donc 
intéressant de savoir en quelles circonstances il s’est produit. 
Il a eu lieu le 26 mars 1878, sous l’influence d’un très fort 
mistral ; la veille et l’avant-veille le même vent avait soufflé 
avec violence, et avait fait descendre l’humidité relative a 
34 %, puis à 9,7o 5, ce qui était déjà fort bas. Le 26, par 
un ciel d’une admirable limpidité, et par une • pression 
atmosphérique de 759“ m ,l, le mistral se mit à souffler, mais 
avec un peu moins de violence que la veille ; à 2 heures, le 
thermomètre sec étant à + 13°,0, le thermomètre mouillé 
descendit jusqu’à + 4°,0; la différence psychrométrique 
était donc, en ce moment-là, de 9°,0, la tension de la vapeur 
atmosphérique de 0 mm ,72, et l’humidité relative de 6 % seu¬ 
lement ! — Par contre, le 12 novembre 1877, après quatre 
jours et quatre nuits de pluies abondantes qui donnèrent 
ensemble au pluviomètre une hauteur d’eau de 127 mm ,9, 
l’humidité de l’air devint si grande quelle n’était plus qu’à 


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2 degrés du point de saturation. Ce jour-là, en effet, à 2 heu¬ 
res, le baromètre marquant 754 mra ,5 par un temps de grande 
pluie et de brume, et par un fort vent de sud-ouest charriant 
d’épais nuages, le thermomètre sec marquait + 13°,1 et le 
thermomètre mouillé + 12°,9 ; la différence n’était donc que 
de 0°,2 ; il s’ensuit que l’humidité relative, en ce moment-là, 
était de 98 °/ 0 , et que la tension de la vapeur d’eau dans 
l’atmosphère avait atteint le chiffre élevé de 10 mm ,97 : c’est 
un degré d’humidité qui ne sera peut-être jamais dépassé à 
Nice. — Il est intéressant de se rendre compte de la distance 
où se trouvait le point de rosée dans ces deux cas, c’est-à- 
dire de déterminer le degré où la température de l’air aurait 
dû descendre pour que la vapeur d’eau qu’il tenait en 
suspension pût se condenser et se déposer en rosée. J’ai 
fait ce calcul et j’ai trouvé, pour le premier cas, que le peu 
de vapeur d’eau suspendue dans l’atmosphère était tellement 
raréfiée qu’il aurait fallu, pour la condenser et la précipiter 
en eau, un refroidissement de plus de 100° centigrades ! 
tandis que, dans le second cas, un abaissement de tempéra^ 
ture de 0°,4 aurait suffi pour amener la formation de la rosée. 

J’ai donné, tout à l’heure, la rose hygrométrique des vents 
d’après l’hygromètre de Saussure observé pendant onze ans; 
je donne ici celle que m’a fournie le psychromètre d’August 
après dix ans d’observations, afin que l’on puisse comparer 
les deux : 


/{ose hygrométrique des Vents 
(par le paychromètre d’Augnit). 



Moyenne 

Maximum 

Minimum 

N. 

. 64// 

• 6 

97// 

*0 

8// 

• 0 

N.-E . 

,. 58, 

2 

95, 

0 

9, 

0 

E. 

.. 58, 

8 

94, 

0 

20, 

0 

S.-E.. 

. 66, 

9 

90, 

0 

26, 

0 

S . 

,. 61, 

8 

95, 

0 

20, 

0 

s.-o.. 

. 59, 

3 

98, 

0 

13, 

0 

0 . 

. 51, 

2 

74, 

0 

12, 

0 

N.-O.. 

>. 3d, 

5 

91, 

0 

6, 

0 

Nul... 

,. 66, 

6 

91, 

0 

22, 

0 


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— 341 — 

La comparaison des moyennes des deux roses montre que 
les deux instruments ont donné des résultats très concor¬ 
dants ; seulement le psychromètre fait ressortir davantage 
l’humidité du S.-E. et la sécheresse du N.-O. Quant aux 
maximums et aux minimums, nous savons déjà qu’ils sont 
toujours plus fortement accusés par le psychromètre que par 
l’hygromètre, ce qui rend toute comparaison superflue. 

Il me reste, pour clore ce chapitre, à parler d’un singulier 
phénomène psychrométrique qui s’observe quelquefois à 
Nice — et probablement aussi sur tous les autres points du 
littoral de la Provence et de la Ligurie — mais seulement 
en hiver ; — phénomène qui étonne toujours nos hôtes 
étrangers. 

Par les temps calmes de décembre et de janvier, et par un 
ciel sans nuages, on voit quelquefois, au beau milieu du 
jour, le pavé des rues allant de l’est à l’ouest, mouillé 
comme par un arrosement abondant , tandis que rien de 
pareil ne s’observe dans les rues orientées nord-sud. Sur 
la promenade des Anglais, où les rayons solaires ont un libre 
accès, il n’y a de mouillé que l’étroite bande où se projette 
l’ombre de la haie d’atriplex. Sur les Terrasses la chose est 
plus singulière encore : l’ombre du parapet est si complète¬ 
ment mouillée qu’elle miroite, d’une extrémité à l’autre, 
comme après la pluie, et la ligne de séparation entre la 
partie sèche et la partie humide du sol est si nettement tracée 
qu’elle semble avoir été tirée à la règle. 

C’est la rosée qui se dépose ainsi en plein jour, lorsque se 
réalisent certaines circonstances que je vais faire connaître. 

On remarque généralement, lorsque ce phénomène a lieu, 
que le temps, comme je l’ai déjà dit, est très calme et que 
la mer est à peine effleurée par une faible brise du sud ou 
du sud-est ; — mais toutes les brises, même les plus légè¬ 
res, qui affectent l’une ou l’autre de ces directions, ne dépo¬ 
sent pas d’humidité : — c’est qu’il y a ici une distinction 
importante à établir. 

Quand le vent diurne venant du large a pris naissance à 
une petite distance de la côte, 40 à 50 kilomètres par exem- 


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342 


pic, cc qui est ordinairement le cas, il n’a pas eu le temps 
de se charger de vapeur d’eau, et il arrive alors à terre dans 
un état hygrométrique qui ne dépasse guère la moyenne. 

Il en est tout autrement, on le conçoit, si, pendant les temps 
calmes que l’on doit à l’époque solsticiale, une brise à marche 
très lente, ayant pris naissance fort loin sur la mer, ou 
même sur le continent africain (car, ne l’oublions pas, 
toutes les contrées qui bordent la Méditerranée au nord.sont 
soumises à l’influence saharienne), il en est tout autrement, 
dis-je, si une pareille brise peut arriver jusqu’à nos côles 
sans être déviée par d’autres courants at mosphériques rasant 
la surface do la mer. 

La couche d’air qu’elle nous apporte alors ne parcourt 
guère que 30 à 40 mètres par minute (c’est la marche des 
brises à peine sensibles) ; elle met donc un temps très long 
à franchir les 850 kilomètres qui séparent les deux rives de 
la Méditerranée. Très sèche et très avide d’eau à son départ 
des bords africains, elle se charge de vapeur aqueuse au 
contact de la mer, et nous arrive dans un état hygrométrique 
très voisin de la saturation. 

Lorsque la vapeur d’eau contenue dans l’air est à ce point 
tondue , il suffit qu'elle arrive en contact avec un corps dont 
la température soit inférieure à la sienne, ne fût-ce que de 
quelques dixièmes de degré, pour que sa condensation et sa 
précipitation en gouttelettes se produise. Or, toutes les rues 
où le soleil ne donne pas, le côté-d’une avenue où se projette 
l’ombre d’une haie touffue, présentent des surfaces assez 
froides pour que ce que l’on appelle en physique le point de 
rosée puisse s’y réaliser. 

C’est alors que l’on voit ia rosée se déposer, même en plein 
jour, avec une abondance quelquefois très grande, et toujours 
proportionnelle à la différence des températures respectives 
de l’air qui l’apporte et du sol qui la reçoit. 

Pourquoi cela n’arrive-t-il jamais en été ? Les molles et 
douces brises australes régnent pourtant, dans cette saison, 
d’une manière encore plus constante qu’en hiver. — C’est 
qu’à cette époque de l’année la température de l’air est nota- 


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343 


blement plus élevée que dans l’autre cas, d’où une tension 
moindre pour la vapeur qu’il charrie; d’ailleurs, dans la saison 
chaude, la température des corps, même de ceux qui sont à 
l’abri des rayons solaires, est supérieure, ou tout au,moins 
égale à celle de l’air, et le point de rosée ne peut se produire 
nulle part en plein jour ; ce n’est que le soir et pendant la 
nuit qu’arrive un refroidissement suffisant pour que la vapeur 
atmosphérique puisse atteindre sa tension-limite , et se 
déposer en rosée plus ou moins abondante. 

Au surplus, cette grande humidité qui surprend tant de 
monde pendant certains beaux jours de l’hiver, et que les 
étrangers nouveau venus semblent redouter, est absolument 
inoffensive dans le jour : 1° parce que la vapeur ne trouve 
pas sa tension-limite dans les lieux où l’on se promène ha¬ 
bituellement, le soleil y maintenant l’air à une température 
suffisamment élevée ; 2° parce que les vêtements de laine 
dont on est couvert sont par eux-mêmes fort peu hygromé¬ 
triques ;3° parce que leur température est supérieure à celle 
de l’air, d’où il résulte que la vapeur ambiante, ne trouvant 
pas son point de rosée à leur contact, ne saurait en aucune 
façon les imprégner d’umidité. 

Il n’en serait pas de même, on le conçoit, le soir après le 
coucher du soleil ou pendant la nuit. 

Terminons ce chapitre par un proverbe local : 

Lorsque les vieux Niçois voient leurs trottoirs à l’ombre 
se mouiller de rosée en plein jour, il ont coutume de dire : 
Il fait Siroco : signe de beau temps. 

Les Niçois ont parfaitement raison : ce pronostic est à peu 
près infaillible, et pour mon compte je l’ai toujours vu se 
vérifier, notamment pendant l’hiver de 1873-1874 où j’ai eu 
ù noter huit fois ce curieux phénomène qui fut accompagné 
de 43 jours sans nuages, en décembre et janvier réunis. 


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ÉTAT DK L'ATMOSPHÈRE 


J'ai noté, en trente ans, 6275 jours beaux ou très-peu nua¬ 
geux, 2632 jours nuageux ou couverts, 1931 jours plus ou 
moins pluvieux : il y a eu en tout 119 jours non observés 
formant lacune. (Voir tableau A.) 

On voit que la moyenne annuelle des beaux jours est de 
209,2, celle des jours nuageux de 87,4 et celle des jours 
pluvieux de 64,4. Le nombre des beaux jours a varié de 147 
à 247, celui des jours nuageux de 45 à 142, et celui des jours 
pluvieux de 45 à 103. — Quant à la répartition moyenne par 
mois, on peut la voir au tableau B, où l’on trouve que les 
mois les plus favorisés, sous le rapport de la sérénité du ciel, 
sont juillet, août, septembre et décembre ; que les plus 
nuageux sont janvier, mars, mai, novembre et octobre, et 
que ceux où il pleut le plus fréquemment sont novembre et 
octobre. Il y a pourtant assez souvent des années où l’on 
compte, dans les mois d’hiver, autant et même plus de beaux 
jours que dans les mois d’été comme le montre le tableau 
suivant : 


Décembre.. 



Janvier.... 


Février .... 


1851.. 

..26 

jours de soleil 

1857.. 

..24 

id. 

1861.. 

..20 

id. 

1862.. 

.. 25 

id. 

1863.. 

.. 25 

id. 

1865.. 

..23 

id. 

1866.. 

..23 

id. 

1867.. 

..21 

id. 

1871.. 

..22 

id. 

1872.. 

..22 

id. 

1854.. 

..20 

id. 

1858.. 

..24 

id. 

1859.. 

..21 

id. 

1864.. 

..26 

id. 

1874.. 

..21 

id. 

1878.. 

..25 

id. 

1854.. 

..24 

id. 

1863.. 

..23 

id. 

1868.. 

..22 

id. 

1871.. 

..22 

id. 

1877.. 

..22 

id. 

1878.. 

..22 

id. 


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345 


Voici d’ailleurs la moyenne par saisons et pour trente ans 
des jours beaux, nuageux et pluvieux : 

Beaux Nuageux Pluvieux 


Hiver (décembre, janvier, février). 50,1 22,3 16,1 

Printemps (mars, avril, mai). 48,9 23,9 19,0 

Eté (juin, juillet, août). 61,3 18,8 9,3 


Automne (septembre, octobre, novembre) 48,3 22,1 19,8 

Oh voit que les deux saisons moyennes se ressemblent 
beaucoup pour l’état du ciel, et que la différence entre les 
deux saisons extrêmes n’est à l’avantage de l’été que pour un 
nombre qui varie de 4 à 11 jours. 

Enfin, si l’on associe les mois où les étrangers viennent 
séjourner à Nice, en obtient les moyennes suivantes, pour 
novembre, décembre, janvier, février, mars et avril réunis : 
beaux jours 98, jours nuageux 46, jours pluvieux 36. — Voilà 
des chiffres qui expliquent et confirment la juste réputation 
de ce climat privilégié. 


VENTH 

A Nice, comme dans tous les pays situés au bord de la 
mer, les vents se divisent en deux classes : 1° les vents 
généraux ou grands courants atmosphériques obéissant à 
des causes lointaines ; 2° et les vents locaux ou simples 
brises déterminées par des différences de température entre 
la mer et la terre. — Les premiers ne se font sentir moyen¬ 
nement, que quatre-vingts fois par an, comme on le verra 
plus loin ; quant aux seconds, leur règne est presque quo¬ 
tidien et atteint, en moyenne, le chiffre de deux cent 
quarante-six jours par an. 

On sait, d’une manière générale et en vertu d’une loi 
bien connue, que sur les côtes maritimes les brises de la 
nuit soufflent de la terre vers la mer, et les brises du jour 
de la mer vers la terre. Cette alternance se manifeste à 


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— 346 — 

Nice avec une grande régularité. A la fin du jour, lorsque 
le soleil a disparu sous l'horizon, la terre et la couche d’air 
qui lui est superposée perdent rapidement le calorique acquis 
pendant la journée ; mais la mer, beaucoup plus lente à se 
refroidir, conserve pendant la nuit une grande partie de 
ce calorique et le communique à la couche atmosphérique 
qui repose sur elle. L’air marin étant alors plus chaud et 
partant plus raréfié que l’air terrestre, s’élève, en vertu 
de sa légèreté relative, et est immédiatement remplacé par 
ce dernier qui se précipite pour remplir le vide ; il en 
résulte une brise se dirigeant de la terre vers la mer, brise 
fraîche en été, froide en hiver, qui dure toute la nuit et 
dont la force est proportionnelle à la différence des tempé¬ 
ratures qui lui donnent naissance. — Le matin, dès que 
le soleil est levé, elle commence à s’affaiblir et finit par 
cesser complètement lorsque la terre s’est réchauffée et 
que sa température est devenue égale k celle de la mer. 
Tant que dure cette égalité, c’est-à-dire pendant un temps 
qui varie selon la saison et qui est quelquefois de plus de 
trois heures en hiver, nulle brise ne se fait sentir, le calme 
de l’air, le calme de la mer sont parfaits ; c'est souvent le 
plus beau moment de la journée et c’est ce qui fait que les 
matinées sont, dans ce pays, presque toujours plus belles 
et plus agréables que les après-midi. — Mais à mesure que 
le soleil s’élève, la terre s’échauffe progressivement et 
acquiert enfin une température supérieure à celle de la mer; 
alors un effet d’antagonisme se produit, et c’est l’air de la 
zone marine qui se précipite, à son tour, vers la zone 
terrestre pour remplir le vide que laisse, en s’élevant, l’air 
de cette dernière région ; c’est ce qui donne naissance à 
la brise de mer ou brise diurne qui dure jusqu’au coucher 
du soleil et à laquelle succède un temps de calme complet, 
analogue à celui qui s’observe dans la matinée ; calme qui 
est, en hiver, de courte durée, mais qui peut se prolonger 
pendant plusieurs heures en été, le refroidissement de la 
terre étant alors beaucoup plus lent que dans l’autre cas ; — 
puis le règne du vent de terre recommence. — Telle est la 


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347 


loi qui régit l’alternance de ces deux brises locales et quoti¬ 
diennes; — brises modérées, salubres, bienfaisantes, et qui 
ne font défaut que pendant les jours de mauvais temps, c’est- 
à-dire lorsque prévalentles grands courants atmosphériques. 
— Il arrive pourtant, en hiver, pendant certains jours ex¬ 
cep tionellement froids, et d’ailleurs assez rares, que la brise 
de terre ou septentrionale persiste toute la journée sans dé¬ 
rangement de temps. 

Quelques observateurs ont affirmé que, pendant les mois 
d’hiver, les vents dominants à Nice et sur toute la côte ligu¬ 
rienne et provençale, sont les vents du nord. Cela est vrai, 
si l’on considère l’ensemble des vingt-quatre heures de la 
nuit et du jour réunis. En effet, la brise de terre soufflant 
toujours du quart nord du compas et se levant le soir dès le 
coucher du soleil, ne cesse, comme je l’ai déjà dit, que le len¬ 
demain matin — quelque temps après son lever ; elle règne 
donc, en plein hiver seize à dix-sept heures sur vingt- 
quatre, et il ne reste queseptà huit heures, pour la part de 
la brise marine et du calme complet formant interrègne 
entre les deux antagonistes. Mais ces sept à huit heures 
sont de beaucoup les plus importantes, celles où l’on sort, 
où l’on se promène, où l’on vaque à ses affaires, où l’on 
jouit de la vie en plein air, celles enfin qui donnent à la 
journée proprement dite son type climatologique — type 
qui serait, selon moi, tout à fait faussé si, pour l’établir, on 
faisait intervenir les heures de brise nocturne. — Qu’im- 
. porte, en effet, aux étrangers qui passent l’hiver à Nice, le 
vent régnant, quand ils sont, le soir et la nuit, enfermés dans 
un appartement bien clos, assis au coin de leur feu, ou chau¬ 
dement couchés dans leurs lits ? 

Les vents diurnes ayant donc seuls, à mon sens, une im¬ 
portance décisive pour Nice, je n’ai noté que ceux-là. Pen¬ 
dant trente ans j’ai enregistré tous les jours le ventrégnant de 
10 heures du matin au coucher du soleil, et quand deux ou 
plusieurs vents différents se sont fait sentir dans la même 
journée, j’ai noté seulement le plus important, soit par la 
force, soit par la durée. 


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348 


Les observations ont été faites au bord de la mer, boule¬ 
vard du Midi, ou promenade des Anglais, en avant du Jar¬ 
din public. Comme il n’y a pas à Nice une seule girouette à 
laquelle on puisse se fier, je m’en suis rapporté à la mer qui 
est un anémoscope infaillible : en effet, les girouettes ordi¬ 
naires peuvent tromper l’observateur, soit par suite de leur 
mauvaise installation, soit parce qu’elles ont l’inconvénient 
d’indiquer un vent lorsqu’il n’en fait pas du tout. La mer, au 
contraire, ne trompe jamais l’œil exercé à la consulter, sur¬ 
tout quand on ne considère que les huit principales divisions 
de la rose, comme font la plupart des météorologistes. Or, 
un séjour de près de cinquante ans sur ses bords m’à donné, à 
cet égard, une expérience comparable à celle des vieux 
marins. 

Je donne, dans les deux petits tableaux suivants, un résumé 
succinct de ces observations, scindé en .deux grandes divi¬ 
sions : 1° les vents faibles ou modérés ; 2° les vents plus ou 
moins forts. 


Vents faibles ou modérés 


Sommes de 30 ans Moyennes annuelles 


N. 557 jours 19 jours 

N.-E. 116— 4 — 

E.. 1341— 45 - 

S.-E. 2070— 69 — 

S. 1787— 60 — 

S.-0. 1359— 45 — ' 

0. 61— 2 — 

N.-0. 82— 3 — 

Nul. 608— 20 — 


(Il y a eu, pendant ces 30 ans, 579 jours non observés formant' 
lacune, seulement pour les vents modérés ou faibles). 


Vents plus ou moins forts 

Sommes de 30 ans Moyennes annuelles 


il. 

o7 jours 

2 jours 

N.-E . 

... 254 — 

9 — 

E. 

... 1058 — 

35 — 

S.-E.. 

... 118 — 

4 — 

S. 

... 53 — 

2 — 

S.-O.. 

... 592 — 

. -20 - 

O. 

... 164 — 

6 — 

N.-O.. 

... 101 — 

3 — 


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— 349 — 

De ces deux tableaux il résulte : 

1° Que les vents modérés dominants sont le S.-E., le S., 
le S.-O., et l’E., c’est-à-dire les vents compris à peu près 
dans la moitié méridionale du compas ; c’est là le trait sail¬ 
lant du régime des vents à Nice, et une des causes de la 
douceur exceptionnelle du climat, indépendamment de l’heu¬ 
reuse situation topographique et orographique du pays ; 

2° Que les vents forts dominants sont l’E. et le S.-O., et 
que le mistral (N.-O.), ce fléau de la Provence, comme on 
l’appelle souvent, — assez fréquent au-delà des montagnes 
de l'Estérel, — est très rare à Nice, puisqu’il ne s'y est fait 
sentir que 101 fois en trente ans, c’est-à-dire un peu plus 
de trois fois par an en moyenne. On peut, il est vrai, lui 
assimiler son voisin le vent d’ouest fort qui lui ressemble 
en ce qu’il fait, comme lui, baisser rapidement le baromètre, 
le thermomètre, et surtout l’hygromètre ; mais on n'arrive 
encore ainsi qu’à une moyenne de 9 fois par an. 

A propos du mistral je dois faire ici une remarque : — 
Bien des personnes s’étonnent que ce vent froid et très sec 
qui mange les nuages , comme disent les marins provençaux, 
et sous l’influence duquel le ciel devient toujours d’une admi¬ 
rable sérénité, puisse faire baisser le baromètre, effet qu’il 
produit invariablement, et d’une manière quelquefois très 
prononcée. Mais cela est facile à concevoir si l’on considère 
que cet instrument indique tout à la fois le poids de la colonne 
d’air sec qui lui est superposée, et celui de la vapeur d’eau 
qui s’y trouve mêlée en quantité variable ; or, si le mistral, 
vent toujours très avide d’eau, surgit à un moment où le 
baromètre marque, par exemple, 0 m .760, la teniion de la 
vapeur étant de 0 ra ,006, il absorbe ou raréfie rapidement 
cette vapeur qui perd de son poids, et dont la tension peut 
être réduite, je suppose, à 0 m ,002 ; il y a, dans ce cas, une 
perte de pression de 4 millimètres que le baromètre exprime 
en descendant de 0 m ,760 à 0 m ,756, sans que le poids de l’air 
sec ait diminué le moins du monde. Il est donc vrai de dire 
que le mistral agit principalement sur la vapeur atmosphé¬ 
rique dont il diminue considérablement la tension, et qu’il 

» 


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— 350 — 

n’a pas, sur l'atmosphère sèche, les effets dépressifs que 
l’apparence semble lui attribuer. 

En résumé, le mistral est un veift salubre, mais fort désa¬ 
gréable par sa violence, surtout pour les personnes ner¬ 
veuses. Sa siccité est si grande que je l’ai vu, plus d’une 
fois, après des temps pluvieux, réduire, en moins de deux 
heures, la boue de nos boulevards en poussière. 

Le grégal (vent fort du N.-E.) mérite, comme le mistral, 
une mention spéciale. Il n’a pas, comme ce dernier, un carac¬ 
tère fixe et constant, et on peut dire qu’il ne se ressemble pas 
toujours à lui-même dans ses effets. Il souffle quelquefois par 
un temps clair, et produit alors une siccité aussi prononcée 
que celle résultant du mistral ; je l’ai vu, un jour (le 31 janvier 
1875), faire descendre l’humidité relative, donnée par le psy- 

0 

chromètre, à 9 %. — D’autres fois il nous apporte de lourds 
nuages, la pluie, le tonnerre, la grêle ou la neige. — En un 
mot, c’est un vent malfaisant, la plupart du temps, et juste¬ 
ment redouté des cultivateuis. C’est à lui, il faut le rappeler 
ici, que l’on doit le plus grand froid du siècle dans ce pays : 
je veux parler du fameux minimum de — 9°,6 observé par 
Risso le 11 janvier 1820. 

Heureusement le grégal est un vent assez rare, puisqu’il 
ne se fait sentir, en moyenne, que neuf fois par an, comme ou 
l’a vu dans le second des deux petits tableaux précédents. 

J’ai donné, dans ces tableaux, les sommes des vents modé¬ 
rés et des vents forts en 30 ans, et j’en ai déduit la moyenne 
annuelle pour chacun d’eux. Ce travail montre, en résumé, 
qu’il y a à Nice, année moyenne, 246 jours de vents modérés, 
et le plus yjuvent locaux, une vingtaine de jours tout à fait 
calmes, et 80 jours de vents forts ou grands courants 
atmosphériques. — (Pour compléter l’année de 365 jours il 
manque 19 jours ; c’est le nombre moyen des lacunes, qui, 
pour trente ans, a été de 579 jours, comme je l’ai déjà dit). 
Mais pour donner à cette étude une plus complète significa¬ 
tion, il importait de répartir tous ces vents par mois. J’ai 
fait ce travail, et le lecteur en trouvera tous les détails au 
tableau H. 


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351 


Voici maintenant comment se rangent les quatre saisons : 
i° Sous le rapport des vents forts: 


Jours 

Printemps, moyenne. 26,8 

Automne îd.19,8 

Hiver id.17,4 

Eté id.15,7 


*2° Sous le rapport des vents modérés : 


Jours 

Eté, moyenne. 63,2 

Automne id.62,8 

Hiver id.60,5 

Printemps id.59,4 


3° Sous le rapport des jours tout à fait calmes : 

Jours 


Hiver, moyenne. 9,1 

Automne id.4,9 

Printemps id.3,8 

Eté id.2,5 


Ces comparaisons montrent : 1° que le printemps et l’au¬ 
tomne sont les saisons les plus venteuses, que l’été l’est 
moins que toutes les autres, et que l’hiver est celle qui se 
rapproche le plus de l’été ; 2° que, sous le rapport des vents 
modérés ou faibles, le printemps est naturellement la saison 
la plus mal partagée ; 3° et que l’hiver est très supérieur à 
toutes les autres saisons pour le nombre de jours parfaite¬ 
ment calmes, ce qui n’avait pas été constaté jusqu’à présent. 

J’ai fait connaître, dans deux chapitres précédents, les 
caractères barométriques et hygrométriques des différents 
vents ; je n'y reviendrai pas ici. 

Il est à peine nécessaire que je parle de leur influence sur 
le thermomètre ; on la devine facilement : en général tous 
les courants atmosphériques qui prennent leur origine dans 
le demi-cercle nord du compas font baisser plus ou moins la 
température, tandis que tous ceux qui nous viennent du 
demi-cercle sud la font monter. Cette règle générale souffre 


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352 


pourtant certaines exceptions dont je vais parler : — La 
brise diurne de S.-O., par exemple, est quelquefois, en hiver, 
beaucoup plus froide que ne le comporte son origine appa¬ 
rente ; cela arrive surtout si elle prend une certaine force ; 
c’est qu’elle n’est alors, selon toute probabilité, qu’un mistral 
affaibli, et qui après avoir franchi le promontoire del’Estérel 
s’infléchit vers la baie de Nice, cédant à l'appel de l’air plus 
chaud et partant plus raréfié de notre côte.— Les vents 
forts de N.-E, d’O et de N.-O habituellement froids, offrent 
aussi et assez souvent pour les deux derniers, — de bizarres 
anomalies de température : j’ai constaté plus d’une fois pour 
chacun d’eux, qu’ils nous arrivaient avec tous les caractères 
thermiques du siroco. D'où leur venait cette température 
anormale ? C’est que le vent africain régnait sans doute, ces 
jours-là, dans le golfe de Gênes ou dans le golfe du Lion, et 
rencontrait, en arrivant sur la côte ligurienne, ou sur la côte 
provençale, des courants contraires qui, selon la loi du pa¬ 
rallélogramme des forces, le déviaient de sa direction pri¬ 
mitive. 

Voici un exemple très-remarquable de cette déviation : 
le 13 octobre 1870, en ouvrant ma fenêtre, à 8 heures du 
matin, j’éprouvai une sensation de chaleur qui me fit crain¬ 
dre un instant que le feu ne fût quelque part dans le voisi¬ 
nage ; mais je m’aperçus bientôt que cette température anor¬ 
male était due à un très-fort vent d’ouest ; à 10 heures le 
thermomètre à l’ombre marquait déjà 28°,8 ; à 1 heure un 
thermomètre habillé de laine noire, placé au soleil sur le bord 
de ma fenêtre, monta à 52°,4 ; à 3 heures je constatai que 
mon thermomètre à maxima sous double abri en zinc, avait 
atteint 31°,2. Une pareille température à la mi-octobre, c’est- 
à-dire à une époque de l’année où les maxima journaliers ne 
dépassent guère 20°, était un phénomène fort extraordinaire; 
en effet, l’été précédent, le thermomètre n’ayant pas dépassé 
31°,3, il s’en fallut de bien peu que le maxima absolu de 
cette année-là ne se trouvât rejeté en plein automne. Com¬ 
ment le vent d’ouest, habituellement assez froid, a-t-il pu 
ce jour-là produire une si forte hausse thermométrique? 


ê 


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353 


C’est que très-probablement il n’était autre chose que le 
vent saharien détourné de sa direction normale par un cou¬ 
rant plus puissant que lui-même. 

J’ai dit ci-dessus que l’on compte à Nice, dans une année 
moyenne, 80 jours où régnent les grands courants atmos¬ 
phériques, vents plug ou moins forts qui n’ont rien de local ; 
mais il importe d’ajouter que, dans ce nombre, il en est 
quelquefois de très-violents, et qui méritent le nom de tem¬ 
pêtes. Il ne faut pas croire pourtant que ces coups de vent, 
— d’ailleurs rares, puisque je n’en ai compté que vipgt-un 
en trente ans, — atteignent ici le degré de violence qui ca¬ 
ractérise les cyclones des régions équatoriales. Afin de fixer 
les idées à cet égard, je vais citer un seul fait : 

Une des plus violentes bourrasques, qu’il m’ait été donné 
d’observer, passa sur Nice le 9 janvier 186G, à 6 heures 30 
minutes du soir, et ne dura qu’un quart d’heure. 

Elle suivait la direction Ouest-Est, et était accompagnée 
de pluie battante, de grêle et de coups de tonnerre; or ce 
même coup de vent avait été ressenti à Marseille à 5 heures : 
il avait donc franchi, en une heure et demie, les 150 kilomè¬ 
tres en ligne droite qui séparent ces deux villes ; ce qui 
donne, pour sa vitesse, 1660 mètres par minute, si l’heure 
de Marseille a été exactement rapportée. C’est assurément 
une marche fort rapide ; mais elle n’est pas comparable à 
celle des ouragans des Indes et des Antilles, qui dépasse 
souvent 100 milles marins par heure (plus de 3000 mètres 
par minute). 

Encore un mot au sujet des coups de vent et des tempê¬ 
tes : on sait que Nice, comme tout le littoral ligurien et 
étrusque, échappe presque complètement au régime météo¬ 
rique des régions plus septentrionales, les Alpes et les 
Apennins formant la ligne de partage entre les climats con¬ 
tinentaux et le climat méditerranéen soumis à l’influence 
saharienne. Aussi les tempêtes d’origine océanienne qui 
arrivent sur l’Europe par le N.-O., viennent rarement trou¬ 
bler notre ciel. — En effet, M. Ch. Matteucci a constaté à 
Florence que, du mois d’avril 1866 au même mois de 1868, 


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— 354 — 

sur cent dix-huit tempêtes qui, venant de l’Atlantique, ont 
attaqué l’Europe par l’Irlande et l’Angleterre, quarante-neuf 
seulement se sont propagéesjusqu’aux côtes méditerranéen¬ 
nes de l’Italie. Je puis affirmer, bien que je n’aie pas pris de 
notes à cet égard, que ces sortes de tempêtes atteignent Nice 
dans une proportion bien moindre encore. Le massif des 
. Alpes qui nous abrite, est, en effet, un rempart bien autre¬ 
ment puissant que la simple ligne des Apennins. 

Il ne me reste plus, pour compléter l’anéraographie de 
Nice, qu’à dire un*mot sur la rotation des vents. Elle se ma¬ 
nifeste ici très-nettement et très-régulièrement pendant les 
saisons de printemps et d’été ; en effet, à partir du mois d’a¬ 
vril, jusqu’au mois de septembre, quand le temps est beau 
et la pression atmosphérique un peu au-dessus de la moyenne 
on voit, le matin, peu de temps après le lever du soleil, et 
aussitôt que le vent de terre a cessé, se former une légère 
brise d’E., qui augmente et passe au S.-E., entre 10 et 11 
heures, augmente encore et passe au S. vers 1 heure, con¬ 
tinue d’augmenter et passe au S.-O, entre 3 et 4 heures, 
diminue enfin et passe à l’O, où elle expire au moment 
où le soleil disparait à l’horizon ; alors commence la brise 
de terre qui dure toute la nuit et dont le point d’origine 
varie entre le N.-N.-O. et le N.-N.-E. — La rotation du 
vent est très-connue des marins de cette côte qui ont coutume 
de dire qu’en été le vent suit le soleil. — En automne et 
surtout en hiver ce phénomène est beaucoup plus rare. On 
le constate seulement les jours de temps très-calme et par 
des pressions atmosphériques assez élévées. 


KLECTRICITÉ 

J’ai compté, en trente ans, quatre cent-six orages avec 
tonnerre ; on peut en voir au tableau B la répartition par 
mois ; décembre et février n’en ont eu que trois, et octobre 
en a compté soixante-sept. Il y a eu des années très-ora- 


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geuses, et d’autres où le tonnerre s’est fait entendre fort 
rarement : ainsi j’ai noté trente-deux orages en 1868, et seu¬ 
lement quatre en 1861 : la moyenne annuelle a été de 13,5. — 
Les accidents causés par la foudre sont rares à Nice et dans 
les environs. 

Voici la répartition des orages par les différents vents qui 
les ont amenés : 



N. 

N.-E. 

E. 

S.-E. 

s. 

s.-o. 

0 . 

N.-O. 

Totaux 

Hiver. 

f* 

0 

3 

4 

2 

1 

4 

2 

2 

23 

Printemps. 

9 

9 

19 

2 

11 

19 

9 

4 

82 

Eté. 

13 

11 

21 

18 

16 

28 

8 

12 

127 

Automne.. 

15 

25 

24 

12 

19 

37 

► 

a 

4 

141 

Sommes 

42 

48 

68 

34 

47 

88 

24 

22 

373 


(Trente-trois orages n’ont pas été notés dans ce tableau, 
les vents respectifs n’ayant pu être observés). 

Le tableau précédent montre que les vents les plus ora¬ 
geux sont : 

En hiver, — le N., l’E. et le S.-O. 

Au printemps et en été, — l’E et le S.-O. 

En automne, — le S.-O., le N.-E. et l’E. 

Il montre aussi que, si l’on considère l’ensemble sans tenir 
compte des saisons, les vents prennent l’ordre suivant, en 
commençant par le plus orageux : 

S.-O., E., N.-E., S., N., S.-E., O. et N.-O. 

• Il montre enfin que la saison d’automne est beaucoup plus 
orageuse que toutes les autres. 

L’ozone (oxigène électrisé) est abondamment répandu dans 
le bassin niçois. Les médecins ont quelquefois agité la 
question de savoir si les phénomènes d’excitation qu’ils 
remarquent souvent chez les personnes, saines ou malades, 
nouvellement arrivées à Nice, et demeurant dans le voisinage 
de la mer, ne tiendraient pas à la présence d’un excès d’ozone 


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— :jnf) — 

sur le littoral. Afin d’élucider cette question, j’ai organisé 
en 1857, avec le concours de quelques amis dévoués à la 
science, cinq observatoires ozonométriques placés à diffé¬ 
rentes distances de la mer. Chacun de nous a fait, pendant 
'«3 jours, quatre-vingt-six observations aux mêmes heures 
et avec des fragments des mômes papiers de Schœnbein, que 
nous nous étions distribués, afin de rendre les résultats aussi 
comparables que possible. 

Voici le résumé de ces observations : 






Moy. 

Max. 

Mis. 

A 20 mètres de la 

mer (aux Ponchettes) 

6,3 

9,0 

5,0 

A 82 

id. 

id. 

(promenade des Anglais) 

7,1 

9,0 

3,0 

A 220 

id. 

id. 

(rue Croix-de-Marbre) 

6,1 

10,0 

1,0 

A 1200 

id. 

id. 

(Villa Bermond) 

6,4 

8,5 

3,0 

A 1270 

id. 

id. 

(Carabacel) 

7,0 

10,0 

5,0 


Comme on le voit, il parait résulter de ces expériences 
que l’ozone est. partout abondant, mais qu’il ne l'est pas plus 
au bord de la mer qu’ailleurs, car la station des Ponchettes 
a donné une moyenne et un maximum légèrement inférieurs 
à ceux de la station de Carabacel. Quant à la faible différence 
en plus que l’on remarque en faveur de la promenade des 
Anglais, elle s'explique, selon moi, uniquement par la plus 
grande hauteur de cette station placée au quatrième étage, 
tandis que celle des Ponchettes se trouvait beaucoup plus 
près du sol (2 mc étage). Il a été démontré, en effet, par des 
expériences faites à différentes hauteurs sur le clocher de la 
cathédrale de Strasbourg, et rapportées par Scoutteten, que 
l'ozone augmente à mesure qu’on s’élève dans l’atmosphère. 

Au surplus, pour être complètement édifié sur la question 
de l’ozone, il serait nécessaire de taire de plus longues 
expériences, et d’employer les papiers perfectionnés de 
MM. Jame et Bérignv. 

O o 


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— 357 — 


HVDROMÉTÉORES 

Pluie. — J’ai compté, en trente ans, 1931 jours plus ou 
moins pluvieux, ce qui donne une moyenne annuelle d’un peu 
plus de 64 jours (64,4). — L’année la plus pluvieuse en a eu 103 
(1853) ; la moins pluvieuse 45 (1871) ; les moyennes men¬ 
suelles se trouvent au tableau B ; voici la répartition par 
saisons : 

Moyenne 

Hiver.(d. j. 16.1 

Printemps.(m. a. ra.) . 19.0 

Eté . (j. j. a.).... 9.3 

Automne, .(s. o. n.)... 19.8 

L’automne est donc la saison la plus mouillée, le printemps 
l’est un peu moins, l’hiver prend le troisième rang et compte 
juste le quart des jours pluvieux d’une année moyenne ; 
tandis que la part de l’été n’est que de un septième. 

Pendant les vingt premières années je n’ai eu à ma disposi¬ 
tion ni terrasse, ni jardin pour installer un pluviomètre. 
En 1870 seulement, ayant transporté mon domicile à la 
campagne, j’ai pu en placer un au haut de mon chalet sur 
une plate-forme qui domine la toiture, et qui est à 13 mètres 
au-dessus du sol. Je savais que cette position n’était pas 
irréprochable ; mais je n'avais pas pu d’abord en trouver 
une meilleure, mon jardin, trop couvert d’orangers, ne 
présentant aucun espace assez ouvert et assez distant de 
tout abri. Mais en 1872, grâce à la complaisance d’un voisin 
de campagne, j’ai pu placer mon pluviomètre à 3“,50 seule¬ 
ment au-dessus du sol, sur le mur d’une serre, où il se 
trouve dans des conditions meilleures. 

Les hauteurs d’eau que j’ai recueillies sont les suivantes : 
moyenne annuelle de dix ans (1870-1879) 796““,4 ; — maxi¬ 
mum 1383 mm ,9 (1872) ; — minimum 452 mB ,9 (1875). — On 


Maximum Minimum 

26.(1857) 6.(1852) 

35.(1853) 7.(1870) 

16.(1852) 1.(1873) 

31.(1853) 9.(1876) 


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— 358 — 

trouvera les détails mensuels au tableau B. Je donne ici un 
résumé par saisons : 


Moyenne 

Maximum 

Minimum 

Hiver. 192 mra ,0 

409 m ,6 (1873) 

33“,7 (1878) 

Printemps. 215 ,8 

460 ,3 (1879) 

81 ,0 (1871; 

Eté. 80 ,4 

231 ,6 (1870) 

3 ,0 (1873; 

Automne.. 308 ,2 

484 ,7 (1872) 

168 ,5 (1875) 

Ce qui ressort de 

ce dernier tableau (ainsi que du précé 


dent) c’est une grande irrégularité dans le régime des pluies 
des saisons extrêmes. Ainsi le maximum de l’hiver (1873) 
contient plus de douze fois le minimum (1878) ; le maximum 
de l’été (1870) contient le minimum (1873) plus de soixante- 
dix-sept fois ! Mais cette irrégularité est moins tranchée dans 
les saisons moyennes, puisque le maximum du printemps 
(1879) n’est que cinq fois et demie plus grand que le mini¬ 
mum (1871), et que le maximum de l’automne (1872) ne 
contient pas tout à fait trois fois le minimum (1875). 

L’automne est donc la saison la plus régulièrement plu¬ 
vieuse, tandis que nous avons des étés où il ne pleut presque 
pas du tout. 

Le nombre des jours de pluie des dix années où j’ai 
observé le pluviomètre, a été de six cent-dix, et la hauteur 
totale de la couche d’eau mesurée, de 7963 mm ,9 ; ce qui donne 
en bloc une moyenne de 13 mn, ,05 par jour pluvieux pour les 
quatre saisons réunies ; mais cette moyenne change de la 
manière suivante, si l’on considère chaque saison séparément: 

Somme de® pluies Jours pluvieux Moyenne par jour 

Hiver. 1919 BB ,9 171 li BB ,23 

Printemps. 2158 ,4 190 11 ,36 

Eté. 803 ,9 82 9 ,80 

Automne.. 3081 ,7 167 18 ,45 


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359 


Ainsi chaque jour de pluie, en automne, donne en 
moyenne, une hauteur d’eau de 18 mm ,45, tandis qu’en été 
la pluviosité est moitié moindre, tant pour le nombre de 
jours que pour la quantité d’eau tombée en une seule journée. 
Quant à l’hiver et au printemps ils ont une moyenne à fort 
peu près égale ; mais ils diffèrent par le nombre de jours 
pluvieux qui est plus grand pour cette dernière saison. 

Il tombe quelquefois, dans ce pays, comme dans tout le 
midi, des quantités d’eau considérables en une seule pluie. 
Je donne ici le relevé, pour chacune des dix années, de la 
pluie la plus abondante : 

Kn un« «aille ploie. Duré* d« U ploie. Moyenne par heure. 


1870, 

4 

août. 

74 -. 

“>4 

5 heures 

14“ 

“,9 

1871, 

4 

27 

septembre. 

56 

,3 

4 

id. 

14 

,1 

1872, 

20 

octobre.... 

53 

,3 

3 

id. 

17 

,8 

1873, 

15 

id. 

71 

,4 

3 

id. 

23 

.8 

1874, 

1 

id. 

52 


6 

id. 

8 

>7 

1875, 

10 

id. 

50 

.0 

10 

id. 

5 

,0 

1876, 

20 

décembre.. 

50 

,7 

3 

id. 

16 

,9 

1877, 

24 

octobre.... 

73 

,6 

4 

id. 

18 

,4 

1878, 

26 

id. 

102 

,6 

10 

id. 

10 

,3 

187», 

16 

août. 

39 

,7 

1 

id. 

39 

,7 


Ce sont là des averses véritablement diluviennes surtout 
celles du 15 octobre 1873 et du 16 août 1879 ; cette dernièrp 
est remarquable par sa courte durée et par son extrême 
abondance : près de 40 mm d’eau en une heure, c’est énorme ! 

Il reste une question intéressante à examiner : celle de 
savoir d’où nous viennent les pluies à Nice. ' 

Il ne s’agit pas ici d’attribuer les pluies aux vents régnant 
sur terre au moment où elles se produisent, mais aux vents 
qui amènent les nuages pluvieux, ce qui est bien différent. 

Pendant les dix dernières années il ne m'a été possible de 
reconnaître la marche des nuages que pour deux cent quatre- 


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— 360 — 

vingt-deux pluies. C’est sur ce chiffre que je m’appuie pqur 
donner la rose hyétographique suivante : 


Rose hyétographique (10 ans. 1870 à 1879) 


0) 

© 

V) te 

w a 

5 3 

: * = 

-o 

I 

i * 

z 4 

Hauteur d'eau 

pour 

chaque vent 

Moyenne 

par pluie 

Pluie 

la pl>:a forte 

-i 

S 

2> 

© * 

1 1 1 
û. ;i 

« • 

N. 

8 

32 mm .8 

4 mœ . 1 

13“ m .1 

0 mm .7 i 

N.-E. 

15 

293 .6 

19 .6 

95 .0 

2 .5 ' 

E. 

84 

1431 .1 

17 .0 

77 .0 

0 .4 i 

S.-E. 

27 

463 .0 

17 .1 

42 .0 

4 .0 ! 

S. 

44 

816 .2 

18 .5 

77 .8 

0 .5 j 

S.-O. 

81 

1289 .0 

15 .9 

71 .4 

0 .2 

0. 

16 

118 .9 

7 .4 

43 .0 

0 .2 

N.-O. 

1 

87 .1 

12 .4 

33 .6 

| 

2 .0 1 


Ainsi donc c’est de PE. et du S.-O. que nous viennent les 
pluies les plus nombreuses, mais c’est du N.-E. et du sud 
que nous sont venues les plus abondantes pendant ces dix ans. 
Le N. et le N.-O. nous en ont envoyé le plus petit nombre. 

Voici maintenant combien de fois le vent terrestre a été le 
même que le vent des nuages, pendant la pluie : 


N. 


2 

fois sur 

.8 

N.-E... 

e 

... 8 

id. 

15 

E...... 


...22 

id. 

84 

S.-E.... 


... 7 

id. 

27 

S. 


... i 

id. 

44 

S.-O.. .. 


...34 

id. 

81 

O . 


... 1 

id. 

16 

N.-O. .. 


... 0 

id. 

7 



81 


282 


t 


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361 


On voit qu’en somme le vent terrestre, pendant la pluie, 
n’a été d’accord avec le vent des nuages que 81 fois sur^82, 
ou 29 fois sur 100 à peu près ; d'où il résulte qu’en attribuant 
la pluie qui tombe au vent régnant sur terre, on peut se 
tromper 71 fois sur 100. 

Grêle. — Il tombe rarement de la grêle à Nice, et elle est 
généralement d’un grain menu et inoffensif. Je l’ai notée 
soixante-cinq lois en trente ans : quatre années (1859-60-62- 
69) n’en ont pas eu du tout, et une année (1855) en a eu six 
fois ; c’est le mois de mars qui en compte le plus, et ce sont 
les mois de février, juillet, août et décembre qui en comptent 
le moins. 

Grésil. — Le grésil, n’est noté que trente-quatre fois dans 
mes cahiers de trente ans ; elles sont réparties dans les mois 
de novembre, décembre, janvier, février et mars : les sept 
autres mois n’en ont jamais eu. 

Neige. — La neige est aussi rare que le grésil ; je l’ai vue 
tomber trente-trois fois ; treize années sur trente n’en ont 
pas eu du tout ; c’est l’année 1860 qui en a eu le plus (5 fois) ; 
la répartition par mois est exactement la même que pour le 
grésil ; au surplus la neige à Nice est toujours peu abondante 
et fond généralement en touchant le sol ; il est très-rare qu’on 
en retrouve des traces vingt-quatre heures après. Une fois 
pourtant (dansla nuit du 18 au 19 février 1853), j’en ai vu tom¬ 
ber jusqu’à 20 centimètres ; la terre en est demeurée couverte 
pendant trois jours, sans que nos plantes et nos arbres en 
aient beaucoup souffert. Une autre fois, le 4 décembre 1870, il 
a neigé abondamment pendant cinq heures, et la couche de 
neige a atteint 17 centimètres d’épaisseur dans mon jardin. 

Brouillards .— Les brouillards, les vrais brouillards opa¬ 
ques et puants qui attristent les hivers des régions plus 
septentrionales, sont inconnus à Nice ; les plus denses que 
j’aie observés permettaient de distinguer les objets à une 


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— 362 — 

distance de 50 à 60 mètres. Ils viennent la plupart du temps 
de Jfi mer, dans la matinée, poussés par un faible vent du 
S.-E. ou du S., et ne persistent jamais une journée entière. 
J’en ai noté soixante-un en trente ans, et c’est la saison du 
printemps qui en a compté le plus grand nombre. 


ÉVAPORATION 

L’évaporation de l’eau à l’air libre est un phénomène 
physique intéressant à étudier. J’ai commencé à l’observer 
en juin 1870, et j’ai continué jusqu’en avril 1878, mais avec 
d’assez fréquentes interruptions, de sorte que mes cahiers 
présentent de nombreuses lacunes ; l’année 1875 manque 
même tout entière. En résumé je n’ai noté que 1065 obser¬ 
vations portant sur autant de jours et sur tous les mois; 
l’année 1877 a été pourtant observée intégralement. Quelque 
peu nombreux qu’ils soient, les chiffres que j’ai réunis pré¬ 
sentent de l’intérêt, et c’est ce qui me décide à en donner 
ci-après les résumés. 

J’ai employé d’abord, comme évaporateur, un vase cylin¬ 
drique en zinc, dans lequel je versais, la matin, une quantité 
d’eau mesurée avec soin dans une éprouvette dont la section 
était à celle du cylindre : : 1 : 10, et qui décuplait, par 
conséquent, la hauteur d’eau mesurée, permettant ainsi 
d’apprécier facilement les fractions de millimètre ; le lende¬ 
main à la même heure je reversais l’eau du cylindre dans 
l’éprouvette, et le déficit que je constatais me faisait connaître 
la quantité d’eau évaporée en vingt-quatre heures. Mais j’ap¬ 
pliquais au chiffre ainsi trouvé la petite correction soustrac¬ 
tive nécessitée par le mouillage de l’appareil, correction que 
j’avais déterminée expérimentalement une fois pour toutes. 

Mais ce système présentant des inconvénients j’y renonçai 
pour employer le tube atmométrique ou évaporomètre de 
Piche, préférable sous tous les rapports, et généralement 
adopté aujourd’hui par les météorologistes. 


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— 363 — 

Cela posé, je donne ici le résultat de mes observations : 
elles sont, comme je l’ai dit tout à l’heure, au nombre de 
1065, et le total de l’évaporation est de 3977 mB, ,5 (c’est-à-dire 
une couche d’eau de près .de 4 mètres), ce qui donne une 
moyenne générale de 3“",73 d’eau évaporée par vingt-quatre 
heures. 

Voici de quelle manière cette moyenne se modifie selon 
les saisons : 


Nombre des 
jours 

Somme de 
l'évaporation 

Moyenne 

Maximum 

Minimum 

Hiv6r.... 347 

1098 mm ,6 

3““,17 

13“ m ,3 

0 Bm ,5 

Printemps 263 

904 ,7 

3 ,44 

12 ,6 

0 ,8 

Eté. 201 

915 ,4 

4 ,55 

12 ,0 

1 ,5 

Automne. 254 

1058 ,8 

4 .17 

12 ,0 

0 ,4 


C'est donc en été que l’évaporation est le plus active, et 
c'est, en hiver qu’elle l’est le moins : cela est naturel puisque 
l’évaporation est une fonction directe de la température. 
Quant aux deux autres saisons, l’automne prime le printemps 
d’un millimètre entier ; — c’est que le mois de septembre 
évapore autant d’eau que les mois d’été, ce qui n’arrive pour 
aucun mois du printemps. 

Je dois appeler l’attention du lecteur sur les maximums 
absolus que j’ai rapportés ci-dessus, et qui vont de 12 mm ,0 à 
13“'",3. Ce sont là des nombres très élevés, et il n’est pas 
sans intérêt de savoir dans quelles circonstances ils ont pu 
se produire. 

Les deux maximums de 12 mm ,0 ont été notés le 18 juin et 
le 25 novembre 1877 ; le premier s’est produit par un ciel 
nuageux, sous l’influence d’un fort grégal (vent de N.-E.), 
le psychromètre marquant 44 °/o d’humidité relative, et la 
tension de la vapeur étant de 9 m “,27. Le second a été amené 
par le mistral succédant à une nuit pluvieuse, circonstance 
qui prouve bien la grande siccité de ce vent ; l’humidité 
relative était, ce jour-là, de 25 °/o et la tension de la vapeur 
de 3 mm ,08. Le maximum 12 mm ,6 s’est réalisé le 25 mars 1878 
par un ciel admirablement pur, et sous l’influence d’un fort 


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— :i64 — 

mistral pendant lequel l’humidité relative était tombée à 6 •/© 
et la tension de la vapeur à 0 ,nra ,72 ! — Enfin le maximum 
le plus fort 13 mm ,3 a eu lieu le 28 février 1877, par un ciel 
serein, et c’est encore le mistral qui l’a produit, faisant, en 
même temps, descendre l’humidité relative à 8 %> et la ten¬ 
sion de la vapeur à 0 mm ,75. 

Ainsi dohc, sur ces quatre maximums d’évaporation, trois 
sont dus au mistral, y compris le plus fort de tous ; et cela 
ne doit pas nous étonner, car nous avons déjà vu, au chapitre 
hygrométrie , combien ce vent violent est sec et avide 
d’eau. — Quant à celui des quatre maximums qui est dû au 
grégalj il nous prouve que ce vent peut avoir quelquefois les 
qualités desséchantes du mistral, bien qu’il soit assez souvent 
humide et pluvieux. 

Les quatre minimums absolus notés dans la dernière 
colonne du petit tableau qui précède, indiquent par contre, 
que dans certaines circonstances, l’évaporation peut devenir 
très peu active ; ce ralentissement est toujours dû à un temps 
pluvieux ou très chargé de nuages peu élevés. Ce dernier 
cas s’est réalisé pour le minimum l mm ,5 de la saison d’été 
(3 juillet 1870) par un ciel très couvert et par un vent d’est 
modéré, l’humidité relative étant à 08 % et la tension de la 
vapeur à i4 ram ,99. Les trois autres minimums ont été pro¬ 
duits par des pluies plus ou moins abondantes, mais de 
longue durée. Le plus bas de tous, 0 ram ,4, est celui de 
l’automme (12 novembre 1877) ; il a eu lieu par un fort vent 
de S.-O. et par une journée de grande pluie et de brume où 
l’air était presque saturé de vapeur d’eau ; en effet, ce jour- 
là à 2 heures, l’humidité relative était montée à 98 % et la 
tension de la vapeur à ll mm ,04 ; on voit qu’il ne s’en fallait 
que de 2 % pour que le point de saturation fût atteint ; c’est 
pourquoi l’évaporation a été, pendant ces vingt-quatre heu¬ 
res, réduite à une mince couche d’eau de 4 dixièmes de 
millimètre. 

Il résulte, en somme, de tout ce qui vient d’être dit, que 
l’évaporation moyenne nycthémérale a été, pour mes 1065 
observations, de 3 mn, ,73 comme je.l’ai déjà établi, et qu’elle 


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— 365 — 

a varié entre les extrêmes 13 mm ,3 et ; — d’où un écart 
absolu de 12 mm ,9. 

Ainsi donc, pour une année moyenne, l’évaporation se 
monte à : 3 mni ,73X365= 136i ram ,4, c’est-à-dire à une couche 
d’eau de 1 mètre 36 centimètres, presque double de la 
moyenne annuelle de la pluie qui n’est que 796“ m ,4. On ne se 
doute pas, généralement, que l’évaporation puisse élever dans 
l’atmosphère, en un an, une quantité d’eau si considérable. 

Au surplus pour bien établir le régime atmométrique de 
notre climat une plus longue série d’observations journaliè¬ 
res serait nécessaire. 


LA LUWB INFLUE-T-ELLE SUR LE TEMPS? 

A cette question on a répondu oui et non. — Mais les 
hommes de science, ceux qui ont l’habitude d’examiner les 
choses de près, sans parti pris, sans idées préconçues, sont 
pour la négative. 

Pour comprendre combien cette négative est fondée il 
faut lire la notice scientifique qu’a publiée M. Faye, l’émi¬ 
nent astronome, dans l’Annuaire du Bureau des Longi¬ 
tudes de 1878, sous le titre de Météorologie cosmique. 

Après avoir signalé l’obstination des cultivateurs, des 
marins, etc., à attribuer le beau et le mauvais temps à telle 
ou telle phase de la lune, malgré tout ce que Bouvard et 
Arago ont écrit de probant contre ce vieux préjugé, M. Faye 
indique en ces termes la méthode à suivre pour arriver à 
constater la vérité des faits : 

« Mais, dira-t-on, comment savoir si deux phénomènes 
« aussi disparates qu’une phase de la lune et le temps beau 
« ou mauvais qui va régner pendant quelques jours, ont ou 
« n’ont pas de rapport entre eux? Il y a un moyen, mais un 
« seul, c’est d’en tenir registre. Si ces deux évènements 
« sont réellement étrangers l’un à l’autre, il y a autant de 
« chances pour qu’ils se produisent ensemble que séparé- 

26 


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« ment. Il suffira donc d’ouvrir le susdit registre, de com- 
« puiser impartialement les cas de concordance et les cas 
« de désaccord, puis de compter s’il s’en est produit à 
« peu près autant des uns que des autres. Plus on multi- 
« pliera les observations et les épreuves, et plus les écarts 
« entre ces deux nombres seront insignifiants par rapport à 
« leur total. S’il existe, au contraire, une liaison physique 
« entre la phase et le temps, les désaccords, purement ac- 
« cidentels, seront en petit nombre ; plus on multipliera les 
« épreuves, plus le nombre de ces désaccords sera insigni- 
« fiant par rapport au total. La seule condition, c'est d’en- 
« registrer impartialement les faits, rien que les faits, à me- 
« sure qu’ils se présentent, sans se laisser influencer par 
« une idée préconçue. » 

A la lecture de ce passage l’idée m’est venue de rechercher, 
dans mes trente ans d’observations, en suivant la méthode 
indiquée par M. Paye, le rapport qu’il a pu y avoir entre les 
phénomènes atmosphériques et les phases lunaires pendant 
cette période, et de voir si le résultat de cette recherche 
serait conforme aux conclusions tirées par Arago et Bouvard 
de leurs observations bien plus nombreuses que les miennes. 

J’ai donc relevé, dans mes registres, toutes les intempé¬ 
ries : pluies, forts vents, orages, etc., en rapportant cha¬ 
cune d’elles à la phase lunaire pendant laquelle elle s’est 
produite, et voici, en résumé, le résultat que ce long poin¬ 
tage m’a donné : 

Il y a eu, pendant ces trente ans (1850 à 1879), 368 lunai¬ 
sons entières, et conséquemment 1472 phases; il y a eu, 
d’autre part, 2399 pluies, 2353 vents forts, 406 orages, 
65 grêles, etc. — Voici comment ces intempéries se sont 
réparties dans les quatre phases : 


Sommes de 80 ans 



Pluies 

Vents fort9 

Orages 

Grêle 

Grésil 

N. L... 

. 575 

576 

95 

18 

13 

P. Q..., 

... 579 

590 

99 

20 

31 

P. L- 

.. 645 

578 

109 

11 

7 

D Q.... 

.. 600 

609 

103 

16 

10 


Neige 

12 

7 

2 

10 


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367 


On voit qu’il y a eu un excédant de pluies et d’orages dans 
la pleine lune, et un excédant de pluies, de vents forts et 
d’orages dans le dernier quartier (je ne parle ni de la grêle, 
ni du grésil, ni de la neige qui ont donné des nombres trop 
petits pour que l’on puisse en tirer des. inductions de quel¬ 
que valeur). Mais le petit tableau qui précède peut se réduire 
à deux lignes en faisant séparément la somme des deux 
phases de la lune croissante et des deux phases de la lune 
décroissante, afin d’obtenir des nombres plus facilement 
comparables et plus démonstratifs. — Voici cette réduction : 



Pluies 

Vents forts 

Orages 

Lune croissante... 

1154 

1166 

194 

Lune décroissante. 

1245 

1187 

212 

Différences.. 

91 

21 

18 


Ainsi donc il y a eu, du côté de la lune décroissante, une 
différence en plus de 91 pluies, de 21 forts vents et de 18 
orages en trente ans. — Si l’on divise ces trois nombres 
par 30, pour établir la différence annuelle moyenne qui 
existe au détriment de la lune décroissante, on obtient, pour 
les pluies, le nombre 3,0, pour les vents forts le nombre 
0,7, et pour les orages le nombre 0,6. — La lune croissante 
aurait donc eu, en une année moyenne, trois pluies de moins 
que la lune décroissante ; quant aux vents forts et aux ora¬ 
ges, la différence entre les deux demi-lunaisons est si faible 
que, comme on vient de le voir, elle ne peut atteindre l’unité. 
— Est-il permis, en présence de la petitesse de ces diffé¬ 
rences, de conclure que telle phase est pluvieuse, venteuse, 
orageuse, et que telle autre ne l’est pas ? 

Mais ne nous bornons pas à ces calculs, reprenons les 
quatre phases séparément et voyons comment chacune d’elles 
s’est comportée pendant trente ans. 


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368 


Le nombre des intempéries a varié, pour chaque phase, 
de la manière suivante : 


Pluies Ve nts fo rts _Orage*_ 

minitn. m&xim. minim. maxim. minira. mixim. 

N.L. de 9-à. ...35 de 11... .à_35 de 0....à.... 7 

P.Q. de 7....à-31 de 8....à_28 de 0....à....l0 


P.L. de 10....j\-35 de 6_à_29 de 0....à....l0 

D.Q. de 11_ à _38 de G. ...à....37 de 0....à....6 

Les écarts très-forts que l’on remarque entre les mini¬ 
mums et les maximums des intempéries afférentes à chaque 
phase, prouvent d’une manière indiscutable qu’aucune d’elles 
n’a un caractère fixe et constant de pluviosité, de vento¬ 
sité, etc., puisque toutes ont été tantôt très humides et tan¬ 
tôt très sèches, tantôt très agitées et tantôt très calmes. 

Mais les moyennes annuelles, mieux encore que les maxi¬ 
mums et les minimums, vont nous montrer que toutes les 
phases se ressemblent. 

Nombres moyens annuels des intempéries pour chaque phase 

(363 fois observée) 



Pluies 

Vents fort* 

Orages 

N . L.. 

19.1 

19.2 

3.2 

p. g.. 

19.3 

19.7 

3.3 

P.L.. 

21.5 

19.3 

3.G 

U.Q.. 

20.0 

20.3 

3.4 


Les différences annuelles moyennes d'une phase à l’autre 
sont, comme on voit, très petites, et, si trente ans d’obser¬ 
vations ont suffi pour montrer qu’aucune des qiîatre phases 
n’a un caractère tranché ni dans le sens du beau temps, ni 
dans le sens du mauvais temps, il est permis d’affirmer 
qu’une série d'observations double, triple, quadruple, effa¬ 
cerait toutes ces petites différences et mettrait en complète 
évidence la parfaite égalité des phases entre elles relative¬ 
ment au nombre des intempéries, — confirmant ainsi les 
conclusions de Bouvard et d’Arago, à savoir que les phases 
de la lune et le temps bon ou mauvais sont deux phénomènes 
étrangers l’un à l’autre et n’ayant entre eux absolument 
aucun rapport de cause à effet. 


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— gJ69 — 


LA MER, LE PAILLON! 

Je veux, avant de terminer, dire quelques mots de deux 
choses étrangères au domaine de la météorologie, mais qui 
s’y rattachent pourtant par un certain côté. De ces deux cho¬ 
ses, l’une contribue puissamment à la beauté de Nice: — 
la mer; —l’autre l’attriste et l’enlaidit: — le Paillon. 

la mer. — Pendant un an (1868) j’ai noté, non pas cha¬ 
que jour, mais toutes les fois que la vague ne m’en a pas 
empêché, le degré de chaleur de l’eau de mer près du ri¬ 
vage, entre il heures et midi, ayant soin de prendre, en 
même temps, la température de l’air, sur la plage, au moyen 
d’un thermomètre tourné en fronde. Ce travail m’a donné 
des résultats qui me paraissent intéressants au point de vue 
de la balnéation sur cette côte. 

Les voici répartis par mois : 


1868 Mer Air 

Janvier. de 12°,0 à 13*,5 de 10*,0 à 13\5 

Février. de 13*,5 à 14*,0 de 12%5 à 14%7 

Mars. de 13%5 à 14*,5 de 14\0 à 15>> 

Avril. de 14*,ü à 17%0 de 15\2 à 18 *,n 

Mai. de 17*,2 à 23%0 de 20%5 à 25 *,5 

Juin. de 22*,0 24°,0 de 24%0 à 26%7 

Juillet. de 24%0 à 26%0 de 24%5 à 28*, 0 

Août. de 23',0 à 25*,0 de 24-,0 à 28% 0 

Septembre. de 18%0 h 23*,0 de 20*,0 à 25 *,0 

Octobre. de 15*,0 à 18*,0 de 16°,0 u 20*,n 

Novembre. de 14*,0 à 15\0 de 14°,0 à 15\n 

Décembre. de 12*,5 à 13°,0 de t0',0 à 14 %q 


Ainsi donc : 

1° En hiver la mer est généralement plus chaude que l’air ; 

2* Au printemps et en automne elle est souvent un peu 
moins chaude, quelquefois aussi chaude, rarement plus 
chaude que l’air ; 

3* En été elle est, la plupart du temps f moins chaude 
que l’air d’une manière sensible (de 2 à 5 degrés environ) ; 


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mais il arrive encore quelquefois que sa température est 
égale et même supérieure à celle de l’air, —quand le temps 
est couvert, par exemple, ou quand il règne, depuis peu, un 
vent relativement froid. 

Mais ce que je viens de din'se rapporte uniquement au 
milieu du jour : il n’en est plus de môme le matin et le soir ; 
— ainsi avant le lever et après le coucher du soleil, la mer 
est en général plus chaude que l’air en toute saison f parce 
que le refroidissement de ses eaux est beaucoup plus lent 
que celui de la couche d’air qui leur est superposée. 

J’ai noté, pendant quelques années, l’état de la mer ; mais 
une seule est complète (1877) ;j’en donne ici le résumé. Une 
année c’est peu de chose, mais on y trouvera toujours un 
aperçu de la manière dont la mer se comporte sur notre 
côte dans toutes les saisons : 


Etat de la mer en 1877 (par jours). 


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l* r trimestre. 13 

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96 

85 

43 

23 

39 

3 


On voit que les jours de mer calme sont très-nombreux 
sur cette côte; mais si on v joint les jours de mer ciapo- 
teuse et peu houleuse, qui sont des états peu différents du 
calme proprement dit, on arrive à un total de 299 jours de 
mer parfaitement praticable pour les baigneurs ; — dont 76 
pour le premier trimestre, 78 pour le second, 69 pour le 
troisième et 76 pour le quatrième. — Ainsi les saisons d’hi¬ 
ver et de printemps réunies ont eu, en 1877, 154 jours de 
mer calme ou peu agitée, 9 de*plus que l’été et l’automne, 
qui n’en ont compté ensemble que 145. 


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— 371 — 

Décembre et janvier sont l’époque hyémale où la mer nous 
donne souvent, comme en juin, le magnifique spectacle 
des calmes solsticiaux. Rien n’égale le charme et la splen¬ 
deur de ces beaux jours d’hiver où pas un nuage ne se voit au 
ciel, où le soleil resplendissant inonde la plage de lumière 
et de chaleur, et force les promeneurs à s’abriter sous leurs 
ombrelles contre l’ardeur de ses rayons ; où la mer calme, 
placide, immobile comme le Léman par un beau soir d’été, 
teintée comme lui de cette inimitable couleur d’un blanc nar- 
cré ou rosé, que lui donne l’absence de toute brise, — re¬ 
flète dans son limpide miroir les montagnes, les collines, 
les édifices qui ornent ses bords, les mouettes qui l’effleurent 
de leurs ailes, les voiles blanches qui pendent inactives le 
long des mâts. — Non, je le répète, rien n’égale la beauté 
de ces jours de calme radieux, — et quand on a joui une 
fois de ce sublime spectacle, on ne l’oublie jamais ! 

le paillon. — Au dire d’Alphonse Karr, le Paillon est 
un fleuve dans le lit duquel les blanchisseuses font sécher 
leur linge, et où les bergers, pourrait-on ajouter, mènent 
paître leurs moutons. — Fleuve n’est pas son vrai nom; ap- 
pelons-le torrent, c’est déjà plus qu’il ne mérite, attendu que 
les trois quarts du temps il n’est que le lit d'un torrent , une 
longue et aride traînée de galets de 80 mètres de large. — 
Une pareille chose, au beau milieu d’une charmante ville, 
fait l’effet d’une hideuse balafre sur un beau visage. — Et 
encore, si cet immense fossé n’était coupable que de manquer 
d’eau, on pourrait à la rigueur l’amnistier ; mais il est aussi, 
il est surtout un vaste réceptacle de détritus et d’immon¬ 
dices, où se déversent, par-dessus le marché, toutes sortes 
d’eaux impures. 

Or, quand un torrent, passant à travers une ville, s’y com¬ 
porte comme un égout, il faut le traiter comme un égout ; 
c’est-à-dire le cacher aux yeux, en le couvrant d’une voûte ; 
le pont-square de plus de 100 mètres de large qu’on a cons¬ 
truit, il y a quelques années entre les deux quais, montre 
que la chose n’est pas impossible. 

Je laisse maintenant de côté la question d’hygiène et d’or- 


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372 


nementation, et je rentre dans la statistique. — Chiffrer 
l’état du Paillon n’était pas chose facile, aucune échelle 
d’étiage ne pouvant être appliquée à ce torrent. Il a fallu me 
contenter d’une estimation à vue d’œil du plus ou moins de 
largeur du courant sous les trois arches du Pont-Neuf, no¬ 
tant par 1, 2,3, les arches pleines, et par dixièmes les frac¬ 
tions d’arche ; j’ai fait ces observations pendant trois ans 
(1866-67-08) et j’en donne ici le résumé : 

Sur les 1096 jours formant ces trois années, les trois arches 
du Pont-Neuf ont été complètement à sec pendant 539 jours ; 
il y a eu une arche incomplètement pleine (de 1 à 9 dixiè¬ 
mes) pendant 381 jours ; une arche pleine pendant 133 jours 
deux arches pleines pendant 38 jours, et enfin de l’eau cou¬ 
vrant complètement les trois arches, c’est-à-dire le lit entier 
du Paillon, pendant 5 jours seulement. 

Ces chiffres donnent une piteuse idée du régime hydro¬ 
métrique de notre pauvre torrent. Mais s’il pèche la plupart 
du temps par défaut, il pèche aussi par excès et donne par¬ 
fois à notre ville de terribles spectacles ! Je l’ai vu un jour, 
après de grandes pluies dans les montagnes voisines, attein¬ 
dre un niveau si élevé que les arches du Pont-Vieux suffi¬ 
saient à peine à livrer passage à ses eaux fangeuses. — Et 
il ne faut pas croire qu’il présente en pareil cas une surface 
unie comme celle d’une paisible rivière ; c’est un formidable 
amoncellement de vagues monstrueuses se précipitant, avec 
une rapidité furibonde et un fracas épouvantable, vers la 
mer, qu’elles vont jaunir jusqu’à une grande distance. Ces 
grandes crues sont fort rares, il est vrai; mais ce qui est 
arrivé jadis ne peut-il arriver encore ? Le reboisement pra¬ 
tiqué, depuis vingt ans, dans nos montagnes aura-t-il pour 
conséquence de diminuer la violence des accès de fureur 
semi-séculaires du Paillon? — Espérons-le. 


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373 


PHÉNOMÈNES EXTRAORDINAIRES 

J'ai enregistré, entrente ans, comme phénomènes extraor¬ 
dinaires : 

1° Une trombe sur la mer y le 13 juillet 1852, vers 2 heu¬ 
res, par un temps d’orage et de pluie torrentielle, avec fort 
vent d’est : elle était à 3 milles au large et avait l’aspect d’un 
arbre immense dont le tronc aurait touché la mer et dont le 
feuillage se serait perdu dans les nuages ; on voyait l’eau se 
soulever et bouillonner à l’endroit où la colonne affleurait 
la surface des flots ; 

2 0 Huit tremblements de terre : les 29 décembre 1854, 

21 juin 1859, 4 mars et 20 octobre 1861, 19 mai 1866, 

22 décembre 1870,24 février 1873, et 21 décembre 1876. Le 
premier seul mérite une mention spéciale, les autres n’ont 
été que des trépidations peu prononcées et de très-courte 
durée. Celui du 29 décembre 1854 eut lieu à 3 heures du ma¬ 
tin; j’étais malade et je ne dormais pas; je pus donc l’ob¬ 
server dans tous ses détails : il se propagea de l’Est à l’Ouest; 
j’entendis d’abord, du côté de l’Est, un bruit sourd assez 
éloigné, comme si plusieurs tombereaux lourdement chargés 
eussent roulé au bout de ma rue ; puis une sorte de clique¬ 
tis qui me parut provenir des tuiles s’entre-choquant sur les 
toitures voisines ; au même instant je ressentis de violents 
soubresauts qui durèrent deux à trois secondes ; ils furent 
suivis d’ondulations très-prononcées qui me berçaient dans 
mon lit, et qui durèrent quatre à cinq secondes. Les habi¬ 
tants de Nice, réveillés en sursaut, furent bientôt sur pied; 
saisis de terreur, ils sortirent précipitamment de leurs de- 
demeures, dont ils craignaient l’écroulement, pour aller se 
réfugier au milieu des grandes places, sur la plage, ou en 
rase campagne, et le plus loin possible des édifices ; quel¬ 
ques maisons furent lézardées, des meubles furent renversés ; 
mais il n’y eut pas d’accident plus sérieux ; 


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374 


3° Quatre lumières zodiacales : les 18 janvier 1866 ; 1 er , 2 
et 3 janvier 1867, vers 7 heures du soir; elles étaient par¬ 
faitement nettes et bien caractérisées. C’est vers le solstice 
d’hiver qu’on peut le plus facilement observer cette lumière 
à Nice, parce qu’alors le soleil se couche à un point de l’ho¬ 
rizon où les montagnes, très-peu élevées, ne masquent pas 
le cône lumineux ; 

4° Quatre aurores boréales , le 24 et le 25 octobre 1870, le 
5 avril 1871, et le 4 février 1872. — Les deux premières, ont 
été très-brillantes. Le pouvoir éclairant de leurs rayons était 
assez grand pour illuminer la façade des maisons et produire 
des ombres distinctes. —Celle de 1871 a été, paraît-il, très- 
belle aussi ; mais je ne l’ai pas observée moi-même ; un journal 
de la localité disait le lendemain : « Le noyau central de cette 
lumière était si éclatant que les objets du premier plan ressor¬ 
taient en plein relief; elle jeta, pendant quelques instants 
un vif rayonnement sur la mer. » Celle du 4 février 1872 fut 
très remarquable, non par son éclat, mais par son immense 
étendue ; elle ne montrait pas de rayons, et se composait seu¬ 
lement d’un très-grand segment blanc s’étendant du N.-E. 
au N.-O. entouré de nuages rouges et peu denses, dont quel¬ 
ques-uns descendaient vers le sud jusqu’au-delà du tropique 
du Capricorne. On apprit quelque temps après, que cette 
aurore avait été observée même dans l’hémisphère.austral ; 

5° La pluie d'étoiles filantes du 27 novembre 1872. — 
Voici, sur cette évènement céleste, le rapport textuel que 
j’ai adressé, dès le 28, à la Société météorologique de France, 
rapport qui, ayant été égaré, n’a pas été publié dans les an¬ 
nales de cette Société : 

« Les personnes qui aiment à étudier le ciel ont joui, hier 
au soir, du curieux et intéressant spectacle d’une véritable 
pluie d’étoiles filantes. J’en ai compté de ma fenêtre, d’où 
je ne pouvais voir que la moitié du ciel, cent vingt-six en dix 
minutes, vers 7 heures et demie ; encore cette moitié était- 
elle masquée par un vaste stratus d’une opacité complète, 
et qui a dû en dérober à ma vue un assez grand nombre. 

« Afin de mieux étudier le phénomène je suis descendu, 


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375 


vers 8 heures, sur la promenade des Anglais en compagnie 
de mon ami le docteur Macario, et là, malgré des nuages 
assez étendus, nous avons vu les astéroïdes sillonner le ciel 
en si grand nombre qu’il n’était pas possible de songer à les 
compter ; on peut certainement les évaluer à une cinquan¬ 
taine par minute, ce qui donnerait trois mille par heure. 

« Il y en avait de très-brillants et à long trajet, et en gé¬ 
néral l’éclat diminuait pour tous comme la longueur de la 
trajectoire ; enfin une multitude innombrable produisaient 
l’effet de petites étincelles à peine visibles. 

« Je tenais à déterminer d’une manière aussi précise que 
possible le point radiant , c’est-à-dire la région du ciel où 
toutes les trajectoires auraient coïncidé, si elles eussent été 
suffisamment prolongées en arrière, et j’ai reconnu que 
cette région, très voisine du zénith, était comprise, à fort 
peu près, dans le triangle formé par les étoiles Gamma et 
Xi d’Andromède et la tète de Persée. Les astéroïdes se diri¬ 
geaient vers tous les points de l’horizon à la fois, de sorte 
que s’il fallait rapporter toutes leur trajectoires sur une carte 
céleste, on tracerait la figure d’un soleil rayonnant dans tous 
les sens, et ayant son centre un peu à l’ouest de la tête de 
Persée. 

«A 11 heures l’apparition avait beaucoup diminué, et 
je n’ai plus compté de ma fenêtre, que quatre-vingt-neuf as¬ 
téroïdes en dix minutes ; à minuit le phénomène avait cessé 
à peu près complètement. 

« On peut conclure de ces faits que la terre se trouvait 
hier au soir, entre 7 et 8 heures, précisément au centre de 
projection du groupe de [ces astéroïdes. Ce qui semble le 
démontrer c’est que les trajectoires, très-courtes, et les vi¬ 
tesses très-faibles, pour ceux qui paraissaient dans le voi¬ 
sinage du point radiant, semblaient augmenter, pour les au¬ 
tres, avec leurs distances à ce même point, — probablement 
par la raison que l’on voyait très en raccourci les trajectoi¬ 
res des premiers, — tandis que celles des autres se voyaient 
de plus en plus développées. 

« Le phénomène de la nuit dernière aura, je crois, du re- 


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376 


tentis8ement dans le monde savant, et voici pourquoi : — 
On sait qu’indépendamment des étoiles filantes sporadiques 
qui s’observent toute l’année et qui viennent indistinctement 
de tous les points du ciel, on a depuis longtemps constaté 
l’existence de plusieurs groupes périodiques d’astéroïdes qui 
apparaissent à diverses époques de l’année. Les plus remar¬ 
quables sont ceux du 10 au 12 août qui ont reçu le nom de 
perséides parce qu’ils semblent venir de la constellation de 
Persée, et ceux du 12 au 13 novembre qu’on a nommés léo- 
nides par la raison que leur point radiant se trouve dans la 
constellation du Lion. — Or, l’apparition très-remarquable 
d’hier au soir ne satisfait aucunement aux conditions de date 
ni d’origine apparente de ces deux groupes. Serait-ce donc 
un groupe nouveau d’une très-grande importance? Et le 
mois de novembre aurait-il dorénavant ses perséides comme 
le mois d’août? » 

6° Onze coups de mer violents : — le 26 décembre 1859, 
le 30 octobre et le 24 novembre 1862, le 21 février et le 
26 octobre 1864, le 19 octobre 1865, le 25 décembre 1868, 
le 11 décembre 1872, le 20 janvier 1873,1e 5 avril 1874 et 
le 22 décembre 1876. — Ce sont toujours les vents forts du 
S.-E., du S. ou du S.-O. qui produisent, sur notre côte, ces 
espèces de ras de marée ; ils prennent, dans certaines cir¬ 
constances, des proportions vraiment effrayantes, et c’est un 
spectacle des plus curieux et des plus émouvants de voir ces 
énormes vagues, se brisant contre les rochers des Ponchet- 
tes, lancer des masses d’eau et des gerbes d’écume blanche 
jusqu’à des hauteurs prodigieuses. — Le dernier de ces 
coups de mer, celui du 22 décembre 1876, a été d’une ;vio- 
lence extrême : la promenade des Anglais fut, d’un bout à 
l’autre, balayée par les vagues, et couverte d’une couche de 
sable et de galets de 40 à 50 centimètres d’épaisseur; les 
jardins des villas qui bordent cette magnifique voie furent, 
sur plusieurs points, envahis par les flots ; la haie d’atriplex 
qui sert de brise-vent fut ravagée et détruite par places, et 
enfin le perré qui soutient et protège la chaussée éprouva de 
sérieux dégâts. 


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— 377 


Comme on l’a vu plus haut, sur ce nombre de onze grosses 
mers, décembre en a compté quatre en trente ans, octobre 
trois, janvier, février, avril et novembre chacun une ; — les 
six autres mois en ont été complètement exempts ; 

7° Les calmes solsticiaux de juin 1877 méritent de pren¬ 
dre rang au nombre des phénomènes exceptionnels, tant par 
leur durée que par leur beauté. En effet, du 2 au 15 dudit 
mois, c’est-à-dire pendant 14 jours consécutifs, la mer a 
présenté le plus magnifique spectacle ; pas la moindre vague 
ne ridait sa surface unie comme un immense miroir et reflé¬ 
tant avec une netteté merveilleuse les édifices, les collines, 
les rochers et les navires, comme pourrait le faire le lac le 
plus tranquille ; 

8° Hirondelles en hiver. — Les étrangers qui passent 
pour la première fois l'hiver à Nice ne sont pas peu surpris 
de voir quelquefois en décembre, janvier, février, et précisé¬ 
ment par les plus mauvais temps, des hirondelles apparaître 
tout à coup en assez grand nombre, demeurer quelques 
jours, et disparaître quand le beau temps est revenu. Voici 
l’explication de ce fait en apparence anormal : — Les Alpes- 
Maritimes possèdent une hirondelle sédentaire, Yhirundo 
impestris des naturalistes ; elle habite les gorges profondes 
de nos montagnes, et toutes ses migrations consistent à 
descendre vers les bords de la Méditerranée pendant les 
jours les plus froids de l’hiver : elle vient alors chercher une 
pâture qui lui fait momentanément défaut dans les vallées 
alpestres où les insectes, engourdis par le froid, ne peuvent 
plus voler. — Mieux que toutes les observations thermomé¬ 
triques, la présence de ces oiseaux dans notre ville en plein 
hiver est une démonstration indiscutable de la douceur de 
son climat, puisque les insectes volants qui constituent l’uni¬ 
que nourriture de cette hirondelle, comme de ses congé¬ 
nères, ne peuvent éclore et vivre qu’à la faveur d’une tem¬ 
pérature relativement élevée ; 

9° La végétation aussi nous fournit une démonstration 
analogue : l’acclimatation depuis longtemps acquise d’une 
foule d’arbustes et de plantes de serre qui vivent et prospè- 


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378 


rent ici en plein air ; la floraison, en décembre, janvier et 
février, dans nos jardins et en plein champ, des violettes, 
des tubéreuses, des anémones, etc., ne laissent aucun doute 
sur l’élévation de la température hyémale dans ce pays. 
L’oranger lui-même montre très souvent des fleurs en hiver; 
et quand un été très sec est suivi d’un automne pluvieux au 
début, et suffisamment chaud, on a parfois, en novembre et 
en décembre, le curieux spectacle d’une floraison complète 
et générale de ces arbres charmants, comme cela est arrivé 
en 1868 . 


Tel est le résumé général de mes observations. — Je veux, 
en terminant, et en guise d’épilogue, emprunter encore un 
passage à la brochure déjà citée du colohel Sykes : « La pré- 
« cédente analyse de la météorologie de Nice, dit ce savant 
« Anglais, et par induction celle des Alpes-Maritimes, 
« présente quelques traits communs à un climat tropical, 
« c’est-à-dire : oscillations de la pression atmosphérique 
« relativement peu étendues, faibles écarts thermométriques 
« tant diurnes que mensuels et annuels, pas de chaleurs 
« excessives en été, pas de grands abaissements de tempé- 
« rature en hiver, un ciel sans nuages pendant des semaines 
« consécutives, rareté des vents violents et des tempêtes, 
« la sérénité de l’atmosphère étant le caractère principal 
« du climat ; et, ajoutée à tout cela, une verdure perpé- 
« tuelle \ » 


(l) « Th© preceding analysis of the meteorology of Nie©..., and by inf©r©nc© that of the 
Maritime Alps, présents somo features coramon to a tropical climat©, iJ al, coinparati- 
vely limited range of atmosphère pressure, s nall range of the thermometer, whether 
daily, monthly, or annuel, no excess of heat in the summer, no great diminution of heat in 
the winter, an unclondy sky for weeks together, violent winds and tempests rare, serenity 
of the atmosphère being a characteristic, and, added to ail, perennial verdure. » 
(SlatUtics of Nice Maritime, page 30). 


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APPENDICE 


CARACTÈRES MÉTÉOROLOGIQUES ET CLIMATOLOGIQUES 

DES DOUZE MOIS ET DES QUATRE SAISONS 


(D’après 30 ans d’observations pour le thermomètre, l’état du ciel, les 
vents et les météores divers ; — 27 ans pour le baromètre ; — il ans 
pour l’hygromètre ; — 10 ans pour le psychromètre et le pluviomètre). 


N.-B. — Tou les nombres qai figurent ici séparément dans les mois successifs se trouvent 
groupés sjnoptiqnement dans les tableaux B, C, D, E, P, O et H où le lecteur pourra belle¬ 
ment les comparer entre eux. 


•Sam vies* 

0 

Pression atmosphérique, moyenne : 762®”,71 ; — température 
moyenne : 8°,46 ; — moyenne hygrométrique : 58°,6 ; — moyenne 
psychrométrique : 81°/°,3 ; — jours de vent fort : 6 en moyenne ; — 
jours de soleil : 17 ; nuageux : 8; pluvieux : 6 ; — moyenne pluvio- 
métrique : 66 mm ,l ; — pendant ces trente mois de janvier, il y a eu 
onze orages avec tonnerre, quatre fois de la grêle, six fois de la neige, 
six fois du grésil et onze brouillards. 

Janvier est, d’ordinaire, un beau mois ; la moyenne de ses maxima 
thermométriques journaliers est de 11°, 19; ses plus grands froids 
n’ont jamais fait baisser le thermomètre au-dessous de — 3%0 pendant 
la nuit, ni au-dessous de + 3%0 au milieu du jour ; son plus haut 
maxima s’est élevé à 19°,2 et sa moyenne a oscillé, en trente ans, 
entre 5°,75 et 10°,58; l’oscillation diurne moyenne a été de 7°,4 (*) et 
la différence moyenne d’un jour à l’autre a été de 1°,0; la moyenne 

S Je rappelle ici, une fois pour toutes, que l'oscillation diurne ou nycthémérale est 
franco entre la plus basse température de la nuit et la pins haute température du 

jour. 


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380 


barométrique de ce mois est plus élevée que celle de tous les autres 
sans exception; et cependant c'e t à lui qu’est dù le plus bas minimum 
de ces trente ans (735 mra ,3) ; mais c’est lui aussi qui a donné le plus 
haut maximum (779 mm .3) ; le nombre moyen de ses jours de soleil 
est égal — à une faible fraction près — à ceux des mois de mai et de 
juin; il ne compte moyennement que G jours pluvieux, comme on l’a 
vu plus haut, et si, par extraordinaire, ce nombre s’est élevé à 15 en 
1856, par contre, plusieurs autres janviers n'en ont eu que 2 on 3, et 
janvier 1864 n’en a pas eu un seul. Enfin, dans ce mois, comme dans 
tous les autres de la saison d’hiver, la neige se montre bien rarement, 
comme je l’ai déjà établi ; on peut en dire autant des brouillards qui 
d’ailleurs ne sont jamais, à Nice — tant s’en faut — aussi denses qne 
dans le centre et le nord de la France. — On jouit souvent en janvier, 
de calmes solsticiaux magnifiques. — Le sommeil hivernal de la vé¬ 
gétation n’existe pour ainsi dire pas dans ce pays où les plantes et les 
arbres à feuilles caduques sont en petit nombre ; on trouve des fleure 
en janvier dans tous nos jardins , on voit dans la campagne les petits 
pois fleurir et fructifier; les violettes, les anémones sauvages, les tu¬ 
béreuses, etc., sont communes pendant ce mois. 


Février 


Pression atmosphérique, moyenne : 762 mœ ,24 ; — température 
moyenne: 9°,31 ;— moyenne hygrométrique : 59°,2 ; —moyenne psy- 
chrométrique : 60°/%3; — jours de vent fort : 7 en moyenne ; —jours 
de soleil : IG ; — nuageux : 7 ; — pluvieux : 5; — moyenne pluvio- 
métrique : 39 mm ,3. — Ces trente mois de février ont eu ensemble sept 
orages avec tonnerre, deux fois de la grêle, six fois du grésil, cinq fois 
de la neige et trois brouillards. 

Février vaut moins que janvier sous plusieurs rapports ; il est plus 
sujet à de brusques variations de température ; les vents désagréables 
y sont plus fréquents ; — et pourtant il est quelquefois magnifique et 
donne de longues séries de véritables jours printaniers ; neuf fois sur 
trente il a compté de 20 à 24 jours sans nuages ; mais aussi huit fois 
sur trente il a eu de 10 à IG jours de veut fort. C’est le mois de février 
qui a donné le plus bas minimum thermométrique au lever du soleil, 
de ces trente hivers (— 3°,4 le 14 février 1854) ; mais au milieu du jour 
la température n’est jamais descendue plus bas que + 3*,2, et s’est 
élevée au plus haut à 18°,9 ; elle a oscillé, en trente ans, entre les 
moyennes 6*,23 et 12°,28 ; la moyenne des maxima journaliers a été de 
12*,36, l’oscillation diurne moyenne de 7’,76, et la différence moyenne 
d’un jour à l’autre de 0°,93. — Le mouvement printanier de la végé¬ 
tation commence à se manifester pendant ce mois. 


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Pression atmosphérique , moyenne : 759®“,37 ; — température 
moyenne : 10*.40 ; — moyenne hygrométrique : 58°,8 ; — moyenne 
' psychrométrique : 56 8 /*,0 ; — jours de vent fort : 10 en moyenne ; — 
jours de soleil : 16 ; — nuageux : 9 ; — pluvieux : 6 ; — moyenne 
pluviométrique : 80®“,9. — Ces trente mois de mars ont eu ensemble 
vingt orages avec tonnerre, onze fois de la grêle, six fois du grésil, six 
fois de la neige et neuf brouillards. 

Mars est un mois généralement venteux et sec ; c’est lui qui a la 
plus basse moyenne hygrométrique ; sa température est variable ; elle 
a oscillé entre les moyennes 8°,81 et 14%49 ; le thermomètre est des¬ 
cendu au plus bas à — 0,6 pendant la nuit, et à -f- 5 # ,2 au milieu du 
jour; il a atteint, au maximum 21°,4 ; la moyenne des maxima jour¬ 
naliers a été de 14°,33, l’oscillation diurne moyenne de 8°,36, et la dif¬ 
férence moyenne d’un jour à l’autre de 1°,06. — La pression atmos¬ 
phérique, en mars, est plus faible que celle de tous les autres mois. Il 
présente néanmoins assez souvent de très belles séries de jours sans 
nuages ; mais quelquefois aussi il est marqué par de brusques retours 
des intempéries hyémales. — La végétation printanière est déjà très 
active pendant ce mois. 


Avril 


Moyenne barométrique : 760 m ®,29; — température moyenne : 14 e ,33; 

— moyenne hygrométrique : 59*,3 ; — moyenne psychrométrique : 
0O/\ 5 ; — jours de vent fort : 9 en moyenne ; — jours de soleil : 17 ; 

— nuageux : 7 ; pluvieux : 6; —moyenne pluviométrique : 79 mm ,0.— 
Ces trente mois d’avril ont eu ensemble vingt-trois orages avec ton¬ 
nerre, sept fois de la grêle, pas de grésil,- pas de neige et six brouil¬ 
lards. 

Avril participe encore un peu des intempéries de mars ; mais 
le réveil de la nature, la végétation en pleine activité, la riche et abon¬ 
dante floraison des plantes et des arbres font ordinairement de ce mois 
un des plus agréables de l’année. Le thermomètre, pendant ce mois, a 
varié, entrente ans, entre les moyennes 11°,79 et 16*, 12; il n’est 
jamais descendu au-dessous de -f- 2°,9 pendant la nuit, ni au-dessous 
de -f 7*,0 au milieu du jour; il a atteint une fois le maximum remar¬ 
quable de 27*,8 (21 avril 1871) ; la moyenne des maxima journaliers est 
de 17*,74 ; l’oscillation diurne moyenne de 8°,95, et la différence 
moyenne d’un jour à l’autre de 0,99. 

n 


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Moyenne barométrique : 760““,35; —température moyenne: 17*,75; 

— moyenne hygrométrique : 60°,9 ; — moyenne psychrométrique : 
60 u /°,0 ; — jours de vent fort : 8 en moyenne ; — jours de soleil : 16 ; 

— pluvieux : 7 ; — nuageux : 8 , — moyenne pluvioraétrique : 
55 mm ,9. — Ces trente mois de mai ont eu ensemble quarante orages 
avec lonnerre, six fois de la grêle fil n est plus question de grésil ni de 
neige), et neuf brouillards. 

Le mois de mai est délicieux à Nice dans les années ordinaires : les 
fleurs de toutes sortes, mais surtout celles des orangers , des bigara¬ 
diers, des citronniers sont alors si abondantes dans les jardins environ¬ 
nants, que la ville entière est, surtout le soir, comme enveloppée d’une 
atmosphère de parfums qui s'étend quelquefois, grâce à la brise nocturne 
de terre, jusqu’à une distance de 8 à 10 lieues en mer. Les rosiers 
aussi fleurissent avec une profusion merveilleuse; mais il est quelque¬ 
fois venteux ou pluvieux; il a compté uue fois (1853) 20 jours de 
pluie; aucun autre mois n’en a jamais eu autant ; la température )- est 
parfois assez variable : elle a oscillé, en trente ans, entre les moyennes 
15°,8 et 20°,0 ; elle est descendue au plus bas à -f- 4°,6 pendant la nuit, 
et à 8°,7 au milieu du jour ; elle s’est élevée une fois au maximum de 
29°,6 ; la moyenne des maxima journaliers a été de 21\83, l’oscillation 
diurne moyenne de 8%87, et la différence moyenne d’un jour à l’autre 
de 0°,99, comme en avril. 


Juin 


Moyenne barométrique: 7Gl ,nm ,50; — température moyenne: 
21°,48; —moyenne hygrométrique : Gl“,ü; — moyenne psychromé¬ 
trique : 62°/°,4 ; —jours de vent fort : 7 en moyenne; — jours de so¬ 
leil : 18 ; — nuageux : 8; — pluvieux : 4; — moyenne pluviométri- 
que : 41“'“,2. — Ces trente mois de juin ont eu ensemble cinquante- 
trois orages avec tonnerre, six fois de la grêle et un brouillard. 

Juin est à Nice un mois généralement très agréable, surtout pendant 
la première quinzaine où la chaleur est encore modérée ; mais les fleurs 
printanières disparaissent rapidement ; elles sont remplacées par un 
petit nombre de fleurs d’été dont nos horticulteurs font assez peu de 
cas. Les céréales mûrissent et la moisson se fait, dans les campagnes 
environnantes, du 20 au 30, époque où commencent ordinairement les 
chaleurs estivales. Le thermomètre, pendant ce mois, a varié, en trente 
ans, entre les moyennes 17°,96 et 24°,11 ; il est descendu, au plus bas, 


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383 


à+ 6 Ô ,5 pendant la nuit (1871), et à 17°,4 au milieu du jour; il est 
monté, au plus haut, à31°,6: la moyenne des maxima journaliers a été 
de 24°,53, l’oscillation diurne moyenne de 8°,86, et la différence 
moyenne d’un jour à l’autre de 0\97. 


Juillet 

Moyenne barométrique: 761 mm ,30;—température moyenne: 23°,91; 

— moyenne hygrométrique : 62°,2 ; — moyenne psychrométrique : 
62°/°,4 ; — jours de vent fort : 5 en moyenne ; — jours de soleil : 22; 

— nuageux : 6 ; — pluvieux : 3; — moyenne pluviométrique : 13®“,5; 

— Ces trente mois de juillet ont eu ensemble quarante-six orages avec 
tonnerre, deux fois de la grêle et quatre brouillards. 

Juillet est, en général, un mois chaud et sec assez désagréable; il 
oonstitue, avec son voisin août, ce qu'il est permis d'appeler la saison 
rigoureuse de Nice, ain3i que de tout le littoral provençal et ligurien ; 
ce n’est pas que le thermomètre s'élève à des hauteurs extraordinaires: 
il atteint rarement 31° et 32*, et quant à moi je ne l'ai jamais vu 
qu’une seule fois arriver à 33*,7 (10 juillet 1865) ; mais ce qui peut 
paraître fatigant à beaucoup de personnes, c'est, avec une chaleur ré¬ 
gulière de 27* à 28" tous les jours, la constante sérénité du ciel, le dé¬ 
faut de pluies et l'extrême intensité de la lumière sola : re. Heureux 
sont alors les habitants qui demeurent sur les bords immédiats de la 
mer : là, en effet, les brises régulières venant du large entretiennent 
une fraîcheur relative qui rend les étés de Nice parfaitement suppor¬ 
tables. — Il faut encore ajouter aux désagréments de ce mois, que nos 
collines, dépouillées de leurs récoltes, n'offrent plus qu’un sol aride et 
desséché ; heureusement les oliviers, les figuiers et tous nos autres 
arbres fruitiers cachent assez bien la nudité des terres. — Il n’en est 
pas ainsi, bien entendu, dans les jardins maraîchers et autres, où l’ir¬ 
rigation est possible : là, tout demeure frais, vert et fertile malgré les 
chaleurs caniculaires. — Mais quand le canal de la Vésubie, aujour¬ 
d’hui en voie de construction , sera ouvert, les collines n’auront plus 
rien à envier à la plaine. — Le thermomètre, pendant ce mois, a varié, 
en trente ans, entre les moyennes 22*,09 et 25*,50; il est descendu, au 
plus bas, à 15*,0 pendant la nuit, et à 20*,7 au milieu du jour ; il est 
monté, au plus haut, à 33*,7, comme je l’ai déjà dit. La moyenne des 
maxima journaliers a été de 27*,47 ; l’oscillation diurne, moyenne de 
8*,67, et la différence moyenne d’un jour à l’autre de 0*,78. 


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384 


Août 

Pression atmosphérique, moyenne : 761 mm ,40 ; — température 
moyenne : 23°,77 ; — moyenne hygrométrique : 62°,3 ; — moyenne 
psychrométrique : G1°'°,G ; — jours de vent fort : 4 en moyenne ; — 
jours de soleil : 22 ; — nuageux : G ; — pluvieux : 3 ; moyenne plu- 
viométrique : 23"" u ,7. — Ces trente mois d'août ont eu ensemble qua¬ 
rante-six orages avec tonnerre, trois fois de la grêle et deux brouillards. 

Août ressemble, en tout et pour tout, à juillet, avec une très légère 
différence en moins pour la température et en plus pour la pression 
atmosphérique ; même nombre moyen de jours beaux, nuageux et plu¬ 
vieux , même nombre d’orages, même moyenne hygrométrique à fort 
peu près, etc. ; mais à l'approche de septembre le thermomètre suit une 
marche décroissante en général très lente. — Ce qui caractérise ce 
mois , c’est la maturation des excellents fruits de la région : pèches 
magnifiques que l’on exporte en grande partie, figues exquises qui se 
consomment sur place, pastèques et melons succulents qui nous vien¬ 
nent d’Antibes. Les raisins aussi mûrissent et font leur apparition dans 
la seconde quinzaine. — Le thermomètre, pendant ce mois, a varié, en 
trente ans, entre les moyennes 21°,30 et 23°,81 ; il est descendu, au 
plus bas, à 12°,3 pendant la nuit, et à 19’,2 au milieu du jour ; il s’est 
élevé, au plus haut, à 33°,2; la moyenne des maxima journaliers a été 
de 27°,47, l’oscillation diurne moyenne de 8°,09 et la différence moyenne 
d’un jour à l’autre de 0’,71. 


Septembre 

Moyenne barométrique : 7G2 inm ,34 ; — température moyenne : 
20°,G9 ; — moyenne hygrométrique : G2",9; — moyenne psychromé¬ 
trique 61°/\7 ; — jours de vent fort : G en moyenne ; — jours de 
soleil : 18; —nuageux : 7; — pluvieux : 3;—moyenne pluviométrique : 
43 mm ,7. — Ces trente mois de septembre ont eu ensemble 'cinquante- 
cinq orages avec tonnerre et quatre fois de la grêle ; il n’y a jamais eu 
de brouillard. 

Septembre est un très beau mois d’été à Nice, bien qu’il fasse partie 
de l’automne des météorologistes ; la chaleur encore assez forte pen¬ 
dant la première quinzaine, diminue sensiblement dans la seconde ; il 
est plus orageux qu’aoùt et juillet et à peu près autant que juin. Sep¬ 
tembre est surtout remarquable, dans ce pays, par l’abondance et la 
beauté de ses fruits qui donnent, de 8 à 11 heures du matin, à notre 
marché, le charmant aspect d’une riche exposition de pomiculture. — 
Le thermomètre, pendant ce mois, a varié, en trente ans, entre les 


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385 


moyennes 18*,39 et 22*,67 ; il est descendu, au plus bas, à 10*,4 pen¬ 
dant la nuit, et à 17°,2 au milieu du jour ; il s’est élevé, au plus haut, 
à 32*,9 (le 3 septembre 1853) ; la moyenne des maxima journaliers a 
été de 23*,83, l’oscillation diurne moyenne de 8*,48, et la différence 
moyenne d’un jour à l’autre de 0%86. — Septembre , enfin, a la plus 
forte moyenne barométrique, après janvier. 


Octobre 

Moyenne barométrique : 760 ram ,82 ; — température moyenne : 
16*,85 ; — moyenne hygrométrique : 62% 4 ; — moyenne psychromé- 
trique : 62*/ , ,2 ; — jours de vent fort : 8 en moyenne ; — jours de 
soleil : 16 ; — nuageux : 8 ; — pluvieux : 7 ; — môyenne pluviomé- 
trique : 138 mm ,9. — Ces trente mois d’octobre ont eu ensemble 
soixante-sept orages avec tonnerre, neuf fois de la grêle et deux brouil¬ 
lards. 

Octobre est un mois à température encore assez élevée et à peine in¬ 
férieure à celle du mois de mai, auquel il ressemble aussi par le degré 
d’humidité atmosphérique et par le nombre de jours de soleil; mais il 
en diffère par sa moyenne pluviométrique qui est supérieure à celle de 
tous les autres mois; il adonné une fois (1872), jusqu’à 410 mm ,9 
d’eau au pluviomètre en 18 jours plus ou moins pluvieux. — La végé¬ 
tation, pendant ce mois, est encore très active, et la plupart des arbres 
à feuilles caduques demeurent aussi verts qu’en plein été. Les pluies 
ravivant les plantes que les chaleurs estivales avaient desséchées, les 
font rapidement reverdir et refleurir ; c’est pourquoi l’automne, à Nice, 
a souvent l’apparence et les charmes d’un second printemps. — Le 
thermomètre, pendant ce mois, a varié, en trente ans, entre les moyen¬ 
nes 14*,56 et 18%52; il est descendu, au plus bas, à + 2*,6 pendant la 
nuit, et à ll*,0au milieu du jour ; il s’est élevé, au plus haut, à 31*,2 ; 
mais oe maximum extraordinaire, constaté le 13 octobre 1870, fut un 
phénomène exceptionnel et isolé dû au vent saharien ; les maxima des 
vingt-neuf autres mois d’octobre ont varié entre 20° et 27° ; la moyenne 
des maxima journaliers a été de 19°85, l’oscillation diurne moyenne de 
7%98, et la différence moyenne d’un jour à l’autre de 0\96. 


Novembre 

Moyenne barométrique : 760““, 12 ; — température moyenne : 
11%99 ; — moyenne hygrométrique 61*,4 ; — moyenne psychrom&- 
trique 62*/%2 ; — jours de vent fort : 6 en moyenne; — jours de so¬ 
leil : 15 ; — nuageux : 8 ; — pluvieux : 7 ; — moyenne pluviométrique : 
125 mm,6. — Ces trente mois de novembre ont eu ensemble trente et 


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386 


un orages avec tonnerre, huit fois de la grêle, cinq fois du grésil, 
trois fois de la neige et six brouillards. 

Novembre jouit généralement d’une température très douce, et, 
bien que le nombre de ses jours de soleil soit, en moyenne, inférieure à 
celui de tous les autres mois, cette moyenne est encore de 15 jours, 
comme on vient de le voir plus haut. Sa moyenne hygrométrique est 
légèrement inférieure à celle d’octobre, mois auquel il ressemble par 
la nébulosité et la pluviosité. — La plupart des arbres à feuilles cadu¬ 
ques sont encore assez verts pendant ce mois, et ce n’est guère que 
dans la seconde quinzaine qu’ils commencent à se dépouiller ; mais en 
même temps beaucoup de plantes que les pluies automnales ont réveil¬ 
lées de leur sommeil estival, sont en fleurs dans tous nos jardins ; de 
magnifiques roses remontantes s’y montrent en grand nombre; les ro¬ 
siers du Bengale refleurissent abondamment ; les orangers eux-mêmes 
nous donnent parfois le charmant spectacle d’une seconde floraison, et 
ce que j’appelle le second printemps de Nice se prolonge ainsi jusqu’au 
mois suivant. — Le thermomètre, pendant ce mois, a varié, en trente 
ans, entre les moyennes 8°, 19 et 14°, 11 ; il est descendu, au plus bas, 
k — 1*,5 pendant la nuit, et à + 4°,2 au milieu du jour ; il s’est élevé, 
au plus haut, à 23°,7 ; la moyenne de ses maxima journaliers a été de 
14*,86, l’oscillation diurne moyenne de 7%50, et la différence moyenne 
d’un jour à l’autre de 1*,06. — Novembre, enfin, a eu la plus faible 
pression atmosphérique moyenne, après mars. 


Décembre 

Pression atmosphérique, moyenne : 70O mm ,93 ; — température 
moyenne : 8°,99; — moyenne hygrométrique: 59*,4;— moyenne 
psychrométrique : 627°,8 ; — jours de vent fort : 5 en moyenne ; — 
jours de soleil : 18 ; — nuageux : 7 ; — pluvieux : 6 ; — moyenne plu- 
viométrique 86 mni ,6. — Ces trente mois de décembre ont en ensemble 
sept orages avec tonnerre , trois fois de la grêle, onze fois du grésil, 
treize fois de la neige et huit brouillards. 

Décembre est, à Nice, le plus’ beau mois de l’hiver; il est, après 
août, le moins venteux de tous les mois : le nombre de ses jours de 
soleil, qui est en moyenne de 18, comme on vient de le voir, s’est élevé 
dix fois sur trente, de 20 à 26. Il est exempt, à peu près complète¬ 
ment, des intempéries qui le caractérisent dans la plupart des autres 
contrées de l’Europe ; sa température moyenne a oscillé entre -f- 6*,13 
et •+■ 11*,99 ; le plus grand froid a été de — 2*,7 pendant la nuit, et 
de ■+■ 1 # ,1 au milieu du jour ; le plus haut maximum s’êst- élevé à 18*,5, 
la moyenne des maxima journaliers a été de 11*,69, l’oscillation diurne 
moyenne de 6°,84, et la différence moyenne d’un jour à l’autre de 1*,12. 


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387 


Les arbres, les arbustes et les plantes à feuilles persistantes étant les 
plus nombreux à Nice, il s’ensuit que nos collines et nos jardins ne 
prennent jamais, en décembre (pas plus d’ailleurs qu’en aucun autre 
mois d’hiver), cet aspect triste et dénudé que présentent, après la chute 
des feuilles, les campagnes des pays plus septentrionaux. Les oliviers 
montrent leurs fruits murs, les rameaux verts des orangers sont char¬ 
gés d’oranges déjà jaunes, les citronniers sont couverts tout à la fois 
de fleurs et de fruits ; sur le penchant des collines, à l’abri des oliviers 
et même à découvert, il n’est pas rare de voir déjà nos gracieuses ané¬ 
mones sauvages ouvrir leurs corolles ; enfin les tubéreuses, les violettes 
de Parme abondent, pendant ce mois, chez tous nos marchands de 
fleurs. 


HIVER 

(DÉCEMBRE, JANVIER, FÉVRIER) 


Thermomètre 


Hiver le plus chaud.*.(moyennes) 

Hiver le plus froid. — 

Hiver moyen. — 


10*,28 (1866) 
7*,08 (1850) 
8‘,92 


Baromètre 


Pression la plus forte.(moyennes) 767”“,40 (1858) 

Pression la plus faible. — 758““, 17 (1865) 

Hiver moyen. — 761““,95 


Psychromètre 


Hiver le plus humide.(moyennes) 

Hiver le plus sec. — 

Hiver moyen. — 


64*/*,6 (1876) 
57*/*,5 (1871) 
6P/%5 


Jours de soleil 


Hiver le plus beau.(moyennes) 

Hiver le plus laid. — 

Hiver moyen. — 


67 (1852) 
3Ç (1870) 
50 


Jours nuageux 


Hiver le plus nuageux.(moyennes) 

Hiver le moins nuageux. — 

Hiver moyen. — 


38 (1875) 
8(1853) 
22 


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388 


Jours de pluie 


Hiver le plus pluvieux.(moyennes) 

Hiver le moins pluvieux. — 

Hiver moyen.. — 


26 (1857) 
6 (1852) 
16 


Jours de vent fort 


Hiver le plus venteux.(moyennes) 

Hiver le moins venteux. — 

Hiver moyen. — 

Orages avec tonnerre.(sommes en 30 hivers) 

Grêle. — — 

Grésil. — — 

Neige. — — 

Brouillard. — — 


31 (1865) 
7 (1849) 
18 

25 fois 
9 — 

23 - 

24 - 
22 - 


Quatorze hivers n’ont pas eu d’orages, les autres en ont eu de un à 
trois ; — vingt-un hivers n’ont pas eu de grêle, les autres en ont eu 
une fois ; — seize hivers n’ont pas eu de grésil, les autres en ont eu 
de une à trois fois ; — seize hivers n’ont pas eu de neige, dont sept 
consécutifs; les autres en ont eu de une à quatre fois ; — dix-neuf hi¬ 
vers n’ont pas eu de brouillard, les autres en ont eu de une à quatre 
fois. 

PRIIVTRHPS 

(mars, avril, mai) 


Thei'momètre 


Printemps le plus chaud 
Printemps le plus froid.. 
Printemps moyen. 


(moyennes) 


15 e ,82 (1862) 
13*,14 (1849) 
14*,16 


Barcnnétre 


Pression la plus forte.(moyennes) 

Pression la plus faible. — 

Printemps moyen. — 


762““,37 (1875) 
757“",30 (1877) 
759 mm ,91 


Psychromètre 


Printemps le plus humide 
Printemps le plus sec...., 
Printemps moyen. 


(moyennes) 


61',6 (1876) 
54* ,0 (1873) 
58*,8 


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389 


Jours de soleil 


Printemps le plus beau.(moyennes) 

Printemps le plus laid. — 

Printemps moyen..•. — 


62 (1861) 
33 (1869) 
49 


Jours nuageux 


Printemps le plus nuageux.(moyennes) 

Printemps le moins nuageux. — 

Printemps moyen. — 


41 (1871) 
9 (1853) 
24 


Jours de pluie 


Printemps le plus pluvieux.(moyennes) 

Printemps le moins pluvieux. — 

Printemps moyen. — 


35 (1853) 
7 (1870) 
19 


Jours de vent fort 


Printemps le plus venteux.(moyennes) 

Printemps le moins venteux. — 

Printemps moyen. — 


41 (1852) 
13 (1869) 
27 


Orages avec tonnerre 

Grêle. 

Grésil. 

Neige. 

Brouillard. 


(so: 


mit 


es en 30 printemps) 


83 fois 
24 — 
6 — 
6 — 
24 — 


Un seul printemps n’a pas eu d’orages, les autres eu ont eu de un 
à huit ; — treize printemps n’ont pas eu de grêle, les autres en ont eu 
de une à quatre fois ; — vingt^six printemps n’ont pas eu de grésil, les 
autres en ont eu de une à deux fois ; — vingt-cinq printemps n’ont pas 
eu de neige, les autres en ont eu de une à deux fois ; — seize printemps 
n’ont pas eu de brouillard, les autres en ont eu de une à quatre fois. 


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390 


ÉTÉ 

(JUN. Jl'ILLBT, AOI'T) 


Thermomètre 


Eté le plus chaud 
Eté le plus froid. 
Eté moyen. 


( moyennes) 



24°.43 (1868) 
21%09 (1871) 
23% 09 


Baromètre 


Pression la plus forte.(moyennes) 

Pression la plus faible. . 

Eté moyen. . 


763 mm ,79 (1873) 
758““,07 (1852) 
761"“,29 


Psychrometre 


Eté le plus humide.. 
Eté le moins humide 
Eté moyen. 


(moyennes) 64*/% 4 (1870) 

— 58-/%5 (1875) 

— 62»/%1 


Jours de soleil 


Eté le plus beau.. 

Eté le plus laid. 

Eté moyen. 


.(moyennes) 

• * 

74 (1851) 
40 (1869) 
61 


Jours nuageux 

• 

Eté le plus nuageux 

Eté le moins nuageux.. 
Eté moyen. 


. (moyennes) 

38 (1869) 
9 (1851) 
19 

V w 9 

Jours de pluie 


Eté le plus pluvienx... 
Eté le moins pluvieux.. 
Eté moyen. 


. (moyennes) 

• ' ^ 

16 (1852) 
1 (1873) 

Q 


Jours de vent fort 

• 

%7 

Eté le plus venteux.... 
Eté le moins venteux... 
Eté moyen. 


. (moyennes) 

• 

35 (1850) 
2 (1858) 
16 


i 


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Orages avec tonnerre 

Grêle. 

Brouillard. 


(sommes en 30 étés) 145 fois 
— — 11 — 

Un seul été (1861) n’a pas eu d’orages, les autres en ont eu de 
un à seize ; — dix-neuf étés n’ont pas eu de grêle, les autres en ont eu 
une fois chacun ; — vingt-cinq étés n’ont pas eu de brouillard ; les 
autres en ont eu de un à deux. 


AUTOMNB 

(SBPTBMBBB, O CTO BU, NOTBMBU) 


Thermomètre 


Automne le plus chaud.(moyennes) 

Automne le plus froid. — 

Automne moyen. — 


17*,98 (1857) 
14®,74 (1851) 
1Ô\51 


Baromètre 


Pression la plus forte 
Pression la plus faible 
Automne moyen. 


(moyennes) 


763““,87 (1853) 
756“,47 (1852) 
761—,03 


Psychromètrc 


Automne le plus humide.(moyennes) 

Automne le plus sec. — 

Automne moyen... — 


65*/*,5 (1872) 
57®/®,'7 (1870) 
62-/M 


Jours de soleil 


Automne le plus beau 
Automne le plus laid 
Automne moyen.... 


(moyennes) 


58 (1861) 
32 (1869) 
48 


Jours nuageux 


Automne le plus nuageux. (moyennes) 

Automne le moins nuageux. — 

Automne moyen. — 


39 (1869) 
7 (1851) 
22 


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392 


Jours de pluie 

Automne le plus pluvieux.(moyennes) 31 (1853) 


Automne le moins pluvieux. — 9(1869) 

Automne moyen. — 20 


Jours de vent fort 


Automne le plus venteux.(moyennes) 

Automne le moins venteux. — 

Automne moyen. — 


34 (1870) 
4 (1869) 
20 


Orages avec tonnerre.(sommes en 30 automnes) 153 fois 

Grêle. — — 21 — 

Grésil. — — 5 — 

Neige. — — 3 — 

Brouillard. — — 8 — 


Un seule automne (1876) n’a pas eu d'orage, les autres en ont eu de 
un à treize ; — dix-sept automnes n’ont pas eu de grêle, dont onze 
consécutifs ; les autres eu ont eu de une à quatre fois ; — vingt-cinq 
automnes n’ont pas eu de grésil, dont dix consécutifs ; les autres en 
ont eu une fois chacun ; —vingt-sept automnes, dont vingt consécutifs, 
n’ont pas eu de neige ; les autres en ont eu une fois chacun ; — 
vingt-quatre automnes n’ont pas eu de brouillard ; les autres en ont eu 
de une à deux fois. 


J. Teysseirr, 

Membre île la Société Météorologique d' France et de 
la Commission Météorologique du dt par.exuent 
des Alpes-Maritimes. 


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HARVARD UNIVERSITE 

















» 




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HARVARD UNIVERSITY 



394 




des observations météorologiques fi 


ij 

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S* ° 

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BAROMÈTRE 


THERMOMETRE 

CENTIORADB 


HTORO 

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15 



mm 


738.0 
743.0 
742.0 
738 0 
739.0 
735.3 
740.0 
742.0 
740.0 
740.0 
744.0 
740.0 
742.0 
741.0 

741.5 

712.9 
740.2 

710.5 
738.fi 
750.0 

742.6 

742.9 

710.9 

735.6 
73*. 7 

742.7 

712.9 



774.0 

774.0 

776.0 

773.0 

775.0 

775.0 

779.3 

774.0 

775.0 

773.0 

772.0 

773.0 


776.9 

774.9 

777.1 
777.0 

773.7 

776.4 
772.0 

777.9 

774.2 

774.5 

777.5 
774.0 

776.8 


o 

15.43 
11.SI 
15.15 
16.11 
14.86 
15.68 
15.45 
15.6-1 
16.12 
15.99 
16.48 
15.35 
16 21 
16.23 
lfl.48 
15.65 
6.53 
.5.86 
5.50 
6 43 
15.26 
4.95 
4.83 
5.87 
6.08 
15.57 
15.78 
15.60 
15.77 
15.65 



— 1.1 

— 1.3 

— 1.1 

— 3.4 

— 2.5 

— 0.1 

+ 1.4 

— 1.7 

- 1.6 

— 1-6 



27.0 

31.2 

2>.).e 

32.9 
31.5 

28.2 

30.4 

30.2 

29.2 

31.2 

26.9 

29.7 

28.7 

32.7 

30.2 

33.7 

50.9 
33.1 

31.5 


57.1 

59.7 

59!fl 

63.7 

60.2 
58.2 

60.5 

62.6 
62.1 
63.6 


St. 

<0.4 


SS.» 


35.» 

r. 




-+ 1-7 
4- 1.3 
— 1.8 
— 1.0 
4- 0.1 
+ 1-1 
— 1.4 


31.3 
32.0 

30.5 
31.7 

32.4 
32 5 

30.4 

31.6 
31.6 


( générales . 761.065 

Moyennes< les plus basses . 759.07 


les plus hautes .I 762.45 


Minimums absolus 


Maximums absolus 




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395 


ice pendant 30 ans (18'iD à 1818) 


(Tableau A) 



JOURS DE VENT 
(sommes) 


1-.TAT DU CIEL 
(sommes) 


± ** 
es v 

h b 


MÉTÉORES DIVERS 
(sommes) 


: x 
3S 

H 

a c 


LACUNES 
(jours non 
observas) 


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396 


R.É8UÎ 

Des observations météorologiques fi 


BAROMÈTRE 

rtdult à tèro et au niveau de la mer 


THERMOMETRE CENTIGRADE 


HYGROM. DE SAI S 


30 US 

ebiqie 


MOIS 



mm mm nun mm U o 


lu*.... 759.E7 U0.4fi 768.10 740.0 «75.7 10.40 8.81 14.49 


llillet... 761.30 758.50 765.00 751.5 770.0 23.91 22.09 25.50 
lott.... 761.40 757.20 764.28 749.0 709.9 23.77 21.59 25.81 
irtleibrt 762.84 758.30 766.40 744 0 772.2 20.69 18.39 22.67 


15.0 33.7 62.2 59.2 

12.3 33.2 62.3 

10.1 32.9 62.9 56.8 


:tebn. .1760.82 756.00 764.40 735.6 774.01 16.85 14.56 18.52 + 2.6 31.2 




• • 


ttibre. “60.03 751.19 771.90 738.6 777.0 8.99 6.13 j 11.09 — 2.7 18.5 59.4 52.7 M.J 
«|«.. 762.71 751.20 769.40 735.3 779.3 8.46 5.75 10.58 — 3.0 19.2 58.6 48.0 TO.n 
nier.. 762.21 753.60 768.80 738.0 776.8 9.31 6.23 12.28 — 3.5 18.9 59.2 53.9 




6.23 12.28 — 3.5 18.9 59.2 53.9 I 63 î * 


3 21.4 58.8 55.0 61.7'» 


inil.... 760.29 755.60 767.20 740.9 773.5 14.33 11.79 16.12 + 2.9 27.8 59.3 52.7 C l : £ 

Ui .... 760.35 756.90 764.50 741.7 770.1 17.75 15.83 20.00 -4- 4.6 29.6 60.9 56.2 C.î V 

lill.... 761.56 757.90 766.11 746.0 *70.0 21.48 17.96 21.11 + 6.5 31.6 61.6 58.0 C i' « 



58.9 64 5 T 


Kereibrr. 760.12 754.90 766.80 738.0 777.0 11.99 8.19 14.11 — 1.5 23.7 61.4 55.0 C.7 




(*) 30 Ans pour le thermomètre, les jours de vent fort, l'état de l'atmosphère et les météores divers ; ?• sa 
10 ans pour le pluviomètre (187Q à 1879). 



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ce pendant 30 ans (de 1849 à 1878). 


(Tableau Bj 


r_ , jours 

TCIIROMÉT. D ARGUST it »*»l 

fort 


" r 


ÉTAT 

UE l’atmosphère 


PLUVIOMETRE 


MÉTIÎORES DIVERS 
(Sommes de 28 ans) 



) ! 52.9 73.9 9.5 97 


J 52.4 67.7 
I 52.3 61.7 


I 47.2 | 60.4 



95 5.5 


? 


17.5 

16.8 


16.1 


7.0 5.8 


93 9.8 16.1 


I 51.1 68.3 12.0 93 9.0 


16.8 


8.5 

7.1 

8.4 

7.3 


5.7 
5.0 
6.4 

5.8 


39.3 8.0 | 224.8 

80.9 0.0 93.1 

79.1 8.9 j 149.1 

55.9 0 2 174.3 


I 52.1 66.9 12.0 


I 58.3 67.4 

I 56.6 68.2 


m 


8.0 16.0 8.1 | 6.3 *11 .2 2.2 I 165.7 



87 6.6 


■A 


1 58.2 65.6 25.0 91 4.1 

I 56.1 64-8 *>.0 83 6.1 

I 57.2 73.2 10.0 92 7.8 


I 57.6 65.6 12.0 



! 


17.6 
22 .0 
21.9 
17.8 
16.0 


14.7 


mm 


5.5 

6.5 


2.6 


13.5 3.0 115.4 
25.7 0.0 37.7 


43.7 0.0 101.7 



5.3 138.9 0.0 119.3 


125.6 19.2 110.9 
86.6 26.9 286.0 








romètre (1852 à 1878) ; 11 ans pour l’hygromètre (1858 à 1868) ; 10 ans pour le payrhromètre (1869 à 1878) ; et 



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398 


MOYENNES ET EXTE 




(Trente u 


TEMPÉRATURE MAXIM A PENDANT LE JOUR 


Trente ans 

POUR CRAQUE MOIS 

"ES 

5 '5.2 

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Décembre. 

11.09 

15.52 

6.96 

18.5 

(1872) 

-H.i 

(1SX57I 

Janvier . 

11.19 

14.49 

7.23 

19.2 

(1855) 

3.0 

(186Si 

Février. 

12.36 

15.66 

8.30 

18.9 

(1866) 

3.2 

(ISM) 

Mars. 

14.33 

17.65 

9 22 

21.4 

(1871) 

5.2 

(1M0I 

Avril. 

17.74 

21.75 

12.72 

27.8 

(1871) 

7.0 

(18» 

Mai. 

21.83 

25.18 

16.73 

29.6 

(1870) 

8.7 

(1861) 

Juin. 

24.53 

27.67 

20.87 

31.6 

(1877) 

17.4 

(ltt-i 

Juillet. 

27.47 

30.42 

24.08 

33.7 

(1865) 

20.7 

(18511 

Août. 

26.90 

29.66 

23.74 

33.2 

(1869) 

19.2 

(1857) 

Septembre. 

23.83 

26.95 

20.03 

32.9 

(1853) 

17.2 

(18521 

Octobre. 

19.85 

23.86 

15.20 

31.2 

(1870) 

11.0 

(18» 

Novembre. 

14.86 

19.15 

9.76 

23.7 

(1819) 

4.2 

(1851) 


Ecart annuel moyen : 31°,60 (entre la moyenne des plus hauts nuiia 
id. maximum : 35°,5 (1859, entre les extrêmes -r33v2 rt- 

id. minimum : 27°,0 (1850, entre les extrêmes t : 

Ecart absolu des 30 ans : 37°,2 (entre le plus haut maiimi i 


I 


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399 


LA TEMPÉRATURE 

a 1878) 


(Tableau C) 



TEMPÉRATURE MIN1MA PENDANT LA NUIT 


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14.8 (1832) -2.7 (1870) 28 foi» 


8.93 1.08 15.5 (1854) -3.0 (1862> 31 — 

9.43 0.83 13.5 (1807) —3.5 (1861) 27 — 

10.55 1.92 13.3 (1871) -0.6 (1860) 

13.83 5.43 17.8 (1865) 4 2.9 (1809) 

18.09 9.15 21.3 (1852) +4.6 (1870) 

21.06 13.43 25.0 (1868) +6.5 (1871) 


22.56 16.97 26 2 (1859) 

22.11 16.47 26.0 (1859) 

20.01 13.00 22.6 (1855) 

16.88 8.20 18.9 (1873) 


15.0 (1878) 
12.3 (1876) 
10 1 (1876) 
2.0 (1869) 


12.79 3 24 18 0 (1859) —1.5 (1858) 


e ù « 

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6.54 

6.60 

7.23 


7.81 



ÉCARTS 


TzSS 

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su* 

C — — K 

{£ K S — 
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o 

15.01 

13.41 

11.83 

15.74 

16.32 

16.03 

11.24 

13.45 

13.19 

13.» 

15.66 

15.91 


J0°.79) et la moyenne des plus bas minima de l'hiver (—0°,81) 
it et 27 décembre). 

[let et 12 janvier). 

let 1865, et le plus bas minima —3°,5, 8 février 1864. 


si fi 

S H S g 



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TEMPÉRATURE MOYENNE 

AU LEVER DU SOLEIL, A DEUX HEURES ET AU COUCHER DU SOLEIL 

(Seize ans, 1853 à 1868) 


(Tableau D) 


Skizb ans 


Au LBA’R R DU SOLEIL 


THERMOMÈTRE CENTIGRADE 


A DEUX HEURES 


AU COUCHER DD SOLEIL 


POUR 


CHAQUE MOI8 


Décembre. 
Janvier ... 
Février... 

Mars. 

Avril. 

Mai. 

Juin. 

Juillet. 

Août. 

Septembre. 
Octobre... 
Novembre. 


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fl.63 

O 

10.06 (1868); 

O 

5.13(1850) 

0 

11.61 

13?93 (1868) 

9?25 (1859) 

0 

9.71 

11°99 (1868' 

O 1 

7.98 ilffifli 

1 

5.71 

fl. 86 (1866) 

2.60 (1861) 

10.95 

11.80(1866) 

8 00 (1855) 

9.11 

11.22(1856)! 

6.87 (18S7‘- 

fl. 08 

8.21 (1866) 

3.82 (1854) 

11.94 

13.95 (1866) 

9.21 (1853) 

9.92 

11.99 (1866) 

6.03 ll&'; 

1 

7.73 

9.13 (18fl6) 

5.89 (1853) 

14.17 

16.70 (1859) 

11.58 (1855) 

11.81 

13.88 (1859) 

9 25 (ISM; 

11.20 

13.69 (1858) 

9.57 (1860) 

17.69 

19.33 (1362) 

16.47 (1868) 

15.20 

16.88(1862) 

13.77 i.lf5:> 

14.09 

16.64 (1868) 

12.85(1855) 


22.71 (1868) 

19.39 (1853) 

18.51 

20.47 (1868) 

17.01 (1876 

18.59 

21.35 (1808) 

17.(K (1853) 

25.66 

26.81 (1868) 

22.48 (1853) 

21.97 

21.17 (1868) 

ao.oi \m 

20.72 

23.82(1859) 

19.20(1861) 

26.55 

28.18 (1859) 

24.79 (1864) 

24.14 

21 67 (1866) 

22.97 ilS»( 

20.83 

23.78 (1859) 

18.01 (1860) 

26.58 

28.24 (1859) 

24.58 (1860) 

24.26 

26.46 (1861) 

22.16 (WP. 

17.56 

19.87 (1865) 

14.91 (1854) 

23.52 

25.88 (1865) 

22.39 (1856) 

21.24 

22.31 (1867) 

20.12 il»' 

14.28 

15.50(1855) 

13.07 (1851) 

20.01 

21.52(1862) 

17.62(1853) 

17.65 

19.53 (1862) 

16.22 ilS64 1 . 

9.51 

11.29(1857) 

6.46 (1856) 

14.61 

16.89 (1857) 

12.57 (1854) 

12.58 

14.75 (1857) 

10.01 (18» 

12.79 

* 

* 

18.69 

» 

* 

16.31 

» 

• 


Moyenne générale des 16 ans : 15*94 



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401 


ECART entre le thermomètre à minimai (nuit) et le thermomètre 
à maxima (jour) ou Oscillation nyethémérale de la tempéra¬ 
ture pendant 10 ans (1869 à 1818). 

(Tableau E) 

R I 

DIX ANS 2 J OSCILLATION OSCILLATION I 

5 K I 

POUR CHAQUE “ MOTBNNB MOYBNNB .MAXIMUM MINIMUM I 

MOIS 8 * LA PU S HALTE LA PLl'8 BASSE I 

Décembre.... 6*.8t 8*.'6(1873) 5\98 (1872) 13*.* ( 4.1878) 1 * 8 ( 1 . 1872 ) I 


Janvier. 7 .01 8 .10(1871) 6 . 29 (1800) 1? .3 (17.1875) 1 .9 ( 5.1871) 

Février. 7.76 8 .81 (1871) 6 . 83 (1870) 11.3(11.1.871) 1.6(15.187?) 

Mars. 8 .36 9 . 09(1870) 7 . 61 (1S7?) 13 . 3 ( 1.1869) 1 .7 (25.1871) 

Avril. 8 . 95 10 . 86 (1871) 7 . 79(1872) 14 . 8 (15.1870) 1.3 ( 5.1872) 

Mai. 8 . 87 10 . 32 (1870) 7 . 58 (1875) 18 .1 ( 3.1870) 1 .5 ( 8.1876) 

Juin . 8 . 86 9 .77 (1309) 8 .14 (1875) 13 .8 ( 8.1871) 0 .8 ( 5.1870) 

Juillet. 8 . 67 9 . 75(1870) 7 .10 (1870) 13 . 9 ( 2.1870) 3 . 5 (10.1878) 

Août. 8 . 09 9 . 27 (1870) 7 . 27 (1872) 16 .7 ( 4.1871) 3 . 8 ( 3.18701 


Septembre.... 8.18 9 . 55 (1871) 6 . 77 (1875) 15 . 0 (22.1871) 2 . 3 (27.1875) 

Octobre. 7. 98 10 . 67 (1870) 6 . 05 (1871) 18 . 4 (13.1870) 1 .2 (24.1872) 

Novembre.... 7.50 10.10(1878) 8 . 08 (1871) 13 . 6 (15.1870) 1.8 (29.1871) 


Mot/, génér. 

desdixans. 8*. 12 » » » » 

Moyenne la 

plut haute. » 10VS6 (avril 1871) » » » 

Moyenne la 

plut basse. » » 5° 98 (déc. 1872) » » 

Maxim, ah » » » 18*.4(13oct.l870) * 

Minim. abs.. » * » * 0\8 (5juin 1870) 


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402 


AMPLITUDE du mouvement moyen ascendant et 
descendant du thermomètre centigrade , depuis le 
lever du soleil jusquà. son coucher. 


(8eize ans, de 1853 à 1858). 


(Tableau F) 


SEIZE ANS 


POUR 


CHAQUE MOIS 


ENTRE LE LEVER DU SOLEIL 
BT 2 HEURES 


ENTRE 2 HEURES 

BT LE COUCHER DU SOLEIL 




MOUVEMENT ASCENDANT MOUVEMENT DESCENDAN 



moyenne moyenne 
la plus haute laplusb&ss* 


c 

c — 

a « 


o fl 

E* 

6C 


moyenne moyenne 
le plus haute la pin* b 


o 

Décembre. 4.97 

Janvier. 5.24 

Février. 5 

Mars . 6.41 

Avril. 6.49 

Mai. 6.29 

Juin. 

Juillet. 

Août. 


7.14 (1861) 
7.02 11864) 
8.il (1863) 
8.09 (1857) 
7.55 (1862) 
7.49 (1855) 
7.04 (1861) 
7.50(1854) 
7.68 (1867) 


2.50(1862) 
3 75 (1856) 
4.15 (1855) 
4.92(1856) 
5.01 (1858) 
5.18 (1853) 
3.75 (1864) 
3.74 (1866) 
4.00 (1864) 


Septembre. 

Octobre. 

Novembre. 

5.96 

5.73 

5.10 

8.62 (1851) 

6.46 (1856) 

7.16 il856) 

4.08 (1866) 

3.98(1867) 

1.06(1855) 

Moyenne généra - 
le des 16 ans.... 

5.79 

» 

» 

Moyenne la plus 
haute . 

» 

(sept.) 
8.62 (1854) 

» 

Moyenne la plut 
basse . 

» 

» 

(déc.) 
2.50 (1862) 


1.89 2.42(1856) 

1.81 2.53(1857) 

2.02 3.18(1853) 

2.36 3.78 (1857) 

2.19 3.17 (185:) 

2.47 3.30 (1854) 

2.44 4.20 (1854) 

2.41 3.36(1868) 

3.20(1858) 
3.69 (1859) 
2.36 3.56 (1865) 

3.61 (1856) 


1.25 (I>59) 
1.06(1860) 
1.43 (1858) 
1.63(1860) 
1 84 (1865) 
1.81 (1860) 
1.54 (1861) 
0.82(1866) 
0.93(1861) 
0.93(1861) 
1.23 (1853) 
1.37 (1855) 


(juin) 
4.20 (1854) 


(juillet! 

0 . 82 ( 1866 ) 



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DIFFÉRENCE entre les moyennes nycthémérales des 
jours successifs , ou Variation de la température d'un 
jour à l’autre. 


(Dix ana, de 1860 à 1878). 

(Tableau G) 


DIX ANS 

POUR CHAQUE MOI8 

U 

o “ 

Z * ~ 

«J ; 

2 O 1 

O 

H g 

s s s 

K * as 

02 M 99 

•i; >• » 

£ £ £ 

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02 w « 

£ S 3 
£ 2 * 

Q J 

W 

O 

Z 4 

w * 

B2 s 

« < 

* « 

Q 

DIFFÉRENCE 

• 

MINIMA 

Décembre. 

l*.l? 

**.01 (1370) 

0*. 79(1877) 

6 . 8 (1870) 

0* .0 ( 9 fola) 

Janvier. 

1 .00 

1 .84 (1871) 

0 .76 (1873) 

5 .5 (1871) 

0 .0 ( 6 —) 

Février. 

0 .93 

1 .3* (1870) 

0 .73 (1878) 

4 .9 (1874) 

0 .0 ( 3 - ) 

Mars. 

1 .06 

1 .60(1876) 

0.78 (1875) 

4 . 9 (1869) 

0 .0(13 — ) 

Avril. 

0 .99 

1 .18 (1878) 

0 . 83 (1877) 

3 . 8 (1874) 

0 .0 (l* — ) 

Mai. 

0 .99 

1 .16(1870) 

0 . 85 (1875) 

3 .6 (1869) 

0 .0( 9 —) 

Juin. 

0 .97 

1 .46 (1876) 

0 .70 (1875) 

6 .4 (18*6) 

0 .0(16 — ) 

Juillet. 

0 .78 

0 .99(1871) 

0 . 48(1873) 

3 .5 (1878) 

0 .0 (18 — ) 

Août. 

0 .74 

0 .98 (1876) 

0 . 4* (1873) 

3 . 3 (1874) 

0 .0(11 —) 

Septembre. 


1 .83 (1871) 

0 . 55 (1872) 

4 .1 (1870) 

0 .0(11 —) 

Octobre. 

0 .96 

1 .6* (1870) 

0 .65 (1877) 

5 .8 (1870) 

0 .0(11 — ) 

Novembre. 

• 

1 .06 

1 .44 (1870) 

0.86 (1871) 

6 .1 (1876) 

0 -0 ( 7 -) 

Moyenne générale des 






iO ans . 

12 ^ 

» 

» 

» 

» 

Moyenne la plus haute 

» 

(le/U) 
2°. 01 (déc.) 

» 

(1873) 
0\ 42 (août) 

» 

» 

Moyenne la plus basse 

» 

» 

» 

• 

Maximum absolu .. •. 

» 

» 

9 

(1870) 
6*.8 (déc.) 

» 

Minimum absolu.... 

» 

» i 

» 

• 

0*.0 (126 fo:a) 


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404 



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405 


SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DU 16 FÉVRIER 1879 


La séance est ouverte à 2 heures dans la grande salle de 
l’Hôtel de ville et en présence d’un nombreux auditoire, 
80us la présidence de M. Doniol, préfet des Alpes-Maritimes 
et membre correspondant de l’Institut. 

M. le Préfet prononce l’allocution suivante : 

« Mesdames et Messieurs, 

a Cette année encore, la Société des Lettres , Sciences 
et Arts des Alpes-Maritimes a bien voulu me demander de 
présider sa séance publique. » Je lui en adresse mes remer- 
clments. Elle célèbre aujourd’hui sa dix-huitième année. 
Pour une association qui s’est faite toute seule et ne doit ce 
qu’elle est qu’à elle-môme, c’est une longue existence qui 
présage la longévité. 

« Il est presque toujours bon d’avoir eu de la naissance. 
Les associations ne sont pas moins favorisées à cet égard que 
les personnes. Tout ce qui a la force initiale de l’origine 
grandit et prospère si le mérite s’y joint. La Société répon¬ 
dait aux besoins intellectuels, aux goûts des choses d’art et 
de science dans ce pays international ; elle a su se tenir tou¬ 
jours au niveau, s’animer de l’esprit libéral et ouvert qui est 
l’àme de la vie moderne : c’est pourquoi sa croissance a été 
constante. 

» 


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— 406 — 

« Je serai votre interprète à tous, Mesdames et Messieurs, 
en remerciant ici les fondateurs de la Société des Lettres. 
Sont-ils nombreux encore, au milieu des soixante-dix titu¬ 
laires qu’elle compte en ce moment? Je le souhaite pour elle 
de votre part ; mais j’envie, quant à moi, la profonde satisfac¬ 
tion qui doit être la leur, de voir ainsi se développer et porter 
ses fruits la création à laquelle ils ont voué leur attachement 
et leurs efforts, depuis 1861 , où ils l’ont mise au monde. 

« S’il n’appartenait pas en propre à l’un des membres du 
bureau de vous retracer les travaux de l’année écoulée, je 
me plairais à le faire. De très intéressantes études d’archéo¬ 
logie, de géographie ancienne, ont occupé les séances et les 
publications. Je tiens à citer au moins deux succès dont nous 
devons être fiers. Au congrès des langues romanes tenu à 
Montpellier, il y a quelques mois, sous le patronage de M. le 
Ministre de l’instruction publique, par les romanistes du midi 
de l'Europe, le deuxième prix a été décerné au volume que 
M. Sardou père a écrit sur Y Idiome niçois. C’est la consé¬ 
cration précieuse de la grande médaille que la Société décerna 
l’an dernier à cet excellent et distingué collègue et que j’ai 
été si heureux de lui remettre devant vous, pour sa colla¬ 
boration aussi constante que savante et pleine d’aménité. 

« L’autre succès nous honore tous, nous qui vivons à Nice. 
Une médaille d’or a été attribuée par le Ministre de l’agri¬ 
culture et du commerce à M. le docteur Niepce père, pour 
ses travaux d’eaux thermales, et cette récompense est la troi¬ 
sième seulement de sa nature donnée depuis seize ans.L’éclat 
qui en rejaillit sur le docteur Niepce étend ses rayons sur la 
Société des Sciences et Lettres dont il est un des membres 
assidus et laborieux entre tous. 

« A côté des travaux individuels, la Société a eu ses œu¬ 
vres collectives, comme toute compagnie qui veut marquer 
sa trace. Répandre l’instruction, élever, étendre, accroître 
les connaissances autour d’elle est un de ses buts ; elle s’y 
est employée tant qu’elle l’a pu. Elle avait établi, elle a 
maintenu trois années successives des cours publics d’ensei¬ 
gnement secondaire pour les îeunes filles. C’est de son sein 


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407 


qu’est sortie, en dernier lieu, l’idée de l’Athénée de Nice ; 
c’est à elle que nous devons les leçons ou conférences pu¬ 
bliques qu’y ont données avec talent,l’année dernière et celle- 
ci, des hommes distingués. On les suit avec empressement; 
le Conseil général du département et le Conseil municipal de 
Nice les ont dotées de subventions spéciales : la Société a 
fondé là une institution d’avenir. Je lui en exprime la grati¬ 
tude de tous. 

« Instruire est le devoir de notre temps ; applaudissons 
ceux qui s’ingénient à le remplir. Je crois que tous les droits 
auxquels peut prétendre la nature humaine sont aujourd’hui 
proclamés,et qu’à peu près tous sont garantis; mais la lumière 
dont elle a besoin ne porte pas encore ses rayons bien loin, 
et là où elle arrive elle est souvent faible et vacillante. Nous 
sommes un peuple d’idéal et à cela nous avons conquis 
beaucoup de gloire : désormais la gloire sera à être un peuple 
éclairé. La Société des Sciences et Lettres agit dans cette 
vue sous les limites de sa sphère et de ses moyens. Qu’elle 
me permette de parler encore un moment, afin de donner 
l’éclat de son milieu et de cette solennité aux récompenses 
récemment décernées par le Ministre de l’instruction publique 
pour les services rendus à l’enseignement primaire dans le 
département, » 

Ici M. le Préfet signale les personnes qui ont été récom¬ 
pensées par le Ministre et fait connaître la nature des 
distinctions qu’elles ont à bon droit méritées. Ces personnes 
sont, dans l’ordre même où elles ont été nommées : 

M. Aubert, instituteur à l’école du Port, palmes d’officier 
d’Académie ; — M ,u Gonzalès, directrice de l’école commu¬ 
nale du quartier Saint-Etienne,grande médaille de l re classe; 
— M. Raibaud, instituteur à Vallauris, médaille d’argent ; — 
M. Veron, instituteur à Lucéram, médaille de bronze ; — 
M®* Mareys, directrice de l’école Guiraut à Nice, médaille 
de bronze ; — M. Gayraud à Belvéder, M. Rousset à Puget- 
Théniers, M lta Pons à l’Escarène, et sœur Marie-Eléonore, 
directrice d’une salle d’asile à Nice, mention honorable ; — 
MM. Chaumont, secrétaire de l’inspection académique ; 


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408 


Barbe et Robin, professeur à l’école normale primaire, pal¬ 
mes d’officier d’Académie ; — M. Pollonnais, maire de Ville- 
franche, même distinction pour services exceptionnels rendus 
à l’enseignement primaire dans sa commune. 

M. le Préfet termine ainsi son remarquable discours : 

« J’ai retardé trop longtemps les lectures qui doivent 
remplir cette séance, je me hâte d’en finir.Mais je ne saurais 
quitter la parole sans donner ici pour vous tous un témoi¬ 
gnage de gratitude au secrétaire général de la Société des 
Siences et Lettres , qui est un de ses rares fondateurs survi¬ 
vants. M. Brun, ne se contente pas de porter au milieu de 
vous le flambeau du premier jour avec une constance qui 
ne se dément pas et de rester à toute heure le serviteur zélé 
de l’association, il est un de ses archéologues les plus actifs 
et les plus judicieux, se faisant écouter et louer, chaque an¬ 
née, au congrès de la Sorbonne. J’aurais mal rempli ma t⬠
che de président d’honneur, si j’avais oublié ici son nom après 
en avoir prononcé tant d’autres. » 

M. le D r Macario, président de la Société, prend ensuite 
la parole et fait en ces termes l’exposé de nos travaux pen¬ 
dant l’exercice de l’année 1878 : 

« Mesdames et Messieurs, 

« Voilà deux années consécutives que je suis appelé à 
l’honneur de présider cette solennité. L’année dernière, c’é¬ 
tait pour remplacer, en ma qualité ie vice-président de la 
Société, le président empêché, et cette année pour mon pro¬ 
pre compte comme président effectif. 

« Avant d’entrer en matière, permettez-moi de réclamer 
toute votre indulgence ; car c’est une tâche difficile que d’ap¬ 
précier convenablement les travaux variés et nombreux 
qui ont été produits, dans le courant de l’année qui vient de 
s’écouler, par une société comme la nôtre, d’autant plus dif¬ 
ficile qu’il y a des sujets qui sortent du cadre de mes études 
habituelles. 


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« Je vais néanmoins essayer de remplir du mieux que je 
pourrai l’honorable et délicate mission qui m’a été imposée 
par mes savants collègues. 

« Le dernier volume de nos Annales qui vient de paraî¬ 
tre contient plusieurs mémoires intéressants dignes d’être 
signalés ; ce sont : 

« 1 ° L 'Idiome niçois, par M. Sardou ; 

« 2° U Essai de psychologie appliquée aux sciences ma¬ 
thématiques par le chef de bataillon du génie, M. Cugnin ; 

« 3° Les Aqueducs romains de Cimiez parM.Guébhard ; 

« 4° La première partie de YEpigraphie antique du dé¬ 
partement par M. Blanc; 

« 5° L’ JEgitna de Polybe par M. Sardou ; 

« 6° La rectification de Yltinéraire maritime d’ Antonin 
entre Vintimille et Nice par M. Brun ; 

« 7° L'Etymologie de Cemenelun par le même. 

« Le travail de M.Sardou sur Y Idiome niçois,ses origines, 
son passé et son état présent est d’une grande importance 
philologique. Il a obtenu l’approbation d’un juge compétent, 
à savoir de Mistral, l’auteur du célèbre poëme provençal 
Mireio que vous connaissez tous. 

« M. Sardou a démontré, que l’idiome niçois appartient 
originairement à la langue d’oc, l’une des quatre langues 
romanes nées en occident de la corruption du latin. Les trois 
autres sont la langue d'oil (ancienne langue française), l'ita¬ 
lien (langue du si comme dit Dante), et la langue espagnole. 
Quant à la langue portugaise M. Sardou, d’après Littré, la 
rattache à l’espagnol. Je crois cependant que le portugais 
forme une langue à part aussi distincte que les autres langues 
romanes, qu’il se rattache même d’une manière plus intime 
que les autres au latin. Je me rappelle, en effet, avoir lu dans 
les Lusiades de Camoëns, des séries de vers qui étaient tout 
à la fois latins et portugais. A ce titre il me semble que le 
portugais devrait former la cinquième langue romane. 

a M. Blanc, l’éminent géologue et archéologue de Vence, 
vient de publier la première partie d’une œuvre d’une grande 
haleine, précédée d’une étude sur la géographie ancienne des 


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410 


Alpes-Maritimes : c’est YEpigraqhie antique de notre dé¬ 
partement. Il a fallu à l’auteur, pour entreprendre une telle 
oeuvre, non-seulement une vaste érudition et la connaissance 
des langues grecque et latine, mais encore une énergie et 
une vigueur exceptionnelles ; car il lui a fallu parcourir à pied 
la plaine et gravir les montagnes de toute la contrée. Ce 
n’est qu’un profond amour de la science qui a pu le soutenir 
dans une pareille entreprise. 

« Le travail de M. Blanc ne se prête point à l’analyse ; il 
faut le lire dans nos Annales, où il a paru. 

« M. Blanc nous a, en outre, communiqué les Statuts de 
Fréjus sous Bérenger IV. 

« M. Sénequier nous a fait connaître les différents idio¬ 
mes des environs de Grasse et nous a décrit les nouvelles 
enceintes préhistoriques et les monuments mégalithiques 
fort remarquables des environs de la même ville, dont il a 
relevé lui-même les dessins. 

« Cette importante communication a permis de vérifier les 
assertions de notre savant secrétaire M. Brun, exposées 
dans son travail si original,relatif aux désignations celtiques 
des localitées des environs de Saint-Vallier.M. Brun,comme 
on sait, est persuadé que les noms de plusieurs localités de 
l’arrondissement do Grasse proviennent des dolmens et au¬ 
tres monuments préhistoriques. 

« M. le docteur Bonnal s’occupe d’un sujet très impor¬ 
tant, à savoir de la chaleur animale. Il nous alu la première 
partie de son mémoire dans laqueile il expose et apprécie 
avec une grande clarté les différentes opinions qui ont été 
émises jusqu’à ce jour sur la production du calorique vital. 
Cette lecture est, pour ainsi dire, la préface de ses recher¬ 
ches personnelles dont nous attendons le résultat pour l’ap¬ 
précier comme il le mérite. Mais en attendant ce résultat, 
permettez-moi de vous apprendre que c’est dans la profon¬ 
deur de l’organisme, dans les tissus, dans les éléments ana¬ 
tomiques eux-mêmes que se produit la chaleur animale. Elle 
est le résultat de l’oxydation,de la combustion des tissus or¬ 
ganiques, car, la vie est une flamme dans la véritable accep- 


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411 


tation du mot, comme l’a péremptoirement démontré le 
grand physiologiste dont la France, dont le monde savant 
tout entier pleure la mort prématurée : j’ai nommé Claude 
Bernard, dont je suis fier d’avoir été le condisciple dans les 
hôpitaux de Paris *. 

« Dès qu’un organe entre en activité, dès qu’un phéno¬ 
mène vital à lieu, il y a production de chaleur et partant 
destruction, combustion de l’organe à tel point qu’il est 
vrai de dire que la vie c'est la mort. 

« Cette assertion semblera sans doute paradoxale aux per¬ 
sonnes étrangères aux sciences biologiques. En effet, la for¬ 
mation des organes et des tissus s’effectue sans bruit, sans 
manifestation apparente ; la synthèse organique réunit en 
silence les matériaux ambiants qui s’assimilent aux tissus, 
soit comme principes nutritifs, soit comme éléments essen¬ 
tiels. Ces matériaux seront oxydés, consumés, brûlés plus 
tard dans l’expression phénoménale. Ainsi, dès que nous fai¬ 
sons un mouvement, quand nous contractons un muscle, le 
bras par exemple, quand notre pensée se l'ait jour, au mo¬ 
ment où l’homme de génie enfante une découverte, quand la 
vue des mets sollicite la salivation, il y a destruction, il y a 
mortdes organes ; de sorte que ce qui pour le vulgaire, c’est- 
àrdire l’action, est la caractéristique de la vie, c’est vérita¬ 
blement la mort pour le physiologiste ; et le repos, par con¬ 
tre, c’est la vie : car le repos c’est le temps du travail. C’est en 
effet, pendant le repos que les organes se reconstituent et 
réparent les pertes qu’ils ontéprouvées par l’action. Ainsi la 
vie se maintient et se conserve par deux actes opposés : 
l’organisation et la destruction. 

« J’aime à croire que les expériences de notre honorable 

1. — La chaleur animale n'est cependant pas produite exclusivement par la combustion 
des tissus, des éléments anatomiques, mais encore par l'hydratation et le dédoublement 
des principes immédiats, c’est-à-dire par des actes de fermentation, actes chimiques 
spéciaux aux êtres vivants qui, tout en ayant pour conséquence générale une oxydation, 
n'ont cependant pas la simplicité d'un foyer ordinaire, si bien que ce n'est pas à une sim¬ 
ple machine à feu qu'on doit comparer un être vivant, comme on l'a fait depuis Lavoisier 
mais bien plutôt à la cuve en ébullition du brasseur. Mais ajoutons que cela n'explique 
pas le problème de la vie, problème qui restera toujours insoluble. 


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412 


ami le docteur Bonnal, confirmeront cette vérité, qui est dé¬ 
sormais un axiome en physiologie. 

« M. le docteur Niepce père nous a entretenus de l’origine 
du lehm rouge (argile rouge) des environs de Nice. —Les 
géologues ne sont point encore d’accord sur cette origine. 
Pour les uns, en effet, le lehm rouge est de formation dilu¬ 
vienne ; pour les autres, au contraire, ce serait un dépôt ter¬ 
tiaire pliocène. Notre savant ami, M. de Chambrun de Ro¬ 
semont, est à la tète delà première opinion,et M. Niepce, 
défend la seconde avec des arguments sérieux. N’importe, 
la question ne semble pas encore résolue. Nous conseillons 
donc aux deux savants antagonistes de poursuivre leurs re¬ 
cherches sur cet intéressant sujet. 

« M. Brun, l’infatigable secrétaire de la Société, a étudié 
les théâtres antiques de la contrée comparativement à ceux 
d’Arles, d’Orange et de Rome. Dans cette étude l’autejr a 
fait preuve d’une rare érudition et d’une connaissance appro¬ 
fondie des styles architectoniques. Je n’en dirai pas davan¬ 
tage, car vous allez en entendre la lecture. 

« M. Brun a essayé, en outre, de démontrer l’origine cel¬ 
tique des habitants des Alpes-Maritimes en s’appuyant sur 
le témoignage des auteurs anciens (Pline, Strabon,etc.,) les 
documents archéologiques et la linguistique. 

« L’opinion de M. Brun n’est pas acceptée par tout le 
monde; plusieurs écrivains de l’ancien comté de Nice même, 
entre autres le célèbre historien Alberti, deSospel, et P. L. 
Caire, de Nice, soutiennent que les habitants de notre Comté 
sont des Ligures, que les Celtes n’ont jamais habité cette 
contrée et, pour le prouver, ils s’appuyent sur les théogonies 
de l’antique Ligurie, sur les mœurs, les coutumes, les tra¬ 
ditions et la linguistique. — « Où trouve-t-on dans la con¬ 
trée, dit M. Caire, des désinences de localité en acco, ago, 
a£e, è ou y, qui puissent faire croire à une dérivation celti¬ 
que, comme cela s’observe en Piémont et en Lombardie, où 
les Celtes laissèrent des traces de leur passage ? Ce ae 
sont certes pas, poursuit M. Caire, les noms d’Ariana, de 
Drappo, de Peglia, d’Eza, de Falicone, de Scarena, de To- 


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418 


etto, de Berra, de Lucerame, de Levenzo, de Coaraza, de 
Clanzo, d’Utelle, de Lantosca, de Belvedere, de Roccabi- 
gliera, de Sospello, de Torretta, etc., qui sont de nature à 
le faire supposer. » 

« Cette question ne semble donc pas encore résolue et doit 
par conséquent toujours rester à l’étude. 

a M. Germain, conducteur principal des ponts et chaus¬ 
sées à Nice, a exposé au pavillon d’anthropologie du Tro- 
cadero : 1° les dessins de trois tumulus ligures qu’il a décou¬ 
verts dans les communes de la Trinité et de Peillon ; — 
2° une carte archéologique de l’arrondissement de Nice; 
— 3° les dessins de Y oppidum du rocher du Château et de 
huit enceintes ligures de nos montagnes; — 4° le dessin des 
camps de Bastia et de Saint-Laurent dans la vallée de la 
Turbie avec les nombreux objets qu’il y a trouvés ; 5° 

enfin, un squelette découvert au sommet du tumulus, tête 
du camp de Bastia. 

« Tous ces objets ont été fort remarqués et étudiés par les 
savants et particulièrement par M. Cartailhac, le célèbre 
archéologue et anthropologiste de Toulouse. Voici la lettre 
que ce savant lui adressa : 

a J’ai étudié avec le plus vif intérêt vos envois à notre 
Exposition. Je n’ai qu’un regret, c’est que vous n’ayez pas dessiné 
sur papier autographique vos excellents dessins. J’aurais publié 
ces planches dans ma Revue avec le plus grand plaisir. 

« Avez-vous l’intention de publier votre travail sur les sépul¬ 
tures dans quelque revue ou bulletin de Société ? Si oui, j’attendrai 
cette publication avec impatience ; si non, encore une fois usez 
de l’hospitalité que je vous offre dans la Revue officielle de 
V Exposition. 

« Agréez, etc. 

« M. Chauvain a donné lecture à la Société d’un travail 
fort intéressant et très bien écrit sur les Chambres Syndi¬ 
cales et la loi de juin 1791. 

« L’auteur démontre que ces chambres sont non-seule¬ 
ment utiles, mais nécessaires au progrès social, politique et 


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414 


industriel. Elles sont appelées à devenir un puissant auxi¬ 
liaire aux chambres de commerce, aux tribunaux, aux ad¬ 
ministrations municipales; elles constituent des centres de 
réunion qui permettent aux fabricants, aux marchands, de 
faire valoir leurs droits, de défendre leurs intérêts, de porter 
avec quelque chance, auprès des autorités, des réclamations 
collectives qui, présentées au nom d’un seul, resteraient 
souvent impuissantes ; elles forment un trait d’union entre 
les patrons et les ouvriers, facilitent le règlement à l’amia¬ 
ble de bien des difficultés entre fabricants et marchands, en¬ 
tre patrons et employés, difficultés entretenues quelquefois 
par la passion et qui amènent des grèves dont souffrent 
également l’ouvrier, le patron et le consommateur. Et ce¬ 
pendant les chambres syndicales ne sont pas légalement 
reconnues et, ce qui est pis, la loi de juin 1791, si funeste 
aux transactions commerciales, n’est pas abrogée. 

« Espérons que le nouveau régime sous lequel nous vivons 
mettra un terme à ce fâcheux état de choses, qu’il n’oubliera 
pas que dans le monde des passions, dans le monde des in¬ 
telligences, dans le monde des intérêts, l’harmonie ne se 
fondera que par l’association, comme le dit avec raison 
Louis Reybaud. 

« La question traitée par M. Chauvain est d’une impor¬ 
tance capitale et nous attendons avec impatience la suite de 
ses études. 

« Comme on le voit, les soins de son grand hôtel n’em¬ 
pêchent pas notre honorable collègue de s’occuper avec 
succès des questions économiques et sociologiques, et je 
saisis cette occasion pour lui adresser mes félicitations. 

« Notre Société compte parmi ses membres un autre maî¬ 
tre d’hôtel distingué : c’est M. Steinbruck de l’hôtel d’An¬ 
gleterre que j’ai surpris maintes fois lisant dans leurs textes, 
les œuvres d’Horace et d’Homère. 

« M. Steinbruck nous a déjà donné et nous donnera enco¬ 
re, je l’espère, des gages de son savoir et de son érudition. 

« L'Essai de Psychologie appliquée aux mathématiques 


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415 


du commandant Cugnin, qui vient de paraître, mérite d’être 
étudié avec attention à cause de sa haute importance. 

« Des études de M. Cugnin découle l’enseignement sui¬ 
vant, trop oublié de nos jours : C’est qu’il importe de se pré¬ 
parer à l’étude des sciences physiques et mathématiques par 
l’étude des disciplines philosophiques, attendu que la philo¬ 
sophie est la science des principes, comme le proclamait 
Aristote, la base de toute connaissance. Hors la philosophie 
point de salut. On ne sera jamais, en effet, un savant vrai¬ 
ment digne de ce nom, un grand naturaliste, un grand 

médecin, un grand littérateur, si on est étranger aux discipli- 

» 

nés philsophiques. Vous n’aurez que des savantules , qu’on 
me passe le mot, qui se croiront des phénix, mais qui, en 
réalité, ne sont que de vulgaires moineaux. 

« La science roule sur deux éléments : le phénomène et la 
qualité ; mais les phénomènes sont, par rapport à nous, inté¬ 
rieurs ou extérieurs. Les premiers constituent réellement le 
principal élément de la connaisance, car ils nous révèlent la 
notion de notre propre existence. C’est par eux que nous 
savons qu’il y a en nous une substance distincte de celle que 
nous révèlent les phénomènes extérieurs : d’où la notion que 
l’univers est constitué de deux substances, l’esprit et la 
matière, l’àme et le corps. 

« La qualité principale de la matière est l’inertie ; et celle 
de l’esprit l'activité, en vertu de laquelle l’esprit agit de 
motu proprio, indépendamment de toute influence exté¬ 
rieure, tandis que la matière a besoin d’une cause externe 
pour entrer en activité. 

« Les adversaires du spiritualisme objecteront sans doute 
que l’esprit ou l’àme est dans le même cas, que nos sensa¬ 
tions sont toujours accompagnées de mouvement de la 
substance cérébrale. Cela est vrai, mais comment avons-nous 
conscience de ces impressions? — Entre cette conscience et 
la modification du cerveau s’étendra toujours un abîme que 
le matérialisme ne pourra jamais franchir, parce qu’il se 
trouve là en présence de quelque chose qui diffère en tout de 
la transformation d’un mouvement en un autre ÇTyndall). 


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« Notre connaissance de la nature, comme le dit Dubois-Ré, 
est bornée entre deux limites qui lui prescrivent éternelle¬ 
ment d’un côté l’impossibilité de connaître l’essence de la 
force et de la matière, de l’autre celle d’expliquer les phéno¬ 
mènes intellectuels à l’aide de leurs conditions matérielles. 

« Entre ces deux limites la science est maîtresse souve¬ 
raine : elle analyse, elle construit à son gré, et nul ne saurait 
fixer les bornes de son savoir et de sa puissance ; mais au- 
delà de ces deux limites, son empire cesse, et elle ne les 
franchira jamais; car vouloir les franchir, c’est vouloir s’aven¬ 
turer dans les ténébreux domaines de Y Inconnaissable. 

« Cependant, au-delà du Connaissable, la raison humaine 
et l’induction scientifique sont forcées d’admettre une force 
suprême, absolue, qui préside aux destinées de l’univers. 
Oui, Mesdames, oui Messieurs, dans ces temps de troubles 
et de guerres homicides, dans ces temps de peste qui nous 
menace et d’iniquités, dans ces temps de misères physiques 
et morales, la foi en Dieu fait la consolation et l’espérance 
de l’humanité. 

« M. René Guébhard a décrit avec soin les aqueducs ro¬ 
mains qui alimentaient Cimiez, l’antique Cemenelum des 
Romains. L’un de ces aqueducs venait de Mouraille et l’autre 
de Falicon. Ce sont des travaux dignes du Peuple-roi qui a 
construit le Colysée, le Pont du Gard, le théâtre d’Orange 
et tant d’autres travaux qui étonnent toujours la science 
moderne. 

« M. Teysseire a publié dans le courant de l’année der¬ 
nière deux volumes fort appréciés, à savoir un roman 
intitulé : Trop tôt , dont le sujet est un petit garçon et une 
petite fille qui étant élevés ensemble, s’éprirent mutuelle¬ 
ment d’un profond amour, d’abord inconscient, qui les con¬ 
duisit tous deux au tombeau après que la jeune fille, par 
un enchaînement de circonstances fatales, eut épousé le 
père du jeune homme. 

« M. Teysseire, croyons-nous, a peut-être voulu, en paro¬ 
diant un vers célèbre, prouver que chez les cœurs sensibles 
l’amour n’attend pas le nombre des années pour se développer. 


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« Le second volume est un voyage en Italie où, après le 
nombre incalculable d’écrits sur la Péninsule, l’auteur a 
encore trouvé le moyen de faire du nouveau. 

« Cet ouvrage a eu une chance singulière : il a été traduit 
en Cambodgien, par ordre du roi de Cambodge, par notre 
compatriote et ami Félix Faraut, ingénieur en chef de ce 
royaume de l’extrême Orient. Pareil honneur est échu éga¬ 
lement à mon livre sur la Genèse des mondes qui, m’écrit 
le traducteur, a fortement captivé l’attention de Sa Majesté 
Norodon. Ce roi aime beaucoup les voyages et les sciences ; 
aussi est-il membre de la Société de géographie, de celle 
d’acclimation et de plusieurs autres sociétés savantes, dont 
il reçoit régulièrement les bulletins et dont M. Faraut lui 
traduit les passages les plus intéressants. 

« M. Teysseire avait en outre formé le projet d’élever dans 
le Jardin Public une colonne météorologique afin que les 
étrangers pussent se rendre un compte exact de la douceur 
de nos hivers. Ce projet allait recevoir son exécution, lors¬ 
que notre savant ami a été frappé d’une cruelle maladie qui 
le tient éloigné du monde et de nos travaux, auxquels il 
prêtait un précieux concours. 

« M. de Fontanes enfin, vient du publier un volume avec 
le titre : Deux touristes en Algérie. Je regrette vivement 
de ne pouvoir l’apprécier ici, car je ne l’ai pas lu, n’en ayant 
eu connaissance que ce matin môme. 

« Telles sont les œuvres de notre Société dans le courant 
de l’année qui vient de s’écouler. 

« Avant de terminer qu’il me soit permis de payer un 
tribut de regrets à la pieuse mémoire d’un de nos membres, 
M. Croze, ancien voyer en chef du département. C’était un 
homme de bien, fort instruit, mais modeste, qui laisse un 
profond souvenir chez tous ceux qui l’ont connu. 

« Nous avons, en outre, perdu deux autres membres ; 
mais qui, Dieu merci, sont pleins de santé. Ce sont M. 
Roumestan, inspecteur d’Académie, qui fut appelé dans 
une autre résidence, et M. Fabre des Essarts, qui a quitté 
Nice, et dont la charmante muse venait parfois égayer l’aus- 


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à 



418 


térité scientifique de nos séances. Mais pour trois membres 
perdus nous en avons gagné dix-sept. Ce sont : 1° Pairnii 
les membres honoraires, MM. Victorien Sardou, de l’Aca¬ 
démie française, dont il est superflu de vous faire l’éloge ; 
Delestrac, ingénieur général des ponts et chaussées;le 
comte de Montalivet, Guilloteau, Charles Robert, de l’Ins¬ 
titut, et le comte de Moncel, également de l’Institut. 

« 2° Parmi les membres titulaires : MM.le comte Schou- 
valoft, le colonel Féraud, Séligmann, président du Tribunal 
civil, Delestrée,inspecteur d’Académie, le docteur Comandré 
(de Cauterets). 

« 3° Parmi les membres correspondants : MM. Bona¬ 
parte Wyse, officier de marine, petit-neveu du grand em¬ 
pereur, Desjardins, président de la Société archéologique 
de Lyon, Charles Deslys, Paul Saunière, de Sor, le docteur 
Greletty (de Vichy). 

« Comme on le voit, notre société est pleine de vie. Je 
ne dirai pas tout le bien que je pense d’elle de crainte d’être 
taxé de partialité et de donner à soupçonner que je plaide 
pro domo me a ; mais voici ce qu’en dit un juge compétent, 
membre de l’Institut et du Comité des travaux historiques : 

« L’archéologie, dit Charles Robert, possède dans les Alpes- 
Maritimes des richesses inépuisables et des adeptes aussi 
habiles que zélés. Le tome IV de la Société des lettres, 
sciences et arts de Nice contient sept articles qui tous 
méritent l’intérêt de votre section. » 

« Après un tel éloge je n’ai plus rien à ajouter. 

A la suite de ce discours, fréquemment applaudi, M. le 
docteur Niepce père, alu une savante étude paléontologique 
sur l’origine du cheval ; M. Brun a communiqué quelques 
extraits d’une intéressante étude sur les théâtres antiques de 
la contrée, qu’il a comparés à ceux d’Arles, d’Orange et de 
Rome ; M. Charles Deslys alu, avec le talent qui le caractérise, 
une charmante nouvelle intitulée : La lettre du médecin. 

Toutes ces communications ont été couvertes d’applau¬ 
dissements ainsi que l’appel des lauréats dont les noms 
figurent dans le discours de M. le préfet. 


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SÉANCE PUBLIQUE ANNUELLE 

DU 15 AVRIL 1880 


La Société a tenu sa séance publique annuelle dans la 
grande salle de l’Hôtel de ville, sous la présidence de M. 
Le Roy, secrétaire-général, délégué par M. le préfet, 
empêché. 

La séance a été ouverte à 3 heures par M. le secrétaire- 
général qui a prononcé le discours suivant: 

« Messieurs, 

« Votre séance publique annuelle commence par une dé¬ 
ception, puisque c’est à moi qu’est échu l’honneur, dont je 
me sens fort indigne, de présider cette solennité. M. le 
préfet, qui eût été très heureux de se trouver au milieu de 
vous, s’est vu forcé, à son très vif regret, de s’absenter pour 
quelques jours, et m’a chargé de vous dire le chagrin qu’il 
a ressenti de ce contre-temps. Je n’ai pas l’espérance de le 
remplacer; je me permets donc d’invoquer l’indulgence qui 
m’est nécessaire et que vous voudrez bien ne pas me refuser. 
Assurément, Messieurs, s’il suffisait de s’intéresser vive¬ 
ment aux études sérieuses qui vous occupent, je pourrais 
me dire des vôtres ; mais je ne saurais avoir cette préten¬ 
tion, et je ne puis qu’applaudir à vos succès, en m’associant 
du fond du cœur aux sympathies qu’ils inspirent à toutes 
les âmes élevées, à tous les esprits véritablement soucieux 
de la grandeur intellectuelle de notre pays. Aussi bien, 
Messieurs, n'ai-je qu’à jeter les yeux autour de moi pour 
trouver la marque de cette communion d’idées féconde en 


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r 


— 420 — 

grands résultats. Le gouvernement de la République, que 
je représente ici; l’administration municipale qui met avec 
empressement à votre disposition son Hôtel de ville, cette 
brillante assemblée accourue à votre appel : tous, enfin, com¬ 
prennent votre œuvre et ne lui ménagent pas leur admira¬ 
tion. C’est qu’en vérité, Messieurs, Nice est, grâce à vous, 
une ville parfaite. 

« Nice, à laquelle on fait parfois le reproche immérité de 
n’être, par son beau ciel, sa vie élégante et facile, qu’un 
centre aimable de distractions mondaines, est aussi un foyer 
de sciences et d’érudition. On ne se contente donc pas, 
dans ce pays enchanté de sacrifier aux grâces; et c’est à vous 
qu’il appartenait, par vos patientes recherches, par vos in¬ 
vestigations incessantes dans une région si riche en souve¬ 
nirs historiques, de prouver que l’étude n’avait ni abdiqué, 
ni perdu ses droits. Vous avez réuni, depuis près de vingt 
ans, les documents les plus curieux pour l’archéologie, l’épi- 
graphie, l’histoire, la géologie, la médecine, l’hygiène ; et 
vous continuez chaque année à enrichir de découvertes 
nouvelles le trésor des connaissances humaines. Qui ne 
vous serait reconnaissant de tels efforts ? A coup sûr, 
personne ne me démentira si je dis que vous avez bien mé¬ 
rité du pays. 

« Cette année, d’ailleurs, brillera d’un éclat singulier 
dans vos annales déjà glorieuses. La Société des Lettres, 
Sciences et Arts des Alpes-Maritimos a obtenu un prix de 
1,000 francs et une médaille au Congrès des Sociétés sa¬ 
vantes de province siégeant à Paris. Cette simple nouvelle 
pourrait se passer de tout commentaire : c’est la consécra¬ 
tion de vos travaux, je ne veux pas dire le couronnement de 
l’édifice, car je sens que cette distinction ne fera que sti¬ 
muler encore, s’il en était besoin, votre ardeur scientifique. 
Vous me permettrez, Messieurs, au nom de tous ceux qui 
m’écoutent, de vous féliciter de ce succès qui vous était 
bien dû, et dont le département des Alpes-Maritimes tout 
entier doit se sentir fier. 

« Mais il me reste aussi à accomplir un devoir qui 


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— 421 — 

m’est cher : — je suis assuré, Messieurs, d’être l’inter¬ 
prète de ceux qui m’écoutent en rendant un public hom¬ 
mage à ceux d’entre vous dont les travaux ont été soumis 
au Congrès des Sociétés savantes, en invoquant ce vieil 
adage : « Ceux qui furent à la peine doivent être aussi à 
l’honneur. » 

« M. Brun a présenté au Congrès un mémoire extrême¬ 
ment intéressant sur l'état actuel des découvertes archéolo¬ 
giques faites à Cemenelum (Cimiez). 

« M. Edmond Blanc, de Vence, a présenté une étude 
très remarquable sur le plafond peint du château de Cagnes 
et attribué à Carlone. Votre Compagnie peut s’enorgueillir 
à juste titre de posséder dans son sein des hommes de cette 
valeur, qui l’ont si dignement représentée à cette assemblée 
qui pourrait s’appeler les Etats généraux de la science 
provinciale. 

« Mais je neveux pas retarder plus longtemps, Messieurs, 
le compte rendu de vos travaux et les rapports que vous atten¬ 
dez avec une impatience bien légitime. Il ne me reste plus, 
Messieurs, qu’à vous remercier de votre bienveillance; à 
vous féliciter encore de vos triomphes; à vous assurer, enfin, 
des vœux ardents que forme l’administration supérieure 

pour la continuation de vos succès. » 

% 

Après ce discours qui a été accueilli par de vifs applau¬ 
dissements, M. le docteur Maurin, président de la Société, a 
fait le compte rendu suivant des travaux de ladite Société 
depuis la dernière séance publique. 

I 

« Mesdames, Messieurs, 

« J’ai pour devoir de vous présenter le compte rendu des 
travaux de la Société des Lettres, Sciences et Arts de Nice 
pendant l’année qui vient de s’écouler, et je m’acquitte avec 
plaisir de cette tâche qui m’incombe, en raison de l’affection 
que je porte à cette Société et de la reconnaissance que je 
lui dois. Il me semble, d'ailleurs, lorsque j’envisage les 

30 


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422 


beaux travaux accomplis et les brillants succès obtenus de¬ 
puis l’année dernière, que je n’ai à établir ici qu’un bilan 
des plus prospères. Si donc, par malheur, je ne réussissais 
pas à vous faire partager mon sentiment, veuillez ne vous en 
prendre qu’à moi-même. 

« En général, toutes les joies sont mêlées de tristesses, 
tous les triomphes accompagnés de regrets. Avant d’enre¬ 
gistrer nos faits glorieux, nous avons à compter nos pertes. 
Depuis notre dernière séance publique, quatre membres de 
notre Société ont quitté la vie : M. le comte de Montalivet, 
M. Walferdin, M. Ch. Nègre, M. le colonel Féraud. Nous 
leur devons notre premier hommage; où pourrions-nous, 
mieux qu’ici, leur adresser un dernier et solennel adieu? 

« De M. le comte de Montalivet, je ne dirai qu’un mot, 
parce que son nom et sa mémoire appartiennent à l’histoire 
générale de notre époque. Il était membre titulaire de notre 
Société depuis 1867, et membre honoraire depuis son départ 
de Nice ; il se montra toujours plein d’intérêt et de bienveil¬ 
lance pour elle, et très heureux de ses succès. 

« M. Hippolyte Walferdin, ancien représentant du peu¬ 
ple à la Constituante du 1848 et savant distingué, fut l’ami 
et le collaborateur de F. Arago et de Dulong, qui l’asso¬ 
cièrent à leurs recherches sur l'accroissement de la tempéra¬ 
ture de la terre à mesure que l’on pénètre plus à l’intérieur. 
On lui doit le thermomètre à déversoir, qui lui fut d’une 
grande utilité pour la mesure de la température de l’eau 
dans les grandes profondeurs, ainsi que les thermomètres à 
maxima et à minima qui portent son nom et qui se placent 
dans la position inclinée. C’était lui-même aussi qui avait 
construit la plus grande partie des instruments d’optique 
dont il se servait. 

«Amateur des beaux-arts, passionné surtout pour les let¬ 
tres et les arts du dix-huitième siècle, M. Walferdin prit 
une part active à la publication de l’édition de Diderot par 
Brière, et réunit une riche collection de tableaux, surtout des 
œuvres de Fragonard, à une époque où ce maître était tombé 
dans l’oubli. Il est mort à quatre-vingt quatre ans, fidèle à 


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— 423 — 

ses convictions philosophiques et politiques. Il avait été no¬ 
tre hôte assidu, et pendant longtemps il était venu passer les 
hivers à Nice, où il comptait plus d’un ami, et où, sous le 
couvert de son goût pour les arts et de sa foi politique, son 
bon cœur lui a fait répandre de nombreux bienfaits. Il était 
membre honoraire de notre Société et il s’est toujours parti¬ 
culièrement intéressé à ses succès. Que son nom reste dans 
nos souvenirs et dans nos annales. 

« M. Ch. Nègre était un enfant de ce pays, car il était né à 
Grasse et il y est mort. Élève d’Ingres, il était devenu un pein¬ 
tre distingué ; et il est le premier qui ait inventé un procédé 
d’héliographie. Le Bulletin de la Société française de pho¬ 
tographie , 26 e année, n° 2, porte sur lui le jugement suivant : 

«Un des vétérans de la photographie, dont les remar- 
« quables travaux d’héliogravure remontent aux premiers 
« essais d’impression aux encres grasses, M.Ch. Nègre, est 
« décédé à Nice, où il vivait retiré. Nous retrouvons dans 
« nos collections de grands spécimens de gravure hélio- 
« graphique exécutés par lui sur plaques d’acier, représen¬ 
te tant les plus beaux travaux de la cathédrale de Chartres et 
« prouvant, dès le début, tout l'intérêt et l’avenir que pré- 
« sentaient ces procédés. Malheureusement, Ch. Nègre 
« s’était isolé dans ses travaux ; n’ayant autour de lui ni 
« élèves ni collaborateurs, il n’a pu suivre cette marche pro- 
« gressive qui seule amène les meilleures méthodes à l’état 
« complètement pratique ; et, si nous connaissons l’ensem- 
« ble des moyens par lesquels il obtenait, avec le bitume de 
« Judée et les dorures galvaniques, les réserves que demande 
« la morsure des planches, il faudra, à qui voudra reprendre 
a l’application de ce système général, la recherche conve- 
« nable de tous les détails qui assurent la réussite, et que 
« des collaborateurs du maître eussent seuls pu nous trans- 

« mettre.Sa santé délicate lui avait imposé, depuis plu- 

« sieurs années déjà, la retraite et le repos sous le doux cli- 
« mat de Nice. Là, nommé professeur de dessin au Lycée, il 
« vivait modestement, après avoir attaché à jamais son nom 
« aux premiers beaux résultats de l’héliogravure. » 


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i 




— «4 — 

« C’est ainsi, Mesdames et Messieurs, que nous avons 
connu M. Ch. Nègre, ce grand vieillard maigre, timide, d’une 
modestie égale à son talent, et aimé de tous ceux qui le con¬ 
naissaient. C’était un inventeur; mais, comme tant d’autres, 
il ne retira aucun profit de ses inventions, et à lui-même, 
comme à tant d’autres, on pourrait appliquer les fameux vers 
de Virgile : Sic vos non vobis. Que reçut-il, en effet, comme 
récompense et comme honneur ? Lors de la 33“ e session du 
Congrès scientifique de France, qui eut lieu à Nice en 1866, 
la Société française d’archéologie lui décerna une médaille 
d’argent pour ses beaux procédés de l’héliogravure ; il fut 
investi de la modeste place de professeur de dessin au Lycée ; 
et l’année dernière, peu de temps avant sa mort, il fut nommé 
officier d’académie. Et c’est tout. Puisse l’hommage public 
que nous lui rendons aujourd’hui contribuer à faire vivre 
son nom dans vos mémoires. 

« Un autre homme, d’un grand mérite, dans un autre 
genre, a droit à une égale part dans nos regrets et dans nos 
souvenirs. Notre très honoré collègue, M. Féraud, colonel 
du génie en retraite, a couronné toute une vie de dévouement 
par une irrésistible immolation de soi-même pour sauver ses 
enfants. Je ne dirai rien de plus de cet homme de bien, dont 
lamort fut si déplorable, parce que vous entendrez dans un 
instant un récit de sa laborieuse et belle existence que nous 
devons au cœur et à la plume de M. le commandant Cugnin 
et qui sera inséré dans nos Annales. 

« Vous le voyez, notre Société a éprouvé, depuis sa der¬ 
nière séance publique, des pertes cruelles et irréparables. 
Toutefois, elle a fait en même temps des recrues nombreu¬ 
ses et distinguées, dont les travaux et les dons, quoique ré¬ 
cents, ont déjà accru d’une manière sensible notre stock de 
productions et de richesses. Parmi ces recrues, se trouvent 
huit membres honoraires, dont les noms et les mérites con¬ 
tribueront puissamment à rehausser l’éclat de notre Société. 
Ce sont : 

« M. Gustave Vallier, numismate distingué, auteur de 
plusieurs publications intéressantes; 


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— U» — 

« M. Desor, le compatriote d’Agassiz et son émule, profes¬ 
seur à l’université de Neufchâtel, et connu de tout le monde 
savant par ses travaux sur la géologie et l’archéologie ; 

« M. le baron Boyer de Sainte-Suzanne, gouverneur géné¬ 
ral de la principauté de Monaco, homme de goût et d’érudi¬ 
tion, publiciste distingué, auteur d’études fort remarquables 
sur les tapisseries ; 

« M. William Boyne, numismate fort distingué, pos¬ 
sesseur de plus de trente mille médailles et auteur d’un très 
bel ouvrage sur la numismatique ; 

« M. Bischoffsheim, qui a donné deux millions pour fonder 
un observatoire à Nice, a été nommé par acclamation mem¬ 
bre honoraire de notre Société ; 

« M. Bottin, receveur des postes et des télégraphes à 
Saint-Vallier, qui exploite toutes les richesses archéologi¬ 
ques de ce pays et qui a découvert et signalé les beaux dol¬ 
mens de Devans; 

a M. Lazard, architecte, l’auteur du beau projet de recou¬ 
vrement du Paillon, avec construction d’un Casino, qui va 
être mis à exécution et contribuera si efficacement à l’em¬ 
bellissement de Nice ; 

« M. Charles Livet, officier de l’instruction publique, 
littérateur et linguiste des plus distingués. 

« A ces huit :.nmbres honoraires, nouveaux, je dois 
ajouter M. le commandant Cugnin, qui, nommé chef du 
génie à Palaiseau, près de Paris, a dû quitter Nice, et que 
notre Société, très affligée de son éloignement, a nommé 
membre honoraire par acclamation. 

« La Société s’est adjoint aussi onze membres titulai¬ 
res. Ce sont, par ordre de dates : M. le docteur Ducoux ; 
M. Harris, consul d'Angleterre ; M. Lœwenstein, de la Styrie ; 
M. le docteur Desjardin ; M. Aimé Martin ; M. Barbe père ; 
M. Preire ; M. le docteur Dupeyron ; M. le docteur Smeltz ; 
M. Louis Deville; M. le docteur Troque. 

« La Société s’est également annexé huit membres 
correspondants: M. Ch. Jolivet, ancien secrétaire général 
de la préfecture des Alpes-Maritimes, actuellement secré- 


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— 428 — 

taire général de la principauté de Monaco ; — M. le docteur 
Massé, directeur et rédacteur en chef de la Gazette des 
Eaux; — M. Bourguignat, géologue et archéologue distin¬ 
gué, connu par de nombreux travaux, parmi lesquels je 
citerai particulièrement ses Etudes sur les Alpes-Mariti¬ 
mes; — M. Lieutaud, le savant conservateur de la biblio¬ 
thèque de Marseille, qui est aussi président de l’Aube 
Provençale ; — M. Louis Bénard, secrétaire général de la 
Mairie de Boulogne-sur-Mer, auteur d’une histoire de cette 
ville, officier d académie. 

« Certes, nous trouvons, dans ces trois classes d’associés, 
des noms qui nous promettent pour l’avenir une collabora¬ 
tion efficace et féconde ; mais déjà, si seulement nous por¬ 
tons notre attention sur les travaux accomplis durant l’an¬ 
née qui vient de s’écouler, nous avons lieu d’être satisfaits. 
En effet, la Société a reçu un grand nombre de brochures et 
de volumes qui lui ont été adressés par leurs auteurs et dont 
il serait fastidieux de faire l’énumération ; elle a reçu aussi 
plusieurs objets curieux, intéressant la géologie et l’archéo¬ 
logie. De plus, un assez grand nombre de mémoires sur des 
sujets variés ont été lus dans nos séances et la plupart me 
semblent présenter un certain intérêt. Je voudrais bien vous 
en donner la preuve, mais comment m’y prendre ? Je ne 
saurais avoir la prétention de vous en offrir une analyse, 
même succinte; le temps et les moyens me manqueraient, 
et vous n’auriez pas la patience de m’écouter jusqu’au bout. 
— Dois-je vous en donner la liste par ordre de dates, c’est- 
à-dire selon l’ordre où ils se sont produits dans la succes¬ 
sion de nos séances? Cela serait bien aride et ne vous 
intéresserait guère plus que si je vous énumérais, une par 
une et de minute en minute, toutes les personnes qui passent 
sur un pont dans le courant d'une journée. J’aime mieux 
vous indiquer tout simplement ces travaux, en les rattachant 
aux noms de leurs auteurs rangés par ordre alphabétique. 
Mes auditeurs pourront facilement voir ainsi quelles ont été, 
parmi nous, les personnalités les plus laborieuses et de 
quel genre d’études chacune d’elles s’occupe plus spéciale- 


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— 427 — 

ment. Ils pourront aussi réserver aux ouvriers qui auront 
été le plus à la peine, une plus grande part d’estime et 
d’honneur. Quant à moi, il me semble que j’ai trouvé ainsi 
un bon moyen de me tirer d’embarras, tout en restant 
impartial. 

« M. Alaux, l’éminent professeur que vous connaissez 
tous, nous a lu un savant travail sur les variations de la 
morale dans l’humanité. Les variations de la morale!... 
Eh ! oui ; la morale a ses variations, comme toutes les con¬ 
ceptions de l’intelligence humaine qui ne sont pas de l’ordre 
mathématique pur. Pascal et d’autres profonds esprits l’ont 
reconnu et avoué. Toutefois, rassurez-vous : ces variations, 
qui ont leur raison d’être dans la différence des temps, des 
lieux, des mœurs, etc, n’existent que dans la forme et à la 
surface. Au fond, il y a une morale, une, invariable, abso¬ 
lue, que les moralistes et les philosophes travaillent à déga^ 
ger des voiles qui nous la cachent. C’est l’idéal duquel le 
législateur cherche à s’inspirer en formulant ses prescrip¬ 
tions, et auquel l’homme honnête et sage s’applique à con¬ 
former sa conduite. Voilà ce que M. Alaux a démontré 
avec une logique irréfutable et dans un style digne, par son 
élévation, d’une aussi belle thèse. Aussi la Société a-t-elle 
décidé qu’un extrait de ce travail serait envoyé au concours 
de la Sorbonne, pou - y être lu en séance publique. (Décision 
du 18 mars 1880.) 

« M. Brun, notre laborieux et fécond secrétaire général, 
nous a lu plusieurs mémoires intéressants, dont voici les 
titres: Réponse à une critique formulée en séance publi¬ 
que, étude historique. — Du tracé des égouts à Nice ; 
principes qui doivent présider à leur établissement. — 
Etymologie du nom de la ville de Cannes. —Etude sur 
les mœurs probables des hommes primitifs, basée sur les 
découvertes faites par M. E. Rivière. — Des armes de l'é¬ 
poque néolithique. M. Brun a présenté plusieurs armes 
fort curieuses de l’âge de bronze et de l’époque néolithique, 
trouvées à Roquestéron, Cuébris et Saint-Césaire. — Ins¬ 
cription laudative sur une lampe funéraire. L’auteur 


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— 4*8 — 

cherche à prouver que les mots : fortis, pulcher , victor, 
gracilis, que l’on voit figurer sur des lampes ou des urnes 
anciennes, ne sont pas des noms propres, mais des quali¬ 
fications s’appliquant aux personnes inhumées. — Etat 
actuel des découvertes faites à Cimiez. Etude dont la lec¬ 
ture a été autorisée pour le concours de la Sorbonne, dans 
la section d’archéologie. 

« M. César Daly nous a fait une description attrayante des 
chotts algériens. Il a déclaré ne pas approuver le projet de la 
création d’une mer inférieure au centre de l’Afrique, à cause 
des dangers qui en résulteraient: l’augmentation de l’insalu¬ 
brité et la ruine de la culture du palmier, la seule qui existe 
dans ce pays. -- M. Daly a publié naguère une savante et 
judicieuse critique du Trocadéro et des autres constructions 
destinées à notre dernière exposition. Une analyse de ce 
travail, faite par M. Brun au sein de notre Société, nous a 
valu, de la part du savant directeur du Journal d’architec¬ 
ture i, une chaleureuse et éloquente improvisation sur la 
signification des lignes en architecture et sur le mérite plus 
que discutable du Trocadéro au point de vue de l’esthétique. 

« M. Desor a fait aussi une critique fort bien motivée du 
projet de la création d’une mer intérieure en Algérie. Le 
même savant a communiqué à la Société les documents re¬ 
latifs à la découverte, faite par le docteur Withney, d’un 
crâne humain dans un terrain pliocène de la Californie ; et, 
soit dans la discussion qui a suivi, soit dans une brochure 
publiée à Nice même sur ce sujet, il s’est efforcé de faire 
partager sa croyance à l’existence de l’homme pendant la 
période tertiaire. Enfin, M. Desor nous a communiqué une 
observation faite pendant le percement de la galerie du 
Saint-Gothard, c’est que la chaleur terrestre augmentait 
dans une proportion en rapport, non plus avec la profondeur 
au-dessous de la surfece du sol, mais avec la hauteur de la 

montagne au-dessus de la galerie. 

« M. L. Deville a lu à la Société quelques pages du récit 

de ses voyages dans l’Inde, ouvrage dont vous pourrez vous- 
mème8, dans un instant, apprécier tout l’intérêt. 


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« M. le docteur Dupeyron a lu à la Société une étude sur 
les landes de l’Agénois, très savante et très originale sous 
tous les rapports. 

« M. Ch. Jolivet, qui se distrait de ses fonctions admi¬ 
nistratives par des études scientifiques, a inséré, dans l'an¬ 
nuaire de Monaco pour 1879, le résultat de ses patientes 
recherches sur les monnaies de la Principauté ; un travail 
plein d’érudition et qui se recommande surtout à l’attention 
des numismates. 

« M. Ch. Livet nous a donné lecture d’un excellent article 
littéraire et critique sur le Misanthrope, de Molière. 

« Notre savant et infatigable collègue, le docteur Ma- 
cario, nous a lu un intéressant mémoire sur les causes de la 
malaria, d’après les recherches de Tomazzi. La maladie 
aurait pour agents de production et de propagation, des 
germes végétaux appelés baccelli, et il en faudrait tenir 
compte dans l'emploi des moyens de guérison et de 
prophylaxie. 

« M. le docteur Alex. Niepce, qui poursuit avec tant de 
zèle et de constance ses études sur la météorologie, a lu 
dans le sein de la Société plusieurs mémoires très intéres¬ 
sants sur divers points de cette science. Ce sont : Un travail 
sur les marées à Nice, qui a été envoyé au concours de la 
Sorbonne en 1879, et qui sera probablement publié dans la 
Revue des Sociétés savantes ; — Un mémoire sur le régime 
des vents à Nice ; — Un mémoire sur les variations du 
climat de Nice en 1879. 

« M. Alexandre Peragallo nous a lu une étude très inté¬ 
ressante sur les Vespidées et sur les mœurs curieuses de 
ces insectes. 

« M. Emile Rivière nous a adressé un travail sur les ins¬ 
truments en obsidienne trouvés en Grèce. Il nous a envoyé 
aussi un specimen de son bel ouvrage sur l’antiquité de 
l’homme dans les Alpes-Maritimes, avec les planches magni¬ 
fiques dont il est accompagné. La Société a décidé qu’elle 
fera l’acquisition de cet ouvrage dès que la publication en 
sera terminée. 


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« M. Roveri, de Saint-Etienne-lès-Monts, nous a adressé 
un mémoire sur l’antique Lieusola et sur J.-B. Fulconis, 
qui a été lu dans la Société. 

« Nous avons de M. A.-L. Sardou un travail sur les tours 
du Cannet. Notre intrépide vétéran nous a lu aussi une 
étude sur le manuscrit de Joseph Scaliero intitulé : La cittk 
di Nizza di Provenza , dans laquelle l’intérêt du fond est 
rehaussé par la finesse et le charme de la forme : un vrai 
travail d’académicien. Une commission a été nommée pour 
traduire et classer les parties de ce manuscrit qu’il serait 
bon de publier. Nous devons aussi à M. Sardou un compte 
rendu de la fête de l’Aube Provençale à Grasse, avec la des¬ 
cription des tableaux du Bar. 

« Enfin, M. Gustave Vallier nous a adressé des études 
sur la numismatique monégasque, dont il a été donné lec¬ 
ture à la Société. 

« Tels sont, Mesdames et Messieurs, les travaux qui se 
sont produits au sein de notre Société depuis la dernière 
séance publique. Je ne puis ici que vous les indiquer; et, 
cependant, j’aurais voulu vous les faire connaître un peu 
moins sommairement et aussi vous dire de quelles savantes 
et intéressantes discussions ils ont fourni la matière. Tou¬ 
tefois, leur nombre et leur importance peuvent vous con¬ 
vaincre que la Société ne perd pas son temps. Je dois ajou¬ 
ter que beaucoup de ses membres sont astreints à des devoirs 
professionnels qui les empêchent de faire pour elle tout ce 
qu’ils pourraient ou voudraient faire. 

« Ne croyez pas, d’ailleurs, que notre Société dépense 
son activité au-dedans d’elle-même et pour ainsi dire en fa¬ 
mille ; car elle a donné au dehors plusieurs preuves de sa 
virtualité et de sa valeur. 

« D’abord, elle a publié cette année, deux volumes: 
le tome VI de ses Annales ; et le tome I er des comptes 
rendus de la session du Congrès scientifique tenu à Nice en 
1878. Le tomme II doit paraître prochainement. 

« Ensuite, notre Société a été honorablement représentée 
à la réunion des délégués des sociétés savantes de France, 


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— 431 — 

qui a eu Heu à la Sorbonne, soit l’année dernière, soit cette 
année-ci. 

« L’an dernier, nous avons frémi d’une douce satisfaction, 
à la lecture du récit que l’honorable M. Thénard, notre dé¬ 
légué, nous a fait des résultats de ce concours. Les travaux 
envoyés par notre Société y avaient été fort applaudis. Dans 
la séance générale, M. Chabouillet, secrétaire et rappor¬ 
teur de la section d’archéologie, s’était exprimé ainsi : « En 
« conviant les grandes sociétés de Bourges, de Bordeaux et 
« du Périgord à prendre place au premier rang, nous annon¬ 
ce çons avec satisfaction que d’autres se font tous lesjours des 
« droits à les y rejoindre; et j’en dois mentionnerdeux parti- 
« culièrement, au nom de la section : la Société d’émulation 
« du Jura à Lons-le-Saulnier, et la Société des Lettres, 
« Sciences et Arts à Nice. » 

« Cet éloge, qui plaçait notre Société au cinquième rang 
parmi toutes les Sociétés savantes de France, ne permettait 
pas qu’on pût mettre en doute sa valeur réelle, ou tout au 
moins la possession d’une somme de mérites équivalente à 
la place honorable qui lui était assignée. Il faisait pressentir 
aussi les glorieuses récompenses qui devaient nous être ac¬ 
cordées l’année suivante. 

« D’autres témoignages vinrent confirmer, d’ailleurs, les 
espérances que nous pouvions légitimement concevoir dès 
cette époque. En effet, trois mois plus tard, M. le ministre 
de l’Instruction publique, par un arrêté en date du 17 juillet, 
attribuait à notre Société une allocation de 400 francs, au 
lieu de 300 qu’on lui accordait habituellement. M. Je minis¬ 
tre, était heureux, écrivait-il, de pouvoir encourager ainsi 
les travaux de notre compagnie et de lui donner un nouveau 
témoignage de son intérêt. 

« Bientôt nous allions être honorés d’une distinction bien 
autement importante. En effet, par un décret du président 
de la République en date du 25 août 1879, notre Société fut 
reconnue et déclarée établissement d’utilité publique. Or, 
pour une Société, une telle déclaration équivaut à l’acte par 
lequel on établirait pour une personne la reconnaissance de 


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— 432 — 

sa majorité. Nous avons dès lors une existence civile : nous 
pouvons donner et recevoir, accepter des legs et des pré¬ 
sents, faire des dons, prendre des engagements, recevoir des 
subventions de l’État, tester, ester en justice, etc., et tout 
cela légalement, comme tout citoyen jouissant de ses droits 
civils. 

« Vous voyez, Mesdames et Messieurs, que j’avais raison 
de prétendre que cette année est pour nous une année heu¬ 
reuse entre toutes. Mais, loin de moi la pensée d’attribuer 
les succès actuels à une circonstance accidentelle ou à une 
influence passagère ; car cette pensée, on aurait le droit, pour 
ce qui me regarde personnellement, de la taxer d’outrecui¬ 
dance. Non, ces succès ne sont pas le fait d'une occasion ou 
d’un hasard; ils sont la conséquence logique de travaux ac¬ 
cumulés depuis plusieurs années ; ils sont surtout les résul¬ 
tats capitalisés des efforts persévérants de quelques-uns de 
nos collègues, laborieux entre tous. Toutefois, outre que j’ai 
le droit individuel de m’en réjouir, comme le membre le 
plus indigne d’une famille a le droit de s’enorgueillir de l’au¬ 
réole d’honneur et de gloire qui rayonne autour de son nom, 
j’ai de plus, aujourd’hui, la mission spéciale et officielle 
d’exalter devant vous, de mettre en relief, de faire miroiter 
à vos yeux les mérites de la Société des Lettres, Sciences et 
Arts de Nice. Soyez assurés, cependant, non-seulement que 
je n’apporte ici aucun sentiment de vanité personnelle, car 
je crains beaucoup l’application de certaines fables de La 
Fontaine ; mais encore que je suis exempt de toute tendance 
à l’hyperbole, et que la justice seule dicte mon jugement, 
qui vient, d’ailleurs, d’être confirmé en haut lieu. 

« Récemment, en effet, notre Société a été, au congrès 
annuel qui se tient à la Sorbonne, l’objet d’une d’instinction 
toute spéciale. Un de nos délégués, M. Brun, a été désigné 
par M. le ministre de l’Instruction publique pour faire par¬ 
tie du bureau et a même été appelé à présider la section 
d’archéologie. Notre secrétaire général, comme pour justi¬ 
fier l’honneur qui lui était fait, a lu dans cette section un 
remarquable travail intitulé : État actuel des découvertes 


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sur remplacement de l'ancienne cité romaine de Cerne - 
nelum (Cimiez). Ce mémoire a été fort applaudi. Notre au¬ 
tre délégué, M. Edm. Blanc a lu à son tour, avec non moins 
de succès, un étude artistique sur le plafond à la fresque de 
l’ancien château de Cagnes, représentant la chute de Phaéton 
et attribué à Carlone. Enfin, comme récompense, suprême no¬ 
tre Société a reçu une médaille avec un prix de 1,000 francs. 
M. Brun vous racontera dans un instant les détails de ce 
congrès qui sont intéressants pour nous. 

« Les membres de notre Société trouvent généralement 
en eux-mêmes le stimulant qui les soutient dans leurs tra¬ 
vaux et le contentement qui en est le prix. Cependant il ar¬ 
rive quelquefois qu’une récompense moins intime, plus ex¬ 
térieure, vient les trouver, et, en couronnant leurs efforts 
pour ainsi dire publiquement, leur apprend que leurs conci¬ 
toyens s’occupent d’eux et sont attentifs à leurs études. 

« Notre Société, légitimement fière des distinctions ob¬ 
tenues à la Sorbonne et de l’éclat qui en rejaillissait sur elle, 
a voulu donner, vous n’en serez pas étonnés, à ceux de ses 
membres dont les travaux lui avaient plus particulièrement 
valu cette gloire, un témoignage exceptionnel de sa satis¬ 
faction et de sa reconnaissance. Elle avait décerné déjà, il 
y a quelques années, comme preuve de sa gratitude, une 
médaille d’argent à M. Sardou. Elle a décidé, cette année- 
ci, qu’une médaille semblable serait donnée, pour le même 
motif et en séance publique, à MM. Edm. Blanc et F. Brun. 

« Rien de plus juste et de mieux mérité que cette récom¬ 
pense que nous avons votée par acclamation. MM. Blanc et 
Brun, que je ne puis séparer l’un de l’autre, semblent avoir 
rivalisé d’ardeur dans leurs études sur l’épigraphie, sur 
l’archéologie, sur les monuments anciens et sur tous les ob¬ 
jets qui se rattachent à l’histoire de notre région. Ils ont 
attiré sur eux la même attention et les mêmes applaudisse¬ 
ments aux congrès de la Sorbonne ; et c’est à eux surtout 
que notre Société doit la place qu’elle occupe aujourd’hui et 
les honneurs qu’elle a reçus dans ces savantes réunions. 

« Tout succès impose des obligations nouvelles. La So- 


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434 


ciété des Lettres, Sciences et Arts de Nice, encouragée par 
ses résents triomphes, a conçu des aspirations plus élevées 
et se dispose à une action plus étendue. Il ne lui suffit plus 
de travailler pour elle seule et de maintenir sa prospérité 
intérieure ; elle veut encore rayonner chaleureusement au¬ 
tour d’elle, et exercer, sur tout ce qui la touche ou l’environne, 
sa féconde et toujours libérale influence. 

« Déjà, le 1 er décembre dernier, sur une demande adres¬ 
sée par la presse locale, notre Société a donné, pour la lote¬ 
rie en faveur des inondés de Murcie, une collection de dix 
eaux-fortes de Ch. Jaque. 

« Plus récemment, elle fait don à la Société des beaux- 
arts, pour sa loterie, de deux œuvres, une aquarelle et un 
fusain, que leurs auteurs MM. Brun et Thénard, lui ont gé¬ 
néreusement abandonnées dans ce but. 

« Elle s’est chargée aussi, avec le consentement du Conseil 
général, de la direction et de la conservation du musée dé¬ 
partemental. Vous savez que ce musée a pour destination de 
réunir la collection de tous les objets qui peuvent intéresser 
le département aux divers points de vue de l’industrie, de la 
production, des mœurs, de l'histoire, de l’archéologie, des 
sciences, des beaux-arts, voire même de la simple curiosité. 
Les cantons, les communes y enverront tout ce qui est de 
nature à les faire connaître des visiteurs et à servir ainsi à 
leur prospérité. L’utilité d’une telle création n’a pas besoin 
d’être démontrée, la vue de ces richesses éveillera la curio¬ 
sité et provoquera des études, des recherches assurément 
très fructueuses. Il va sans dire que notre Société ne sera 
chargée que du classement de cette collection ; tout l’honneur 
en reviendra aux localités qui auront contribué à l’enrichir, 
et tout le profit à la ville de Nice et au département, qui 
d’ailleurs en feront les frais. 

« Mais il est une œuvre d’une utilité non moins grande 
et d’une portée peut-être plus élevée encore, à laquelle nous 
nous intéressons d’une manière toute particulière. Vous savez 
qu’une commission spéciale, prise au sein de notre Société 
et connue sous le nom d’Athénée, a été chargée d’organiser 


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435 


un ensemble de conférences et de leçons publiques : or, notre 
Société tient à soutenir l’Athénée, à favoriser son développe¬ 
ment et ses progrès ; et notre Société a raison : car les cours 
de l’Athénée ont pris, dès les premiers jours de leur fonda¬ 
tion, une importance considérable ; et l’on ne saurait nier 
aujourd’hui qu’ils ne contribuent puissamment à la prospé¬ 
rité de Nice. A ce point de vue, nous devons travailler à les 
maintenir par tous les moyens possibles. 

« Il y a un fait très curieux à signaler ici, c’est que, dans 
cette œuvre de l’Athénée, ce ne sont pas les hommes qui 
ont manqué. Les membres de l’Athénée ont rempli leur de¬ 
voir de manière à mériter tous les éloges. Les professeurs 
jusqu’à ce jour, n’ont jamais fait défaut. Et quand je dis les 
professeurs, je n’entends faire, croyez-le bien, et j’aurais 
grand tort de faire aucune exclusion de sexe. Ce qui a fait 
défaut parfois, ce sont les moyens matériels : le local et 
l’argent. 

« Chaque année, les membres de l’Athénée se mettent à 
la recherche d’un local favorable et ont grand’peine à en 
découvrir un. Nous nous appliquons dès aujourd’hui et nous 
parviendrons certainement à faire que l’Athénée ait à sa dis¬ 
position un local toujours prêt, afin qu’il puisse ouvrir ses 
cours à une époque fixe et dès le commencement de la 
saison. 

« Il serait à désirer aussi que l’argent ne fit pas défaut. 
Sans doute, nos administrateurs sont trop clairvoyants et 
trop dévoués aux intérêts du pays pour ne pas prêter à 
l’Athénée un appui efficace ; aussi le Conseil général et le 
Conseil municipal se sont-ils montrés à son égard aussi gé¬ 
néreux que bienveillants ; et nous les en remercions ici publi¬ 
quement. Néanmoins, les ressources pécuniaires de l’Athé¬ 
née sont restées jusqu’à ce jour extrêmement limitées et hors 
de proportion avec ses besoins et surtout avec ses aspira¬ 
tions. Aussi cherche-t-il à battre monnaie, afin de faire 
servir l’augmentation de ses recettes au perfectionnement 
de son œuvre. Nous avons le ferme espoir qu’il réussira ; 
car, dans la poursuite du but utile auquel il tend, il ne peut 


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- 436 - 

manquer d’être aidé par le concours de toutes les bonnes 
volontés. Hé quoi ! dans une ville où l’on trouve tant d’ar¬ 
gent pour organiser des fêtes, n’en trouvera-t-on pas quel¬ 
que peu pour l’instruction ? Croit-on que les hôtes nombreux 
qui nous arrivent chaque hiver ne songent qu’à s’amuser, 
et qu’il n’en est point qui pensent à étudier et à cultiver leur 
intelligence? L’expérience est là pour prouver le contraire. 
Les cours de l’Athénée sont, pour quelques familles, une 
des principales attractions de Nice ; le public s’intéresse à 
ces cours, il les aime, il les fréquente : il y affluerait, nous 
en avons la certitude, si on lui en rendait l’accès plus facile, 
la variété plus grande, les moyens de démonstration plus 
complets. Voilà l’indication à remplir. 

« La ville de Nice, grâce à son ciel toujours pur et à son 
doux et bienfaisant climat, a pris, depuis quelques années, 
un développement considérable et qui tend à s’accroître en¬ 
core ; aujourd’hui, elle offre, physiquement, tous les genres 
de séduction. Mais cette cité, que nous aimons tous, nous 
voudrions la rendre célèbre dans les arts de l’esprit, comme 
elle l’est déjà par sa beauté et par sa salubrité ; nous vou¬ 
drions qu’elle devint, nous espérons même qu elle deviendra 
aussi un centre d’instruction, un foyer de lumières. Les 
cités, comme les nations, ne sont pas grandes seulement 
par leur étendue et leur magnificence matérielle ; elles ne le 
sont complètement que lorsqu’elles joignent à ces avantages 
l’appoint de la grandeur intellectuelle, c’est-à-dire de celle 
qu’on obtient par la culture des lettres, des sciences et des 
arts. Or, tout nous fait présager que cette grandeur suprê¬ 
me ne manquera point à notre splendide cité. 

« Déjà notre Lycée a conquis un rang élevé parmi ceux 
de l’académie d’Aix. Plusieurs sociétés savantes, agricoles, 
artistiques fonctionnent activement, publient régulièrement 
les résultats de leurs travaux et les exposent à l’admiration 
des amateurs. Notre Société, en particulier, est fière de ses 
récentes et brillantes couronnes. Un laboratoire de chimie 
est ouvert à toutes les recherches profitables à la science, à 
l’industrie, à l’hygiène. Un opulent et généreux donateur a 


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— 437 — 

consacré récemment une somme énorme à la création d’un 
observatoire, qui ne peut manquer de devenir un foyer d’é¬ 
tudes utiles. De son côté, le Club alpin, qui vient de s’orga¬ 
niser, va scruter tous les coins de notre région, tous les 
secrets de nos montagnes. Que l’on y réfléchisse et l’on 
verra que bien peu de choses manquent à Nice pour que 
toutes les branches de la culture humaine y trouvent une 
puissante impulsion et en même temps d’efficaces instru¬ 
ments. 

« En présence de ces créations, développées en si peu de 
temps, qui pourrait méconnaître qu’un vent fécond souffle 
sur cette ville, le vent de la prospérité ? Ne trouvons-nous 
pas autour de nous les tendances les plus heureuses que l’on 
puisse souhaiter pour l'avenir? Et ces tendances, qui donc 
oserait dire que l’on ne doit pas les fortifier, les encourager, 
les soutenir ? 

« Jadis, une ville placée, comme Nice, sur les bords de la 
Méditerranée et jouissant, comme elle, d’un climat des plus 
salubres, était fréquentée aussi par des malades, qui y ve¬ 
naient de tous les points du monde pour se faire guérir. 
Grâce à un institut fondé par les bénédictins du mont 
Cassin, les études y étaient en honneur, un grand nombre 
de savants et de praticiens y entretenaient le feu sacré ; une 
laborieuse école y florissait, dont la célébrité s’était répan¬ 
due au loin. Cette ville, c’était Salerne. Elle dut, pendant le 
moyen âge, aux avantages d’une heureuse situation, aux 
travaux de ses professeurs, à l’affluence des hommes ardents 
qui venaient s’y instruire et aussi, disons-le, à la sage solli¬ 
citude et à l’habile protection de ses princes, une illustra¬ 
tion qui se maintint pendant plusieurs siècles et la fit regar¬ 
der comme la ville savante du littoral méditerranéen. 

« Nous rêvons pour Nice ces brillantes destinées. Puis¬ 
que la nature l’a placée, comme Salerne, dans les meil¬ 
leures conditions géographiques et climatériques, dévelop¬ 
pons chez elle le goût des études, maintenons-y toujours 
ardent le flambeau de la science ; que ses administrateurs 
étendent leur intelligente prévoyance sur les oeuvres de 

31 


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438 


l’esprit. Ses habitants ont une aptitude remarquable pour 
tout ce qui se rattache aux sciences et aux arts; ils ont aussi, 
présage certain, une foi inébranlable dans la grandeur de 
leur patrie. Qui sait si Nice ne sera pas un jour la Salerne 
des temps modernes? » 

Une triple salve d’applaudissements éclate aux dernières 
paroles de ce remarquable discours. 

M. Thénard, trésorier-archiviste de la Société donne lec¬ 
ture, au nom de l’auteur absent, M. Cugnin, commandant 
du génie, d’une très intéressante notice nécrologique sur le 
colonel Féraud. 

M. Brun, secrétaire delà Société, rend compte des réu¬ 
nions des Sociétés savantes ù, la Sorbonne, du 31 mars au 3 
avril dernier. Cette communication et la précédente font par¬ 
tie des pièces insérées dans le présent volume (voir ci-après). 

M. Deville lit le récit pittoresque d’un voyage dans l’Inde. 

M. Alaux donne lecture des passages les plus remarqua¬ 
bles de son mémoire sur les variations de la morale (voir 
ce savant travail, ci-dessus, p. 115). 

M. le président Maurin remet à M. Brun au nom de la 
Société une médaille comme témoignage de sa reconnais¬ 
sance pour ses travaux et son zèle infatigable ; une médaille 
toute pareille est accordée à M. Edmond Blanc pour ses 
recherches persévérantes en archéologie et son beau travail 
sur l’épigraphie antique du département. 

M. le délégué du préfet remet ensuite à M. le président 
Maurin, de la part du Ministre de l’Instruction publique, la 
médaille qui a été décernée à la Société dans la séance tenue 
à la Sorbonne le 3 avril de la présente année, et prononce 
l’allocution suivante: 

« En déclarant cette séance terminée, je serais taxé d’in¬ 
gratitude si je ne remerciais pas, tant en mon nom qu’au 
nom de l’assistance, les orateurs qui se sont succédé pen¬ 
dant cette séance si attachante. 

« Qu’il me soit donc permis de témoigner ma reconnais¬ 
sance et la vôtre : 


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— 439 — 

« A M. le docteur Maurin, votre éminent président, pour 
son rapport, un des plus parfaits qu’il m’ait été donné 
d’entendre ; 

« A M. Brun, pour son rapport si excellent sur les réu¬ 
nions des Sociétés savantes ; 

« A M. Thénard, pour la lecture de l’éloge de M. le colo¬ 
nel Féraud, lecture faite avec une émotion que chacun a 
partagée ; 

« A M. Deville, pour ses notes de voyage si variées, si 
pittoresques ; 

« A M. Alaux, pour son étude si éloquente de la morale, 
pleine de sentiments si généreux. 

« Après des rapports si dignes d’intérêt et qui nous ont 
permis de nous rendre compte de l’importance, du prix 
inestimable de vos travaux, j’ai à peine besoin de renouveler 
mes vœux pour d’autres succès. Votre brillant passé m’est 
un sûr garant d’un avenir plus brillant encore. » 


RAPPORT de M. F. Brun, délégué par la Société pour la 

représenter au concours de la Sorbonne, en mars 1860. 

« Chargé par vous, Messieurs et honorés confrères, de re¬ 
présenter la Société des lettres, sciences et arts des Alpes- 
Maritimes à la réunion des Sociétés savantes de province, 
qui vient d’avoir lieu à la Sorbonne, je viens vous rendre 
compte, le plus brièvement possible, de la mission que vous 
m’avez confiée. 

« A la séance solennelle d’ouverture, qui a eu lieu le 
31 mars, dans la salle Gerson, M. Léon Regnier, membre 
de l’Institut, délégué par le ministre de l’instruction publi¬ 
que, a donné connaissance des décisions ministérielles rela¬ 
tives à la constitution des bureaux des quatre sections. 

« Votre délégué a été nommé membre du bureau de la 
section d’archéologie, qu’il a eu l'honneur de présider deux 


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— 440 — 

fois en l’absence de M. Léon Regnier. C’est vous dire, 
Messieurs, qu’il n’a pu suivre que les travaux de la section 
à laquelle il a été attaché ; il peut cependant vous dire que 
le travail scientifique ayant pour titre : Des variations du 
climat de Nice en 1819, adressé par notre honoré confrère, 
M. Alexandre Niepce, a été accueilli de la manière la plus 
favorable par la section des sciences. 

« Le travail de philosophie de notre savant confrère 
M. Alaux, n’a pu trouver place dans le programme des 
sections. 

« Le comité des travaux historiques avait autorisé la lec¬ 
ture en séance de dix-huit mémoires seulement pour la 
section d’archéologie. L’étude que j’avais envoyée au con¬ 
cours 1 a été lue dès la première séance et vous avez pu 
connaître par {'Officiel l’appréciation trop bienveillante, 
assurément, du savant secrétaire de la section, M. Cha- 
bouillet, conservateur des médailles à la Bibliothèque 
nationale. 

« Un incident s’est produit pendant cette lecture : un pro¬ 
fesseur du Collège de France fit une observation relative à 
l’origine des habitants des Alpes-Maritimes. Votre délégué 
crut devoir répondre quelques mots et fut chaleureusement 
appuyé par M. Henri Martin, le célèbre historien, membre 
de l’Institut, qui prit la parole pour déclarer qu’il ne parta¬ 
geait pas l’opinion de M. Paul Meyer et ne s’associait pas à 
sa critique. Il ajouta qu’il croyait, avec M. Brun, que les 
anciens habitants des Alpes-Maritimes appartenaient à la 
race celtique. 

« Je ne saurais trop vous dire, Messieurs, avec quelle cor¬ 
dialité nous avons été reçus par nos confrères dé Paris et de 
la province ; l’appel du nom de notre Société a constamment 
été suivi d’une triple salve d’applaudissements. 

« Il me reste à vous entretenir, Messieurs et honorés con¬ 
frères, de la séance solennelle présidée par M. le ministre de 
l’Instruction publique. Vous savez tous qu’à cette réunion 
assistaient le prince Oscar de Suède et le professeur Nor- 

1. But des découvertes faites à Cimies jutqu’à or jour. 


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— 441 — 

denskiold, ainsi que le capitaine Palander, une partie des 
membres de l’expédition scientifique de la Véga, et, outre 
les représentants des trois cents Sociétés savantes de pro¬ 
vince, un grand nombre d’illustrations scientifiques. Vous 
avez lu le magnifique discours du Ministre et, peut-être 
aussi, le rapport fait au nom de la section d’archéologie 
sur les travaux de notre Société. Permettez-moi de vous 
rappeler seulement quelques passages de ce document qui 
restera comme un des titres les plus honorables des archives 
de notre Société. 

« C’est loin de Paris, du centre des lumières, c'est en 
Afrique et à l’extrémité méridionale de la France que nous 
avons trouvé les deux Sociétés auxquelles M. le ministre de 
l’instruction publique et des Beaux-arts va décerner les mé¬ 
dailles de cette année. Ces sociétés sont : premièrement, la 
Société archéologique de Constantine ; secondement, la So¬ 
ciété des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes, qui 
siège en Provence, à Nice, où, sans se laisser distraire par 
le bruit des fêtes, elle accomplit avec la plus louable persé¬ 
vérance la noble mission qu’elle s’est donnée. 

« Fondée le 22 octobre 1861, par un groupe d’hommes 
éclairés et dévoués aux véritables intérêts de la région, la 
Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Maritimes 
« lut le premier lien intellectuel qui ait consacré le retour de 
Nice à la France x . 

« Ce n’est cependant qu’en 1865 que parut le premier 
volume de ce recueil, qui n’en compte encore que six. De 
telles lenteurs pourront étonner ; elles s’expliquent à l’hon¬ 
neur de la Compagnie. Si, pendant les premières années de 
son existence, elle s’est résignée à ne publier que de rares 
notices, éparpillées dans les Annuaires du département, dont 
elle faisait les frais, c’est qu’elle consacrait le plus clair de 
ses ressources à des oeuvres peut-être plus méritoires. Il 
n’y avait pas alors à Nice d’enseignement secondaire pour 
les jeunes filles ; la Société lui ouvrit des cours dont plu- 

1. Introduction du t. 1 des Annales de la Société , p. 1". 


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442 


sieurs de ses membres furent les professeurs désintéressés, 
et qu’elle soutint de 1867 à 1873. Pendant la même période, 
elle organisait une exposition et répandait, avec un ques¬ 
tionnaire archéologique, des instructions auxquelles on doit 
la conservation de monuments désormais abrités dans les 
modestes musées cantonaux dont elle-même a suggéré la 
création. 

« Toutefois, la Société des Alpes-Maritimes donnait peu 
d’espérance à notre section, qui ne pouvait deviner que ce 
silence n’était pas de l’oisiveté et voyait avec regret que le 
tome I er de ses Annales n’accordait pas dix pages à l’ar¬ 
chéologie. Cet état de choses ne pouvait pas durer; l’archéo¬ 
logie ne tarda pas à prendre une place plus grande dans le 
Recueil de la Société : elle domine dans les deux derniers 
volumes, ceux de 1878 et 1879. 

« Sans avoir négligé l’histoire, la linguistique et les scien¬ 
ces qui ont contribué à établir sa renommée à ses débuts, 
la Société des Alpes-Maritimes prend légitimement rang 
aujourd’hui parmi celles de ses émules qui servent le plus 
efficacement le progrès de l’archéologie. Elle s’est surtout 
distinguée sur le terrain de l’épigraphie. De bonne heure, 
on y a compris les obligations qui s’imposaient à des sa¬ 
vants dont le domaine abonde en inscriptions, ces manus¬ 
crits qui nous arrivent directement de l’antiquité sans l’in¬ 
termédiaire des copistes. Aussi l’épigraphie y compte-t-elle 
des amis, même parmi ceux-là qui doivent leur réputation à 
des études d'un autre ordre, comme M. Antoine-Léandre 
Sardou, si honorablement connu par des travaux de lin¬ 
guistique qui font autant d’honneur au patriotisme qu’à 
l’érudition de leur auteur. 

« Dès l’année 1873 (t. II des Annales), M. A.-L. Sardou 
terminait une notice sur des inscriptions de l’époque ro¬ 
maine en dénonçant la nécessité d’une révision complète de 
l’épigraphie antique du département. Depuis, d’honorables 
tentatives tournées vers ce but avaient été faites par M. 
Sardou lui-même et parM. F. Brun, lorsqu’un jeune mem¬ 
bre de la Société qui s’était donné une forte éducation d’é- 


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443 


rudit par la fréquentation des maîtres de la science et de 
fructueux voyages, entreprit résolûment de réaliser les 
vœux de ses confrères. Aujourd’hui, après avoir parcouru 
les Alpes-Maritimes en tous sens, fouillant les plus humbles 
bourgades, gravissant les cimes les plus sauvages des mon¬ 
tagnes, M. Edmond Blanc vient d'achever YEpigraphie des 
Alpes-Maritimes. Cette œuvre considérable, qui comprend 
quatre cent soixante-cinq numéros et remplit presque en¬ 
tièrement les deux derniers volumes des Annales , ce livre 
écrit en face des monuments originaux, fait le plus grand 
honneur à la Société, dont les membres se sont effacés un 
instant devant lui, en même temps qu’il fonde la réputation 
de M. Blanc. 

« Les juges les plus sévères ont loué, dans cet ouvrage, 
l’emploi des bonnes méthodes, l’esprit critique qui a dicté 
le choix entre les anciennes leçons des textes dont les ori¬ 
ginaux n’ont pu être retrouvés, l’érudition sobre et de bon 
aloi, enfin, l’exactitude minutieuse des citations. On n’ana¬ 
lyse pas un tel recueil ; tout au plus peut-on essayer de 
montrer par un exemple frappant l’importance du service 
rendu à la science par son auteur. 

« On doit à ce jeune savant la résurrection de l’une des 
plus importantes inscriptions antiques de la France, de l’un 
de ces monuments publics dont Horace a dit qu’ils ren¬ 
daient l’âme et la vie aux chefs vaillants, de l’inscription sur 
laquelle sont célébrées les victoires remportées sur quelques 
peuplades des Alpes par Cn. Domitius Ahenobarbus, l’an 
121 avant J.-C. 

« Dans le Corpus inscriptionum latinarum de l’Acadé¬ 
mie de Berlin, cette inscription, connue des érudits depuis 
1774, mais dont on ignorait le sort, a été reléguée parmi les 
fausses par M. Th. Mommsen. M. Blanc ne jure pas sur la 
parole des maîtres : tout en gardant pour l’éminent histo¬ 
rien la déférence qui lui est due, le jeune archéologue, qui 
n’était pas convaincu de la fausseté de ce texte, s’était pro¬ 
mis, sinon de le retrouver, du moins de le rechercher. Il 
s’est tenu parole. Après les fatigues d’une odyssée dont il 


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— 444 — 

exposait les péripéties l’an dernier à la Sorbonne, M. Blanc 
eut lajoie de retrouver ce marbre précieux. Il le découvrit 
brisé en deux morceaux assez éloignés l’un de l’autre, en¬ 
core incomplet malheureusement, mais cependant avec une 
ligne oubliée par le premier éditeur. Il l’a découvert dans 
un désert, au sommet du Tournairet, à 2,000 mètres d’alti¬ 
tude, à la limite des communes de Clanz, d’Utelle, de Lan- 
tosque et de Venanson. 

« Il serait superflu d'insister sur l’importance de la dé¬ 
couverte de M. Blanc, devant une assemblée comme celle 
qui veut bien m’écouter ; mais elle n’apprendra pas sans 
l’applaudir la décision prise par M. le ministre de l’instruc¬ 
tion publique au sujet de l'inscription d’Ahenobarbus. 

« Par les ordres de M. le ministre, ce monument acquis 
par l’Etat, ne restera pas plus longtemps abandonné dans 
les solitudes des Alpes; dans quelques semaines il sera 
transporté au musée de Saint-Germain. 

« On étudie, avec non moins de bonheur, les antiquités 
monumentales que les inscriptions, au sein de la Société des 
Alpes-Maritimes. Je ne la quitterai pas sans citer les savan¬ 
tes recherches de son vigilant secrétaire, M. Fr. Brun, 
architecte habile, archéologue expérimenté, sur les ruines 
de Cemenelum , Cimiez, dont plusieurs ont été lues à la 
Sorbonne avec succès, son Essai de rectification de l'Itiné¬ 
raire maritime d'Antonin entre Vintimille et Nice, et je 
n’oublierai pas la notice de M. Senéquier sur les camps 
retranchés des environs de Grasse. 

« Je rendrai aussi un hommage bien mérité à M. Sardou, 
qui, à travers ses travaux de linguistique et d’épigraphie, a 
trouvé le temps d’écrire pour le tome VI des Annales une 
spirituelle esquisse archéologique sur Deux vieilles tours 
du Cannet, près Cannes, et qui, avec le titre exceptionnel 
et permanent de Président honoraire, a assumé la charge 
de diriger les publications de la Compagnie dont il est i’àme, 
pour emprunter l’expression du Président en exercice de 
1877, M. le docteur Lambron. 

« Je n’oublierai pas non plus M. Rivière. On doit à ce 


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— 445 — 

savant la découverte du squelette humain des grottes de 
Baoussé-Roussé , dit de Menton, que l’on conserve au Muséum 
d’Histoire naturelle à Paris, et un mémoire publié dans le 
tome II des Annales de la Société des Alpes-Maritimes sur 
un second squelette humain découvert au même endroit et 
dans les mêmes conditions. Enfin M. de Chambrun-Rose- 
ment a étudié dans le tome III les tombes préhistoriques du 
mont Agel, et M. le docteur Henry, dans le tome IV, a 
publié l’intéressant récit d’une Excursion au lac des mer¬ 
veilles, prêt Saint-Dalmas de Tende. Là où les uns 
voyaient un monument carthaginois chargé de bas-reliefs et 
d'inscriptions hiéroglyphiques en langues inconnues selon 
les uns, en langues puniques selon d’autres plus logiques, 
et où l’on a même vu des caractères cunéiformes, le docteur, 
qui y a regardé de près, déclare qu’il n’y a que d’innombra¬ 
bles stries na ,urelles. 

« Les titre: de la Société des Alpes-Maritimes à la grati¬ 
tude des amis de la science sont trop nombreux pour être 
tous énumérés ici ; je dirai seulement qu’on lui doit la fonda¬ 
tion de l’Athénée de Nice, qu’elle a institué des concours 
annuels, subventionné et dirigé des fouilles à Eze, au ch⬠
teau de Nice, à Cimiez, qu’elle a provoqué le classement sur 
la liste des monuments historiques des ruines du trophée 
d’Auguste à la Turbie, ainsi que de l’amphithéâtre de 
Cemenelum. Une telle compagnie ne pouvait manquer de 
s’acquérir une grande influence ; celle de la Société l’est, en 
effet, dans les Alpes-Maritimes, parce qu’elle n’en use que 
dans l’intérêt des lettres, des sciences et des arts. 

« En ce moment, la ville de Nice est réduite à entasser 
ses antiquités dans deux ou trois étroites salles attachées à 
la bibliothèque. Bientôt elle possédera un vrai musée qu’elle 
devra au premier des présidents de la Société des Alpes- 
Maritimes, à l’un de ses fondateurs, à Augustin Carlone, dont 
l’honorable carrière d’artiste et d’archéologue érudit a été 
retracée dans le tome II des Annales par M. F. Brun. 
Augustin Carlone, a laissé à Nice, sa ville natale, outre ses 
collections de livres, de tableaux et de dessins, un capital 


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considérable, destiné par la volonté du testateur à faciliter la 
construction d’un musée à Nice. Il y a tout lieu d’espérer 
que les difficultés qui ont empêché jusqu’à présent la réali¬ 
sation du testament d’Augustin Carlone, ne tarderont pas à 
être aplanies ; et, Ton peut en être assuré, la Société des 
Alpes-Maritimes ne restera pas étrangère à la réalisation du 
vœu de l’un de ses fondateurs. 

« Les Sociétés savantes, on l’a déjà dit, ne sont pas seule¬ 
ment des centres intellectuels ; ce sont de grandes écoles de 
patriotisme et les Annales de la Société des Alpes-Maritimes, 
que l’on vient de parcourir, apportent une nouvelle confirma¬ 
tion de cette vérité l . » 

Cette péroraison a été couverte de chaleureux applaudis¬ 
sements qui ont encore redoublé quand notre Société a été 
proclamée comme ayant remporté dans la section d’archéo¬ 
logie le GRAND PRIX DE MILLE FRANCS. 

Permettez-moi, Monsieur le Président, de déposer entre 
vos mains la médaille qui m’a été remise, par le Ministre 
lui-même, comme souvenir durable de ce succès qui doit 
encourager nos efforts. 

Après la lecture de ce rapport, le Président de la Société 
a remis à MM. Edmond Blanc et Fr. Brun les médailles qui 
leur ont été votées par la Société, dans la séance du 16 mars 
en récompense de leurs travaux. 


1. Extrait du rapport fait par M. Chabouillet à la réunion des Sociétés savantes des 
départements à la Sorbonne. (Journal Officiel du mardi 0 avril 1880). 


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ARTICLE NÉCROLOGIQUE 


Dans le courant de l’année 1880 et en février de la présente 
année 1881, notre Société a perdu huit de ses membres, 
savoir: MM. le général d’Auvare, Malval, René Guébhaid, 
Henri Sémér e, Mougins de Roquefort (de Grasse), Eugène 
Cortambert, tous membres correspondants, et M. Petit 
d’Ormoy, ainsi que M. Germain, membres titulaires. 

La Société a décidé l’insertion dans ses Annales des doux 
notices suivantes relatives, l’une au colonel Féraud, décédé 
l’année dernière, l’autre au général d’Auvare. 


Notices Biographiques 
LE COLONEL FÉRAUD 

Le 30 décembre 1879, une triste nouvelle se répandait 
dans la ville de Nice et dans une partie du département des 
Alpes-Maritimes. Celui que tout le monde se plaisait à appeler 
le brave colonel Féraud était mort le matin, après une 
agonie de quelques heures seulement, mais des plus doulou¬ 
reuses, quand l’avant-veille encore on l’avait vu se promener 
au Jardin-Public avec l’une de ses filles au bras, le visage 
tout rayonnant de cette santé si solide, qui ne lui avait jamais 
fait défaut, et de ce bonheur paternel, qu’il savourait d’habi¬ 
tude si franchement. 


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— 448 — 

Ce qui ajoutait à la tristesse publique, c’était le récit de 
l’accident tragique dans lequel cet homme de bien, qui était 
le dévouemeut incarné, avait trouvé la mort. 

La Société des Lettres, Sciences et Arts des Alpes-Mari¬ 
times, qui le comptait depuis plusieurs années parmi ses 
membres titulaires, ressentit profondément la perte qu’elle 
venait de faire et exprima tout de suite le désir de voir con¬ 
server dans ses Annales les principaux traits d’une vie que 
tout le monde savait si bien remplie. C’est de ce sentiment et 
de ce désir que l’auteur de cette notice, à la fois membre de 
l’honorable Société et ami intime du regretté Colonel, a 
cherché à s’inspirer. 

Féraud (Désiré-Boniface), naquit le 30 juin 1818 à 
Gattières, petite commune de l’ancien département du Var 
et aujourd’hui du département des Alpes-Maritimes. Il fit 
ses premières études au collège d’Antibes, où il se signala 
par la vivacité de son intelligence et son énergie au travail. 
Avec de pareilles qualités, il parvint à l’École polytechnique 
à l’âge de dix-neuf ans et en sortit en 1839 dans l’arme du 
Génie. Après deux années d’études à l’école d’Application de 
Metz, il entra au 1 er régiment du génie à Montpellier, 1e 
l er janvier 1812. Mais la vie calme de garnison ne pouvait long¬ 
temps convenir à sa nature ardente ; l'Algérie, la terre clas¬ 
sique, à cette époque surtout, des fatigues et des périls 
militaires, l’attira de bonne heure, et dès la fin de cette 
même année il y débarqua, pour y faire un séjour à peu près 
ininterrompu de plus de dix ans. 

C’est là qu’au milieu des camps, exposé souvent aux balles 
des Arabes et à un air meurtrier, il acquit ce coup d’œil de 
l’ingénieur et ce mépris des dangers, dont il fit preuve, avec 
une simplicité antique, jusqu’à son dernier souffle, et qui lui 
valurent, dès l’àge de trente-uu ans, la croix de cheva¬ 
lier de la Légion d’honneur. 

Mais en même temps se développaient en lui cet amour 
du vrai et du bien, ces sentiments élevés et généreux, qui 
honorent plus un homme que la science et le talent réunis, 
et qui lui donnèrent de bonne heure des convictions libérales 


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449 


dont il ne se départit jamais dans tout le cours de sa vie 
publique. Aussi, l’Empire naissant ne s’y trompa pas, et le 
capitaine Féraud fut maintenu en Algérie bien au-delà du 
temps qu’y passaient d’habitude les officiers du génie, et 
avec des notes spéciales visant son libéralisme et attestant 
nettement les craintes qu’un tel homme inspirait aux fauteurs 

9 

du coup d’Etat. Ces notes, dont il s’honorait d’ailleurs, le 
suivirent dans toute sa carrière ; et il expia par dix-huit an¬ 
nées de grade de chevalier de la Légion d’honneur le tort, 
grave alors pour un officier, d’être réputé un esprit libéral. 

Débarqué à Marseille en avril 1853, il fut employé succes¬ 
sivement à Montpellier, Toulon et Antibes, s’éloignant ainsi 
le moins possible du clocher natal, pour lequel il avait ce 
culte qui distingue toujours les cœurs droits et sensibles. 
Pendant son séjour à Toulon, en 1855, il rencontra celle qui 
fut, jusqu’à la fin de sa vie, sa digne compagne et qui lui 
donna cette belle famille qu’il aima plus que lui-même, 
comme sa fin l’a bien prouvé. 

Envoyé de nouveau en Algérie, il y resta encore six ans 
et revint en France en 1862. Après avoir servi à l’état-major 
du génie à Sisteron et à Draguignan, il fut enfin, par un 
sentiment de justice bien tardive, désigné pour un poste de 
choix, celui de commandant du génie de la circonscription de 
l’Ouest à Paris; la même année, en 1868, il reçut ausssi la 
croix d’officier de la Légion d’honneur. L’Empire, qui se 
sentait près de sa fin, se relâchait évidemment de ses 
rigueurs à l’égard des opinions libérales. 

La guerre de 1870 le surprit dans ce poste, qu’il quitta 
alors immédiatement pour celui de commandant du génie 
d’une division de l’armée du Rhin. En cette qualité, il prit 
une part active aux terribles batailles de Rezonville et de 
Saint-Privat, et fut blessé à cette dernière, en même temps 
que son cheval fut tué sous lui. Il sortait à peine de l'ambu¬ 
lance, lorsqu’il fut envoyé en captivité à Hambourg, à la 
suite de la capitulation de Metz. 

A la paix, rentré un des premiers en France, il courut 
embrasser sa femme et ses enfants restés dans Paris pen- 


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dant le siège, sans songer au danger auquel il s’exposait en 
entrant dans la capitale insurgée. Il en sortit peu de jours 
après, non sans péril ; et au lieu de s’adonner à un repos bien 
gagné, il alla, sans hésiter et mû uniquement par son ardent 
patriotisme, offrir ses services au ministre de la guerre, qui 
s’empressa de les accepter et de le classer au 4 me corps de 
l’armée de Versailles, en qualité de sous-chef d’état-major. 

Après la chute de la Commune, il reprit modestement, 
sans le moindre avancement, son poste de commandant du 
génie à Paris, qu’il quitta deux ans après, pour revoir cette 
région du Midi qui avait tant d’attraits pour lui. Il était chef 
du génie à Perpignan, quand l’épaulette de lieutenant- 
colonel vint enfin le trouver et lui procurer le poste plus 
important de chef du génie à Montpellier; c’est là que l’âge 
de la retraite l’atteignit deux ans après, en '876, encore 
plein de cette vigueur physique et intellectuelle qui n’a 
jamais faibli un seul instant chez lui. De tels hommes don¬ 
nent tort à ces lois inflexibles qui assignent une limite d’âge 
à la période d’activité des serviteurs du pays. 

Depuis cette époque, retiré à Nice, le colonel Féraud se 
consacra, avec une ardeur vraiment inouïe, aux intérêts du 
sol qui l’avait vu naître et à la protection des malheureux 
qui l’approchaient. Pas une cause humanitaire, pas une idée 
grande et généreuse, pas une infortune particulière ne le 
trouva indifférent. Autant il avait été, pendant toute sa car¬ 
rière, désintéressé pour lui-même, autant il était ardent pour 
le bien des autres. La cause de l’instruction publique, et en 
particulier celle de l’instruction primaire, ainsi que la défense 
des intérêts de l’agriculture, le passionnaient surtout pro¬ 
fondément. Il était de toutes les sociétés créées sous l’un ou 
l’autre de ces deux drapeaux, et même, on peut dire, de 
toutes celles où le dévouement et le patriotisme étaient en 
jeu ; et presque toutes s’empressaient, dès qu’elles l’avaient 
un peu vu à l’œuvre, de le mettre à leur tête. 

Sa petite commune de Gattières, entre autres, avait été 
heureuse de lui voir accepter, après les élections municipales 
de décembre 1877, les fonctions de maire, que son père et 


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451 


son frère aîné avaient aussi exercées pendant plusieurs 
années, ce qui semble indiquer que le dévouement est héré¬ 
ditaire dans cette famille. 

Mais là où ses qualités ressortirent dans tout leur éclat, 
ce fut au Conseil général des Alpes-Maritimes, dont il faisait 
partie depuis 1871, c’est-à-dire depuis cinq ans avant sa mise 
à la retraite. Son rôle dans cette assemblée, où l’ardeur de 
ses convictions républicaines n’empêchait pas ceux de ses 
collègues qui ne les partageaient pas, de l’estimer sincère¬ 
ment, fut des plus considérables ; et l’on ne saurait mieux 
faire, pour mettre ce rôle en relief et en même temps pour 
dépeindre l’homme comme il le mérite, que de reproduire 
en entier la touchante allocution prononcée devant son 
cercueil, aux imposantes funérailles que lui fit la population 
de Nice, par M. Malaussena, président du Conseil général. 

Voici cette allocution, dont l’effet pathétique fut considé¬ 
rablement accru par le ton grave et ému de l’orateur : 

« Au nom du Conseil général, je dois dire une parole 
« d’adieu au collègue dont la fin si tragique nous plonge 
« tous dans la désolation. Une voix plus autorisée que la 
« mienne retracera la carrière militaire du colonel Féraud 
« et dira comment il a pu s’élever si haut 1 par son seul 
« mérite, sans jamais rien demander, sans jamais rien 
a devoir à la faveur. 

« Nous n’avons connu, nous n’avons pu apprécier que 
« l’administrateur. 

« Toujours et partout homme de cœur et de dévouement, 
« le colonel Féraud, même dans les actes de la vie civile, 
« restait fidèle aux principes de son éducation militaire. 

« Il accepta le mandat des électeurs du canton de Vence, 
« comme il aurait accepté la mission de défendre un poste 
« important en face de l’ennemi. 

1. II résulte de l’exposé précédent des états de senrices du colonel Féraud, que l’honorable 
11. Malaussena commet ici une petite erreur d’appréciation, en ce sens que la carrière 
militaire de ce digne officier fut des plus modestes et ne répondit en rien ni à ses brillantes 
qualités ni a ses bons services. Comme l’a très-bien dit un excellent publiciste de Nice, 
M. Marck Iran, le colonel Féraud a été beaucoup à la peine, sans avoir été sérieusement à 
l’honneur. 


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— 452 — 

« Il apportait dans l’accomplissement des devoirs que lui 
« imposait la confiance de ses concitoyens, la même ardeur, 
« la même exactitude qu’il devait apporter à l’accomplisse- 
« ment de ses devoirs militaires. 

« Depuis surtout que les loisirs de la retraite lui avaient 
« permis de consacrer entièrement son inépuisable activité 
« à ses fonctions administratives, l’étude des besoins de ses 
« commettants et des moyens de les satisfaire occupait tout 
« son esprit, remplissait toute son àme. 

« Serviable de sa nature, personne n’a poussé plus loin 
« que lui le sentiment de ses devoirs, personne ne s’identi- 
« fiait plus complètement que lui avec le pays qu’il repré- 
« sentait. 

« Pour lui, il n’y avait ni grands, ni petits intérêts, il les 
« défendait tous avec la même sollicitude, il étudiait toutes 
« les questions avec la même attention, avec la même pér¬ 
it sévérance. 

« Officier supérieur du génie, par ses connaissances 
« techniques et par sa grande expérience, il avait sa place 
« marquée au sein de la Commission des travaux publics. 

« Aussi y a-t-il été constamment maintenu, et ses collè- 
« gués en l’appelant à la présidence de cette Commission, 
« ont donné la mesure de l’autorité qu’il y exerçait. 

« L’indépendance de son caractère et l’inflexible rigidité 
« de ses principes jetaient un vif éclat sur ses qualités. 

« C’était un de ces hommes tout d’une pièce, qui imposent 
« le respect par la sincérité de leurs convictions. 

« Vaillant soldat, administrateur zélé et consciencieux, le 
« colonel Féraud était aussi un excellent époux et un père 
« de famille tendre et affectueux. 

« Il l’a prouvé, en scellant de son sang son amour pour 
« ses enfants. 

« Tous ceux qui l’ont connu comprendront sans peine, 
« que, à la vue des flammes embrasant un lit où il croyait 
« une de ses filles en danger, il ait retrouvé l’élan et le 
« courage de sa jeunesse pour voler à son secours, et que, 
« préoccupé uniquement de sauver un être chéri, il n’ait, ni 


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« vu le danger auquel il s'exposait, ni senti les blessures 
« auxquelles, malgré sa vigoureuse constitution, il a suc- 
« combé en quelques heures. 

« Une vie si bien remplie, couronnée par une mort héroï- 
« que, devait exciter l’admiration et les sympathies de tous 
« les hommes de cœur. 

« Tout ce qu’il y avait de noble et de grand dans ce 
« sublime dévouement a été compris, et la foule qui a 
« accompagné et entouré son cercueil, est à elle seule le 
« plus bel éloge qu’on puisse faire de l’homme qui est l’objet 
« de démonstrations si touchantes et si universelles. 

« Puisse sa veuve inconsolable, puissent ses enfants y 
« trouver un adoucissement à l’immense douleur où doit les 
« avoir plongés la perte d’un époux et d’un père, qui aura 
« donné le suprême témoignage de son affection par le 
« suprême sacrifice de sa vie 1 » 

Ajouter quoi que ce soit à ces belles paroles, serait les 
affaiblir. Mais nous ne pouvons nous empêcher, en terminant 
cette notice, de formuler un vœu que le récit d’une telle vie 
ne peut manquer d’inspirer à tout cœur réellement animé de 
l’amour de la patrie : 

Puisse la France compter parmi ses enfants, dans le pré¬ 
sent et dans l’avenir, beaucoup d’hommes comme le colonel 
Féraud ! 


E. Cugnin. 



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— 454 — 


LE GÉNÉRAL D’AUVARE 
Messieurs, 

Vous m’avez chargé de vous présenter une notice nécro¬ 
logique sur notre regretté collègue, M. le baron Charles- 
Marcellin Corporandi d’Auvare, major général en 
retraite de l’armée italienne, commandeur de l’ordre des 
SS. Maurice et Lazare, officier de la Couronne d’Italie, 
décédé à La Croix, arrondissement de Puget-Théniers, le 
16 septembre 1880 dans sa 8G me année. 

Cette tâche m’offre un double intérêt ; elle me permet de 
m’acquitter envers vous d’un devoir et de rendre hommage 
à une famille avec laquelle j’ai eu pendant de longues années 
des relations, sinon d’intimité, du moins de politesse et de 
voisinage, qui m’ont mis à même d’apprécier sa grande 
honorabilité. 

Les armes de la maison Corporandi d’Auvare sont : 

De gueules avec deux cors ou huchets entrelacés , au 
chef d'azur à trois étoiles d'argent. 

Cette famille investie du fief et de la baronnie d’Auvare, où 
elle possède des terres, est originaire de La Croix, où un 
modeste château et diverses propriétés lui viennent de ses 
ancêtres. 

Comme la commune de La Croix a appartenu à différentes 
époques, tantôt à la France, tantôt au Piémont, les d’Auvare 
ont été alternativement au service de la France et à celui de 
la Sardaigne et de l’Italie. 

La Croix situé sur une éminence fut d’abord un château 
fort appartenant aux Templiers, autour duquel vinrent 
se grquper différentes familles entre autres celle des 
Corporandi ; après la suppression de l’ordre, La Croix fut 
divisé entre une commanderie de Malte et une coseigneurie 
de Beauregard, puis des barons d’Auvare. 


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— 466 — 

Cette maison, qui semble avoir donné longtemps des 
magistrats, s’est illustrée aussi par des généraux, des ami¬ 
raux, des hommes distingués en tout genre, ainsi que par 
d’honorables alliances. 

Ses preuves existent à l’ordre des SS. Maurice et Lazare 
à Turin ; on trouve dans la Biographie Niçoise de Toselli, 
f* 249, la vie de Gaspard d’Auvare, seigneur de Verraïon, 
lieutenant général au service de la France, chevalier de 
Saint-Louis, aïeul de notre collègue et celle de son père, le 
baron Joseph-Félix, major général, chevalier des SS. Maurice 
et Lazare, et de Savoie, décoré de la médaille Mauricienne, 
marié à M u * Antoinette d’Estienne du Bourguet, d’Aix en 
Provence. 

La biographie du second des frères de noire collègue, 
Auguste, vice-amiral en retraite, chevalier grand-croix des 
SS. Maurice et Lazare, grand officier de l’ordre du Nicham, 
commandeur de l’ordre de la Couronne d'Italie, encore vivant 
et habitant Nice, figure dans l'Histoire des hommes de 
guerre du dix-neuvième siècle, imprimée à Genève, f* 491. 

Le troisième des frères, Alexandre, grand officier de l’or¬ 
dre des SS. Maurice et Lazare, commandeur de la Couronne 
d’Italie, décoré de la médaille de la valeur militaire, allié par 
son mariage à la maison des Visconti, est retraité comme 
lieutenant général d’artillerie de l’armée italienne. 

La France héraldique de Poplimont, tome I er (Bruxelles 
1868), à laquelle j’emprunte presque textuellement ces ren¬ 
seignements, donne huit degrés de cette ancienne généa¬ 
logie, établie sur chartes, actes publics et autres pièces 
irrécusables. 

Elle débute par Nicolas Corporandi, lieutenant déjugés, 
dont le fils fut également magistrat. 

Le baron Marcellin Corporandi d’Auvare naquit le 
28 juillet 1795 à Suze, en Piémont, à l’époque où son père 
Joseph-Félix, ayant émigré, avait pris du service dans l’ar¬ 
mée du roi de Sardaigne sous le commandement du général 
Thaon de Saint-André, qui opérait dans les Alpes-Maritimes. 


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— 4ô6 — 

En 1802, la famille d’Auvare rentra en France, où elle 
chercha à réunir les débris de sa fortune territoriale perdue 
dans les événements politiques. 

Le jeune Marcellin fit ses premières études à Puget-Thé- 
niers sous la direction de l’abbé Cautier, renommé par son 
profond savoir. En 1809 il fut envoyé à Aix chex son oncle 
maternel Jules d’Estienne du Bourguet, pour y compléter 
son éducation. 

En 1814, sur la demande de son père qui avait repris 
du service en Piémont, il obtint du roi Victor-Emmanuel I 
un brevet de sous-lieutenant surnuméraire dans le régiment 
d’Aoste, qu’il échangea en 1818 contre une lieutenance 
dans le corps d’élite des carabiniers royaux; il passa capi¬ 
taine dans le même corps en 1832 et major de cavalerie en 
1835. Le grade de lieutenant-colonel lui fut donné en 1837 et 
celui de colonel en 1853; enfin appelé en 1848 à commander 
la province d’Acqui, il demanda à être retraité et il se retira 
à Nice avec le grade de major général, 

Par diplôme royal du 28 octobre 1840 il avait été décoré 
de la croix des SS. Maurice et Lazare, à laquelle fut jointe 
en 1842 une pension de 600 francs, accordée dans des cir- 
costances essentiellement honorables que nous nous réser¬ 
vons de faire connaître dans le cours de cette notice. 

Studieux de sa nature et d’un caractère doux mais ferme, 
patient et persévérant par principe en toutes choses, le ba¬ 
ron Marcellin aimait à s’instruire, et dans la carrière des 
armes, où il a laissé de si beaux souvenirs et où il a donné 
de si remarquables exemples à ses enfants, il n’ajamais cessé 
de cultiver les belles-lettres et d’étendre ses connaissances 
scientifiques et historiques, heureux lorsqu’il pouvait trou¬ 
ver un moment de loisir pour se livrer à la lecture des grands 
maîtres, où il relevait les maximes qu’il prenait pour guides 
de sa vie : les parois intérieures de son château de La Croix 
ont été ornées par lui d’inscriptions qui témoignent du sé¬ 
rieux de ses travaux et du désir de laisser des traces de ses 
études ; on conserve de lui un grand livre de notes et d’ex¬ 
traits qui constitue un précieux héritage. 


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— 457 — 

M. le baron d’Auvare était donc en tous points digne de 
faire partie de votre Société et le Comité du Congrès scien¬ 
tifique l’a si bien compris que, lors de la réunion à Nice en 
janvier 1878 de la 44 me Session, il l’a nommé président ho¬ 
noraire. 

En est-il un parmi nous, Messieurs, qui serait en mesure 
de donner généreusement de son vivant, à un établissement 
de notre ville une bibliothèque de dix mille volumes, fruit 
de minutieuses et de dispendieuses recherches? 

C’est ce qu’a fait notre regretté collègue dans les dernières 
années de sa vie. 

Homme profondément religieux, doué d’une foi des plus 
vives, aussi modeste que charitable, il se faisait un devoir 
de secourir les pauvres ; son aide n'a fait défaut à aucune 
œuvre destinée à soulager les misères, etson nom est attaché 
pour toujours à une fondation essentiellement moralisatrice 
et populaire qu’il a créée à La Croix avec le concours de ses 
deux frères: une salle d’asile où les cultivateurs reconnais¬ 
sants s’empressent d’envoyer leurs enfants. 

Doué d’un courage calme et réfléchi, mais ferme et résigné, 
M. le baron Marcellin d’Auvare a donné dans le cours de sa 
carrière militaire des preuves fréquentes de cette résolution 
qui va droit au but, sans hésitation, sans compromis. 

Consultons à ce sujet ses états de service : nous y verrons 
que le 5 octobre 1818, alors qu’il était lieutenant des carabi¬ 
niers, il fut informé qu’un de ses soldats nommé Passadore, 
révolté contre ses chefs et dans un état de surexcitation 
voisin de lafolie, s’était retranché, muni de nombreuses armes 
chargées, dans une pièce faisant face à l’escalier du poste, et 
que, de là, il tirait sur ceux de ses camarades qui cherchaient 
à parvenir jusqu’à lui ; déjà cinq carabiniers avaient été ou 
tués ou blessés ; le lieutenant d’Auvare arrive, il s’avance, 
appelle le révolté par son nom, le conjure de rentrer dans 
le devoir. « Retirez-vous, mon lieutenant, ou je vous tue. » 

Le baron Marcellin continue à s’avancer ; deux soldats 
tombent morts à ses côtés; rien ne l’arrête, et il allait 
atteindre son but lorsque des carabiniers qui étaient parve- 


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458 


nus à pénétrer par derrière dans la pièce où se trouvait Pas- 
sadore, s’emparèrent de lui. 

Cette belle conduite, ce courage héroïque chez un jeune 
homme de vingt-trois ans, signalèrent le lieutenant d’Au- 
vare à l’attention du gouverneur amiral Desgeneys. 

Le 1 er août 1824, disent encore les états de service, il se 
signala par sa fermeté , sa va leur, son sang-froid et son 
intrépidité (tels sont les termes du document) dans l’affaire 
du faubourg Saint-Vincent, <\ Gênes. 

Enfin, en 1835, lorsque le choléra décimait la population 
de Coni, où il était major des carabiniers royaux, notre col¬ 
lègue donna une nouvelle preuve de dévouement à ses 
semblables, que la Gazette piémontaise du 29 août, journal 
officiel, s’empressa de porter à la connaissance de ses lec¬ 
teurs. 

L’épidémie sévissait surtout sur ceux qui venaient des 
provinces voisines. C’est, alors que le major d’Auvare reçut 
son changement pour Gènes, où la maladie n’avait pas encore 
fait son apparition ; tout autre que lui aurait accepté avec 
satisfaction une nomination qui l’éloignait du fléau : tel ne 
fut pas le sentiment du baron Marcellin; il écrivit au minis¬ 
tre pour lui faire remarquer que, puisqu’il était acclimaté, 
il était préférable de le maintenir à Coni, plutôt que d’en¬ 
voyer à sa place un officier qui pouvait courir les plus grands 
dangers. 

Le ministre céda au désir si généreux qui lui était mani¬ 
festé et accorda plus tard au major d’Auvare, en raison du 
fait que je viens d’exposer, une pension de 600 francs, sur 
les fonds de la caisse de l’ordre des SS. Maurice et Lazare, 
ainsi qu’il résulte d’une patente royale sur parchemin datée 
du 22 juillet 1842. 

Je voudrais pouvoir donner la copie textuelle de cette 
pièce, contenant trois pages d’éloges et signée Charles- 
Albert, mais je suis arrêté par la longueur de ce document 
si précieux pour la famille de celui qui en a été l’objet. 

En 1840, le lieutenant-colonel de cavalerie Marcellin 
d’Auvare épousait M lle Angélique Vitale de Pallières, qui 


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459 


lui apportait, avec la fortune, les plus belles alliances en 
Piémont et qui n’a jamais cessé de s’associer à tous ses sen¬ 
timents généreux. 

Une vie aussi noblement remplie devait être couronnée 
par une belle mort ; le baron Marcellin d’Auvare s’est éteint 
à La Croix, plein de résignation, de recueillement et d’es¬ 
poir, au milieu des siens ; il est venu mourir au berceau de 
ses ancêtres. 

Au moment où, au milieu d’une population recueillie et 
profondément attristée, son cercueil allait quitter La Croix 
pour prendre rang dans la sépulture de la famille à Cimiès, 
le curé du lieu a prononcé des paroles émues et reconnais¬ 
santes. 

Le 27 septembre suivant, le consul de Nice reçevait du 
ministre des affaires étrangères d’Italie la lettre ci-après, par 
laquelle je terminerai cette notice : 

« Monsieur le Consul, 

« J’ai reçu le 19 la lettre par laquelle vous me donnez le 
« douleureux avis de la mort du baron d’Auvare, major 
« général en retraite des carabiniers royaux. 

« Le gouvernement du roi a ressenti une vive douleur de 
« la mort de ce vaillant officier qui vient d’éclaircir les 
« rangs de ceux qui, dans le moment du péril, n’ont pas 
« hésité à exposer leur vie pour défendre leur roi et la 
« Patrie. 

« Je vous prie de vouloir bien être, auprès de la famille 
« du glorieux décédé, l’interprète de tous ses sentiments et 
« de leur adresser en mon nom les plus sincères condo- 
« léances. 

« Je profite, etc., etc. 

« Pour le Ministre , 

« Signé : A. Peireleri. » 

Nice, le 16 octobre 1880. 

A. PERAGÀLLO, 

Chevalier de la Légion d’honnear. 


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LISTE 





M. A.-L. Sardoü, O, O. ❖ 


S. A. S. Charles III, Prince de Monaco. 

Le Préfet du Département (président d’honneur). 

Mgr l’Evêque de Nice (président d’honneur). 

M. le Recteur d’Académie d’Àix. 

M. Camille Flammarion, +, astronome (1" avril 1873). 

M. Gazan, O. #, *#«, colonel d’artillerie en retraite (3 juin 1873). 

M. Gambart, *fi«, consul d’Espagne (1" avril 1876). 

M. Dumoncel Ch., +, membre de l’Institut (l ,r avril 1870). 

S. A. le Doc de Parme (11 mai 1876). 

M. Garnier, sénateur (11 mai 1876). 

M. César Daly, *, >5% architecte, directeur de la Revue 
d’Architecture (16 février 1878). 

M. Fréd. Mistral, *, littérateur, Capoulié du Félibrige 
(16 juin 1878). 

M. Dblestrac, O. #, Inspecteur général des Ponts et chaus¬ 
sées (16 octobre 1878). 

M. Victorien Sardoü, O. $?, membre de l’Académie française 
(16 octobre 1878). 

M. Ch. Robert, HK membre de l’Institut (16 décembre 18781. 

M. Gustave Vallier, HK numismate à Grenoble (l* r mars 1879). 

M. de Sor, géologue, professeur de l’Université, à Neufchâtel 
(17 mars 1879). 

M. le baron Boyer de Sainte-Suzanne, O. *, *5», gouverneur 
général de la principauté de Monaco (12 avril 1879). 

M. William Boyne, numismate à Nice (10 mai 1879). 

M. Fr. Guessard, *, membre de l'Institut, ancien professeur à 
l’Ecole des Chartes (16 décembre 1879). 

M, Bischoffscheim, *, à Paris (16 janvier 1880). 

M. Cugnin, O. #, command 1 du Génie, à Palaiseau (16 mars 1880). 


Bureau 



ur Tannée 1881 


Président . 

Vice-Président . 

Secrétaire . 

Secrétaire-Adjoint . 
Trésorier-A rchiviste 


M. Seligman. 
D r Henry. 

M. F. Brun. 

D r Nie pce, fils. 
M. Thénard. 


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462 


Membres 

MM. 

F. Brun, l}, architecte à Nice, 
membre fondateur, rue Saint- 
Etienne, 29 (14 novembre 1861). 

Juge, ingénieur des rniues. membre 
fondateur, rue Saint-Etienne, 24, 
(14 novembre 1861). 

P. Màrguet , #, conseiller de 
préfecture en retraite, rue Per- 
tinax (5 février 1863). 

Niepce, O. #, docteur en médecine, 
quai Masséna, 5 (16 février 1865). 

Teysseire , météorologiste, rue 
Croix-de-Marbre,2 (8 mars 1866) 

F. Lagarrigue, C. >5» , consul de 
Turquie et de Portugal, rue 
Gicffredo, 54 (6 décembre 1866). 

A. Funel de Clausonne, avocat, 
rue Gioffredo, 48, (5 décembre 
1867). 

A.-L. Sardou, Q, O. 88, ancien 
chef d’institution, rue Adélaïde, 
3 (19 mars 1868). 

Blond, agent-voyer à Grasse (l* r 
septembre 1868). 

Piccon, 88, avocat, ancien dépu¬ 
té, rue Saint-François-de-Paule, 
24 (l* r septembre 1868). 

E. Corinaldi, propriétaire, 2, place 
Grimaldi, (13 novembre 1868). 

Chevallier, architecte à Nice, 
avenue de la Gare, 28 (16 mai 
1873), 

Macario, 88, docteur en médecine, 
rue Croix-de-Marbre, 2 (17 no¬ 
vembre 1873). 

Carré (Charles), 88, artiste musi¬ 
cien et compositeur, villa Belge, 
avenue Meynell (16 janvier 1874) 

Bonnal, docteur en médecine, rue 
de la Buffa, au Hammam (16 
janvier 1874). 


Titulaire» 

MM. 

Faraut (Henri), docteur en méde¬ 
cine, rue Saint-François-de- 
Paule, 20 (16 janvier 1874). 

Proll, docteur en médecine, di¬ 
recteur des eaux de Gastein 
(Autriche), rue du Temple, 20 
(16 janvier 1874). 

De Coppet (G.-C.), chimiste, à sa 
villa des Baumettes (19 février 

1874) . 

Henry, docteur en médecine, rue 
Palermo, 5 (1 er décembre 1874). 

Collongues, 88, docteur en mé¬ 
decine, rue Notre-Dame, 2 (16 
décembre 1874). 

Lambron, O, 88, docteur en méde¬ 
cine, rue Beaulieu, villa Michel- 
Ange (4 janvier 1875). 

Bonnaffé, propriétaire rue de Pa¬ 
ris, 3 (16 avril 1875). 

Domergue, littérateur, rue Delille, 
5 (16 avril 1875). 

Desforges, notaire, rue de la Pré¬ 
fecture, 10 (16 avril 1875). 

Baréty, docteur en médecine, place 
Saint-Etienne, 18 (3 novembre 

1875) , 

Thaon, docteur en médecine, mem¬ 
bre du Conseil général, rue Mas¬ 
séna, 4 (3 novembre 1875). 

Régnier (Antony), artiste-peintre, 
à Marseille (1 er mars 1876). 

Masse, notaire, rue du Pont-Neuf,7 
(12 avril 1876). 

Bessat, procureur général à la cour 
d’appel d’Aix (11 mai 1876). 

Chiris (Léon), *, député, & Grasse 
(11 mai 1876). 

Dieudé-Défly (Auguste), 88. ar¬ 
chitecte, rue de France, 15 (11 
mai 1876). 


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463 


MM. 

Düràndy, #, ingénieur civil, con¬ 
seiller général, rue Saint-Michel, 
10 (11 mai 1870). 

De Fontanes, avocat, ruede France 
(11 mai 1876). 

Gilly (Jules), villa Giulia, montée 
de Villefranche (11 mai 1876). 

Roissard de Bbllet, député, place 
Masséna, 2 (11 mai 1876J. 

Balestre, docteur en médecine, 
professeur ad joint à la Fa ulté de 
Montpellier, riace Charles Félix, 
3 (16 juin IÏ76). 

Chauvain (Pie re), rue Alb.;rti, 18 
(16juin 187( ). 

Steinbruck, hôtel d’Angleterre, 
place du Jardin-Public (16 juin 

1876) . 

Maurin, de îteur en mélecine, 
rue Papacin, 8 (16 octobre 1876). 

Thénard, artiste peintre, rue Gar- 
nieri, 10 (3 novembre 1876). 

Arnulphy (Bernard), docteur en 
médecine,place du Jardin-Public, 
6 (8 janvier 1877). 

De Barrême (comte), rue de France 
54 (6 janvier 1877). 

Niepce (Alexandre), fils, docteur 
en médecine, rue Garnieri, 1 
(8 janvier 1877). 

Grandvilliers, docteur en méde¬ 
cine, avenue de la Gare, 8 (18 jan¬ 
vier 1877). 

Desprez, docteur en médecine, 
avenue de la Gare, 27 (16 février 

1877) . 

Conduzorgües-Lairolle(E.), avo¬ 
cat, rue Longchamp, 7 (2 mars 
1877. 

D’Izalguier, professeur libre et 
publiciste, rue Gioffredo, 47 (16 
avril 1877). 

Deply (A), ancien consul, rue 
Saint-Etienne, 31 (2 mai 1877). 

Arène (Edouard), négociant, rue 
Pastorelli, 18 (3 novembre 1877). 


MM. 

James Bruyns Andrews, proprié¬ 
taire, villa Pyganti, à Menton 
(16 novembre 1877). 

Peragallo (Al.), directeur des 
contributions indirectes, rue Pas¬ 
torelli, 18 (15 décembre 1877). 

Jandin, président du tribunal de 
commerce, à Lyon (9 janvier 

1878) . 

Lambert, docteur en médecine, rue 
Garnieri, 5 (9 janvier 1878). 

Tiengou des Rovaries, rui de la 
Paix, 1 (16 février 1878). 

Schouvaloff (comteP.),villa Mon- 
ticello (l* r juin 1878). 

Séligman, O. #, président du tri¬ 
bunal de 1™ instance, rue Pa- 
lermo, 5 (l* r février 1879). 

Commandré, docteur en médecine, 
rue de la Paix, 1 (8 février i879). 

Lœvenstein (L.),^, en sa villa, 
romenade des Anglais, (mars 
879). 

Desjardin (P. A. ), docteur en 
médecine, rue de France, 115 
(17 mars 1879). 

Harris, artiste peintre, villa des 
Rochers, ancienne route de Vil¬ 
lefranche (17 mars 1879). 

Aimé Martin, négociant, conseil¬ 
ler général, rue Palermo. 1 (16 
avril 1879). 

Barbe, père, ancien maire de Can¬ 
nes (3 novembre 1879). 

Preire, avoué, ancien juge de paix, 
rue du Pont-Neuf, 1 (3 novembre 

1879) . 

Dupbyron, docteur en médecine, 
rue du Pont-Neuf, 1 (3 janvier 

1880) . 

Schmeltz, docteur en médecine, 
rue Gioffredo, 46 (3 janvier 1880). 

Deville (Louis), rue Garnieri, 8 
(2 février 1880). 

D r Troqüe, avenue de la Gare, 24 
(16 février 1880). 



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464 


MM. 

Leroy, secrétaire général de la Pré¬ 
fecture (1 er mai 1880). 

Mazinguien, conseiller de préfectu¬ 
re, 4, rue de Rome (l #r mai 1880). 

Usquin, #, Directeur des Postes, 
rue Defly (1*«- mai 1880). 

Legalais-Verdier, rue Masséna, 
34, (l 8r octobre 1880). 

Favet, inspecteur d’Académie, 
route nouvelle de Villefrauche 
maison Béardo, (1 er octobre 1880). 

Lurat (Jean-Prosper-Aristide) en¬ 
treposeur des tabacs, rue du 
Paillon, 1, (16 janvier 1881). 

Saunière (Paul) *, littérateur, 
quai Masséna, (16 janvier 1881). 

Desi.ys (Charles) littérateur, cité 
du Parc, 12, (16 janvier 1881). 


MM. 

Recipon, député, rue de France, 
98, villa Kronn (16 janvier 1881). 

Lazard, #, ingénieur civil (16 jan¬ 
vier 1881). 

Nœtinger (Fernand), rue Saint- 
François-de-Paule, 7 (16 février 
1881). 

Nadal, procureurde la République, 
rue de France, 35, (16 février 
1881). 

Planat (Docteur), médecin, direc¬ 
teur de l’hospice de Saint-Pons 
(7 avril 1881). 

Poi.lonnais (Désiré) *, y, con¬ 
seiller général, maire de Ville- 
franche (16 mai 1881). 

Docteur (Louis), publiciste, ave¬ 
nue de la Gare, 3, (16 mai 1881). 


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MM, 

De Berluc-Pérussis, président de 
la Société académique, à Aix, rue 
Cardinale, ou au château de Por¬ 
chères, par Forcalquier. 

Lombard (Alexandre), à Genève. 

Tarbé (Prosper), correspondant de 
l'Institut, à Reims. 

Mougins de Roquefort, # con¬ 
seiller à la Cour d’appel d’Aix. 

Mougins de Roquefort, doc¬ 
teur en médecine, à Antibes. 

Parrocel, à Marseille. 

Lescouvé, >£, premier président à 
la Cour d’Appel de Limoges. 

Luigi, pasteur évangélique à l’école 
de Sainte-Philomène, près Nice. 

Carrol (docteur), O. *, à Paris. 

Cassagne, (Armand), artiste pein¬ 
tre, rue du Bac, 12, à Paris. 


MM. 

Durenne, #, maître de forges, rue 
de la Verrerie, 20, à Paris. 

Rivière, y, correspondant du mi¬ 
nistre de l’Instruction publique, 
rue du Bac, 93, à Paris. 

Millière, naturaliste & Cannes. 

Blanc (Edmond), y, archéologue, 
correspondant du ministre de 
l’Instruction publique, rue de 
la Bourse, 3, à Paris. 

Heuzey (Léon), *, conservateur 
au Musée du Louvre. 

Azàis (Gabriel),littérateurà Béziers. 

Vog Sigmund, docteur en méde¬ 
cine, à Vienne (Autriche) 

Santiago Garcia de Mendoza, >g«, 
consul de Portugal, à Marseille. 

Vingtrinikr, membre de la So¬ 
ciété littéraire de Lyon. 

Didier (l’abbé), directeur du petit 
séminaire de Brignoles. 


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MM. 

Mazard, *, conservateur de la bi¬ 
bliothèque du Musée de Saint- 
Germain. 

Duhamel, archiviste du départe¬ 
ment de la Corse. 

Sénbqüier (Paul), juge de paix à 
Grasse. 

Chevrier (Jules), directeur du Mu¬ 
sée de Châlon-sur-Saône. 

Faraut (Félix), ingénieur civil 
à Saigon. 

Pierrugues (l’abbé), vicaire, à 
Grasse. 

Lecocq , ( Georges ), avocat, à 
Amiens. 

De Puymaigre (comte de), mem¬ 
bre de l’Académie de Metz. 

Bacquias, docteur en médecine à 
Troyes. 

Bersezio (Victor), auteur drama¬ 
tique, À Turin. 

Bélin (Gaspard), homme de lettres, 
& Lyon. 

Ràillard (l’abbé), rédacteur du 
journal scientifique les Mondes , 
à Paris. 

Rovrry Q , maire de Saint-Etienne 
des-Monts. 

Roumanille, littérateur à Avi¬ 
gnon. 

De Croizier, consul de Grèce, à 
Versailles. 

Rossi (G.),»fi«, inspecteur des fouil¬ 
les de la province de Vintimille. 

Baldy, ancien proviseur à Beauvais. 

Dubàrle, (Achille), homme de let¬ 
tres, À Boulogn î-sur-hier. 

William Ch. Bosaparte-Wyse, 
littérateur et propriétaire en Ir¬ 
lande. 


MM. 

Moügins de Roquefort, proprié¬ 
taire à Grasse. 

Desjardins (Tony), >5*, président 
de l’Académie de Lyon. 

Grellety, docteur en médecine, 
rue Lafayette, 137, à Paris. 

Jolivet (Ch.), Q, »ÿt, secrétaire du 
gouverneur générai de la princi¬ 
pauté de Monaco. 

Màcé, docteur en médecine, à Aix- 
les-Bains . 


Bourguignat, #, géologue, à Sain t- 
Germain-en-Laye. 

Lieutaüd (V.) Cancelié du Féli- 
brige, à Marseille. 


Bénard, secrétaire en chef de la 
mairie, à Boulogne-sur-Mer. 


Bottin, receveur des postes et télé¬ 
graphes, à Saint-Vallier-de-Thiey 
(Alpes-Maritimes). 


Livet (Ch.), #, y, +, homme 
de lettres, à Vichy. 


Maquet (Adrien Ernest) $>, mem¬ 
bre de la Société Académique de 
Versailles, à Marly-le-Roi (Seine- 
et-Oise) 

Beuf (Charles-Joseph), à Vallauris. 

Ducoux, docteur en médecine à 
Marseille. 


Alaux, professeur de Faculté, à 
Alger. 

Terrin (Léon), homme de lettres, 
à Grasse. 

Barbier, ancien bibliothécaire du 
Louvre, à Paris. 

Dujon (Emile), professeur, à Can¬ 
nes. 


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TABLE DES MATIÈRES 


P*g« 

Tables del’Épigraphie antique du département, parM. Edmond Blanc I 
Histoire de la ville d'Antibe, par le chevalier Jean Arazi, avec notes 

de MM. Edmond Blanc et A.-L. Sabdou. 1 

Des variations de la morale dans le genre humain, par M. Alaux.. 115 
Anciens camps retranchés des environs de Grasse, par M. Paul 

Sbnéquœr . 143 

Description des découvertes faites jusqu’à ce jour à l’emplacement 

de l’ancienne cité romaine de Cemenelum, par M. F. Brun . 167 

Exposé d'un système rationnel d'orthographe niçoise, par M. A.-L. 

Sardou. 185 

Petite incursion dans le domaine de la numismatique monégasque, 

par M. G. Vallier . 213 

Les Grim&ldi de Beuil, par M. A.-L. Sardou. 221 

Notice sur les théâtres antiques de la contrée, par M. F. Brun . 283 

Trente ans d’études météorologiques et climatologiques faites à 

Nice, par M. Teyssbirb . 297 

Séance publique annuelle du 16 février 1879. 405 

— — 15 avril 1880 . 419 

Article nécrologique. 447 

Notices biographiques : 

Le colonel Féraud, par M. E. Cugnin . 447 

Le général d’Auvare, par M. Pbragallo. 454 

Liste des Membres de la Société. 461 


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